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LE
CABINET SECRET
DE
L'HISTOIRE
Docteur CABANES
LE
Cabinet Secret
de l'Histoire
Nouvelle Edition, revue et très augmentée
QUATRIÈME SÉRIE
Avec sept gravures hors texte
PARIS
DORBON aîné, Éditeur
53 fer, quai des grand s-augustins
1905
//
De
es ^
OCT -4 1966
^vîî?'''y OF TORO$
1330152
LE
CABINET SECRET DE L'HISTOIRE
(quatrième série)
LE MEDECIN DE LOUIS XI
I
Si la flânerie ou la curiosité eussent porté vos pas,
il y a quelques années, rue Saint- André-des-Arts,
près de cette cour du Commerce si riche en souve-
nirs révolutionnaires ^, vos regards auraient été arrê-
tés par un bâtiment d'une architecture sobre, d'une
simplicité voulue, dont on achevait en hâte la cons-
truction. Vous informiez-vous , on vous répondait
qu'il allait bientôt s'élever sur cet emplacement un
lycée de jeunes filles, qui devait porter le nom du
Cygne de Cambrai : le Lycée Fénelon. Poussiez- vous
plus avant votre enquête, toute une époque disparue
surgissait en une évocation lointaine.
' V. Chronique médicale, 15 décembre 1904, p. 810, et 15 janvier 1905,
p. 62.
iv-1
2 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Nous reportant par la pensée à quatre siècles en
arrière, essayons de reconstituer, avec la patience
d'un archéologue, ce coin du vieux Paris, menacé de
disparaître sous le pic des démolisseurs.
Dans ce qu'on nomme, au quinzième siècle, le fau-
bourg Saint-Germain, dessinons un carré irrégu-
lier, limité par les rues des Fossés-Saint-Germain,
de rÉcole-de-Médecine, du Paon, de l'Éperon et de
Saint-André-des-Arcs. Une ruelle longue, étroite,
appelée la « cour de Rouen », coupe diagonalement,
en deux parties à peu près égales, ce carré irré-
gulier. Dans la partie du carré adossée à la rue du
Paon, se trouve «l'hôtel de l'Archevêque de Rouen ».
Dans la partie touchant à la rue Saint-André-des-
Arcs, s'étendent à perte de vue des jardins, des
prairies marécageuses, des masures qui tombent en
ruines. C'est tout ce pâté qu'on désigne sous le nom
de « Séjour de Navarre».
Après avoir été l'apanage de la couronne pen-
dant des années, le Séjour de Navarre est passé entre
les maias de Louis XII, alors duc d'Orléans.
A la veille de partir pour son expédition de Bre-
tagne, le jeune duc, qui fait flèche de tout bois, a vendu
l'hôtel de ses pères. Les acquéreurs nous sont aujour-
d'hui connus : c'est un conseiller au Parlement, Guil-
laume Ruzé ; un correcteur de la Chambre des Comp-
tes, Nicolle Viole, sieur de Noizeau. Un avocat au
Parlement, Jean Huraut, a acquis le troisième lot,
LE MEDECIN DE LOUIS XI O
dont il ne tarde pas à se débarrasser, le 27 janvier
l/l89, en faveur de Jacques Goitier, naguère encore
premier médecin de Louis XI et son conseiller in-
time.
Coitier, que les historiens ont tour à tour appelé
Coiciier\ Coittier, Coiier, Coctier^ et enfin Collier^
s'est retiré là, tout au bout de la ville, contre les
remparts, après fortune faite. Ce n'est pas, comme
le veut une légende longtemps acceptée, pour fuir la
colère du monarque, qu'il a pris sa retraite. Le cour-
roux de Louis XI n'est plus redoutable : le roi est
mort depuis six ans, quand Coitier est devenu l'ac-
quéreur des terrains situés vis-à-vis la poterne de
Bucy, touchant presque le rempart de Philippe-Au-
guste.
A peine le nouveau propriétaire est-il entré en pos-
session, que les ouvriers se sont mis à l'œuvre. En
quelques mois, se sont élevés deux corps d'hôtel, un
mur de façade crénelé, et derrière le mur une galerie
close, portée sur piliers, telle qu'on en voyait fré-
quemment dans les demeures seigneuriales du moyen
âge.
A l'angle formé par la réunion des deux corps de
bâtiment se trouvent : une cour enfermant un escalier
en forme de vis ; un ensemble de constructions dispa-
rates ; un petit corps d'hôtel.
Une deuxième cour possède en son milieu un puits,
qui mérite quelques lignes de description. Ce puits,
4 1-E CABINET SECRET DE L HISTOIRE
qui se voyait encore en ces dernières années, était plu-
tôt une citerne à margelle basse, sur laquelle figurait
une tête de dauphin.
N'oublions pas de mentionner deux jardins, un jar-
din d'agrément et un jardin fruitier, et une chapelle
gothique. Au-dessus de la porte principale, donnant
sur la rue Saint-André-des-Arcs, Coitier avait fait
graver un éléphant, portant sur son dos une tour.
Sur une tourelle, au-dessus d'une porte donnant
accès à un escalier, on avait sculpté un blason, dans
le champ duquel avait été représenté un arbre chargé
de fruits, un oranger ou un abricotier*, et desimages
de la Vierge, de saint Jacques et de saint Nicolas,
avec cette inscription, en lettres incluses les unes dans
les autres, ainsi qu'on l'observe communément dans
les écritures des rois de la première et de la deuxième
races :
Jacobus Collier
Miles et consiliarus
Ac vice prseses camerse compolorum
1 Pour ne pas faire mentir la légende, qui veut que Coitier ait voulu
faire un jeu de mots, une sorte d'enseigne de rébus, nous adoptons la ver-
sion de l'abricotier.
A r.A5ri Cotier signifiait que le médecin s'estimait beureux d'être retiré,
comme le sage, à l'abri de toutes les tracasseries importunes. Mais il est
plus vraisemblable qu'il s'agissait d'un oranger, l'oranger « arraché d'or »
se trouvant dans les armes de l'archiâtre.
LE MÉDECIN DE LOUIS XI ï>
Parisiensis,
Aream emil el in ea sedificauil
Anno M.CCCC.XC.
Le manoir de Goitier, connu sous le nom de « Mai-
son de l'Éléphant », ne fut démoli qu'en 1739. Il oc-
cupait l'emplacement des n''^ M, 49, 51 et 53 de la rue
Saint- André-des- Arcs ^ En 17ZiO, l'hôtel de l'archiâtre
royal fut remplacé par des maisons dépourvues de
caractère, en dépitdes protestations des journalistes
de l'époque contre cet acte de vandalisme.
Goitier vécut près de quinze ans dans la Maison
de l'Éléphant, accablé d'honneurs et de dignités,
jouissant en paix des biens qu'il avait amassés. Il ne
se contenta pas d'avoir un hôtel à la ville, il voulut
avoir une maison de campagne. A quelques por-
tées de fusil de la forêt de Bondy, près de l'ab-
baye célèbre de Livry, existait une ancienne châtelle-
nie, la seigneurie d'Aulnay : il en fit l'acquisition
moyennant plus de 3.000 écus d'or. Gette seigneurie
comprenait : un château avec pont-levis, un manoir
situé dans la basse-cour du château, deux étangs,
deux moulins à eau, une garenne, sans compter les
* La traduction de cette inscription est la suivante :
«Jacques Coitier, chevalier, conseiller du roi, vice-président de la
Chambre des Comptes, a acheté ce terrain et y a fait bâtir cet édifice
l'an 1490. »
* Coïncidence à signaler : c'est dans la maison portant le n" 53 de la rue
Saint-André-des-Arts, que mourut Orfila, le 12 mars 1853.
6 LE CABINET SECRET DE L'hISTOIRE
arpents de terre, de prairies et de bois, qui en fai-
saient un des plus beaux domaines des environs de
Paris.
Coitier pouvait, s'il lui en prenait fantaisie, jouer
au seigneur dans ses terres. La châtellenie jouissait,
en effet, de droits et prérogatives incontestables :
droits de voirie, droits de geôles et prisons, droits
de greffe et de tabellionnage ; droits de fourches pa-
tibulaires, droits de haute, moyenne et basse jus-
tice. En usa-t-il jamais, c'est ce que l'histoire a né-
gligé de nous apprendre. Si Louis XI eût vécu, les
paysans auraient sans doute subi le sort des serfs du
temps jadis, et on aurait vu renaître sur ce coin de
terre les pratiques féodales. Mais Coitier n'était
plus en faveur à la cour et Louis XII, pas plus que
Charles VIII, n'étaient disposés à servir son ambition.
A la mort de Louis XI, le médecin bourguignon
avait perdu sa charge de premier médecin, celle de
président des Comptes et n'avait dû qu'à de hautes
influences d'être rétabli dans les fonctions secondaires
de vice-président. On voulait bien toutefois avoir
égard « aux grands, agréables services que iceluy
conseiller, maître Jacques de Coitier, a fait à nostre
seigneur et père, durant sa maladie », comme disait
la charte de Charles VIII, charte que Louis XII con-
firmait plus tard, « à cause de la grande estime et
parfaite confiance » qu'il avait en son « amé et féal »
Jacques Coitier.
LE MÉDECIN DE LOUIS XI
Assurément ce n'était pas une disgrâce, mais quel-
que chose d'approchant, pour qui connaît l'extraordi-
naire carrière poursuivie sous le règne précédent par
ce médecin sans scrupules, qu'un roi pusillanime
comblait de libéralités, pensant éloigner ainsi la mort
qu'il redoutait ^
II
En avait-il exercé un ascendant sur ce monarque
soupçonneux, redouté de tous ceux qui l'appro-
chaient, et qui se pliait docilement à toutes ses exi-
gences, si hautaines et si impérieuses qu'elles fussent?
Comment un médecin de village était-il devenu le di-
recteur de la santé d'un souverain défiant entre
tous ? Comment avait-il réussi à gagner sa con-
fiance ? Autant d'énigmes qu'on n'a pas encore tirées
au clair.
On ignore non seulement la date de la naissance
de Coitier, mais on ignore tout de son enfance et de
ses premières années "^ On sait seulement qu'il naquit
* Charles VIII, en monlanl sur le trône, avait emprunté à Coitier la
somme considérable de 23.100 livres soit environ 193.000 francs de notre
monnaie. Le roi de France, après avoir attendu quatorze ans pour faire
honneur à sa signature, finit par s'exécuter.
* Ce que nous savons de Coitier nous le tenons, pour une bonne part,
du docteur Chereau, qui a publié, sur le médecin de Louis XI, une
8 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
en Franche-Comté, à Poligny, et qu'il appartenait à
une famille honorable, possédant même une certaine
aisance. On chercherait vainement, dans les registres
de la Faculté de Paris ou de Montpellier, la trace de
son passage. Peut-être, mais ce n'est qu'une conjec-
ture, prit-il ses grades à l'Université de Dôle, où il
avait été remarqué par Philippe, duc de Savoie, qui
se l'attacha comme médecin.
A en croire Louis Guyon, ce fut le duc de Savoie
qui le présenta à Louis XI et le fit agréer par le roi,
vers ililO. Il eut tôt fait de persuader à ce prince
qu'il avait été jusque-là maltraité ; que ses médecins
habituels n'entendaient rien à sa maladie ; qu'il avait
soigneusement étudié son cas et que, seul, il en vien-
drait à bout. Pour achever de le convaincre, il ne
craignit pas de lui parler sur un ton de brutalité,
auquel le roi n'était guère accoutumé. Il lui était si
rude, écrit Comynes, « que l'on ne dirait point à un
valet les outrageuses paroles qu'il lui disait ». Et
s'il le voyait se regimber, il lui répliquait audacieuse-
ment : <( Je scay bien qu'un matin vous m'envoyerez
comme vous faictes d'autres, mais par la... (un grand
étude très documentée, dans l'Union médicale (1861 et 1862), étude que
nous avons dû considérablement élaguer. Cette étude a été reprise par le
môme auteur dans le Bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences
et Arts de Poligny, année 1861, pp. 33-43, 57-64 et 81-89 (tiré à part,
Poligny, 1881, in-8). Voir aussi dans le même recueil, année 1868,
p. 10-11, les « lettres de naturalité de J. Coitier, par Louis XI (1473).
LE MÉDECLN DE LOUIS XI 9
serment qu'il jurait), vous ne vivrez point huict jours
après ». Et, par crainte de la mort, le roi accordait
tout ce que son médecin sollicitait — et Dieu sait s'il
avait les dents longues !
III
C'est d'abord la place de « clerc ordinaire » de la
Chambre des Comptes que Coitier réclame, place
qui lui rapportera 9 francs environ par jour, a sans
compter des droits de robes, de manteaux, de gants,
de manchons, de chapeaux, de bonnets, de harnais, de
housses, de chevaux, d'huis, de canifs, d'écritoirs, etc. »
Il devient le vice-président de cette même Chambre,
à la mort du titulaire de cette charge, au bout de
trois ans^
' Antoine Riboteau, commis par le roi pour faire le paiement d'une
demi-année des Francs-Archers de Champagne, qui étaient sous le com-
mandement de Baudricourt, capitaine-général, n'avait pas rendu compte
de sa gestion, et redevait au roi une somme assez considérable.
Louis XI fit donner ordre à la Chambre des Comptes, le 24 juin 1480, de
faire rechercher Riboteau, et de le forcer à restituer les sommes dont il
était détenteur. Le monarque saisit cette occasion pour faire un présent
à son médecin, vice-président des Comptes : il garda pour lui la moitié des
sommes que devait rendre le payeur des Francs-Archers, et donna l'autre
moitié à Coitier.
Un peu plus tard, Louis fait don à Coitier de tout le droit que Jean
Cauchon, parent de l'évéque de Beauvais, avait sur les biens de certains
Anglais, ainsi que des biens mêmes du juge de Jeanne d'Arc, mort,
comme on le sait, en 14'f3, et jeté à la voirie (t/nion médica/e, 5 sep-
tembre 1861).
10 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Au bout d'une nouvelle période de trois ans, « par
considération de bons, agréables et continuels ser-
vices », le roi donne à son médecin les revenus du
château de Civray.
Un peu plus tard, par lettres patentes datées de
Lyon, Coitier reçoit le château et la seigneurie de
Rouvres, avec toutes ses dépendances. Puis c'est la
châtellenie de Poissy, qui lui échoit à titre de dota-
tion; en plus, une maison située dans la basse-cour
du château de Plessis-du-Parc, résidence favorite de
Louis XL
Son ambition ne connaît dès lors plus de bornes.
Ce qu'il ne peut obtenir par la ruse, il l'aura par la
violence. La délation, les accusations mensongères,
tous les moyens lui sont bons.
Un même personnage, JeandeLadriesche, a le titre
de bailli ou concierge du palais du roi et celui de pré-
sident des Comptes ^ : il n'aura pas de cesse qu'il ne
l'ait fait destituer.
L'emploi de bailli, outre des appointements fixes
de L200 livres (39.000 fr.), donne des avantages
considérables. Le bailli a justice basse et moyenne;
il a seul le droit de donner et d'ôter les places aux
merciers, sans compter une foule d'autres privilèges
non moins productifs. Il est entendu que Coitier
Le président et même le vice-président des Comptes furent appelés à
contre-signer la plupart des ordonnances des rois de France, même des
actes politiques plus importants, tels que traités de paix et d'alliances, etc.
LE MÉDECIN DE LOUIS XI H
touchera les bénéfices que lui rapportent ses fonc-
tions, sans les exercer. L^état de l'auguste malade
réclame sa présence constante auprès de lui, et c'est
le souverain lui-même qui l'a dispensé de remplir les
devoirs de ses charges.
Comme s'il redoutait de voirie roi mourir avant que
son rêve ne fût réalisé, il s'empresse de lui faire
signer les actes qui le mettent en possession des
domaines de Poligny et de Grimont, dans son propre
pays ' ; des châtellenies de Brazay et de Saint Jean-
de-Losne ; d'une maison à Dijon, que Louis XI paie
sur sa cassette, et d'autres cadeaux d'une valeur
i Pour rehausser encore la valeur de ce splendide présent, et faire
dignement succéder l'archiâtre royal aux Gérard de Rossillon, aux Othon,
aux Renaud, aux Guillaume le Grand, etc., Louis voulut que Coilier vint
lui-même faire hommage accoutumé, c'est-à-dire une espèce de soumis-
sion et de reconnaissance, que le vassal faisait au seigneur du fief domi-
nant, pour lui marquer par là « qu'il était son homme », comme on disait
alors, et lui jurer une entière fidélité.La comédie se joua pleine et entière
entre le roi et son médecin. Le 20 février 1483, Coiticr, introduit en grande
cérémonie dans une des salles du Palais-Royal, se mit à genoux devant
le monarque, la tête nue, les mains jointes, entre celles de son seigneur
couronné, sans ceinture ni épée, et débita les termes accoutumés de
l'hommage du vassal envers son souverain :
. Je deviens votre homme et vous promets féauté dorénavant, comme
à mon seigneur, envers tous hommes (qui puissent vivre et mourir) en
telle redevance comme le flef le porte. »
Cela fait, Coitier baisa Louis XI sur la joue ; Louis XI baisa Coitier
sur la bouche {osculum fidei), et tout fut dit. Coitier était seigneur de
Poligny, et lui, vassal du roi, eut à son tour des vassaux qui lui rendi-
rent aussi foi et hommage (Docteur Chereac).
12 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
inférieure. Il est juste d'ajouter que, s'il ne s'oublie
pas, il pense aussi à sa famille. Un de ses neveux,
Pierre de Vercey, chanoine de Bayeux, est nommé,
sans coup férir, grâce à lui, évêque d'Amiens.
IV
C'est l'époque où le roi est tombé dans un tel état
de dépression intellectuelle et d'affaiblissement phy-
sique, qu'il ne sait plus rien refuser à l'ambition,
jamais assouvie, de son médecin.
En l/i81, après une attaque d'apoplexie, survenue
comme il sortait de table, le roi a presque perdu
l'usage de la parole \ Dès ce moment, il passe par
des alternatives d'amélioration et de rechutes succes-
sives ; il se croit entouré de dangers imaginaires,
fait murer son château de Plessis d'une véritable
enceinte de fer.
Un jour, il se figure que son corps exhale une
odeur infecte et il s'inonde de parfums des pieds à la
tête. Une autre fois, il s'avise que la musique le
soulagera et les joueurs sont aussitôt comman-
dés pour l'égayer. Privé de la chasse, une de ses
distractions, il prend plaisir à faire chasser par ses
chiens, dans ses appartements, des rats et des souris.
* Sur cet incident morbide elles autres maladies de Louis XI, voir nos
Morts mystérieuses de l'Histoire, chapitre Louis XI.
LE MÉDECIN DE LOUIS XI l3
Il consulte charlatans et devins, a recours à tous
les remèdes naturels et surnaturels, se fait apporter
la sainte ampoule de Reims \ va jusqu'à se faire
envoyer des reliques par le sultan.
On équipe deux navires pour aller quérir « quelque
chose pour la santé du roi ». Quelque chose, une
drogue exotique apparemment, dont on attendait les
meilleurs effets.
On mande d'Allemagne un chirurgien du nom de
Sixte ■'. On fait venir un médecin en renom de Reims,
' Voici la lettre qu'il écrivit, à cette occasion, à l'abbé de Saint-Rémy
de Reims :
« De par le Roy.
« Cher et bien-aimé, nous avons vu les lettres que vous avez escript,
et sçavons très-bon gré de la belle messe et des prières que vous et vos
religieux avez fait et faites pour nous.
« Nous vouldrions bien, s'il se pouvoij, faire, avoir une petite goutte
de la sainte ampoulle. Et pour ce, nous vous prions que vous advisiez et
enquerres s'il se pourroit faire d'en tirer un peu de la fiole où elle est,
sans péché n\- danger. Et si ainsi est qu'on le puisse faire, vous-mesmes
rapportez-nous-en en quelque part que nous soyions. Car plus grand plai-
sir ne nous pourriez faire. Mais à tous vous prie que vous advisiez bien
comment il se pourra faire.
« Donné à Saint-Laurent-de-la-Roche, le 17 d'avril (1483).
« Signé : Loys. » — Et au-dessous : « Parent. »
La précieuse gouttelette fut, en effet, apportée à Sa Majesté, et, le
30 juillet suivant, la cour du Parlement se rendait, à cheval, jusqu'à
Saint-Antoine-des-Champs. où se trouvait l'ampoule renfermée dans une
petite « capse » recouverte d'un drap d'or. — A. Ch. (Éphémérides médi-
cales, de l'Union médicale, 17 avril 1873).
* Ce chirurgien ayant amélioré l'état du monarque, fut fait chevalier
l4 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Gérard Cochet, une matrone ou sirurgienne, Guille-
mette Duluys. Et tout cela ne sert de rien, et tout
cela n'empêche pas le roi, comme dit Comynes, de
passer « par là où les autres sont passés ».
En dépit des chirurgiens et apothicaires \ Louis XI
mourait le 30 août 1483. Son médecin devait lui sur-
vivre vingt-deux ans : il ne succomba, en effet, que le
29 octobre 1506.
Comme il a, dans sa vie, beaucoup péché, Coitier,
arrivé aux portes de l'éternité, ne songe plus qu'à
racheter ses fautes passées. Deux églises, seize con-
grégations participent à ses libéralités posthumes.
Tous ses filleuls, et ils étaient en nombre ; des pau-
conseiller, et reçut en don, le 3 juillet 1483, les magnifiques hôtels de
Paris, de Flandre, d'Artois et de Bourgogne, que Marguerite, héritière
des comtes de Flandre et d'Artois, avait apportés en dot à Philippe de
France, quatrième fils du roi Jean. Sixte reçut encore la Seigneurie de
Conflans, près Paris, seigneurie que Louis XI avait déjà donnée, deux
ans auparavant, à Jean de Saint-Omer, mais qu'il en déposséda pour
récompenser le chirurgien allemand {Union médicale, 19 septembre 1861).
' Et nous devons ajouter des astrologues, car il avait à son service
des médecins astrologiens, dont les noms ont été conservés, ainsi que
les indications des honoraires dont les gratifiait le roi. (V. les Archives
historiques, artistiques et littéraires, t. I", 1889-1890, p. 362-364, et aussi
VUnion médicale, 1862, n" 98.) Sur les autres médecins de Louis XI, cf.
l'Union médicale, 1862, n" 110 et 125.
LE MÉDECIN DE LOUIS XI l5
vres orphelines en âge d'être mariées ; ses amis, ses
serviteurs, touchent leur part d'héritage ; seuls, deux
fils, nés d'un amour illicite, ne sont pas couchés sur
son testament, bien qu'ils eussent été légitimés par
le roi.
Pour couronner son œuvre de bien, le pécheur
repenti demanda à être inhumé dans la chapelle
Saint-Nicolas de l'église Saint-André-des-Arcs, qui
devint dès lors la chapelle des Coitier.
Enfin, par son testament, Coitier léguait sa biblio-
thèque au chapitre de Poligny ^, et fondait, dans l'église
de ce lieu, une messe quotidienne à perpétuité pour
le salut de son âme.
En devenant vieux le diable s'était fait ermite.
* On a voulu faire de Coitier un Berrichon, parce qu'il existe, à deux
lieues du Blanc, une commune du nom de Pouligny, autrefois Poligny. et
que, d'autre part, Coitier avait légué aux Pères Augustins du Blanc, en
Berry, une somme importante ; mais les actes authentiques, exhumés
par Chereau, détruisent cette assertion, qui a été, du reste, abandonnée
sans difficulté par celui qui l'avait émise {Comptes rendus des travaux
de la Société du Berry, 1862-1863, p. 248 et suiv.).
LE MÉDECIN DE RICHELIEU. — LA MALADIE DU CARDINAL.
I
« 11 serait intéressant de rechercher quel usage
ont fait, non seulement de leur influence mais de ce
droit de vie et de mort qu'ils ont eu sur leurs sem-
blables, les médecins appelés à donner des soins aux
hommes qui ont joué un rôle dans l'histoire K » 11 y a
là, en effet, des horizons insoupçonnés à découvrir
pour lepsycho-pathologiste. Comme le confesseur, le
médecin a été souvent le dépositaire de secrets ter-
ribles, parfois l'instrument de manœuvres criminelles,
qu'il a pu dissimuler sous le couvert mensonger de la
science. Dans d'autres circonstances, les médecins ont
rendu des services éminents, réclamés par la politique
ou les intérêts des personnages auxquels ils ont été
attachés : on trouve, dans l'histoire, les noms de Mi-
ron lié à celui de Catherine de Médicis, dont il fut le
confident; comme Louis de Bourges l'avait été de
* h'Histoive et la Philosophie dans leurs rapports avec la médecine,
par le docteur G. Sauckrotte (Paris, V. Masson, 1863, p. 111).
LE MÉDECIN DE RICHELIEU I7
François F; comme Vautier lo fut d'Anne d'Au-
triche; Gitoys, du cardinal de Richelieu.
Citoys naquit à Poitiers en 1572. A 23 ans, bache-
lier en médecine de l'école de Montpellier, il se fai-
sait recevoir bachelier de la Faculté de Poitiers
(18 décembre 1595). Le 6 mai suivant, il était candi-
dat à la licence. Les 25 et 26 octobre de cette même
année, « après un examen rigoureux » — cet examen
consistait à prendre au hasard unpassaged'Hippocrate
ou de Galien, sur lequel le candidat devait répondre
après vingt-quatre heures de réflexion — Citoys était
reconnu capable de recevoir le degré de licencié.
La Faculté lui avait accordé, par faveur spéciale, la
dispense de deux ans d'études et de deux examens
publics. Le 12 novembre, le nouveau gradué était
conduit par le doyen dans l'église Saint-Hilaire, de
Poitiers, « pour recevoir la bénédiction apostolique
de Maître Antoine Baron, vice-chancelier de cette
Université, qui lui a donné la licence, permission et
bénédiction accoutumées ». Deux jours après, le doyen
et les Régents de la Faculté, après avoir fait prêter
serment à l'impétrant « de garder et observer tous
les articles contenus es statuts de la dite Faculté, con-
cernant la licence », l'ont reçu et approuvé licencié et
lui ont délivré « les lettres signées de chacun d'eux,
scellées du sceau de la Faculté et contresignées du
sceau du doyen* ».
< Histoire de iancienne Faculté de médecine de Poitiers (1431-1793), par
iv-2
l8 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Citoys est reçu docteur le 19 janvier 1598 ; en 1609,
il fait partie de la délégation de professeurs, convo-
qués par le bedeau pour conduire l'aspirant au docto-
rat François Pidoux — un aïeul de La Fontaine ^ —
à la cathédrale.
Tous les docteurs-régents ont « la chappe rouge,
le chaperon fourré et le bonnet carré, orné du flot
d'or », insignes de leur dignité. Maître François Pi-
doux, seul, est revêtu de la chappe, du chaperon et
du bonnet «sans flot», qui le distingue de ses maîtres.
Citoys a été désigné pour lui conférer le bonnet,
l'anneau, le livre et les autres insignes du doctorat.
Citoys conquit rapidement un renom de savant
médecin et de bel-esprit. « Qu'on se batte désormais
d'estoc et de taille, écrit un de ses panégyristes ;
Citoys guérira tout et vite : hic cilô Ciiosius qui
medeatur erit ». Dès 1605, Scévole de Sainte-Marthe
parlait de lui comme d'un génie cultivé, qui ferait
honneur à sa patrie, à laquelle il promet « mille
Hippocrates en lui seul ».
Toutes ces qualités devaient plaire à Richelieu, qui
tenait à avoir auprès de lui un homme assez versé
dans son art pour lui donner des soins éclairés et
capable, d'autre part, de dissiper son hypocondrie.
le docteur Jean Jablonski, médecin de l'Hôtel-Dieu (parue en feuille-
ton, dans \c Républicain, de Poitiers, vers 1897, et qui nous a été commu-
niquée par l'auteur en février 1898).
• Cf. Chronique médicale, 1" avril 1898.
LE MÉDECIN DE RICHELIEU I9
On sait que Gitoys remplit à merveille les desseins du
cardinal ; la meilleure preuve en est que celui-ci
garda son médecin auprès de lui jusqu'à sa mort, c'est-
à-dire pendant plus de trente ans.
Citoys était entré au service de Richelieu en
1609 ^ Il fut non seulement son médecin, mais son
secrétaire : beaucoup de dépêches sont signées de sa
main. Le cardinal occupait un autre secrétaire, du
nom de Charpentier. Gitoys figure, en outre, sur
l'état des gages des domestiques du cardinal pour
1626*. Il ne paraît pas avoir abusé de sa situation.
Nous n'avons trouvé qu'une mention de l'interven-
tion du cardinal en faveur du personnage chargé de
veiller sur sa précieuse santé : en 16/il, Richelieu
s'interpose pour qu'on maintienne Gitoys à la mairie
de Poitiers. La mairie de Poitiers était alors élec-
tive. De par sa charge, le maire obtenait le titre
et le privilège de noblesse^. On voulait déposséder
Citoys de ce privilège. Richelieu écrivit alors ce
billet, conservé dans sa Correspondance :
Mon petit médecin m'importune de telle sorte que sa
mélancolie, sa triste flgure et sa raison me font... vous prier,
par ce billet, de trouver quelque repli en son affaire par
' D'AvENEL, Correspondance de Richelieu (Documents inédits de
l'Histoire de France), t. I, p. 88.
* Revue historique et nobiliaire, 1870-71, p. 459.
» BouLLAiNViLLiERS, Êlat de France, t, II, p. 98, édit n-f".
aO LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
lequel il puisse avoir contentement; car si ce petit bon
homme perd sa noblesse, il perdra l'usage de la raison et la
vie qui est nécessaire à la conservation de la mienne.
Poète facile autant qu'adroit courtisan, Gitoys
avait réussi à plaire à son illustre client. Il faisait des
vers pour distraire Son Éminence, qu'il savait amuser
par sa conversation pleine d'agrément. On n'a pas
oublié comment il fît rentrer en grâce auprès de
Richelieu Boisrobert, qui servait de bouffon au cardi-
nal. Pour toute ordonnance, il écrivit sur une feuille
de papier : Recipe Boisrobert. Richelieu comprit et
Boisrobert fut rappelé. Boisrobert, qui n'était pas un
ingrat, alla chantant partout que Citoys était le pre-
mier des médecins de son temps ; il le mit sur le
pied des plus doctes de la Faculté :
Outre nos maîtres uniformes,
Outre les Citoys, les Delormes,
Les Mayernes et les Valots,
Les Merlets et les Bourdelots,
Je pense avoir vu pour ma bile
Tous les charlatans de la ville ^
Le 2 avril 1608, Citoys avait été élu un des
soixante-quinze bourgeois du corps de ville ; il devint
pair et échevin de Poitiers, le 13 août 1638, après
* Bibliothèque historique etcritiqiie du Poitou (t. IV, p. l et suivantes),
par Dredx dd Radier. MDCCLIV.
LA MALADIE DE RICHELIEU 21
deux délibérations du Conseil de la commune lui
réservant la première place vacante, « à cause des
bons offices qu'il a rendus et rend journellement à la
ville » .
Après la mort de Richelieu, survenue le li dé-
cembre 164^, Gitoys revint se fixer définitivement
à Poitiers, où il séjourna encore dix ans; il y suc-
comba âgé de 80 ans, le 3 juillet 1652. Il avait été
doyen de la Faculté de cette ville pendant vingt ans,
sans remplir les devoirs de sa charge, retenu auprès
du personnage qui eut maintes fois recours à ses
bons offices.
II
On peut dire que Richelieu a été valétudinaire
toute sa vie. Il était à peine âgé de 22 ans qu'il était
sacré évéque de Luçon, où il avait pris la succession
de son frère, qui venait de se faire agréer aux Char-
treux.
Le nouveau prélat n'était pas installé depuis un
an dans cette masure qu'était la maison épiscopale de
Luçon, qu'il ressentait les premières atteintes de fiè-
vres intermittentes. Trois ans plus tard, au commen-
cement de 1611, les fièvres le minent de nouveau ; il se
plaint de maux de tête intolérables. Ces migraines obs-
tinées furent le tourment de sa vie. Il s'excuse auprès
22 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
d'un de ses correspondants de ne pas lui écrire, parce
« qu'il se meurt de la tête ». « Mon mal de tête me tue
de telle sorte, dit-il un autre jour, que je n'ose prendre
la hardiesse d'escrire à la Reyne, aiant l'esprit si mal
fait », Les remèdes étant restés sans effet, il eut re-
cours aux empiriques. On a de lui une épître, où il
remercie le général des Chartreux de lui avoir fait
cadeau d'une croix et surtout du « bon bézouart
(bézoard) ^ qui l'a tiré d'une si fâcheuse maladie».
« Vous avez voulu, lui dit-il, marier les remèdes spi-
rituels et corporels, afin de procurer la santé de mon
âme, et tascher de rendre à mon corps celle dont ily
a plus d'un an qu'il est destitué ».
En 1628, Marie de Médicis ne manquera pas d'en-
voyer à son ministre le bézoard qui lui avait si bien
réussi une première fois : Richelieu était alors occupé
au siège de La Rochelle. Sept ans auparavant, dans un
moment de désespérance, il s'était adressé au Ciel,
pour obtenir cette santé que les hommes ne pouvaient
lui garantir : il avait fait le vœu — s'il était délivré,
dans les huit jours, du « mal de tête extraordinaire »
dont il se plaignait — de fonder, en sa maison de Ri-
chelieu, une messe qui serait célébrée tous les diman-
ches de l'année.
Il convient de noter, dès à présent, cette persis-
* Voir, sur ce médicament employé jadis, nos Remèdes d'autrefois ;
Paris, Maloine, 1904.
LA MALADIE DE RICHELIEU 23
tance des migraines, depuis la jeunesse jusqu'à la
vieillesse prématurée du cardinal. C'est là un stig-
mate des plus nets du tempérament arthritique, af-
firmé par le cortège de symptômes dont fut
affligé Richelieu : hémorrhoïdes, ulcères, rhuma-
tismes, etc. Il suffit, d'ailleurs, de jeter les yeux sur
le portrait de Philippe de Champaigne, que nous re-
produisons, pour faire son diagnostic ; mais nous
devons apporter plus de précision et de rigueur dans
la reconstitution de l'observation clinique du grand
cardinal.
III
La première maladie que nous trouvons signalée
dans la Correspondance de Richelieu * date de 163/4. H
se plaint au roi d'un rhumatisme qui lui « court d'un
côté et d'autre » et qui, finalement, s'est localisé aux
mâchoires. Il s'en défend « du mieux qu'il peut », à
l'aide des « petits remèdes » que lui a prescrits son
« petit médecin ». Citoys avait alors toute sa con-
fiance ; ce médecin donnait également ses soins à la
belle-sœur de Richelieu et à son neveu, un enfant
débile qui mourut en bas âge ^.
L'année suivante (1635), Perdreau, l'apothicaire de
* Letlres et papiers du cardinal de Richelieu, par d'Avenel.
* Revue des questions historiques, 1" janvier 1869, p. 155.
24 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Monseigneur, lui fournit un compte de 127 bols de
casse, 75 clystères, sans préjudice de nombreuses
tisanes et médecineslaxatives, composées derhubarbe,
de sirop de fleurs de pêcher, « et autres selon l'ordon-
nance », le tout s'élevant à la coquette somme de
1.401 livres 14 sols, pour la seule personne du
cardinal, et pendant un an seulement ^ Comme le
dit notre confrère Corlieu '^ c'était le bon temps pour
les apothicaires !
En sa qualité de constipé permanent, Richelieu fut
toute sa vie en butte à cette pénible incommodité qui
se nomme hémorrhoïdes. Cette infirmité fut le tour-
ment de sa vie. « Le cardinal estoit subject aux hé-
morrhoïdes, conte Tallemant^ et Juif Tavoitune fois
charcuté à bon escient ». Ce Juif ^ était le chirurgien
qui avait opéré le poète Voiture, dont la gratitude se
traduisit dans ces vers :
J'ai reçu deux coups de ciseau
Dans un lieu bien loin du museau,
Landerirette,
Je m'en porte mieux, Dieu merci,
Landeriri,
' Collection de documents pour servir à l'histoire des hôpitaux de
Paris, t. IV, par Brièle ; Paris, MDCCCLXXXVII, p. 301.
* Revue scientifique, 24 septembre 1898.
^T. II. édition in-12, p. 229.
* Voir à son sujet l'Index funereus, de J. Devaux, p. 44.
LE CARDINAL DE RICHELIEU
LE CARDINAL DE RICHELIEU
LA MALADIE DE RICHELIEU 25
Le médecin qui réussissait si bien à guérir les
poètes eut la main moins heureuse quand il s'agit du
cardinal. En désespoir de cause, celui-ci eut recours,
selon son habitude, à la médication surnaturelle : ilfit
venir les reliques de saint Fiacre, qui passaient pour
souveraines dans la maladie dont il était affecté :1a res-
semblance du mot fie ^ avec le nom du saint avait fait
placer cette infirmité sous l'invocation de ce dernier.
Les ennemis du cardinal n'eurent garde délaisser
passer Foccasionde lui décocher leurs traits; la poésie
suivante, dont nous ne donnons que de courts
extraits, courut sous le manteau :
...Celuy dont la fureur
Remplit toute l'Europe et de sang et d'horreur,
Recherche les saints lieux, réclame les reliques,
Couvre de piété ses humeurs tyranniques.
Les rares qualitez de ce grand favory
S'étoutleront bientôt, s'il a le cul pourry.
Chirurgiens affronteurs, dont la vaine science
A trompé le puissant ministre de la France,
Vous ne méritez pas d'avoir part aux honneurs,
Vous n'aurez plus ce digne objet de vos labeurs.
Vos consultations ne sont que des chimères.
Pour guérir ce derrière il faut de grands mystères.
* Sur l'étymologie et l'origine du mot, voir le Glossaire de Du Cange,
au mot Ficus, t. III, p. 280, col. 3, et LeDlcuat, Remarques sur le chapitre
11, liv. II, de la Confession de Sancu.
26 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Retirez-vous d'icy, podagres et teigneux,
Saint Fiacre n'a plus de vertu dans ces lieux...
Ce bon saint, délaissant son temple et ses autels,
Abandonne le soin du reste des mortels.
Le poète énumère ensuite les personnages dési-
gnés pourrapporter les reliques :
Nogent S le plus falot de tous les favoris,
Avec un plein pouvoir est party de Paris
Pour ravir cet ancien protecteur de la Brie,
Enlever saint Fiacre du sein de sa patrie...
Deux graves députez chargez de la conduite
Mettent par les chemins tous les galleux en fuite,
Reservant la vertu de ce vol pretieux
Pour donner guerison à ce cul glorieux.
Thetis, doyen de Meaux, en habit magnifique.
Doit être le premier porteur de la relique ;
Le bon docteur Julien, quoy qu'en très grand emoy.
Prête son ministère à ce plaisant esbat.
Qui ressemble à celui qui se fait au Sabbat.
Armand dedans son lit reçoit cette ambassade
Et, la face tournée, offre son cul malade...
« L'orateur, étonné de cette pourriture », se plaint
* Nogent, c'était Bautru, un des amuseurs du cardinal. Sa femme, qui
craignait qu'on prononçât son nom à l'italienne, ne se faisait appeler que
Mme de Nogent (F. Barrière, la Cour et la Ville, p. 32).
LA MALADIE DE RICHELIEU 27
qu'on ait dérangé pour rien Monsieur Saint Fiacre.
Ignorait-on donc que celui-ci « ne guérit pas un phan-
tome sans corps »,
Que sa vertu ne peut ressusciter les morts...
Que ce cul est déjà le partage des vers,
Et que l'àme d'Armand est le prix des enfers.
Ainsi tous murmurans, députez et reliques,
Crient qu'on les a pris pour de vrais empiriques ;
Qu'on les a fait venir pour soulager un mal
Dont le Ciel, juste auteur, punit ce cardinal...
Cet impie est frappé, mais non pas dans le cœur :
Un poltron n'eut jamais cette marque d'honneur ;
Sos dos, son cul, rongez, serviront de victimes
Et d'expiation aux horreurs de ses crimes *.
Ce pamphlet, un des plus virulents qui aient été
écrits contre Richelieu, ne nous renseigne qu'impar-
faitement sur le mal dont était affecté le cardinal. Nous
avons dit plus haut que le fie avait été placé — par
analogie de nom. — sous la protection de saint Fiacre.
Or, qu'entendait-on par /ic ^ ? Il y a tout lieu de croire
qu'on désignait autrefois, sous ce terme générique, la
plupart des excroissances ou végétations péri-anales,
fluentes et ulcérées, tels que : hémorrhoïdes, condy-
lomes, etc. Dans le cas de Richelieu, il paraît s'agir
* Variétés historiques et littéraires, revues et annotées par M. Edouard
FoDRNiER ; Paris, Jannet, MDCCLVII, p. 231 et suiv.
» Voir Chronique médicale, 1900, pp. 86 et 510 ; 1901, pp. 55 et 328.
28 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
plutôt d'hémorrhoïdes et non, comme certains l'ont
présumé, d'ulcérations tuberculeuses ou cancéreuses,
encore que l'hypothèse de tuberculose ne soit pas tant
déraisonnable qu'elle le semble à première vue
On a dit que le cardinal était mort '( d'une horrible
gangrène* qu'il avait à l'anus, étant au bassin ».
Cette gangrène était-elle de nature épithéliomateuse
ou bacillaire, il est bien difficile, à distance, de le dé-
terminer.Cependant le malade a eu, dans les derniers
temps de sa vie, des abcès, sur la nature desquels il
n'est guère possible de se méprendre ; mais n'arri-
vons pas au dénouement avant d'avoir vu la pièce.
IV
Il est un épisode de la vie morbide du cardinal qui
mérite d'être exposé avec quelques développements.
Au mois de novembre 163*2, le cardinal revenait
« d'assoupir les troubles du Languedoc » et était
arrivé à Bordeaux, très souffrant. C'est à cette époque
que se rapporte la visite que lui fit le duc d'Epernon
et dont un historien ^ a parlé en ces termes :
L'irritation de la vessie, l'impossibilité d'uriner, semblent
du premier coup l'approcher de la mort... Pour comble, le
vieux coquin d'Epernon (il touchait aux quatre-vingts ans)
* Cf. Chronique médicale, 1898, p. 59.
* MicHELET, Richelieu et la Fronde.
i
LA MALADIE DE RICHELIEU 29
vient, chaque matin, à grand bruit, avec toute une armée
de psadassins, pour lui tàter le pouls et le voir au visage, lui
aigrissant son mal par des accès de peur...
On disait qu'il allait mourir. On dansait. Le bal ne dura
pas, et la joyeuse cour revint au sérieux tout à coup, ap-
prenant deux nouvelles qui changeaient le monde : Richelieu
avait uriné, et Gustave-Adolphe était mort*.
Richelieu avait eu, en effet, une rétention d'urine
et c'est un maître chirurgien de Bordeaux, du nom
de Mingelousaulx, qui, en se servant de bougies ca-
nulées de son invention, au lieu d'algalies qu'on em-
ployait communément, fut assez heureux pour rendre
perméable le canal de l'auguste Eminence.
D'où provenait le mal ? D'un abcès, qui s'était formé
« vers l'extrémité inférieure des muscles fessiers »,
par suite « d'un dégorgement des hémorrhoïdes »
auquel le malade était sujet.
Le voisinage de cet abcez fit une inflammation et une
compression du col de la vessie qui causèrent à cette Emi-
nence une suppression d'urine dans laquelle il demeura
plus de trois jours; les grandes douleurs de cet abcez, les
fréquentes envies d'uriner, la tension de tout le bas-ventre,
mirent ce grand ministre sur le bord de la fosse; M. Séguin,
* On trouvera un récit beaucoup moins piquant, mais beaucoup plus
fidèle, de la peu amicale visite de Jean-Louis de Nogaret à Richelieu,
dans VHistoire de ta vie du duc d'Épemon, par Guillaume Girard (édi-
tion de 1630, in-4°, p. 479).
3o LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
médecin de la Reine-Régente, depuis mère de notre invin-
cible monarque, M. Cytoys, médecin de cette Éminence, et
Leroy son chirurgien, se trouvèrent bien embarrassez dans
cette conjuncture, ils appelèrent à leurs secours MM. François
Jopes et Jean Maures, tous deux professeurs du Roy en mé-
decine dans l'Université de Rordeaux et médecins jurés de
la Ville.
Ces praticiens ayant avoué leur impuissance, on
fit appel aux lumières du sieur Jean de Mingelou-
saulx, maître chirurgien juré delà ville de Bordeaux,
qui proposa
de faire pisser monseigneur de Richelieu par le moyen de
ses bougies canulées, et comme elles étoient inconnues aux
médecins de la Cour, il les fallut faire voir, et leur faire
observer que par leur corps doux, souple et pliant, elles ne
pouvoient en aucune manière blesser, ni piquer le col de la
vessie comme font ordinairement les algalies, ce qui ayant
esté reconnu et goûté par tous les consultants, et par les
assistants, on le fut dire à M. le Cardinal malade.
Celui-ci demanda qu'on lui présentât l'innovateur ;
il voulut également voir les bougies, s'informer si leur
passage serait douloureux, et comment il devait se
placer pour l'opération, « puisque son abcez ne lui
permettoit pas de demeurer assis et qu'estant couché
sur le dos, ou sur le costé, la situation n'estoit pas
avantageuse n'y pour introduire la bougie, n'y pour
rendre l'urine ».
LA MALADIE DE RICHELIEU 3l
Le chirurgien lui proposa de se tenir debout, en se faisant
soutenir par ses valets de chambre sous les bras. Grâce à
cette attitude, la première bougie canulée passa fort douce-
ment et son Éminence pissa si commodément et avec tant de
joye qu'elle l'appela Ile chirurgien) son père par plusieurs
fois, et l'urine vint si abondamment qu'Elle en rendit
4 livres, poids de marc, car elle fut pesée, gardée et veue de
toute la Cour. Son Éminence eut une joie inconcevable de se
voir hors de ce grand péril, tous ses amis en furent ravis,
et peut-être jamais chirurgien du royaume ne fut si caressé,
ny loué, par tant de grands hommes, que mon père (c'est le
récit même du lils de l'opérateur que nous rapportons) le
fut en cette occasion, lequel, à cause de son âge avancé, et
des douleurs de la pierre qu'il avoit dans la vessie, s'excusa
de suivre Monseigneur le cardinal qui le vouloit mener à
Paris, et lui donner des appointements très considérables^.
Cet « abcès au fondement » avait donné beaucoup
d'inquiétude aux médecins, plus encore qu'à l'entou-
rage du cardinal. Dans une lettre qu'adressait au roi
Ghâteauneuf, lettre écrite de Bordeaux le 12 novembre
de l'année précitée, celui-ci annonçait à Louis XIII
que son ministre avait été « travaillé d'une fluxion
sur les reins, qui s'est terminée par une rétention
d'urine qui le contraint de séjourner ici deux ou trois
jours» ; il ajoutait que le malade n'avait pas de
fièvre,
La guérison ne vint pas aussi vite que l'avait es-
* Chronique médicale, 1" février 1903, p. 77-78.
32 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
péré Châteauneuf, lequel avouait, trois jours plus
tard, que « les accidents avaient donné aux médecins
une grande appréhension ».
Le père Joseph écrivait, de son côté, que la dou-
leur provenait « d'un pus qui s'était formé au col de
la vessie » et qui, sorti avec l'urine, l'avait beaucoup
soulagé *. Le cardinal était « fort faible, pour avoir
' A la date du 24 novembre 1632, Citoys, récemment nommé doyen de
la Faculté de Poitiers, et qui avait confié, en son absence, l'administra-
tion de la Faculté au sous-doyen M. de Rafou, écrivait à ce dernier la
lettre suivante, que nous exhumons de la publication de M. le docteur
Jablonski (feuilleton du Républicain, de Poitiers, n» 30) :
« Monsieur DE P»afou, docteur en la Faculté de médecine de Poitiers.
« Monsieur, il n'y a rien si inconstant que la Cour. Je m'estois promig
par la disposition que je voyois aux affaires que je pourrois voir à l'entrée
de ces Advents commencer les principes de nos escoles et en bonne com-
pagnie de MM. Bouvard et Séguin, mais le désir qu'a eu le Roy de se
rendre au plutôt à Versailles, a fait passer M. Bouvard par le Limosin,
Et la maladie de Monseigneur le Cardinal a donné occasion à la Reine de
commander à M. Seguin de demeurer près de luy avec moy, comme il y
est de présent. Le mal de Mondit Seigneur a esté un grand abscès inter
anum et coccygyum, qui avant suppurer luy a donné mille douleurs et
fièvre assidue avez une ischurie, qu'un chirurgien de Bordeaux nous a
fait cesser par une bougie cannulée sans laquelle notre homme sufTo-
quoit.
>' L'abscès a suppuré et ayant tesmoigné quelques exitures (abcès qui
suppure) au dehors s'est retiré au dedans et est allé s'ouvrir dans la vessie.
Depuis ne se vuidant pas par là suffisamment nous avons appliqué un
cautère à la tumeur où ayant passé la lancette nous en avons tiré à plu-
sieurs fois plus de cinq palettes de pus. Et nonobstant de cela il n'a laissé
de se faire un autre petit abcès ou tubercule au col de la vessie qui a
pareillement suppuré et s est vuidé par les urines. II ne nous reste plus
LA MALADIE DE RICHELIEU 33
passé plusieurs jours sans dormir et avoir été saigné
plusieurs fois ».
La convalescence fut longue et le cardinal eut de la
peine à se remettre de la secousse.
A cette époque, le roi n'était pas moins malade que
son ministre, qui prenait plus de souci de la santé
de son souverain que de la sienne propre : en 16/i2,
Richelieu envoyait un de ses médecins, Chicot, et un
de ses chirurgiens, Bomtemps, auprès de Louis XIII,
affligé, lui aussi, d'hémorrhoïdes.
A ce moment même, le cardinal souffrait cruelle-
ment : selon sa propre expression, on ne pouvait le
« porter d'un lit à l'autre, sans d'extraordinaires
douleurs ». Ne pouvant souffrir ni litière ni carrosse,
il voulut remonter le Rhône jusqu'à Lyon, « dans un
que de mondifier nos ulcères et empescher la fistule. Tout cela me ren-
voj"e bien loin de ce que j'avais proposé de me trouver à nos principes.
Et partant vous ne laisserez pas s'il vous plaist de les faire faire quand
il plaira à la compagnie. Je ne pense pas estre plutôt par delà que vers
Noël, en attendant l'honneur de vous voir je demeure, Monsieur,
« Votre très humble serviteur,
« CiTOYS.
» De Saint-Fort-en-Saintonge, ce 23 novembre 1632.
« Nous allons donner du repos à notre malade à Saujon et volontiers à
Brouage qui n'en est qu'à trois ou quatre lieues. »
iv-S
34 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
bateau où Ton avait bâti une chambre de bois, tapissé
de velours rouge cramoisi à feuillages, le fonds étant
d'or ». Quand son bateau abordait la terre, il y avait
un pont de bois, qui du bateau allait au bord
de la rivière. Après s'être assuré qu'on pouvait
débarquer sans danger, on sortait le lit dans lequel
le cardinal était couché, Six^ hommes, choisis parmi
les plus forts, le portaient avec deux barres et « les
liens où les hommes mettaient les mains étaient
rembourrés et garnis de buffeteries ».
Ces hommes portoient le lit et le dit seigneur dans les
villes ou aux maisons auxquelles il devoit loger. Mais ce dont
tout le monde etoit étonné, c'est qu'il entroit dans les mai-
sons par les fenêtres ; car auparavant qu il arrivât, les ma-
çons qu'il menoit abattoient les croisées des maisons ou
faisoient des ouvertures aux murailles des chambres où il
devoit loger et après on faisoit un pont de bois qui venoit de
la rue jusque aux fenêtres ou ouvertures de son logis ^.
On le transportait de la sorte dans sa chambre
sans lui faire monter des degrés, afin de lui éviter
toute secousse.
Il avait, en effet, besoin de grands ménagements.
Dans une lettre écrite au roi par de Chavigny,
confident du cardinal, il est fait mention, à la date
* D'aucuns disent 12 (Montglat) ; Pontis en compte 16 ; Tallemant va
jusqu'à 24.
' Variétés historiques et littéraires, par Ed. Fournier, t. VII, p. 339 et suiv.
LA MALADIE DE RICHELIEU 35
du 23 avril (l6/i2) * d'un abcès survenu au bras droit
de Richelieu, pour lequel on a réclamé l'intervention
du chirurgien.
Le 6 mai, une nouvelle fluxion se produit; l'an-
cienne plaie s'est rouverte et jette du pus en quantité.
On parle, écrit le malade, « de jouer des couteaux, à
quoy j'aurai bien de la peine à m'y résoudre, n'ayant
plus ny force ni courage pour cela ». Deux jours plus
tard, il est décidé qu'on lui fera une ouverture dans le
pli du bras, mais on craint d'y rencontrer et de couper
la veine.
Le roi offre à son ministre de lui dépêcher ses
médecins.
Le 17 mai, un petit abcès nouveau s'est manifesté
dans le pli du bras, au-dessus de la première ouver-
ture; le malade a un cri de découragement, malgré
l'énergie dont il a donné de si nombreuses preuves.
Bien que ses chirurgiens l'assurent que son état
s'améliore, il n'ajoute pas foi à leurs dires, et com-
mence à douter de leur parole.
Les pamphlétaires reprennent leur triste besogne.
Des poètes de bas étage raillent l'ulcère du cardinal :
' Dès le 11 avril, Sublet des Noyers, intendant des Finances sous
Louis XIII, écrivait de Narbonne au maréchal de Brézé que « S. E.
souffre toutz les jours de nouveaux maus par les incisions que ceste
cruelle Faculté fait faire à son bras ». Revue des Autographes, avril 1905,
p. 16.
36 LE CABINET SECRET DE l'hiSTOIRE
Il vit grouiller les vers dans ses salles ulcères,
11 vit mourir son bras.
Son bras qui, dans l'Europe, alluma tant de guerres,
Qui brusla tant d'autels *...
Ces abcès au bras non seulement lui causaient des
douleurs atroces, mais encore lui avaient enlevé tota-
lement l'usage de ses mains; de telle sorte que, le
23 mai 16Zi2, étant encore à Narbonne, en l'hôtel de
la vicomte, après avoir dicté ses dernières volontés
(tant il se sentait frappé), il lui fut impossible d'y
apposer sa signature ; «. d'autant, lit-on à la fin
de son testament, qu'à cause de ma dicte maladie
et des abcès survenus sur mon bras droit, je ne puis
escrire ny signer; j'ay fait escrire et signer mon tes-
tament, contenant seize feuillets et la présente page,
par le dit Falconis, notaire royal; après m'en être
fait faire lecture distinctement et intelligiblement"^ ».
VI
Nous avons vu comment on le transporta à Lyon,
où il fit décapiter Cinq-Mars et de Thou, et d'où il se
^ Les Derniers jours de Richelieu, par Paul Servant, docteur en méde-
cine; Paris s. d. (vers 1887), imprimerie Charles Blot, rue Bleue, 7.
* AuBERY, Hist. du cardinal de Richelieu, p. 625.
LA MALADIE DE RICHELIEU 3/
dirigea, par Roanne, Montargis et Nemours, sur
Fontainebleau, où il coucha.
Le 17 octobre, il arrivait à Paris ' ; les commissaires
des quartiers eurent ordre de faire nettoyer les rues,
depuis le port Saint-Paul, où il quitta son bateau,
jusqu'à l'hôtel de Richelieu.
Il fut porté dans son lit. Quelques jours après, une
amélioration inattendue se produisait : les plaies de
son bras s'étaient fermées ; il eut pendant quelques
jours l'illusion d'une guérison prochaine. Il congédia
son chirurgien, qui était resté six mois auprès de
lui, en lui faisant donner 800 pistoles.
A Ruel, où il s'était rendu, il reçut la visite de la
reine. Le cardinal s'assit à côté d'Anne d'Autriche
« dans une chaise semblable à celle de Sa Majesté,
à cause de son indisposition ». Le 15 novembre, il
faisait représenter, sur la scène du Palais-Cardinal,
une tragi-comédie; mais l'état de sa santé, qui s'était
de nouveau dérangée, ne lui permit pas d'assister à
la représentation. Les inquiétudes renaissaient; les
rougeurs « paraissaient quelquefois à son bras, et
il consultait à tout moment les chirurgiens^ ».
On croyait à une accalmie quand, tout à coup, dans
la matinée du 29 novembre, Richelieu fut pris d'un
1 Avant de rentrer à Paris, il se rendit aux eaux de Bourboa-Lancy
« pour se faire appliquer de la boue sur son bras ». Il y resta dix jours
(Servant, op. cit., p. 22).
* Archives des Affaires étrangères, France, 844, f° 144, cité par Servant.
38 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
frisson suivi de fièvre et d'une grande douleur de
côté. On le saigna deux fois ; les médecins espé-
raient encore que le mal ne serait que passager. La
nuit qui suivit ne fut pas trop mauvaise ^
Le roi envoya Bouvart, son médecin, auprès du car-
dinal ; l'archiâtre déclara, après examen, qu'il s'agis-
sait d'une pleurésie. Citoys était près de partager
cette opinion, que combattit « M. Kurtaud, médecin
de M. le grand ministre ». Selon ce dernier, il s'agis-
sait d' « un rhumatisme superficiel et la fluxion n'était
pas interne ».
Le lendemain, lundi, vers 3 ouZiheures aprèsmidi,
«il eut de grands redoublements, accompagnés d'un
crachement de sang et d'une difficulté de respirer, et
la nuit ayant été fort mauvaise, il fut encore saigné
deux fois, sur l'avis et en présence du sieur Bouvard,
médecin du roy ^ ».
Le mardi matin, grande consultation. Le malade de-
mandaauxmédecins jusquesàquand il pourrait encore
vivre ; qu'ils le lui disent franchement, puisqu'il était
bien résolu à la mort. Après avoir balbutié quelques
1 Nous suivons, pour la relation de cette dernière maladie du cardinal,
outre les récits contemporains, recueillis par le docteur Servant, dans sa
brochure, « la Lettre à monseigneur le marquis de Fontenay-Mareuil,
ambassadeur de Sa Majesté à Rome, sur le trépas de monseigneur l'Emi-
D entissime cardinal duc de Richelieu », parue dans les Archives
curieuses de l'Histoire de France, de F. Danjou, 2' série, t. V, p. 347
et suiv.
' Histoire du cardinal de Richelieu, par Aubery; Paris, 1660
LA MALADIE DE RICHELIEU 89
excuses et qu il n'y avait encore rien de désespéré,
la Faculté se prononça : elle ne jugeait pas que le
malade irait au-delà du 7. — « Voilà qui est donc
bien », répliqua-t-il simplement. Vers le soir, la
fièvre ayant redoublé, on pratiqua une nouvelle
saignée. Le lendemain, Bouvart assurait au roi que
le cardinal ne passerait pas la journée; mais, dans
la soirée, un médecin de Troyes, nommé Lefebvre,
lui ayant donné une pilule de sa composition, il s'en
suivit un soulagement marqué et la nuit se passa
avec plus de repos et moins de fièvre.
Le mercredi, sur les cinq heures du soir, il parut
si fort soulagé après la prise d'une seconde pilule,
semblable à la première, « qu'on le crut quasi tout
à coup hors de danger » . La nuit qui suivit fut rela-
tivement calme.
Le lendemain jeudi, au matin, il prit médecine,
qui opéra si heureusement, que ses domestiques ne
doutaient pas de son prompt rétablissement. « La
matinée se passa de la sorte dans l'attente de la
santé ». Tout le monde s'était peu à peu retiré, les
uns pour aller prendre du repos, les autres pour
aller manger. Fort peu après onze heures, le cardi-
nal tomba en faiblesse. Il eut tout juste la force de
dire à sa nièce : « Je suis bien mal, je vais mourir ;
je vous prie de vous retirer ; votre tendresse m'atten-
drit. » Quelques cuillerées de vin qu'on réussit à lui
faire prendre le ranimèrent un moment. Il eut un
40 LE CABINET SECRET DE LHIS FOIRE
hoquet convulsif, puis un second, a sans force ni vio-
lence » : c'était la fin. Quand le médecin et les dix
ou douze personnes qui étaient dans la chambre
eurent jugé, « par l'approche de la bougie et autres
marques », qu'il était mort, le R. P. Léon lui ferma
les yeux, puis le baisa au front, en prononçant ces
paroles : Ainsi passe la gloire du monde !...
VII
L'ouverture du corps fut faite, et les résultats de
cette opération sont indiqués dans cette lettre de
Gui Patin à son ami Ch. Spon :
Rien n'est arrivé ici, écrit, à la date du 12 décembre 1642,
le satirique, que la mort de M. le cardinal de Richelieu le
jeudi à midi 4 décembre. In disseclo cadavere deprehensus
est abcessus insignis in parole infima Ihoracis, a quo mirum
in modum premebalur diaphragma (à l'autopsie, on a trouvé
un énorme abcès à la partie inférieure du thorax \ et qui
comprimait fortement le diaphragme)... Tout le sang qu'on
lui a tiré était très pourri, sans aucune fibre, avec une séro-
sité laiteuse... Le quatrième jour de sa maladie, desperan-
* « On lui trouva, dit Aubery {Histoire du cardinal de Richelieu), deux
apostumes dont il y en avait une de crevée, et tout le poumon gâté;
mais les autres parties étaient saines et belles. »
LA MALADIE DE RICHELIEU ^l
libus medicis^ on lui amena une femme qui lui fit avaler de
la fiente de cheval dans du vin blanc, et trois heures après
un charlatan qui lui donna une pilule de laudanum, et omnia
frustra : contra vim mortis non est medicamen in horlis
(contre la force de la mort il n'est pas de médicament en nos
jardins). Il sera enterré en Sorbonne...
De ce document, il résulte que Richelieu succomba
à une pleurésie purulente ou à une pleuro-pneu-
monie, probablement de nature tuberculeuse. Il était,
en effet, considérablement émacié dans sa dernière
maladie et cette faiblesse, cet épuisement, provenait
vraisemblablement de la fièvre hectique, qui le mina
plusieurs mois durant, fièvre caractéristique de la
phtisie.
Une pièce de l'époque parle de deux abcès qu'on
lui trouva au-dessus du poumon ; comme le suppose
le docteur Servant, ces abcès ne pouvaient être que
des cavernes pulmonaires. Une autre cause, ajoute
notre confrère, avait encore affaibli le malade : la
longue suppuration du bras, qu'on peut rapporter
aune ostéite tuberculeuse. Le traitement qu'on infli-
gea au cardinal, surtout les saignées répétées, ne
purent que hâter sa fin.
' « Le lendemain, 3 du courant, qui estoit mercredy au matin, les mé-
decins l'abandonnèrent aux empiriques, voyans qu'ils n'avoyent plus de
remèdes en leur pouvoir, à cause que l'inflammation estoit à la poictrine
et que la douleur du costé alloit d'un costé à l'autre, si bien que sur les
onze heures le bruict de sa mort couroit par toute la ville... » (Extrait
d'une relation du temps, publiée par la Revue historique.)
42 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Les chirurgiens qui firent l'autopsie du cerveau
lui trouvèrent « tous les organes de l'entendement
doubles et triples », ce qui passa, dans Topinion, pour
un véritable miracle. Mais qu'entendait-on par or-
ganes de l'entendement ? On ne connaissait pas
encore les localisations cérébrales ; on ne pouvait
donc indiquer avec précision le siège des facultés.
Quant à en déduire « cette vivacité admirable qu'il
avait à concevoir sur le champ les choses les plus
difficiles ; cette netteté à éclaircir les plus em-
brouillées ; cette sérénité de jugement à prendre ses
résolutions^ », c'est de la phraséologie de courtisan,
et rien autre chose.
Le chirurgien qui avait fait l'ouverture de la tête,
pour en retirer le cerveau, avait relevé des singula-
rités non moins extraordinaires que celles qui pré-
cèdent.
Il avait remarqué d'abord que les deux tables du
crâne étaient minces et poreuses, et qu'aux endroits
les plus épais « il y avait peu de cette substance spon-
gieuse et osseuse qu'on appelle disploé [sic), en sorte
que d'un coup de poing on aurait pu facilement en-
foncer ce crâne, qui est extrêmement dur et épais
dans les autres, pour résister aux impressions du
dehors qui ne sont pas trop violentes ».
* Lettre de Fontenay-Mareuil, précitée.
LA MALADIE DE RICHELIEU [\Z
Ce qui suit sort du domaine scientifique, mais n'en
a pas moins son intérêt :
... « Ayant ouvert le cerveau, — il s'agit toujours
de celui qui pratiqua l'autopsie, — il le trouva tout
grisâtre et d'une consistance bien plus ferme qu'à
l'ordinaire. Il élaii d'une odeur suave et agréable^
au lieu qu'il a coutume d'être blanchâtre, mol, aqueux,
et d'une odeur un peu fétide. »
Nous nous expliquons aisément cette particula-
rité : Richelieu faisait parfumer sa chambre « toute
de musc et d'ambre », sans doute pour chasser les
mauvaises odeurs qui se dégageaient de sa personne,
et, comme le dit un écrivain satirique du temps :
Pour modérer un peu l'odeur puantissime,
Qui sort du cul pourry de l'éminentissime ^.
Rien de surprenant donc que son cerveau embaumât.
Chez un homme dépassant la commune mesure, tout
devait, du reste, sembler prodigieux, extraordinaire,
et les hyperboles posthumes les plus outrées étaient
trouvées toutes naturelles.
^ Sur l'enlèvement des reliques de saint Fiacre apportées de la ville
de M eaux pour la guérison du cul de Monsieur le cardinal (Bibl. Car-
navalet, ms. 11956).
l'odyssée d'un CRANE. — LA TÊTE DU CARDINAL
I
Par une fatalité inconcevable, l'homme devant qui
avaient tremblé les puissants de ce monde, le cardi-
nal tant redouté de son vivant, n'allait plus goûter
le repos, du jour où il entrait dans la paix éternelle.
Au lendemain de sa mort, son tombeau * avait failli
subir une première profanation. Le ministre avait
accumulé tant de haines pendant sa vie, que des gens
du peuple ne parlaient de rien moins que de jeter le
corps à la voirie, menace qu'ils n'auraient pas man-
qué d'exécuter, si les docteurs de Sorbonne n'avaient
jugé prudent de faire disparaître momentanément le
cercueil.
Le tombeau de Richelieu fut respecté jusqu'à la
Révolution. Le 19 frimaire an II (l*"" décembre 1798),
ordre était donné de fouiller les cercueils de la Sor-
bonne, sur la déclaration faite par un membre du
* Ce tombeau, situé au centre du chœur de l'église, fut placé là où
étaient autrefois les latrines du collège de Cluny!
l'odyssée d'un CRANE 45
Directoire, le sieur Leblanc, qu'il y existait « un dé-
pôt soupçonné enfoui dans la ci-devant église ».
En conséquence, les caveaux étaient ouverts et
fouillés officiellement les 19, 20, 21, 22 et 23 du
même mois (l^*" au 5 décembre).
D'après un procès-verbal de l'époque i, les citoyens
Dubois, Hébert et Grincourt, commis à l'enlèvement
des cercueils, avaient aj)pris du citoyen Bernard,
porteur de la clef de l'église, qu'il était venu plu-
sieurs citoyens le 17 du mois et parmi eux Saillard,
commissaire de la section, afin de fouiller dans le
caveau du cardinal de Richelieu ; que le dit Saillard
avait fait ouvrir le tombeau; mais qu'il ne savait
rien de plus sur l'incident. Saillard, interrogé à son
tour, déclarait qu'effectivement « un particulier »,
dont il ne se rappelait pas le nom, mais qui était
« chargé d'ordre du département », avait fait ouvrir
le tombeau de Richelieu, y était descendu « sans
rien emporter », puis l'avait fait refermer. Ce que le
procès-verbal mentionnait également, c'est qu'une
heure était accordée chaque jour « pour le déjeuner
des ouvriers », et que, pendant cette heure, aucune
surveillance n'était exercée. Est-ce à ce moment que
fut commis le vol, dont nous allons rapporter les cir-
constances, ou lors de la visite du « particulier »,
signalée plus haut ? La chose parait assez difficile à
* Académie des Sciences morales et politiques, t. LVII (1902), p. 193.
46 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
déterminer. Toujours est-il que la tête du cardinal
fut dérobée* et qu'elle le fut vraisemblablement par
un sieur Cheval, connu comme l'un des plus ardents
patriotes de la section des Thermes*.
Cheval était bonnetier rue de la Harpe ou rue
Saint-Jacques, à deux pas de la Sorbonne. Un jour
qu'un honorable ecclésiastique, l'abbé Armez, était
venu faire un achat chez lui, le commerçant avait
emmené son client dans Farrière-boutique, et lui
avait confié qu'il possédait la tête de Richelieu ! Et
ce disant, il avait montré à son visiteur stupéfait le
masque du cardinal, encore enveloppé dans un mor-
ceau maculé de toile forte, authentique débris du
linceul qui avait servi à l'ensevelir^. Sur la demande
1 Ce ne fut pas le seul larcin commis. On peut voir à la Bibliothèque
Mazarine, à côté du buste en bronze du ministre de Louis XIII, enchâssé
sous le cristal, un des petits doigts du cardinal, qui fut arraché par l'un
des maçons qui travaillaient au chantier, afin de le dépouiller à l'aise
des bagues qui l'encerclaient.
Ce doigt humain devint plus tard la propriété de M. Petit-Radel, frère
du bibliothécaire de ce nom, lequel en fit don à la Bibliothèque Maza-
rine {Biographie Michaud, art. Richelieu).
* On a raconté que la tête du cardinal avait été tirée la première du
cercueil et soufQetée au.t applaudissements de l'assistance. Le trait
paraît être le produit d'une imagination romanesque. « La tombe de
Richelieu, dit simplement Lenoir, a été ouverte en ma présence, et son
corps, constaté dans une entière conservation, fut mis en pièce par la
multitude : ce fut un certain homme Cheval, qui porta le premier coup. »
Bulletin de l'Académie des Sciences morales, loc. cit.,p. 195.
3 Cf. Les Tombeaux des Richelieu à la Sorbonne, p. 13, par un membre
de la société Archéologique de Seine-et-Marne, etc. (Th. Lhuillier);
Paris, Ernest Thorin, 1867.
l'odyssée d'un CRANE 4?
de l'abbé Armez, le commerçant consentit, à plusieurs
reprises, à montrer la relique qu'il possédait.
Après le 9 thermidor, redoutant d'être inquiété
pour ses opinions avancées, et craignant que son vol
ne vînt un jour à être découvert, Cheval pria l'abbé
Armez de le débarrasser d'un dépôt qu'il jugeait com-
promettantV Pour éviter une nouvelle profanation,
l'abbé emporta le masque au fond de la Bretagne ;
il en fît don à son frère, habitant Plourivo, dans les
Côtes-du-Nord".
Sous la Restauration, une dame de Kérouard, de
Brest, demanda sans succès, à l'abbé Armez, d'en
faire hommage au duc de Richelieu^. D'après une
autre version, M. Armez l'aurait offert directement,
par lettre, au duc de Richelieu, qui ne lui aurait pas
répondu.
La relique échut, par droit de succession, à M. Ar-
mez fils. Celui-ci, qui fut depuis député, fit démarches
sur démarches, pour restituer le dépôt qui lui avait été
confié. En juin 1846, François Grille informait le pré-
* Contrairement à Tassertion de Lenoir, reproduite quelques lignes
plus haut, le sieur Cheval avait, parait-il, les intentions les plus pures.
S'il s'empara delà relique, c'est qu'il voulait la soustraire au vandalisme
des révolutionnaires déchaînés. (Voir le Magasin pittoresque, i" avril
1903, p. 158.)C'est une version d'autant plus vraisemblable, que celui qui
avait commis le vol n'en a tiré aucun profit.
* Études sur l'art et la curiosité, par Edmond Bonnaffé ; Paris, 1902,
p. 143.
3 Bulletin de l'Académie des Sciences morales, t. LVII (1902), p. 195.
^8 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
sident du Comité historique des Arts ot monuments, le
comte de Montalembert, des intentions de M. Arinez^
Malgré les efforts de la Société, la tête resta veuve
de son corps.
Vers 18/iO, la tête de Richelieu avait servi de
modèle à un peintre d'histoire, M. Bonhomme, qui put
ainsi faire, d'après nature, le portrait du cardinal,
destiné à Tune des salles du Conseil d'Etat^
En 1853, le ministre de Tlnstruction publique né-
gociait avec le détenteur pour rentrer en possession
de la relique macabre^. Il ne réussit pas dans ses
négociations^.
Ce n'est qu'en octobre 1866 que M. Armez écrivait
au préfet des Gôtes-du-Nord, pour le charger de faire
parvenir au ministre de l'Instruction publique, qui
était M. Duruy^, la boite osseuse de l'éminent prélat.
' Bullelin Archéologique, t. IV, p. 154 (Séance du 19 juin 1846).
- Les Tombeaux des Richelieu, auct. cit., p. 14.
3 Ainsi le prouve cet extrait des Mémoires de Viel-Castel, qui nous est
communiqué par notre ami, M. Félix Chambon :
c. 16 octobre 18L3.
« Le ministre de l'Instruction publique est venu me voir avant-hier .
il m'a dit qu'il s'occupait de reconquérir pour la Sorbonne la vraie tête
du cardinal de Richelieu avec peau, barbe et moustache, vendue 50 fr.
à un amateur en 1793 par les honnêtes patriotes qui violaient les tom-
beaux. Si le ministre ne réussit pas dans cette entreprise, nous verrons
un jour cette puissante tète adjugée aux enchères avec des porcelaines,
par un commissaire-priseur. » H. de Viel-Castel, Mémoires, II, 215.
■• Académie des Sciences morales, etc., loc. cit.
5 Prosper Mérimée, alors sénateur, suggéra à Duruy dei'aire faire un
l'odyssée d'un CRANE ^9
Le 15 décembre suivant, le ministre remettait
en grande pompe*, à la Sorbonne, à l'archevêque
de Paris, Mgr Darboy, « ce qui restait du grand
homme ». Après les discours et les prières d'u-
sage, le coffret contenant la précieuse dépouille
était descendu dans un caveau préparé sous le mau-
solée qui avait été élevé, en l69/i, par les héritiers
du cardinal.
En la remettant, dans l'église, au milieu d'un
grand concours de notabilités académiques et univer-
sitaires, à l'archevêque de Paris, Monseigneur Dar-
boy, qui présidait la cérémonie, Victor Duruy di-
sait :
« Monseigneur, je dépose en vos mains ce qui
nous reste d'un grand homme dont le nom est tou-
jours ici présent, parce qu'il pacifia et agrandit la
France, honora les lettres et construisit cette maison
qui est devenue le sanctuaire des plus hautes études.
L'Université et l'Académie accomplissent un devoir
filial en réunissant leur hommage au pied de cette
tombe, qui ne sera plus violée. »
A la vérité, le tombeau n'a pas été violé dé-
moulage du masque de Richelieu, avant que la cérémonie du 15 dé-
cembre 1866 restituât solennellement l'original au caveau de la Sorbonne
[Magasin piltoresque, art. cité.) Ce moulage est aujourd'hui conservé à
la Bibliothèque de l'Université de Paris.
1 Sur les détails de la cérémonie, cf. la brochure précitée, de M. Th.
Lhcillier, sur les tombeaux des Richelieu à la Sorbonne, p. 5etsuiv.
IV 4
5o LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
puis, mais il a été ouvert : simple nuance de mots.
En 1895, averti par M. l'abbé Bouquet, profes-
seur honoraire de la Faculté de théologie, adminis-
trateur de Péglise, aujourd'hui évêque de Mende,
l'architecte de la Sorbonne, M. Nénot, reconnaissait
que le soubassement du mausolée n'était plus clos
et que, par la porte descellée, il suffisait presque
d'étendre le bras pour s'emparer du coffret qui ren-
fermait la relique. Il remarquait, en outre, que les
scellés du coffret étaient sans cachets et ne portaient
que l'empreinte d'un pouce. Pendant les troubles de
la Commune en 1871, ou depuis, dans l'église souvent
déserte, à la nuit tombante, n'avait-il pas subi
quelque dommage ? Les mesures furent aussitôt
prises pour mettre le monument en état de défense.
Mais les circonstances commandaient de s'assurer
d'abord qu'il était indemne.
Le ministre de l'Instruction publique, M. Raymond
Poincaré, avait autorisé l'exhumation. L'historien de
Richelieu, M. Hanotaux, alors ministre des Affaires
étrangères, avait manifesté le désir d'assister à la
cérémonie. La princesse de Monaco, veuve du duc
de Richelieu, le dernier représentant de la famille,
s'était fait un devoir de s'y rendre.
Le 25 juin, la princesse, accompagnée de son
père, M. Michel Heine, et de M. Mayer, le chef de
cabinet du prince; M. Hanotaux; le directeur des
Beaux- Arts, M. Henri Roujon; M. l'abbé Bouquet; le
L ODYSSEE D UN CRANE gl
peintre Edouard Détaille* ; M. Nénot etM. Gréard*,
— M. Poincaré avait été empêché de venir,
étaient réunis autour du coffret, non sans quelque
anxiété.
L'enveloppe extérieure du dépôt fut reconnue
intacte. Dans une boîte de chêne s'en trouvait une
autre en bois de citronnier, qui renfermait un coffret
de plomb. Sous une feuille de ouate, le parchemin
contenant le procès-verbal de 1866 fut relevé et lu. A
l'intérieur, tout était en ordre. Seulement, du ton
d'ivoire jaune foncé qu'elle avait en 1866 et qui
venait du vernis dont on l'avait enduite en 1812,
pour la préserver des insectes^, la tête était passée
à un ton brun : ce qui fît dire à M. iXénot qu'elle res-
semblait à un vieux bronze florentin. La barbiche
apparaissait, irrégulièrement coupée^ par un coup de
' M. Edouard Détaille a dessiné le portrait du cardinal. L'original
appartient, croyons-nous, à M. llanotaux. mais des photographies en ont
été remises à M. Gréard, et l'une d'elles se trouve à la Bibliothèque de
la Sorbonne.
* C'est le récit même de M. Gréard. paru dans le Bulletin de l'Aca-
démie des Sciences morafes, 1902. que nous reproduisons, pour cette
partie de notre travail. M. Gréard avait l'intintion de faire une élude
plus détaillée encore; mais la mort est survenue avantqu'il ait pu re-
prendre ce travail.
' C'est un pharmacien de Rennes du nom de Hamon, qui, consulté à
ce sujet, conseilla de badigeonner la tête avec un vernis jaune, en usage
pourles préparations d'histoire naturelle (Études sur l'art et la curiosité
par Ed. Bo.nnaffé, p. 143-144).
* Dans une relation contemporaine de la mort de Richelieu, ileslditque.
52 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
ciseau donné à la hâte. M. Hanotaux constatait, de
son côté, la dissymétrie des arcades sourcilières, la
longueur du nez busqué au milieu, l'enfoncement des
orbites', le menton court et pointu, tous les traits
propres à la construction de la tête du cardinal.
La bouche, petite et grimaçante, était tendue sur
des dents d'un émail éclatant ; la mâchoire inférieure
était retenue en place au moyen de fils d'argent. Le
système pileux, modifié par la coloration des aro-
mates, paraissait roux; les paupières étaient encore
pourvues de leurs cils ; les sourcils dessinaient l'ar-
cade sourcilière '. Tous ces traits répondent au signa-
lement historique.
Pour achever la démonstration, il eût été peut-être
nécessaire de soumettre cette tête à la mensuration,
comme on l'avait fait lors de l'exhumation de 1866.
A cette époque, M. Fabre d'Olivet, dont le manus-
crit^, inédit, nous a été signalé par M. F. Chambon,
bibliothécaire à la Sorbonne, avait procédé à cette
dans ses derniers jours, comme le malade ne peinait plus prendre aucune
nourriture solide et que les réconfortants liquides qu'on lui faisait boire
se répandaient sur sa barbiche, il avait fallu en couper la pointe.
* Ce détail est attesté par le médecin et académicien Marin Cureau
de la Chambre, qui avait vu le cardinal sur son lit de mort. « Son visage,
écrit-il, ne semblait pas changé ny de forme, ny de contour : le front, le
nez et les joues paroissoient tout de mesme que s'il eust été encore en
vie ; il avoit seulement les yeux plus enfoncés que lorsqu'ils estoient
animés. »
' l.'Éclair, 12 septembre 1895 (article de G. Montorgueil).
^ Ms n° 96 (Manuscrits de la Bibliothèque de la Sorbonne).
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é
f
V
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l'odyssée d'un CRANE 53
opération; il avait en outre donné, d'après nature, —
nous reproduisons ci-après son dessin* — la tête
du cardinal.
« Cette tête, ce front..., écrivait notre confrère, je
les ai vus, je les ai touchés !
« Si vous voulez voir Richelieu tel qu'il était à sa
mort, tel qu'il est aujourd'hui, tel que je l'ai vu hier,
le voici — aussi bien que notre gravure peut repré-
senter les traits déformés et le sombre aspect de cette
momie couchée sur le lambeau de son linceul.
« Au reste, pour suppléer aux inexactitudes invo-
lontaires que la main du dessinateur pourrait avoir
commises, et pour donner aux amateurs de la science
phrénologique des données précises sur l'ampleur et
la configuration de cette tête célèbre, voici quelques
mesures prises avec exactitude, et qui suffiront pour
leur faire connaître l'ensemble, sinon les détails :
« La hauteur, depuis la réunion des sourcils à la
naissance du nez jusqu'au sommet du front, à la ren-
contre d'une ligne tirée en avant du trou auditif, est
de 0,102 milllimètres.
« La hauteur de cette même ligne en avant du
1 1! a paru également un dessin de la tète de Richelieu dans la Gazette
des Beaux-Arts, 2' période, vol. XXVII, dessin dû à M. Maurice Cottier ;
xin autre dans la Revue scientifique, 1895 ; un autre, enfln, dans le Maga-
sin pittoresque, du 1" avril 1903, mais celui-là fait d'après un moulage
exécuté, vers 1866, par M. Jules Talrich, moulage dont un exemplaire
se trouve au Musée d'Anthropologie.
54 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
conduit auditif jusqu'à la rencontre de la ligne per-
pendiculaire du nez, 0,170 millimètres.
« La largeur du front, mesurée par une ligne passant
sur les sinus frontaux et aboutissant des deux côtés
à la ligne en avant des conduits auditifs, 0,226 mil-
limètres.
« Gomme remarques particulières sur la structure
du front, on peut observer une légère dépression de
tous les organes du côté droit, qui sont sensiblement
moins dévoloppés que ceux du côté gauche. Cette
dépression correspond à une augmentation visible
d'épaisseur dans la boite osseuse qui est plus dense
et plus forte à droite qu'à gauche.
« A part cette légère anomalie, le front est uni,
régulièrement bombé sur la ligne médiane et ne pré-
sente aucune rugosité ni saillie remarquablement
prédominante. Ainsi que les mesures rapportées ci-
dessus le font voir, le crâne, peu élevé à la partie
supérieure du front, présente un assez fort renflement
dans la partie temporale.
« Quant aux traits de la figure, ils ont été notable-
ment altérés par la mort, et depuis la mort par le sé-
jour dans le cercueil. Les yeux se sont creusés et ont
presque disparu sous l'orbite, bien que les paupières
aient conservé tous leurs cils. Le cartilage du nez s'est
affaissé. La bouche, soit par une dernière convulsion
de l'agonie, soit par une pression étrangère, s'est dé-
formée, et les lèvres se sont entr 'ouverte s par un gri-
l'odyssée d'un CRANE 55
maçant sourire qui laisse entrevoir les dents. Celles-
ci sont incomplètes. Les dents inférieures seules sont
conservées et régulièrement rangées. A la mâchoire
supérieure on ne voit qu'une canine.
« On trouve des traces de cheveux au sommet de
la tête, et des restes de barbe et de moustaches om-
bragent encore les lèvres et le menton.
« Au reste, depuis son exposition à Tair libre, la
face a pris une teinte noirâtre, qui ajoute encore à
l'étrangeté de son aspect, et qui la fait ressembler à
une antique momie arrachée des catacombes égyp-
tiennes.
« Voilà ce qui reste de Richelieu. »
Nous avons tenu à donner cette relation, d'abord
parce qu'elle est inédite, et puis parce qu'elle émane
d'une personnalité compétente. En la confrontant avec
celle qui a paru dans une revue scientifique ^, il y a
quelques années, sous la signature d'un anthropolo-
giste éminent, M. le colonel E. Duhousset^,on verra
^ La Revue scieniifiqae, 1895, p. 622 et suiv.
' Dans sa séance du 20 décembre 1866, M. Duhousset, en mettant sous
les yeux de la Société d'anthropologie le calque du mas(|ue de Richelieu,
lisait la note suivante :
« L'ovale est allongé, régulier.
« Comme contour général, les proportions des parties qui constituent
le visage se rapprochent du type du beau par leur régularité.
« Le front surpasse en hauteur la longueur du nez, et il s'élargit for-
56 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
qu'aux détails près, il -y a concordance absolue entre
les deux récits.
II
On fera sans doute, après lecture de ce qui suit, la
réflexion qui nous est venue également à l'esprit :
si l'on a dérobé en 179ilatète de Richelieu, comment
un collectionneur a-t-il pu soutenir qu'il en était
l'unique détenteur -
Quand mourut, en iSSi. l'éditeur Dentu. on trou-
va, en effet, dans sa collection d' « objets rares et
précieux», une tête, ou plutôt un fragment de tète,
qui fut reconnue pour être la partie postérieure du
tement daas sa partie supérieure. La glabelle est plate, lisse et passe
sans saillie auiarcs sourciliers.
« Ce qui trouble cependant un peu l'impression de l'harmonie générale
est une légère asymétrie de la région frontale : le côté gauche est plus
saillant que le droit ; de plus, à côté de ces traits généraui de supériorité,
le front présente, dans sa partie élerée. une légère fuite vers le sommet
ce qui caractériserait le cràae allongé dolicocéphale du Celte, si la lar-
geur, dans cette partie supérieure, nétait pas aussi grande.
« La longueur sous-nasale surpasse celle du nez ; celte particularité,
jointe à l'épaisseur médiane de la lèvre inférieure, dont on peut suivre le
contour desséché, indique le dédain : le menton accuse de la fermeté, de
la ruse et de la force. Les dents sont au complet dans la partie droite
les quatre qui manquent dans la partie gauche du maxillaire inférieur se
détachèrent probablement dans les péripéties aui suivirent la violation
du cercueil pour amener cette tète illustre à n'être réintégrée dans son
tombeau qu'en 1366. >
l'odyssée d'un CRANE by
crâne de Richelieu ; des papiers dûment authenti-
fiés établissaient que le célèbre collectionneur tenait
la relique de M. Armez. C'est cette partie postérieure
que M. de Quatrefages se plaignait de n'avoir pu exa-
miner. M. de Quatrefages, au cours d'une discussion à
la Société d'anthropologie, faisait observer :
« Il est à remarquer que la partie postérieure du crâne
manque. J'ai eu le crâne entre les mains. Les tempes
présentaientune dépression sensible, le front était con-
sidérablement élargi dans sa partie supérieure. Les
mêmes caractères se retrouvent dans la statue de
Girardon. Mais dans la statue le crâne semble bra-
chycéphale, la bosse frontale gauche est très déve-
loppée; à droite, le front est presque lisse. »
On sait comment le monument de Girardon fut pré-
servé. En pleine Terreur, un homme, qui joua sa vie
dans maintes circonstances, pour sauver de la destruc-
tion les monuments les plus précieux de l'art, le con-
servateur Lenoir, était présent dans l'église de la Sor-
bonne, au moment où s'y rua une horde de barbares,
qui voulaient réduire en miettes le tombeau de Ri-
chelieu. Dans la bagarre, Lenoir reçut un coup de
baïonnette, mais le marbre resta intacte
' La statue de Mazarin, que le maréchal de La Meillera3e avait com-
mandée, et qu'il avait fait placer dans la cour de son château, fut plus
maltraitée. On lit dans une biographie du maréchal :
« La Révolution de 1789 suivit; le château, en partie détruit, fut démoli
jusque dans ses fondemens, et à peine en reste-t-il quelques vestiges.
58 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Les vandales se dédommagèrent en arrachant le
corps de sa tombe et en le piétinant outrageusement
sur les dalles du sanctuaire.
« Le cardinal que j'ai vu retirer de son cercueil,
raconte Lenoir, offrait aux regards l'ensemble d'une
momie sèche et bien conservée. La dissolution n'avait
point altéré ses traits. Une couleur livide était répan-
due sur sa peau. 11 avait les pommettes saillantes, les
lèvres minces, le poil roux et les cheveux blanchis
par l'âge.
« Un des suppôts du gouvernement de 1793, croyant
venger dans sa fureur les victimes de ce cruel minis-
tre, coupa la tête de Richelieu et la montra aux spec-
tateurs qui se trouvaient dans l'église . »
Le corps fut-il remis dans son cercueil ? Subit-il
la profanation de l'égout, comme tant d'autres? C'est
une question à résoudre.
Quant à la tête, on vient de voir quelles furent ses
étranges vicissitudes.
L'ornement de la cour d'honneur, la statue en marbre du cardinal Maza-
rin, fut renversée et brisée, et à l'époque néfaste de 1793, un habitant de
Parthenay, joignant l'ironie a" "andalisme, crut faire un acte de haut
patriotisme et même de civisme, en employant la tête de cette statue à
l'usage le plus vulgaire : il en fît le poids de son tourne-broche. »
M Dupin, dans sa Statistique des Deiix-Sèvres, attribue à une préten-
due statue du cardinal de Richelieu l'anecdote relative à la statue du
cardinal Mazarin (Cf. Le Pdlais Mazarin, par de Laborde, p. 34H).
LE SQUELETTE DE MADAME DE MAINTENON ET LE CRANE
DE MADAME DE SÉVIGNÉ. — ILLUSTRES DEBRIS ET
RELIQUES ANATOMIQUES,
I
Est-ce un travers de l'esprit, ou ne serait-ce pas plu-
tôt une manie endémique ? On rend un culte à des débris
humains, parce qu'ils sont les vestiges, le plus souvent
contestables, de personnages qui ont, de leur vivant,
occupé, à un titre quelconque, l'attention publique ;
la superstition va si loin sur ce chapitre, qu'elle con-
fine de près à la folie maniaque.
Feuillet de Couches, l'historiographe attitré de la
curiosité, a fait à cet égard des révélations surpre-
nantes. Artémise, nous dit-il, buvait par tendresse
une eau saturée des cendres de son mari, mêlées de
perles pilées. Et n'allez pas croire que le cas d'Arté-
mise soit un cas isolé.
Il nous revient en mémoire un récit, publié na-
guère par M. Jules Glaretie, en ses vivantes et
6o LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE f
pittoresques chroniques du Temps ; ce récit a été |'
réédité par Philippe Gille, en tète des Souve- - f
nirs de Louis-François Gille, son grand-père, sou-
j
î
venirs connus sous le titre de : Mémoires (Van \
conscrit de 1808. ;
M. Gille père assurait avoir tenu entre ses mains
les ossements de Mme de Maintenon ! ïl les avait vus, »
il les avait touchés. En revenant de Caprera et des 1.
pontons anglais, le grand-père de notre confrère du 1
Figaro était entré à l'économat de l'École royale de
Saint-Cyr, vers \%\!x- Saint-Cyr était alors dirigé par |
le général d'Albignac ; l'économe de l'Ecole se nom- f
mait Guillaumot. Dans une armoire du logement \
qui fut donné à François Gille, se trouvait une pe- l
tite caisse mystérieuse, portant sur son couvercle ;
cette inscription à demi effacée : Os de Madame de î
Maintenon. |
En 1793, le tombeau de la veuve Scarron avait été
profané comme tant d'autres : le plomb du cercueil
en avait été enlevé, et les os avaient été traînés, à tra-
vers les rues de Saint-Cyr, par les énergumènes du
village. Après les avoir bien promenés sur une claie,
on les avait jetés près du Polygone. C'est là que les
recueillit un abbé, qui les rapporta nuitamment à
l'Ecole. Le fait avait été certifié au père Gille par l'au-
teur de VHistoire des Français des divers Etats,
Alexis Monteil, professeur à Saint-Cyr, et par le chi-
rurgien de l'Ecole; celui-ci, ardent jacobin, ajoutait
LE SQUELETTE DE MADAME DE MAINTENON 6l
même que le brave abbé avait recueilli un os de trop,
et que cet os était... un tibia de vache !
Le général d'Albignac s'inquiéta à plusieurs re-
prises de faire donner une sépulture convenable aux
restes de l'épouse du grand Roi. Il écrivit au mi-
nistre, il en parla à la duchesse d'Angoulème. Il vit,
à cet effet, le duc et la duchesse de Berry, On lui
tourna partout le dos. Les Bourbons craignaient, di-
sait-on, en voyant se révéler de nombreux Louis XVII,
de se trouver en présence de quelque nouvel impos-
teur, quisefût déclaré descendant directde LouisXIV,
par Mme de M a intenon.
Les os de la fondatrice de Saint-Cyr restèrent
donc entre les mains de M. Gille. Or, un soir, après
un dîner où il avait convié des camarades de Cabrera,
un des amis de l'amphitryon, qui s'appelait Paluel,
et qui devint plus tard secrétaire du baron Athalin,
sous Louis-Philippe, voulut, par bravade, croquer
du bout des dents un des morceaux brisés du crâne.
Il en tomba malade... de peur presque sur-le-
champ, mais il s'en consolait en répétant à qui vou-
lait l'entendre : « C'est égal! j'ai mangé de la Main-
tenon ! »
Ce ne fut que sous Louis-Philippe que les os de la
fondatrice de Saint-Cyr furent placés dans un tom-
beau, qu'on peut voir aujourd'hui dans la chapelle de
l'École.
62 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
II
En recherchant à quel genre de mort avait suc-
combé Mme de Sévigné *, nous n'avons pas conté les
migrations de son crâne. Elles valaient pourtant d'être
connues.
Au moment de la violation du tombeau de Mme
de Sévigné, pendant la Révolution, la municipalité
était présente. L'administration locale, suivie d'un
grand nombre de citoyens, s'était transportée à
l'église Saint-Sauveur, dans le but de trouver une
quantité considérable de plomb dans les caveaux des
comtes de Grignan, où avait été inhumée Mme de Sé-
vigné^. Un ouvrier maçon de la localité, alors âgé
de vingt ans, celui-là même qui fut chargé d'enlever
la dalle qui fermait le caveau, voulut avoir sa part des
dépouilles de la célèbre marquise. Il prit une mèche
de ses cheveux, dont il donna une partie au naturaliste
Faujas de Saint-Fond ; le reste fut mis dans un papier
et caché dans un trou de remise. Plus tard, cette
dernière part fut divisée, par la fille aînée du maçon,
entre M. Charles de Payan-Dumoulin, lieutenant de
* Voir nos Indiscrétions de l'Histoire, 1" série.
* Trois ou quatre des ouvriers présents descendirent dans le caveau et
brisèrent six ou sept cercueils qui s'y trouvaient, pour s'emparer du
plomb que la municipalité envoya au district de Montélimar.
LE CRANE DE MADAME DE SÉVIGNÉ 63
vaisseau, et M. Devès, greffier de la justice de paix de
Grignan. Ce dernier conserva précieusement dans une
boite les quelques cheveux qui lui avaient échu et qui,
disait-il, étaient blancs et encore empreints de chaux.
Le maçon prit également un lambeau de la robe de
brocatelle dont le squelette était vêtu et qui était pres-
que intacte.
Le juge de paix de Grignan, à Tépoque où se passait
ce que nous venons de conter, M. Pialla-Champier\
était présent à l'exhumation. // fil scier le crâne de
la célèbre marquise, et envoya la partie supérieure
de ce crâne à une école de Paris pour qu'on étudiât
le cervelet. M. Saint-Surin, un des éditeurs de la
correspondance de Mme de Sévigné, prétend avoir
ouï dire que cette pièce anatomique fut soumise à
l'examen du docteur Gall. Nous verrons tout à l'heure
quel en fut le sort.
Ajoutons qu'un autre témoin oculaire de l'exhuma-
tion, M. Veyrenc, notaire à Grignan, recueillit un
fragment d'os de la marquise (un moroeau de côte, de
0 m. Oh de long), qu'il fit enchâsser dans un cadre de
verre, au-dessus duquel il écrivit le quatrain sui-
vant :
* M. Pialla se fil remettre une des dents de Mme de Sévigné ;
celte dent, enchâssée dans une bague d'or, fut donnée à Mme de Cordoue
de Tain, dont la fille fut peu de temps après élevée avec Mme Pialla-
Champier.
64 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
De sa beaulé voici les îrisles restes,
Le Irait fatal ne les respecta pas,
Mais si tout passe et s'enfuit ici-bas,
L'esprit survit aux temps les plus funestes.
Le médaillon dans lequel est enchâssé ce fragment
d'os appartient aujourd'hui à M. Louis Faj^n^
Arrivons à Tépilogue de cette aventure qui, par
quelques côtés, confine au vaudeville.
En avril J870, on remplaçait le vieux dallage en
pierre, usé, du sanctuaire et du chœur de l'église de
Grignan, par le beau dallage en ciment comprimé
qu'on y voit aujourd'hui. Outre de nombreux osse-
ments mélangés à de la chaux, épars et en désordre
sur le sol, apparut une moitié de crâne très régulière-
ment sciée, et dont l'extérieur, relativement propre,
prouvait qu'il avait été jadis manié. M. Léopold
Faure prit l'empreinte du contour delà partie sciée,
sur un papier qu'il conserve comme souche de confron-
tation, dans le cas où on retrouverait la partie supé-
rieure envoyée à Paris. Cette moitié de crâne fut en-
suite replacée, en présence de témoins, à l'endroit où
elle avait été trouvée, et immédiatement le caveau fut
refermé avec une dalle scellée.
Il reste donc avéré que le tombeau de Grignan ne
renferme que la moitié du crâne de Mme de Se vigne.
* Voir Le Mire, A propos du deuxième centenaire de la mort de
Mme de Sévigné; br. in-8, éditée à Rouen.
LE CRANE DE MADAME DE SÉVIGNÉ 65
Où se trouve l'autre moitié, c'est ce qu'il ne nous a
pas été possible de déterminer. Nous avions espéré
un moment la retrouver dans la collection de crânes
célèbres du Muséum, dite Colleclion de Gall et Du-
moulier; mais M. Manouvrier, le professeur d'an-
thropologie qui a fait de cette collection une étude
approfondie, nous a assuré que le crâne de Mme de
Sévigné n'y figurait pas.
Dirigeant d'un autre côté nos investigations, nous
avons recherché, dans un dossier jadis constitué en
vue d'un travail sur les Débris analomiques illus-
tres, s'il n'y avait point de note relative au crâne de
Mme de Sévigné, et le hasard a fait tomber sous nos
yeux cette coupure, provenant sans doute d'un journal
quotidien de Paris :
On lit dans les journaux de Nancy :
Bien des gens ignorent que notre ville possède le crâne
du célèbre écrivain éplstolaire du dix-septième siècle, qui
fut, en son vivant, la toute gracieuse marquise de Sévigné,
née Marie de Itabutin de Chantai, petite-fille de sainte
Jeanne de Chantai, fondatrice de Tordre de la Visita-
tion.
Cette relique est conservée à Nancy, dans la bibliothèque
des Pères Dominicains ; il manque à cette tête le maxillaire
inférieur, détaché lors de sa translation de Provence en
Lorraine.
Le crâne de Mme de Sévigné a été donné au monastère,
fondé à Nancy par Lacordaire, par un descendant collatéral
66 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
de la marquise. Du reste, toutes les preuves d'authenticité
et les documents historiques sont réunis dans une custode
formant le double fond de la cassette où l'on conserve le
crâne.
Muni de ces indications, nous écrivîmes au prieur
des Dominicains de Nancy, le T. R. P. Tripier, qui
voulut bien nous honorer de la réponse suivante :
Nancy, le 15 juin I896.
A M. le docteur Cabanes.
Monsieur,
Nous possédons un crâne, que la Iradilion prétend être
celui de l'illustre écrivain épistolaire du dix-septième
siècle.
M. de Saint-Beaussant habitait Nancy quand le P. Lacor-
dairevint prêcher une station à la cathédrale. Il se fit reli-
gieux et donna au P. Lacordaire une petite maison, qui,
exactement, malgré certaines modiflcations, est le chœur de
notre couvent. M. de Saint-Beaussant était artiste et un
collectionneur distingué : c'est de lui que nous tenons le
crâne dit de Mme de Sévigné.
Les religieux, ses contemporains, ont disparu et n'ont
laissé aucune pièce, que je sache, établissant l'authenticité
du crâne.
Le crâne est renfermé dans une boite en carton, de forme
ronde, haute de quinze à dix-huit centimètres ; elle parait
d'une vétusté respectable.
LE CRANE DE MADAME DE SÉVIGNÉ 67
Sur le couvercle est fixée une carte avec l'inscription sui-
vante, d'une vieille écriture :
Tête de Madame „ nf
de Sévigné ^''"'^ Monsieur
— GARNIER
chez Monsieur de Bocheforl
Rue Caumarlin, n" 12
Assez fidèlement je reproduis la dimension de la carte et
l'écriture.
Le crâne est fort, assez évasé à l'arrière, un peu rétréci
sur le devant. L'os frontal paraît très régulier et d un déve-
loppement assez large. La longueur du crâne est de quinze
centimètres et demi. La largeur de l'os frontal au-dessus
des yeux est de onze centimètres et demi. La largeur du
crâne à larrière est de quatorze centimètres.
La curiosité et la compétence artistique de M. de Saint-
Beaussant, l'inscription dont je vous donne un fac-similé,
la tradition conservée au couvent de Nancy, sont les seules
pièces justificatives que nous possédions.
L'autorité de M. de Saint-Beaussant, bon connaisseur et
artiste, est la seule source de la tradition.
Au couvent de nos pèr.^s, rue du faubourg Saint-Honoré,
le T. B. P. Faucillon, ancien prieur de Nancy, aurait peut-
être à vous fournir des renseignements plus précis sur la
provenance de ce crâne, que nous serions heureux de savoir
être celui de Mme de Sévigné.
Agréez, monsieur, mes respectueuses salutations.
P. Tripier, prieur.
68 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Pour compléter notre enquête, nous nous empres-
sions de rendre visite au T. R. P. Faucillon, qui
nous accueillit avec une courtoisie parfaite. IVotre
interlocuteur nous confirma, du reste, simplement,
les renseignements qui nous avaient été obligeamment
fournis par son collègue de Nancy.
<( M. de Saint-Beaussant, nous dit-il, était un homme
du monde, qui entra dans notre couvent de Nancy, le
premier qui fut fondé en France, à la suite des prédi-
cations du Père Lacordaire. De qui tenait-il Fobjet
dont vous me parlez, je ne saurais vous le dire. Il
n'était pas, en tout cas, allié aux Rabutin : il appar-
tenait à une vieille famille de Lorraine et n'avait
j amais habité la Provence. Tout ce que je puis vous
dire, c'est que c'était un amateur dun goût éclairé,
et qui, s'il a cru nous faire don du crâne de Mme de
Sévigné, était de bonne foi. Qu'il ait été mystifié
lui-même, la chose est possible, et je vous avouerai
que, si nous n'avons jamais fait remise de cette re-
lique à un musée ou à une collection médicale, c'est
que nous n'avions en main aucune pièce qui justifiât
de son absolue authenticité. Cependant, il semblait
bien que ce fut un crâne de femme ; et le grain, le
poli, le ton jauni de l'ivoire témoignaient bien de sa
vétusté. D'ailleurs, la boîte qui renfermait l'objet
avait un air de vieillerie qui pouvait en imposer.
Sur cette boite était fixée une carte, qui paraissait
être une carte à jouer retournée, et qui était fixée
RELIQUES ANATOMIQUES 69
aux quatre coins avec de la cire à cacheter toute
desséchée, toute effritée. Eu tout cas, il serait im-
possible de préciser quel a été le premier propriétaire
du crâne que possède le couvent de Nancy. M. de
Saint-Beaussant, qui seul eût pu vous renseigner
efficacement, est mort à OuUins, dans une de nos
maisons, et il n'a pas laissé de descendants. Dans
ces conditions... »
Ainsi, il y aurait de par le monde deux crânes de
Mme de Sévigné : le vrai, ou plutôt une moitié du
vrai, et une imitation. Bien fin qui nous dirait dans
quelle moitié résida le génie de la plus illustre des
épistolières.
III
Quel dramatique chapitre on pourrait écrire, si Ton
voulait faire l'historique des vicissitudes qu'ont su-
bies les débris anatomiques des personnages illustres !
Il faudrait la plume d'un Baudelaire ou d'un Edgar
Poë pour décrire, dans leur horreur tragique, les des-
tinées des cadavres de certains grands hommes ; car
il est rare que, ballottés de siècle en siècle, ils n'aient
pas eu à subir quelque sacrilège profanation.
Le grand poète de l'Italie, Dante Alighieri, a eu
cette chance heureuse d'y échapper dans une certaine
mesure. Il meurt à Ravenne,à l'âge de soixante-cinq
yO LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
ans, après une vie des plus agitées ; aussitôt après sa
mort, son hôte, Guido délia Polenta, est lui-même
chassé de la ville, avant d'avoir pu élever une tombe
à celui, dit Ampère, « que les agitations de sa terrena-
tale avaient privé d'une patrie et que les troubles de sa
terre d'exil privaient d'un tombeau ». Ce fut seule-
ment plus d'un siècle plus tard que le podestat de
Ravenne pour la République de Venise fit ériger à
la dépouille mortelle du chantre de Béatrix un monu-
ment, « dont la jalousie ou les remords tardifs de
Florence ne la laissèrent pas longtemps jouir ».
La ville qui, après avoir donné le jour au poète,
l'avait non seulement banni de ses murs, mais encore
condamné à mort, voulut, en 15d6, avoir ce corps,
pour rendre au moins à l'illustre méconnu les hon-
neurs posthumes d'une sépulture. Les négociations
entamées à cette fin avec le gouvernement de la Séré-
nissime République et l'intervention favorable du
Pape lui auraient donné certainement gain de cause
si, désobéissant courageusement au doge et au pon-
tife, les humbles moines de Saint-François, qui en
avaient la garde, n'avaient soustrait nuitamment
l'insigne relique, pour la placer dans une cachette
sûre.
La soustraction du corps irrita vivement Florence,
mais elle n'empêcha cependant point les pieux pèle-
rinages des admirateurs du Dante de continuer, sinon
au tombeau que l'on savait vide, du moins à l'église
RELIQUES ANATOMIQUES 7I
OÙ l'on supposait que les ossements étaient restés.
Cette supposition n'avait rien d'erroné ; car, en 1677,
au cours de certains travaux de réparations, le hasard
faisait enfin découvrir, par un des religieux, la caisse
en bois de chêne portant, sur une petite plaque en
cuivre, cette simple et précieuse inscription : Danlis
ossa. On replaça ces derniers dans le monument de
Lamberti, que le cardinal Domenico Corsi, Floren-
tin, légat du Pape pour la Romagne, faisait ensuite
restaurer en 1692, quoique d'une façon artistement
peu heureuse.
L'essentiel était que le repos de l'illustre person-
nage ne fût point à nouveau troublé ; et il ne le fut pas
durant deux siècles, Florence ayant définitivement
renoncé à ses prétentions. Mais, à l'époque de la do-
mination napoléonienne en Italie, les franciscains de
Ravenne, ayant été contraints par la sécularisation
d'évacuer leur couvent, ces gardiens, plus jaloux en-
core que fidèles du dépôt confié à leurs soins, cru-
rent devoir, dans l'appréhension d'on ne sait quels
dangers, retirer secrètement une seconde fois du sé-
pulcre, pour les cacher ailleurs dans l'église, les vé-
nérables ossements. En 1805, quand on fit abattre le
monument élevé par le cardinal Coni, on trouva la
tombe vide^
En 1857, de nouvelles recherches furent égale-
* Petit Temps, 2 décembre 1896.
72 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
ment infructueuses. Ce n'est qu'en 1865, au moment
où l'Italie célébrait le jubilé séculaire de la naissance
du Dante, que Ton remit au jour la caisse portant
l'inscription : Danlis ossa.
Les moindres détails de cette découverte sont au-
jourd'hui connus. En vue delà célébration projetée de
l'anniversaire du Dante, M. Romolo Conti, ingénieur
en chef de la municipalité de Ravenne, fut chargé
d'exécuter divers travaux autour du Braccio forte\
Le mur de face du porche, attenant à l'angle nord-est
de la chapelle Rosponi, l'une des chapelles de Saint-
François, n'avait été démoli que jusqu'à la hauteur
de 1 m. 50 au-dessus du soi. Dans ce pan de muraille,
reste de la chapelle primitive, avait existé une porte,
depuis longtemps fermée par des briques cimentées
de terre ; plusieurs de ces briques faisant saillie et
gênant la manœuvre d'une pompe établie en cet en-
droit, on résolut la démolition complète de la mu-
raille. Le 27 mai 1865, on l'attaqua, et les premiers
coups de pioche ayant détaché quelques briques, mi-
rent à découvert une cavité contenant une caisse, dont
le côté tomba avec quelques ossements humains, lais-
sant voirie fond sur lequel étaient grossièrement tra-
cés à l'encre ces mots, qui furent toute une révéla-
tion :
* Les renseignements qui suivent sont empruntés à l'excellente
brochure de M. E. Breton, Découverte dts restes du Dante à Ra-
venne.
RELIQUES ANATOMIQUES 7^
Danlis ossa
Denuper revisa die levlio junij
1677.
Prévenus immédiatement, les ingénieurs Lanciani
et Conti accoururent, et bientôt vinrent se joindre à
eux le syndic et la municipalité de Ravenne, assistés
de plusieurs notaires, qui dressèrent acte de la dé-
couverte.
La cavité, longue de 0 m. 90, haute de 0 m. 335,
avait été pratiquée dans les briques employées à
condamner la porte ; du côté regardant l'intérieur du
portique, elle aurait été formée par un simple lattis
cimenté,
La caisse qui était renfermée dans cette cavité était
formée de planches brutes de sapin assemblées gros-
sièrement avec des clous ; sa longueur extérieure
était de Om. 77, sa largeur de 0 m. SSZi, et sa hauteur
deO m. 30 ; elle était un peu rongée par le temps et
l'humidité. Lorsqu'on l'eut extraite, une seconde ins-
cription, plus importante encore, tracée sur la face
opposée, apparut aux regards ; elle était composée de
ces mots, tracés également à l'encre en gros carac-
tères:
Danlis ossa
Ame fre Antonio Sanli
hic posila
Ano 1677. Die 18 oclobris.
7^ LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Les ossements, qui étaient entassés pêle-mêle dans
cet étroit espace, furent recueillis avec le plus grand
soin, et deux habiles anatomistes, les professeurs
Giovanni Puglioli et Claudio Bertozzi, purent recons-
tituer le squelette presque entier.
Les ossements étaient en parfait état et de couleur
brune ; quelques-uns seulement manquaient, dont les
principaux étaient la mâchoire inférieure, la plupart
des phalanges, le talon droit, etc. Le squelette ainsi
rétabli mesurait seulement 1 m. 55, du sommet de la
tête à la plante des pieds. Boccace dit, il est vrai,
que le Dante était de taille médiocre, di médiocre
siatura ; cependant , d'après les portraits qui
sont restés de lui, soit au Bargello, soit à la cathé-
drale de Florence, on n'aurait pu croire qu'il eût été
d'une taille au-dessous de la moyenne.
Pour n'avoir plus de doute sur l'authenticité de la
découverte, il restait à faire une dernière et décisive
vérification. Le 7 juin, le sarcophage renfermé dans
la chapelle funéraire fut ouvert, en présence de la
municipalité et d'une commission nommée par le
gouvernement, et, comme il y avait lieu de s'y at-
tendre, il fut trouvé vide. Au milieu d'un peu de terre
et de quelques morceaux déciment, tombés sans doute
à l'époque où le couvercle du tombeau avait été res-
cellé, en 1781, on recueillit seulement quelques
feuilles de laurier desséchées et trois phalanges,
dont deux appartenant à la main et une aux pieds.
RELIQUES ANATOMIQUES 75
Ces ossements étaient justement du nombre de ceux
manquant au squelette découvert...
IV
« Je ne sais personne, écrivait naguère M. Aimé
Giron, en parlant de Duguesclin, dont la dépouille ait
été plus disputée et plus déchiquetée, les tombeaux
plus mutilés et plus déplacés, les cendres plus mal-
traitées que celles du connétable. »
Duguesclin avait exprimé la volonté d'être trans-
porté à Dinan, dans la chapelle funéraire de ses an-
cêtres. On se mit en route pour la Bretagne. Le Puy
était la première étape. Là, au couvent des Jacobins,
un service devait être célébré, le corps exposé un
jour, puis embaumé, malgré la règle, en pareil cas,
de le brûler, puis d'en coudre les ossements dans
un sac. En effet, le 23 juillet, « grande pompe et
toute habondance de triumphes mortuaires » , avec cin-
quante torches de cire, un drap d'or armorié brodé
de noir — plus une oraison funèbre par le théolo-
gien du couvent.
Or, les vicomtes de Polignac avaient leur sépul-
ture dans l'église des Frères Prêcheurs. Se croyant
un peu chez eux et les obligés du connétable venu à
leur secours, ils déclarèrent tout à coup leur volonté
76 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
formelle d'en garder les entrailles, qui furent bel et
bien a tumulées dans un beau monument... »
Deux siècles durant, à peu près, le repos éternel
du capitaine breton ne fut point troublé. Mais, en
1567, le chevalier de Malte défroqué, Blacons, lieu-
tenant du baron des Adrets, à la tête de 8.000 reli-
gionnaires, campa dans le couvent et n'en déguerpit
qu'après avoir vandalisé l'église et mutilé le monu-
ment. Tel resta celui-ci jusqu'en l'an VIII de la Ré-
publique, où certain préfet voulut voir et vit « les dites
entrailles ».
En 1833, le tout fut transporté et restauré dans une
chapelle. On trouva dans le sarcophage une double
boîte ronde en plomb. Sur la plus petite, toute mo-
derne, on lisait : « Ici reposent les cendres du cœur
et viscères du connétable Duguesclin, ensevelis dans
l'église Saint-Laurent et exhumés le 5 complémen-
taire de l'an VIII de la République française sous la
préfecture du citoyen Lamothe. »
Cette petite boîte ouverte ne contenait que quelques
pincées de vieilles cendres. Des prêtres étaient seuls
là, autour, curieux, respectueux, silencieux et pen-
chés sur cette relique. Ils respiraient à peine. Un
souffle eût suffi à disperser ce qui demeurait des en-
trailles du grand connétable.
Donc, en 1380, le corps du connétable partit du
Puy dans son cercueil. Ses écuyers étaient déjà au
Mans, quand une troisième volonté — celle de Char-
RELIQUES ANATOMIQUES 77
les V — les y atteignit et s'imposa. Le roi ordon-
nait que le corps de Duguesclin fût inhumé à Saint-
Denis « en haute tombe, à grande solennité, en la
chapelle que pour luy-même il avait fait faire », dit
Froissard.
Le corps fut donc dirigé sur Saint-Denis, « où le
roy lui fit faire des obsèques comme s'il eût été son
propre fils ». On lui tailla une statue de marbre blanc
sur un tombeau de marbre noir, devant lesquels une
lampe devait brûler jour et nuit.
La lampe de Duguesclin brûla jusqu'en 1709, où
des réparations la déplacèrent et l'éteignirent. Qua-
tre-vingt-quatre ans après, la Révolution viola en bloc
les sépultures de la basilique. Il ne restait du conné-
table que de rares ossements, mais la tête tout en-
tière, à laquelle on arracha les cheveux. De ces débris,
jetés pêle-mêle dans la même fosse que les cendres
royales, le crâne fut pieusement soustrait. On « m'af-
firme, ajoute M. Giron, qu'il est à Paris, en pos-
session du curé de Saint-Thomas-d'Aquin, M. l'abbé
Rigat. Mais je n'y suis point allé voir^ »
Quant au cœur du connétable, il reçut asile dans
l'église cathédrale de Saint-Sauveur. Un cénotaphe de
marbre blanc lui fut dédié, et, sur un ccusson, brille
en lettres gothiques d'or cette vieille inscription : Ci-
gît le cœur de messire Bertrand du Géaquin, en
Cf. le Figaro octobre 1895
78 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
son vivant conneslable de France, qui trespassa le
XVIII" jour de juillet Van mil III''^ II fP^ dont son
corps repose avec ceux des roys à Saint-Denijs en
France.
Les grands hommes — en raison de leur grandeur
même — ne sont jamais assurés du repos définitif.
Sous prétexte d'honneurs à leur rendre, on viole leur
sépulture, on disperse leurs cendres au vent, quand
sonne l'heure des réactions triomphantes.
Poursuivi par ses détracteurs à la cour d'Isabelle
et de Ferdinand, Christophe Colomb était mort à Sé-
ville, en 1506, dans le dénuement et le chagrin. Son fils
Fernand avait, se conformant à la volonté paternelle,
fait transférer ses restes à Saint-Domingue, en 1536,
d'où ils furent portés définitivement à la Havane, en
1795, dans la cathédrale. Or, Cuba, dont la Havane
est la capitale, est devenue américaine, à la suite de
la guerre dont les événements sont encore présents à
toutes les mémoires. Les Espagnols ont tenu à ce
que leur mort national ne reposât plus en pays en-
nemi, et ils ont obtenu du gouvernement américain de
rapatrier les cendres de Christophe Colomb. De
grandes et imposantes cérémonies ont eu lieu, à l'oc-
casion de l'arrivée en Espagne du navire qui appor-
RELIQUES ANATOMIQUES 79
tait ces précieuses reliques et de leur transfert dans
leur sépulture définitive.
L'histoire des cendres de Marceau, qui ont fini par
échouer — une partie du moins — au Musée de l'Ar-
mée, est trop récente ^ pour que nous la narrions à
nouveau. Par contre, les anecdotes que nous allons
rapporter, si elles sontconnues de quel(|ues-uns, sont,
pour la plupart, oubliées.
Quand mourut la grande Mademoiselle, Louis XIV
voulut que la pompe funèbre se fît avec le plus grand
cérémonial. Le corps de Mademoiselle fut exposé et
gardé pendant plusieurs jours par une princesse, par
une duchesse et par deux dames de qualité.
Quand vint la cérémonie, et pendant qu'on rendait
ces tristes devoirs, arriva un accident qui causa un
vif émoi. « Au milieu de la journée, dit Saint-Simon,
et toutes les personnes de la cérémonie présentes,
l'urne qui contenait les entrailles, et qui était sur une
crédence, tomba et se brisa avec un bruit épouvan-
table. A l'instant, voilà les dames, les unes pâmées
d'effroi, les autres en fuite. Les héraults d'armes, les
Feuillants qui psalmodiaient, s'étouffaient aux portes
avec la foule qui se sauvait.
« La confusion fut extrême, la plupart" gagnèrent le
jardin et les cours. C'étaient les entrailles mal embau-
* Voiries journaux de 1901.
8o LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
mées qui avaient causé ce fracas. Tout fut parfumé
et rétabli, et cette frayeur servit de risée à la
cour. »
Le corps fut conduit à Saint-Denis, on porta les en-
trailles aux Célestins, le cœur au Val-de-Grâce.
L'abbé Anselme, fameux prédicateur, prononça Forai-
son funèbre. Mlle de Montpensier appartenait à 1 his-
toire *.
N'est-on pas allé jusqu'à prétendre que le cœur du
grand Roi lui-même a subi le sort le plus fantas-
tique? La légende est trop divertissante, malgré que
le sujet en soit quelque peu macabre, pour ne pas être
recueillie.
Voici ce que nous relevions naguère dans un vieux
numéro de journal, dont il nous a été impossible de
préciser le titre ni la date.
« Il y a une dizaine d'années environ, au n° 104 de
la rue du Faubourg-Poissonnière, existait une maison
où était installée une école professionnelle catholique
de jeunes filles, dirigée par les Dames patronesses.
MM. Gorbon fils et Gie, propriétaires, ont fait dé-
molir cette maison et en ont supprimé le jardin planté
d'arbres : le tout est remplacé par trois maisons,
construites d'après le plan de M. Richefeu, archi-
tecte.
* Le Luxembourg (1300-1882), par Louis Favre, p. 77.
RELIQUES ANATOMIQUES ol
« Un souvenir, extrêmement curieux et à peu près
ignoré, se rattache à cette vieille maison. Avant la
Révolution, elle était habitée, en partie du moins, par
un Anglais fort riche, le docteur Buckland, dont le
nom est, pour ainsi dire, devenu légendaire, à cause
d'un fait qui n'a peut-être pas de précédent dans
l'histoire.
« Un jour, raconte Labouchcre, on lui présenta le
cœur de Louis XIV, afin d'avoir son opinion sur cette
singulière relique. C'était quelque chose de sec et de
ratatiné, ayant une assez grande ressemblance avec
un morceau de cuir. Le savant docteur examina la
chose avec la plus grande attention, la flaira lon-
guement, si longuement qu'il finit par l'avaler.
« Le fit-il exprès, ou par inadvertance ? On ne l'a
jamais bien su. L'aventure fit un bruit énorme, comme
on se l'imagine ; mais comme une restitution était im-
possible, faffaire en resta là. Ajoutons que les restes
du docteur Buckland reposent à Westminster, mais le
cœur de Louis XIV était digéré depuis longtemps,
lorsque mourut le docteur. »
Une découverte récente vient contrarier, malheu-
reusement, cette légende. Le Musée Carnavalet est
entré, il y a environ dix ans, en possession d'une
lettre du comte de Maurepas, ministre de Louis XV,
datée de Versailles, 19 mars 1730. M. de Maurepas y
informe le duc d'Artois que, suivant l'ordre du Roi, le
cœur de Louis XIV sera déposé le surlendemain 21
iv-6
82 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
mars, en l'église des Pères Jésuites de la rue Saint-
Antoine. Il l'invite à s'entendre avec M. Robert de
Cotte, architecte des bâtiments du Roi, et l'intendant
Jules de Cotte, pour faire placer le cœur « sur le mau-
solée construit pour le recevoir. » A cette lettre est
joint le procès-verbal de la cérémonie, qui eut lieu,
en effet, dans la matinée du 21 mars.
VI
Puisque nous en sommes au siècle de Louis XIV,
sait-on que le corps de Turenne fut longtemps con-
servé au Muséum d'histoire naturelle?
Après la violation des sépultures de Saint-Denis *,
où le maréchal reposait au milieu des rois, son cer-
cueil avait été enlevé et déposé dans le grenier de
l'amphithéâtre de chirurgie, au Jardin des Plantes ^,
^ Son corps, parfaitement conservé, était entièrement desséché lors des
exhumations de 1793 ; il fut heureusement oublié dans la chapelle où on
l'avait momentanément déposé et, par conséquent, ne fut pas jeté dans
les fosses communes {Des Sépultures nationales, par Legrand d'Ausst,
p. 384n).
* Les administrateurs du Muséum d'histoire naturelle le réclamèrent
comme objet d'art, et il resta deux années dans une cage en verre dans
le cabinet. Transporté ensuite au musée des Petits-Augustins, il fut placé
dans un tombeau avec cette inscription : Passant, va dire aux enfants
de Mars que Turenne est dans ce tombeau. Les consuls le firent trans-
porter aux Invalides, où on rétablit son tombeau de SaintrDenis. Cette
translation fut très pompeuse ; on remarquait, à la suite du corps, la
RELIQUES ANATOMIQUES 83
OÙ il était encore au départ du général Bonaparte
pour l'Egypte.
Le duc de Rovigo se rappelait Ty avoir vu à cette
époque, lorsque le général Desaix visita cet établis-
sement ; on le montrait avec vénération, quoiqu'il fût
confondu avec les autres squelettes qui gisaient dans
le grenier.
Plus tard, le citoyen Lenoir, ayant obtenu l'auto-
risation de réunir dans le couvent des Grands-
Augustins, qu'il avait transformé en Muséum des
monuments français, les mausolées échappés aux ou-
trages de Saint-Denis, avait fait transporter dans ce
lieu le corps de Turenne. C'est là que le gouverne-
ment le fît prendre, pour le transférer aux Invalides.
C'est à Beaumarchais que l'on doit d'avoir retiré
le corps de Turenne du Muséum d'histoire naturelle,
pour le transporter au Musée des Invalides, où le
célèbre guerrier est évidemment mieux à sa place.
Voici la lettre, peu connue, dans laquelle l'auteur
du Mariage de Figaro, s'adressant à François de
Neufchâteau, alors ministre, sollicitait la a cessation
de ce scandale » :
cuirasse, l'écharpe de ce graad homme, et le boulet qui le tua. Ces
objets avaient été prêtés par le duc de Bouillon, à qui ils appartenaient.
(Legrand d'Aussy, loc. cit.)
84 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Au ciloijen François de Neufchâieau.
21 brumaire an VII (ii novembre 1798).
Citoyen Ministre,
Les soins constants que vous mettez pour embellir le jar-
din national, conservatoire des plantes exotiques, des arbres
et des animaux qui arrivent de tous les points du globe, nous
prouvent que vos sages vues s'étendent à tout ce qui peut
être utile au public, ou sembler digne de sa curiosité. Mais
j'avoue qu'au plaisir de voir ces collections se mêle en moi
un sentiment pénible, toutes les fois que j'y retrouve au
coin d'un laboratoire de chimie, dans la poussière des
lourneaux, des matras et des matériaux servant à des
distillations, le corps exhumé de Turenne, sans que je
puisse m'expliquer les motifs d'un pareil dédain pour les
restes d'un chef d'armée que le roi le plus fier de son
rang jugea digne de partager la sépulture de sa maison.
Que peut donc avoir de commun le squelette du Grand
Turenne avec les animaux que votre enceinte nous con-
serve ?
Qu'aurait dit Montecuculli de voir son vainqueur figurer
au milieu d'une ménagerie?
En cherchant s'il n'y avait point à Paris quelque dépôt
moins indécent pour les restes de ce grand homme qu'un la-
boratoire de chimie qui nous dégrade el non pas lui, j'ai re-
trouvé son tombeau d'un grand style, au muséum de nos
monuments funéraires, enclos des Petits-Augustins, où ses
restes si révérés manquent autant à son tombeau que le
tombeau manque à ses restes.
RELIQUES ANATOMIQUES 85
Le marbre noir placé dessous le bas-relief de la bataille
dcTurckeim en iG75, après le gain de laquelle Turenne
perdit la vie en visitant un poste dangereux, ce marbre peut
être enlevé; un cadre, des verres en sa place, laissant voir
le corps du héros, commanderaient notre respect, apaise-
raient l'indignation qu'on éprouve en voyant Turenne auprès
des fœtus et des monstruosités qui attirent la foule.
Je suis même très étonné que les ingénieux auteurs du
muséum le plus philosophique de tous, quoique dans un lo-
cal mesquin, n'aient pas sollicité la cessation d'un tel scan-
dale, en vous priant, citoyen ministre, de confier le dépôt
provisoire des restes du grand homme dont ils ont sauvé le
tombeau, en attendant que la nation lui décerne enfin des
honneurs dignes de sa réputation ; eux qui, pendant que
l'ignorance exaltée mutilait tous les monuments de nos ar-
tistes, ont eu la pensée courageuse de préserver, et la con-
ception profonde de classer par suite de siècles, les tombeaux
des hommes puissants dont l'histoire offrirait le muséum
moral, si l'on pouvait les y embrasser d'un coup d'oeil comme
on le fait aux ci-devant Augustins.
Ce rapprochement désirable de Turenne avec son tombeau
renforcerait l'un des buts si frappants qu'on sent qu'ils ont
voulu remplir en composant leur muséum : celui de nous
montrer par quels degrés nos sculpteurs et nos architectes
se sont élevés à l'honneur de rivaliser avec les grands ar-
tistes de la Grèce; celui d'y rappeler cette pensée philoso-
phique, qu'avant que l'on eût érigé ce grand royaume en ré-
publique, la mort seule avait le pouvoir d'y ramener les
choses privilégiées à cette égalité que la république con-
sacre; enfin, l'honorable but de prouver à tous les penseurs
86 LE CABINET SECRET DE L'hISTOIRE
de l'Europe que la nation française est loin de partager la
barbarie qui uous a privés, en peu d'heures, des numuments
de douze siècles. Si notre muséum central, par la réunion
des chefs-d'œuvre qu'on y expose, donne un plaisir délicieux
à ceux qui savent en jouir, celui-ci nous élève à de grandes
pensées ; et le désir d'y voir déposer provisoirement les cen-
dres de Turenne en est une des plus morales.
Je vous prie donc, ministre ami de l'ordre, dont la haute
magistrature est de surveiller les objets de décence publique
de prendre en considération cette remarque sur Turenne,
qu'un bon citoyen vous soumet.
Je pourrais bien signer mon nom, ou même en donner
l'anagramme, si cette singularité ajoutait quelque chose au
mérite d'un aperçu : Qu importe qui je sois, si je dis la vérité ?
c'est de cela seul qu'il s'agit.
Le corps de Turenne n'est pas la seule relique
humaine que le Jardin des Plantes possède ou ait
possédée : le corps de Daubenton y repose ou y repo-
sait dans un coin du labyrinthe, sous un petit monu-
ment du temps *. Victor Jacquemont, Guy de la
Brosse y ont aussi leur sépulture^. Mais, au moins
pour ceux-là, on ne songera pas à protester. Ce
sont des naturalistes, des gloires de la Maison ; ils
sont chez eux, au milieu des fleurs.
' Gazette anecdotique, 1885, p. 91.
' Les corps de V. Jacquemont et G. de la Brosse sont restés enfouis
dans les caves du Muséum jusqu'à ces dernières années ; il y a quelques
années seulement qu'on leur a donné une sépulture convenable.
RELIQUES ANATOMIQUES 87
On demandait dernièrement où était le cœur de
Turenne, que les Allemands affirmèrent longtemps
être déposé dans une petite chapelle située aux en-
virons d'Achem, près de Sulzbach.
En réalité, le cœur de Turenne est conservé en
France ; il n'y a aucun doute à garder sur ce point,
désormais incontestable.
Le 4 nivôse an II {2/i décembre 1793), le précieux
viscère fut placé, par les soins de M. Guichard, maire
de Cluny, dans les archives de cette ville, où il resta
jusqu'au commencement du règne de Louis XVIII.
Une ordonnance royale ayant décidé que les cœurs
des généraux seraient rendus à leurs familles, une
enquête fut établie, sur les ordres des ministres de
l'intérieur et de la guerre, afin de constater l'identité
du cœur de Turenne, réclamé par le comte de la
Tour d'Auvergne-Lauraguais.
Le procès-verbal d'enquête fut rédigé, le 30 août
1818, par le marquis de Vaulchier, préfet de Saône-
et-Loire. Le 16 décembre suivant, le cœur de Tu-
renne était adressé, par le préfet de Saône-et-Loire,
à son collègue de l'Aude, pour être remis au comte de
la Tour d'Auvergne .
Cette remise eut lieu à Carcassonne, le 2 janvier
1819, par M. Cromot de Fougy, conseiller d'État,
préfet de l'Aude. Depuis cette époque, le cœur de
Turenne est conservé au château de Saint-Paulet,
dans une boîte sur laquelle on lit ces mots :
88 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
La présente boîte de carton^ contenant le cœur de
Tiirenne^ a été scellée par nous, préfet de Saône-et-
Loire et maire de Cluny, à Cluny, le 30 août I8l8.
— Signé : Fart in, maire de Cluny.
La boîte elle-même, contenue dans une enveloppe
de plomb, revêtue d'un sac de velours cramoisi, est
accompagnée de la note suivante :
Ici est renfermé le cœur de très haut et très puis-
sant prince Henry de la Tour d'Auvergne, vicomte
de Turenne, colonel général de la cavalerie légère
de France, gouverneur du haut et bas Limousin et
maréchal général du camp et armées du roi.
Le cœur de Turenne * avait si peu de volume, qu'en
l'examinant, les chirurgiens de l'armée qui l'embau-
mèrent ne pouvaient revenir de leur surprise. Ce
héros leur fournit un sujet d'étonnement de plus : il
n'avait qu'un rein.
VII
Combien de débris funéraires qui ont eu des péri-
péties mouvementées !
* La découverte du prétendu Cœur de saint Louis, faite à la Sainte-Cha-
pelle, le 15 mai 1843, a donné lieu à une publication critique de M. Le-
TRONNE (Paris, 1844). Nous avons parlé du cœur de différents grands
personnages dans nos Curiosités de la. Médecine, et de l'odyssée du cœur
du prétendu Louis XVII, dans nos Morts mystérieuses de l'Histoire.
RELIQUES ANATOMIQUES 89
S'il ne fallait se borner, que de révélations impré-
vues pourrions-nous encore faire ! IVous sera-t-il
permis de rappeler cependant une indiscrétion dont
nous nous rendîmes jadis coupable et qui souleva,
à l'époque où elle se produisit, un assez gros ta-
page ?
En feuilletant un ouvrage d'anecdotes médicales,
nous avions découvert un fait inattendu : les méde-
cins qui avaient pratiqué l'autopsie du grand empe-
reur avaient dû, pendant la nuit, interrompre leur
besogne, et le lendemain, le cœur de Napoléon ne se
retrouvait plus..., parce qu'il avait été mangé par les
rats ! Je tenais le détail de mon érudit confrère et
ami, le docteur Bremond, qui avait recueilli ce détail
dans les Mémoires du docteur Anlommarchi, un de
ceux qui assistèrent aux derniers moments de l'exilé
de Sainte-Hélène.
Ainsi, les quelques milliers de curieux qui avaient
défilé devant le tombeau des Invalides s'étaient age-
nouillés devant un cœur... de mouton; car on avait
substitué le viscère de ce doux animal à celui du
vainqueur du monde ^ !
Pareille mésaventure était arrivée au cœur d'Ar-
naud, le solitaire de Port-Royal, ainsi qu'au cœur
du Régent. Un chien, un beau danois, sans respect
' Voir Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1864, pp. 20, 46 ;
1865, p. 42 ; 1879, pp. 98, 151 ; 1887, pp. 549, 658.
QO LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
pour ce muscle inanimé, les avait dévorés sans autre
façon^
VIII
Une simple réflexion en terminant : Y a-t-il inté-
rêt à conserver, dans nos musées, le crâne de Riche-
lieu ou la cervelle de Talleyrand, à moins toutefois
quils ne présentent quelque particularité au point
de vue anthropologique ?
Les cheveux de Maximilien Robespierre ou la
prétendue tête de Charlotte Gorday devraient-ils
avoir leur place à côté des chefs-d'œuvre les plus
remarquables de Tart ancien ou moderne ? D'au-
tant qu'on est exposé, à tout instant, aux plus gros-
sières mystifications, celle-ci, entre autres : on avait
retrouvé la mâchoire de l'auteur de Tartufe. M, Dar-
cel, qui l'avait reçue, pour le musée de Cluny, des
héritiers du docteur Cloquet, l'avait offerte à l'ad-
ministrateur du Théâtre-Français, la seule sépulture
digne d'une telle dépouille ^.
* Voir, pour les Cœurs mangés, VI intermédiaire, 1886, pp. 58 et 216.
* Voir, sur la mâchoire de Molière, l'Intermédiaire, I, pp. 109,246; VIII,
pp. 452, 538 ; X, p. 581 ; la brochure intitulée la Relique de Molière,
par M. Ulrich-Richard Desaix, et l'article de M. F. Chambon, dans la
Chronique médicale du 15 mars 1901 {Un fragment de la mâchoire de
Molière à la Sorbonne).lï est question, dans l'opuscule de M. Desaix,
d'un reliquaire appartenant à Vivant-Denon et qui contenait, outre un
RELIQUES ANATOMIQUES 9I
Il n'y avait qu'un malheur, c'est que l'authenticité
en était fort contestée. Un irrévérencieux humoriste
alla même jusqu'à insinuer que cette mâchoire de
Molière était tout au plus de Regnard!
Si encore ces supercheries nous guérissaient de
notre aberration; si on finissait par comprendre que le
souvenir d'un grand homme et surtout l'exemple de
son œuvre valent mieux que cette abdication de la
raison devant une matière vouée fatalement à la des-
truction î
fragment d'os de Molière, des cheveux d'Agnès Sorel et d'7nés de Castro,
une partie de la moustache de Henri IV, un morceau du linceul de
Turenne, des cheveux du général Desaix, une dent de Voliaire, des frag
menls d'os d'Hëloîse et Abeilard, du Cid et de Chimène, de la Fontaine
et enfin une mèche des cheveux de Napoléon !"•■.
Consulter, sur le crâne de Sophocle, Nouvelles de l'Intermédiaire,
30 août 1893, p. 47-48; sur les débris anatomiques du Dante, l'Amateur
d'autographes, t. IV, pp. 175 et 192 ; sur la tête de Coligny, l'Intermé-
diaire, XXV, pp. 385, 436, 49S, 593, 655 ; sur la tète de Pascal, Intermé-
diaire, 1875, pp. 383, 464; 1878, pp. 3, 61 ; sur la destinée du cadavre
de La Bruyère, Intermédiaire, 1887, p. 678 ; sur le cadavre de Des
cartes, le Journal de Médecine de Paris, 1890, p. 662-663, et le Bulle-
tin de la Société archéologique de Touraine, XIII, 1901, p. 55-80 ; sur
le corps de Voltaire, émietté un peu partout : Petite Revue, 1866, t. XI,
p. 182 ; Intermédiaire, 1, 62 ; III, 8 ; XVIII, 389, 452, 536; XXI, 12 ; Reuue
des autographes, 15 août 1866 ; Reuue de la Révolution, Documents iné-
dits, t. VII, p. 109; sur le crâne de Mirabeau, l'Intermédiaire, XX, 452 ;
sur la tête de Stofflet, l'Intermédiaire, 1892, t. II, pp. 15 et 308; sur
l'histoire posthume de quelques personnages célèbres, cf. la Corres-
pondance historique et archéologique, 1897, n" 39.
LE MEDECIN DE MADAME DE POMPADOUR
Ne va-t-on pas s'aviser que le dix-huitième siècle,
si fouillé et pourtant si fécond en surprises, n'est
pas seulement l'époque des soupers fins, des femmes
à paniers, des vapeurs et des mouches ? Cesserait-
on de le représenter comme une perpétuelle féerie,
où libertins et oisifs jouaient seuls la partie ? Nous
auraient-ils donc trompés, les annalistes grivois, en
déroulant sous nos yeux le spectacle d'une sarabande
folle, où marquises et abbés de cour, petits-maîtres
et nobles duchesses, s'entremêlent joyeusement?
Quand on nous parle du règne de Louis XV, c'est
avec un air entendu, le sourire sur les lèvres. Ah! le
beau temps pour les scandales à huis clos, les enlève-
ments discrets, l'arbitraire et la licence sans frein !
S'il est pourtant un caractère de cette époque qu'on
n'a pas mis suffisamment en relief, c'est le contraste
qu'il nous offre d'une vie de plaisirs faciles et celle
d'un travail opiniâtre.
LE MÉDECIN DE MADAME DE POMPADOUR qS
On attribue communément aux Encyclopédistes le
mérite d'avoir été les pionniers de la Révolution, de
l'avoir préparée par leurs écrits ; on oublie qu'ils ont
été secondés dans cette besogne par des hommes,
d'allures plus modestes, qui ont accompli leur œuvre
sans ostentation ni fracas. Ces hommes, on les peut
compter; ils sont une poignée, tout au plus, ces fac-
tieux qui conspirent dans l'entresol même de la favo-
rite du moment, de cette bourgeoise parvenue, hier
encore Mm^e d'Etiolles, aujourd'hui la vraie reine de
France : Mme de Pompadour.
Tandis que, dans une pièce voisine, la maîtresse
s'essaie à réveiller les sens blasés de son royal amant;
alors que, de sa main fluette, elle signe les disgrâces
et distribue les faveurs ; pendant qu'elle courbe, sous
le talon de sa mule, les Choiseul, les Bernis, les Ma-
chault et autres courtisans empressés à la lui baiser
dévotieusement, des philosophes agitent les plus gra-
ves problèmes dans son propre appartements sans
s'inquiéter qu'on écoute aux portes.
* Au-dessous du logement de Quesnay, se trouvait le « cabinet parti-
culier » où Mme de Pompadour recevait le roi et les personnages impor-
tants, « pour ses affaires secrètes ». Mémoires de MmeduHausset, p. 51.
Le duc de Croy parle a d'un arrière-cabinet de laque rouge », où il est
reçu par la marquise et paroù, àl'improviste, arrive le roi (Mémoires de
Croy,v. 132) : ce devait être, d'après M. de Nolhac {Le Château de Ver-
sailles sous Louis XV, p. 212), le « cabinet particulier », dont il vient d'être
question et qu'un passage reliait à un escalier intérieur réservé au roi.
Mme d'Etiolles.devenue Mme de Pompadour, occupa au château de Ver-
g4 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Il est des jours où le bruit des discussions doit
ébranler les murs, car les conversations sont des
plus animées. La présence de l'hôtesse de céans,
qui daigne s'asseoir à la table où voltigent les plus
ingénieux paradoxes, les plus audacieuses théories,
n'est pas pour en ralentir le feu.
Dans cette assistance de choix, on reconnaît la plu-
part de ceux qui prendront plus tard la plume pour
stigmatiser les abus, anéantir le passé et préparer
Tavenir. On y voit, devisant ensemble, d'Alembert, au
masque narquois; Duclos, si bien défini par Jean-
Jacques : un homme droit et adroit ; Diderot, qui
rumine dans son vaste cerveau la vaste Encyclopédie ;
Marmonlel,le prêtre défroqué, l'auteur de Contes dits
moraux, probablement par euphémisme ; BufFon,
l'homme aux manchettes, ce qui ne l'empêche pas
d'être un naturaliste de génie; enfin, un personnage
grave entre tous, qui ne parle que par sentences,
le médecin qui a toute la confiance de la favorite : le
docteur Quesnay^
sailles divers appartements; le dernier, où elle mourut, était situé dans
l'aile du Nord, au rez-de-chaussée (Hist. de Mme du Barry, t. III, par
Ch. Vatel).
* C'est par Mme dEstrades, parente de Mme de Pompadour, que Ques-
nay était entré en relations avec la favorite de Louis XV . Un jour Mme
d'Estrades, en voiture avec le duc de Villeroy, s'étant trouvée mal, Quesnay
fut appeléauprès d'elle. Mme d'Estrades, satisfaite des soins que lui avait
doaaés Quesnay, recommanda le docteur à sa cousine, Mme de Pompa-
dour.
Ce ne fut que vers 1748 ou 1749 que Quesnay devint le médecin de
LE MÉDECIN DE MADAME DE POMPADOUR QS
Louis XV a logé Quesnay dans une dépendance
de Tappartement de sa maîtresse, à deux pas de son
boudoir. Le médecin est bien à l'étroit dans son
entresol, mais il s'en console en philosophe, trop
heureux d'avoir sous les yeux un champ d'observa-
tions sans limites.
Et puis il a un dada, l'aimable docteur, qui suffirait
à dissiper son ennui, si tant est qu'il eût le temps de
s'ennuyer. Vous le voyez errer dans le palais de Ver-
sailles, le visage rasé de frais, l'air souriant, l'œil
malicieux, le nez au vent. Vous vous le représentez
obséquieux et poli, remplissant en conscience son mé-
tier de médecin de cour. Détrompez-vous : le doc-
teur Quesnay réfléchit', sous un masque de galantin
oisif, aux plus sévères problèmes d'économie sociale.
Pendant qu'on délibère chez Mme de Pompadour de
Mme de Pompadour ; à la fin de 1747, il était toujours attaché au duc de
Villeroy comme chirurgien ; en mars 1749, il devint médecin à la Cour ;
le 24 janvier 1750, Mme de Pompadour est la marraine d'un de ses petits-
enfants, ce qui fait supposer des relations établies avec le grand-père.
(Inauguration du monument de François Quesnay et Vie de Quesnay,
par F. LoRiN, p. 139-140). Après la mort de la marquise de Pompadour,
Quesnav habita à Versailles, au Grand-Commun (aujourd'hui l'hôpital
militaire), dont il était le médecin ; quand il venait à Paris, il descendait
chez son gendre au palais du Luxembourg (J. Lorin, op cit., p. 168).
« Louis XV l'avait surnommé le Penseur. Quand il l'avait anobli, il
avait demandé à choisir lui-même l'écusson de ses armes. C'est ainsi
qu'il les composa de trois fleurs de pensées sur un champ d'argent, à la
fasce d'azur, avec cette devise : Propter cogitationem mentis, « espèce
de rébus, si l'on veut, dit d'.\lembert, comme plusieurs autres écussons,
mais rébus honorable, parce qu'il était vrai. «
C)6 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
la paix ou de la guerre, du choix des généraux, du
maintien ou du renvoi des ministres, notre docteur,
aussi indifférent à tous les mouvements de la cour,
que s'il eût été à cent lieues de distance, griffonne en
paix ses axiomes d'économie rustique*. Il vit à la
cour, ignorant de la langue du pays, ne cherchant pas
à l'apprendre et peu lié avec ses habitants"^.
Les seules personnes avec qui il aime s'entretenir
sont les gens de lettres^ ou les philosophes qui
viennent le visiter.
* Marmontel, Mémoires.
' Mercure de France, novembre 1778.
' La Condamine vint un jour le prier d'intervenir auprès de Mme de
Pompadour, pour obtenir la mise en liberté de la Beaumelle, qui avait
offensé la favorite et était emprisonné à la Bastille ; la Beaumelle quitta
la Bastille au mois de septembre suivant {La Beainnelle et Saint-Cyr,
par M. Ach. Taphanel, p. 291).
En 1762, Voltaire écrivait à un de ses amis que Mme Calas ferait bien
de voir Quesnay : « Je suis fort de votre avis, que Mme Calas aille trou-
ver QuesQaj', mais je ne sais si elle doit se trouver sur le passnge du
Roi, à moins qu'il ait quelqu'un qui la fasse remarquer à Sa Majesté ou
qu'il lui en ait parlé. » Le 16 août, Voltaire revient à la charge : ■■ Je
suppose que Mme Calas a fait rendre à Mme la marquise de Pom-
padour la lettre que le professeur Tronchin avait écrite, il y a un peu
plus d'un mois, en faveur de Mme Calas ; je crois qu'il y en a une
aussi à M. Quesnay. Ces lettres sont importantes. Si Mme Calas ne les
avait pas encore fait rendre, il faudrait qu'elle ne différât plus, elle
n'aurait qu'à écrire à M. Quesnay, à Versailles, et mettre la lettre pour
Mme de Pompadour dans le paquet de M. Quesnay.
« Ceux qui dirigent Mme Calas à Paris lui dicteraient une lettre courte
et attendrissante pour M. Quesnay : cette démarche ferait très bon effet.»
Correspo7idance de Voltaire.
LE MÉDECIN DE MADAME DE POMPADOUR 97
Ce sont d'abord la plupart des rédacteurs de VEn-
cyclopédie\ dont il est un des plus assidus collabo-
rateurs : Duclos, l'historiographe du roi, pour lequel
il professe une réelle sympathie, faite d'une commu-
nauté d'idées et de tempérament ; Buffon, Turgot,
alors tout jeune, et qui appliquera plus tard au pou-
voir les idées du maître.
Dans ce milieu, Quesnay conserve son franc
parler. On composerait tout un recueil des saillies
qui lui échappaient dans le feu de l'improvisation, car
il ne se gênait guère pour dire crûment ce qu'il
croyait être la vérité.
Lors des disputes du clergé et du Parlement, il se
rencontre un jour, dans le salon de Mme de Pompa-
dour, avec un homme qui proposait au roi l'emploi
des moyens violents, lui disant : c'est la hallebarde
qui mène un royaume.
— Et qui, répliqua Quesnay, mène la hallebarde,
Monsieur ?
Voyant qu'on attendait le développement de sa
pensée :
— C'est l'opinion! prononça-t-il avec force; c'est
donc sur l'opinion qu'il faut travailler. Propos osé,
pour le temps où il fut tenu.
• Il fit pour ce dictionnaire les articles Fermiers et Grains, ainsi que
l'article Évidence, « qui eut le sort de presque tous les ouvrages de celte
espèce, d'être assez peu lu, encore moins entendu, et fort critiqué. »
D'Alembert.
iv-7
()8 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Un autre jour, le dauphin, père de Louis XVI,
Louis XVIII et Charles X, se plaignait des embarras
de la royauté.
— Que feriez-vous donc si vous étiez roi, dit-il en
se tournant vers Quesnay?
— Monseigneur, je ne ferais rien.
— Et qui gouvernerait ?
— Les lois.
Devant le roi lui-même, son attitude était aussi
fière, mais sa tierté était tempérée d'un respectueux
attachement. Il en témoigna maintes fois S mais
c'est dans une occurrence grave que son dévoue-
ment trouva surtout à s'exercer.
Au beau milieu de la nuit, Mme de Pompadour
avait réveillé sa femme de chambre, qui nous a con-
servé le récit de l'aventure.
— Venez vite, lui dit-elle, le roi se meurt. Toute
en émoi, la soubrette met en hâte un jupon et arrive
auprès du roi : Louis XV était évanoui.
On lui jette de l'eau : il revient à lui. Quelques
gouttes de liqueur d'Hoffmann, préparation à base
d'éther, achevaient de le remettre.
' Quesnay avait donné des soins à Louis XV, lors de l'attentat de
Damiens, le 7 janvier 1757. Hévin, médecin de la dauphine, s'y
était trouvé le premier; en l'absence de la Martinière, il soigna le
roi ; la Martinière vint ensuite, mais il exprima le même avis que
Quesnay, à savoir que, si le roi avait été un simple particulier, il
aurait pu quitter la chambre le lendemain (Lorin, Variétés, p. 64 n.)
LE MÉDECIN DE MADAME DE POMPADOUR 99
— Ne faisons pas de bruit, dit le roi dès qu'il put
parler. Allez seulement chez Quesnay lui dire que
c'est votre maîtresse qui se trouve mal, et dites à ses
gens de ne pas parler.
Quesnay vient aussitôt, et reste étonné de trouver
le roi dans cet état. Il lui tâte le pouls et dit : « La
crise est finie ; mais si le roi avait soixante ans, cela
aurait pu être sérieux. »
Il alla chercher chez lui quelque drogue, probable-
ment des gouttes du général Lamotte \ puis se mit
à inonder le roi d'eau de senteur. On fit prendre en-
suite au malade quelques tasses de thé, et il regagna
son appartement, appuyé sur le bras du docteur.
Le lendemain, le roi faisait remettre un billet à sa
maîtresse, où il disait : « Ma chère amie doit avoir eu
grand'peur, mais qu'elle se tranquillise, je me porte
bien, et le docteur vous le certifiera. » Quesnay
reçut mille écus de pension pour ses soins et la pro-
messe d'une place pour son fils ^.
Le bon docteur en avait été quitte pour la peur,
mais il appréhendait souvent ce qui adviendrait, si le
1 Sur leur composition, cf. le Vieux-Neuf, 2" édition, 1, 153 et 111,534 n.
• Le roi, qui l'avait en grande estime et affection, voulut lui faire une
■dotation considérable. Quesnay connaissait l'état lamentable des
finances du pays ; il avait, dans un de ses écrits, fait imprimer, par le
roi lui-même, cette phrase : Pauvre paysan, pauvre royaume ; pauvre
royaume, pauvre souverain. — « Sire, répondit-il, j'accepterai les pré
sents de Votre Majesté, quand elle aura payé ses dettes. » F. Lorin,
Inauguration du monument, etc., p. 27.
100 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
roi disparaissait du monde. Une fois que Mirabeau,
le frère de l'orateur, lui disait : « J'ai trouvé mau-
vais visage au roi ; il vieillit. »
— Tant pis, mille fois tant pis ! répondit Quesnay ,
ce serait la plus grande perte pour la France s'il
venait à mourir. Et il détaillait toutes les consé-
quences de cet événement, qu'il prévoyait bien avoir
de funestes suites.
Nous avons dit que Quesnay avait du respect pour
son roi. Ce respect n'allait pas sans quelque terreur.
Un jour que le roi conversait avec lui chez Mme de
Pompadour, le docteur ayant l'air tout troublé, après
que le roi fut sorti, sa favorite lui dit :
— Vous avez l'air embarrassé devant le roi, et
cependant il est si bon !
— Madame, répliqua-t-il, je suis sorti à quarante
ans de mon village, et j'ai bien peu l'expérience du
monde, auquel je m'habitue difficilement. Lorsque
je suis dans une chambre avec le roi, je me dis :
« Voilà un homme qui peut me faire couper la tête »,
et cette idée me trouble.
— Mais la justice et la bonté du roi ne devraient-
elles pas vous rassurer ?
— Cela est bon pour le raisonnement, répondit-il ;
mais le sentimentestplus prompt, et il m'inspire delà
crainte avant que je me sois dit tout ce qui est propre
à l'écarter *.
* Mme DU Hausset, Mémoires.
LE MEDECIN DE MADAME DE POMPADOUR 101
Il avait néanmoins pour Louis XV une admiration
sans mélange, soit qu'il approuvât ceux qui en disaient
hautement du bien, comme Turgot ou Duclos, soit
qu'il portât lui-même un jugement sur le roi.
— Louis XIV, disait-il, a aimé les vers, protégé les
poètes: cela était peut-être bon dans son temps, parce
qu'il faut commencer par quelque chose; mais ce
siècle-ci sera bien plus grand, et il faut convenir
que Louis XV, envoyant au Mexique et au Pérou des
astronomes pour mesurer la terre, présente quelque
chose de plus imposant que d'ordonner des opéras.
Il a ouvert les barrières à la philosophie, malgré les
criailleries des dévots, et l'Encyclopédie honorera
son règne.
D'un génie positif, très porté vers les sciences
exactes, Quesnay, peu disposé à goûter les beautés
des vers, parlait, avec un dédain marqué, de la pro-
tection accordée par le grand Roi à la poésie. Gomme
on lui demandait un jour s'il n'admirait pas les grands
poètes :
— Comme de grands joueurs de bilboquet, riposta-
t-il, sur ce ton qui rendait plaisant tout ce qu'il
disait. J'ai cependant fait des vers, et je vais vous en
dire : c'est sur un M. Rodot, intendant de la marine,
qui se plaisait à dire du mal de la médecine et des
médecins. J'ai fait ces vers pour venger Esculape et
Hippocrate :
102 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Antoine se niédicina,
En décriant la médecine
Et de ses propres mains mina
Les fondements de sa machine;
Très rarement il opina
Sans humeur bizarre ou chagrine,
Et l'esprit qui le domina
Etait affiché sur sa mine.
Quesnay, le grave Quesnay, ne dédaignait pas de
faire le bel-esprit \ heureusement ce n'était qu'à de
rares intervalles qu'il se permettait cette débauche de
mauvais goût. D'ordinaire, ses propos étaient moins
enjoués.
Le premier médecin du roi se trouvant un jour
chez Mme de Pompadour, on se mit à parler de fous
et de folie. Le roi, qui s'intéressait beaucoup à tous
les sujets du ressort de la pathologie, écoutait avec
attention.
— Je me fais fort de connaître six mois à l'avance
les symptômes de la folie, dit Quesnay.
* 11 était s^àrituel à ses heures, ainsi qu'en témoigne cette anecdote
rapportée par M. F. Lorin.
Des médecins avaient été appelés en consultation pour un cas grave:
il s'agissait d'un grand personnage. L'avis de l'un d'eux ayant prévalu,
(ce n'était peut-être pas le bon), il crut devoir aller demandera Ques-
nay ce qu'il en pensait, sous prétexte de rendre hommage à sa science.
— « Monsieur, répondit Quesnay, il m'est arrivé quelquefois comme à
TOUS de mettre à la loterie , mais jamais quand elle était tirée. »
LE MÉDECIN DE MADAME DE POMPADOUR lo3
— Y aurait-il des gens à la cour qui doivent deve-
nir fous ? dit vivement le roi.
Et Quesnay de répondre : « J'en connais unqui sera
imbécile avant trois mois. »
On le pressa de le désigner; il s'en défendit quelque
temps ; puis, de guerre lasse, il en prononça le nom :
a C'est M. de Séchelles, contrôleur général. Il veut
à son âge faire le galant, et je me suis aperçu que la
liaison de ses idées lui échappe. » Le roi se mit à rire ;
mais, trois mois après, il vint chez Madame et lui
dit : « Séchelles a radoté en plein conseil ; il faut lui
donner un successeur*. »
Quelque temps après, c'était le tour du garde des
sceaux Berrier, dont Quesnay avait prédit, quatre
jours auparavant, qu'il tomberait en apoplexie : ce
qui se vérifia exactement.
Quesnay avait un coup d'œil d'une finesse péné-
trante. Il jugeait les hommes à la première rencontre,
lisant au fond de leurs âmes, les dépouillant pour
ainsi dire à leur insu. Puis il les caractérisait d'un
mot, avec un rare bonheur d'expression. Un jour,
comme on parlait de M. de Choiseul, le ministre
musqué :
— Ce n'est qu'un petit-maître, dit le docteur, et,
s'il était plus joli, fait pour être un favori d'Henri III.
Une autre fois, le comte de Saint-Germain, qui se
* Mme DU Hausset, op cit.
104 LE CABINET SECRET DE l'iIISTOIRE
vantait de transformer les petits diamants en gros,
venait de faire des expériences à la cour.
— M. de Saint-Germain peut grossir les perles,
c'est possible, dit Quesnay. Mais il n'en est pas moins
un charlatan, puisqu'il a un élixir de longue vie et
qu'il donne à entendre qu'il a plusieurs siècles.
Il ne manquait aucune occasion de stigmatiser les
charlatans, comme ils le méritaient. Un certain méde-
cin,appelé Renard, et qui justifiait bien son nom, avait
prescrit à Mme de Pompadour, qui souffrait de palpi-
tations violentes S de se promener dans sa chambre,
de soulever des poids et de marcher vite. « Si le mou-
vement accélère les battements, lui avait-il dit, c'est
une preuve que cela vient de l'organe ; sinon, cela
vient des nerfs. » Comme on rapportait à Quesnay
cette étrange médication :
— C'est la conduite d'un habile homme, se con-
tenta-t-il de répondre.
Chose singulière, une seule fois ^, la reine, côté du
1 Voir, dans les Indiscrétions de l'Histoire, 2' série, le chapitre : Une
Consultation pour la Pompadour.
* Une seule fois n'est peut-être pas tout à fait exact ; en tout cas,
Mme de Pompadour n'eut que rarement recours aux soins de son mé-
decin en titre. On trouve quelques vagues renseignements sur la santé
de la favorite dans un recueil, qu'on songe rarement à consulter et qui
contient pourtant de précieuses informations : c'est le Catalogue Morri-
son, qui n'est pas dans le commerce et dont nous devons l'obligeante
communicatioa à M. Noël Charavay (Cf. Chronique médicale, 1901,
1" décembre, p. 751 n.)
LE MÉDECIN DE MADAME DE POMPADOUR 1 o5
cœur, eut recours aux bons offices de Quesnay. C'était
un an ou quinze mois avant sa disgrâce. Etant à Fon-
tainebleau ^ elle s'était placée devant un petit secré-
taire pour écrire ; il y avait au-dessus un portrait du
roi. En fermant le secrétaire, après avoir écrit, le
portrait tomba et frappa assez fortement sa tête. On
envoya quérir Quesnay. Il se fit expliquer l'accident
et prescrivit des calmants et une saignée.
Les relations entre le médecin et la femme de
chambre de la marquise paraissent avoir été plus
étroites, bien qu'il ne soit nullement prouvé qu'il y ait
eu entre eux autre chose qu'un commerce d'amitié.
Mme du Hausset ne nie pas, du reste, la sympathie
que le docteur lui inspirait, les soupers qu'elle ac-
ceptait chez lui, les entrevues ici où là qu'elle lui mé-
nageait. Elle proclame, en maints endroits, « qu'il
avait de l'esprit », « qu'il était fort gai », qu'elle
le consultait « comme un oracle » ; mais nous ne
voyons nulle part l'ombre d'un compromis.
Elle dit encore qu'il « était un grand génie » ;
mais, ajoutait-elle, (( tout le monde le dit ».
Il aimait à causer avec elle de la vie des champs,
1 Quesnay accompagnait Mme de Pompadour dans ses déplacements.
Les inventaires de Saint-Hubert nous apprennent qu'il y avait, au
château de Saint-Hubert, une chambre réservée à Quesnay. Cette
chambre était située au premier étage du château. Dans l'Inventaire
des meubles du château de Saint-Hubert, 1762, on trouve la description
au mobilier de la chambre de Quesnay (Lori.n, op. cit., p. 145).
106 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
et, comme elle y avait été élevée, il lui faisait parler
des herbages de Normandie, du Poitou, de la richesse
des pommiers, et de la manière de cultiver. Mme du
Hausset convient qu'il « était bien plus occupé, à la
cour, de la meilleure manière de cultiver la terre que
de tout ce qui s'y passait. » Mais là s'arrêtent ses
confidences .
Quesnay avait, d'ailleurs, trop la passion du
travail pour s'en laisser distraire par la bagatelle.
Le travail était un besoin pour son activité. Dans
le mois qui précéda sa mort, il fît trois mémoires
d'économie politique, qui firent dire à un homme en
place qu'il avait une tête de 30 ans sur un corps
de 80.
A 70 ans, il s'était livré avec ardeur à l'étude des
mathématiques, et avait fait imprimer, malgré les
supplications de ses amis, sa prétendue découverte
de la quadrature du cercle. Il écrivit aussi sur la
théologie. Du moins avait-il eu le bon goût de s'en
rapporter, sur ce chapitre, au R. P. Desmarets,
confesseur du roi, qui lui fournit d'utiles indica-
tions.
Son Tableau économique donne mieux la mesure
de sa compétence ; avec VExtrait des Economies
royales de Sully, il fut imprimé à Versailles, par
ordre exprès du roi, qui avait tenu à en tirer lui-
même quelques épreuves. Mais les exemplaires fu-
rent si soigneusement séquestrés, que, même de son
LE MEDECIN DE MADAME DE POMPADOUR IO7
vivant, peu de temps après la publication, ainsi que
Mirabeau en faisait la constatation, il n'était plus
possible d'en découvrir un seul.
Après une existence si remplie, — il était octogé-
naire quand il mourut — , Quesnay n'avait pas à
s'alarmer de voir approcher sa fin. Accablé de
travaux et d'infirmités \ il sortit de la vie, suivant
le mot d'un poète ancien, comme d'un festin, sans
dégoût, mais sans regret, avec toute la tranquillité
d'un sage. Comme son domestique pleurait à chaudes
larmes :
— « Console-toi, lui dit-il avec douceur. Je n'étais
pas né pour ne pas mourir. Regarde le portrait qui
est devant moi ; lis au bas l'année de ma naissance ;
juge si je n'ai pas assez vécu. ^ »
Il ne se doutait pas, à cette heure suprême, que son
dernier voyage le conduisait aux portes de l'im-
mortalité^.
' Dès l'âge de vingt ans, il était goutteux, ce qui le détermina plus tard
à abandonner la chirurgie pour la médecine. Il devint docteur en méde-
cine à cinquante ans ; depuis vingt-six ans, il exerçait officiellement la
chirurgie.
* Nous avons publié, dans la Chronique médicale (30 mars 1902), l'acte
d inhumation et l'inventaire des biens après décès de François Quesnay.
Nous avons appris depuis que cet inventaire avait été publié dans le Bul-
letin du Comité des Travaux historiques (Sciences économiques), 1891,
p. 12-16.
3 La statue de Quesnay a été inaugurée à Méré, près Montfort-l'Amaury,
en 1896.
GUILLOTIN EST-IL l'iNVENTEUR DE LA GUILLOTINE?
A-t-on calomnié Guillotin ^, en lui attribuant une in-
* Joseph-Ignace Guillotin, né le 28 mai 1738 à Saintes (Charente-Infé-
rieure), était le fils d'un avocat. Il fit ses études à Bordeaux, où il reçut, le
11 décembre 1761, le titre de magister artium. Plus tard, il fut nommé
professeur au Collège des Irlandais, de Bordeaux, tenu par les Jésuites.
Il ne put longtemps s'accommoder delà règle de l'ordre et vint à Paris
étudier la médecine.
Sa première inscription date de 1763. Il suivit les cours d'Antoine Petit
pendant plusieurs années, mais s'éloigna de la capitale en 1768, pour pas-
ser les examens du doctorat à Reims, sa fortune modeste ne lui permet-
tant pas d'acquitter les droits élevés (8.000 francs environ de notre mon-
naie), que coûtait alors une promotion à la Faculté de Paris.
Reçu docteur le 7 janvier 1768, il revient aussitôt à Paris, où le 27 du
même mois, après un brillant concours, il est nommé pupille de la Fa-
culté . Il reçut enfin, le 26 octobre 1770, des mains de Poissonnier, la bar-
rette de docteur parisien, lui conférant le droit de pratiquer dans Paris.
Peu après, il obtint de ses collègues le titre de docteur-régent.
Le crédit dont jouissait Guillotin est attesté par sa nomination comme
membre d une Commission royale chargée, en 1784, de rechercher ce qu'il y
avait de fondé dans la doctrine et les expériences du fameux Mesmer. La
Faculté choisit, dans la circonstance, Guillotin et trois de ses collègues,
auxquels, sur leur demande, furent adjoints cinq membres de l'Académie
GUILLOTIN EST-IL l'iNVENTEUR DE LA GUILLOTINE? IO9
vention que d'autres pourraient plus légitimement
réclamer? N'y aurait-il pris, comme d'aucuns vou-
draient l'insinuer, la plus légère part ?
Sans refaire ici l'historique de la guillotine, rap-
pelons en quelques lignes le rôle véritable joué par
Guillotin.
Jusqu'en 1789, on faisait usage des supplices les plus
variés. Le bûcher, la noyade, la potence, les divers
instruments de torture, la mutilation, étaient infligés
à des malheureux, coupables pour la plupart d'insi-
gnifiants délits. Ce fut dans un but essentiellement
humanitaire que Guillotin proposa de substituer à tous
des sciences : Lavoisier, Franklin et Bailly étaient de ces derniers.
L'enquête, menée d'après une méthode strictement scientifique, dura
six mois, de mars à août 1784.
Le 14 juillet 1787, le docteur Guillotin épousait Marie-Louise Saugrain,
fille d'Antoine Saugrain, maître libraire, et de Marie Brunet. Elle lui sur-
vécut, après de longues années de la plus parfaite union, mais sans laisser
de postérité. Les Saugrain formaient une véritable dynastie d'imprimeurs,
comme les Panckouke.
Nous passons sur le rôle politique de Guillotin ; nous retrouvons
le médecin, ou plutôt l'hygiéniste, dans le discours qu'il prononça,
le 17 juin 1789, contre l'insalubrité de la salle des Menus où siégeait l'As-
semblée. L'air ne sy renouvelait pas assez facilement, ce qui pouvait
devenir dangereux au cours d'aussi longues séances; la distribution des
bancs trop rapprochés était insalubre ; le manque de dossiers pouvait
entraîner de graves inconvénients, etc. L'Assemblée chargea également
Guillotin du soin de l'éclairage, des tribunes publiques et de tout ce qui
touchait à l'installation matérielle. 11 remplissait, en somme, les fonctions
du questeur dans notre Chambre actuelle (Cf. La Révolution française,
13* année, n° 5, 14 novembre 1893).
no LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
ces procédés barbares un moyen plus prompt et moins
infamant. Le 10 octobre 1789, Guillotin demandait
que les délits du même genre fussent punis par le
même genre de peine, quels que fussent le ran et
l'état des coupables ^
Le 1" décembre, il remontait à la tribune de l'As-
semblée, et faisant une peinture, aussi pittoresque
qu'émue, des supplices effroyables qui avaient encours
* Le docteur Chereau a retrouvé aux Archives la minute même de la
rédaction définitive des articles décrétés le 10 octobre 1789 et le 21 jan-
vier 1790. Il a reproduit ce texte dans sa curieuse et introuvable brochure,
Guillolin et la Guillotine; Paris, aux bureaux de VUnion médicale, 1870,
p. 6.
Voici ce que dit le Moniteur :
« M. Guillotin lit un travail dans lequel il établit en principe que la loi
« doit être égale pour tous, quand elle punit comme quand elle protège, et
« chaque développement de ce principe amène un article que M. Guillolin
« propose à la délibération de l'Assemblée.
« Ce discours est fréquemment interrompu par des applaudissements ;
« une partie de l'Assemblée, vivement émue, demande à délibérer sur-le
« champ, mais une autre partie paraît vouloir s'y opposer.
« M. le duc de Liancourt, ajoute le Moniteur, fait observer que des
« citoyens sont prêts à subir des arrêts de mort, qu'il est dès lors indis-
<■ pensable de ne pas différer d'un jour, puisqu'un instant de retard peut
« les livrer à la barbarie d'un supplice que l'humanité presse d'abolir,
« puisqu'un instant peut ainsi livrer au déshonneur, dont un préjugé
» absurde flétrirait les parents, des coupables qu'une loi juste et sage
" doit flétrir à son tour. »
L'article premier, mis en délibération, est décrété à l'unanimité en ces
termes :
« Les délits du même genre seront punis par le même genre de peine,
« quels que soient le rang et l'état des coupables. »
GUILLOTIN EST-IL l'iNVENTEUR DE L\ GUILLOTINE? 111
jusqu'alors, et qui déshonoraient Thumanité: le gibet,
la roue, le bûcher, il concluait à ce que, « dans tous
les cas où la loi prononcera la peine de mort contre
un accusé, le supplice sera le même, quelle que soit
la nature du délit dont il se sera rendu coupable. » Il
ajoutait : « le criminel sera décapité ; il le sera par
l'effet d'un simple mécanisme ».Il serait même allé
jusqu'à faire devant ses collègues la description de
la mécanique. Oubliant un instant qu'il était législa-
teur, il aurait prononcé cette phrase où, dans le feu de
l'improvisation, les termes allaient bien au delà de sa
pensée : « La mécanique tombe comme la foudre, la
tête vole, le sang jaillit, l'homme n'est plus*. »
L'assemblée, tout en approuvant en principe la
motion de Guillotin, prononça l'ajournement sur le
mode de supplice qui devait être infligé aux coupa-
bles punis de la peine de mort. Guillotin avait seule-
ment obtenu que nobles ou vilains seraient punis
d'égale façon.
Ce n'est que le 3 juin 1791, soit vingt mois après le
premier discours de Guillotin, que Lepeletier de Saint-
1 Dans son Histoire de la Consliluante, Bûchez prétend qu'au cours
de cette discussion, emporté par son ardeur, l'orateur se serait écrié :
« Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d'oeil, et vous
ne souffrez point. » Cette exclamation, qui ne se trouve dans aucune rela-
tion offlcielle, nous paraît un de ces mots historiques, inventés long-
temps après les circonstances dans lesquelles ils auraient dil être pro-
noncés (f-a Révolution française, loc. cit.).
112 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Fargeau faisait voter que « tout condamné à mort au-
rait la tête tranchée* ».
Restait à faire fabriquer la machine assez expédi-
tive pour épargner des souffrances inutiles aux pa-
tients qui devaient en faire l'essai *.
* Moniteur, 4 juin 1791.
* « II suffit, en effet, de jeter les yeux sur le récit des décapitations
les plus célèbres pour voir à combien de basards étaient exposés les
patients ; plus la victime était élevée, plus elle montrait de courage et
de résignation, plus elle courait de dangers. Voyez Marie Stuart : elle
croyait, dit son éloquent historien, qu'on la frapperait comme en France,
dans une attitude droite et avec le glaive. On l'aida à poser sa tête sur
le billot ; le bourreau ému la frappa d'une main mal assurée ; la hache,
au lieu d'atteindre le cou, tomba sur le derrière de la tète et la blessa
sans qu'elle fît un mouvement, sans qu'elle proférât une plainte ; au
second seulement, le bourreau lui abattit la tête. Pour le jeune de Thou,
ce fut bien autre chose : condamné à mort pour n'avoir pas trahi Cinq-
Mars, il ne fallut pas moins de sept coups pour abattre cette noble tête, et
les condamnés n'ignoraient pas qu'on pourrait ainsi les manquer ! Le
fils naturel de Charles II, Monmouth, en véritable Anglais, s'adressant
au bourreau, lui dit : >< Tiens, voilà six guinées ; ne va pas me hacher
comme tu l'as fait à lord Russel. » Le premier coup ne fit qu'une légère
blessure. Monmouth leva la tête et jeta au bourreau comme un regard
de reproche : il fallut quatre coups pour achever cette sanglante tra-
gédie. L'idée d'être manqué préoccupait aussi le jeune chevalier de la
Barre ; mis en face du bourreau de Paris, qu'on avait fait venir pour
l'exécuter, cet héroïque enfant lui dit résolument : « Tes armes sont-elles
bonnes? Voyons-les. — Cela ne se montre pas. Monsieur, lui répondit
le bourreau. — Est-ce toi, reprit le chevalier, qui as exécuté le comte
de Lally ? — Oui, Monsieur. — Tu l'as fait souffrir ? — C'est sa faute,
il était toujours en mouvement. Placez-vous bien, et je ne vous man-
querai pas; soyez-en sûr. » En effet, ce maître bourreau balança plu-
sieurs fois son arme et enleva la tête d'un seul coup. » Extrait des
Recherches historiques sur les derniers jours de Louis et de Vicq d'Azyr,
GUILLOTIN EST-IL l'iNVENTEUR DE LA GUILLOTINE? Il3
L'Assemblée nationale, prise de court, songea, pour
se tirer d'embarras, à s'adresser au secrétaire per-
pétuel de l'Académie de chirurgie, Antoine Louis,
déjà connu par des travaux scientifiques de haute
valeur. Louis s'empressa de rédiger un « avis
motivé sur la décollation». Son rapport*, adopté
discours lu à l'Acodémie de médecine par M. Dubois d'Amiens, secré-
taire perpétuel (Bulletin de l'Académie de médecine ; Paris, 1866,
t. XXXII. p. 9 et suiv.).
1 Cette consultation chirurgicale dun nouveau genre mérite d'être
conservée dans notre recueil de curiosités historiques. En voici les par-
lies essentielles : elle a été publiée in extenso dans la iîeune des docu-
ments liistoriques, t. III, p. 47.
Consultation du Secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie.
« ... Personne n'ignore que les instruments tranchants n'ont que peu ou
point d'efifet lorsqu'ils frappent perpendiculairement. En les examinant
au microscope, on v it qu'ils ne sont que des scies plus ou moins fines,
qu'il faut faire agir en glissant sur les corps à diviser ; on ne réussirait
pas à décapiter d'un seul coup avec une hache ou couperet dont le tran-
chant serait en ligne droite, mais avec un tranchant convexe, comme
aux anciennes haches d'armes ; le coup asséné n'agit perpendiculaire-
ment qu'au milieu de la portion du cercle ; mais l'instrument, en péné-
trant dans la continuité il< s parties qu'il divise, a sur les cotés une action
oblique en glissant et atteint sûrement au but. En considérant la struc-
ture du col. dont la colonne vertébrale est le centre, composée de plu-
sieurs os dont la connexion forme des enchevauchures de manière qu'il
n'y a pas de joint à chercher, il n'est pas possible d'être assuré d'une
prompte et parfaite séparation en la confiant à un agent susceptible de
varier en adresse par des causes morales et physiques ; il faut certaine-
ment, pour la certitude du procédé, qu'il dépende de moyens mécani-
ques invariables, dont on puisse également déterminer la force et l'effet :
c'est le parti qu'on a pris en Angleterre.
>' Le corps du criminel est couché sur le ventre, entre deux poteaux
lv-8
Il4 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
sans discussion, fut imprimé dans le Moniteur ^
Il ne s'agissait plus que de faire construire la ma-
chine. Une correspondance active fut échangée à ce
sujet entre Louis, le procureur-syndic du département
de Paris, Rœderer, et le ministre des contributions
publiques, Clavière^. Guillotin ne fut consulté que
pour la forme. En réalité, Louis présida à toutes les
opérations ^.
barrés dans le haut par une traverse d'où l'on fait tomber sur le col la
hache convexe au moyen d'un déclic. Le dos de l'instrument doit être
assez fort et assez lourd pour agir efficacement, comme le mouton qui
sert à enfoncer les pilotis ; on sait que sa force augmente en raison de
la hauteur d'où il tombe.
« Il est aisé de faire construire une pareille machine dont l'effet sera
immanquable. La décapitation sera faite en un instant, suivant le vœu
et l'esprit de la loi. Il sera facile d'en faire l'épreuve sur les cadavres et
même sur un mouton vivant.
« On verra s'il ne serait pas nécessaire de fixer la lête du patient par
un croissant qui embrasserait le col au niveau de la base du crâne; les
cornes ou prolongements de ce croissant pourraient être arrêtés par des
clavettes sous l'échafaud ; cet appareil, s'il paraît nécessaire, ne ferait
aucune sensation, il serait à peine aperçu.
« Consulté à Paris, le 7 mars 1792.
« Louis,
« Secrélaire perpétuel de l'Académie de chirurgie. »
* Quand le décret du 20 mars 1792 fut rendu, Guillotin n'était plus
législateur.
* La correspondance de Rœderer et de Clavière a été publiée dans la
Revue rétrospective, de Taschereau, janvier 1835, p. 5 et suiv.
* Ce fut Louis qui recommanda à Rœderer le facteur de pianos Schmidt,
qui était venu lui offrir un plan de machine à décoller ; ce fut le même
GUILLOTIN EST-IL l'iNVENTEUR DE LA GUILLOTINE? Il 5
Il demanda d'abord au charpentier ordinaire du do-
maine un devis estimatif delà dépense qu'allait occa-
sionner la construction du nouvel appareil, mais de-
vant les prétentions exagérées du « sieur Guidon »,
qui n'exigeait pas moins de 5.660 livres pour «la pre-
mière machine », alléguant surtout « la difficulté de
trouver des ouvriers pour des travaux réputés infa-
mants », Clavière et Rœderer décidèrent d'un com-
mun accord de se passer de son concours.
Louis fit alors appel à un « autre artiste», un « fac-
teur de pianos » d'origine allemande, Tobias Schmidt*,
qu'il recommanda au Directoire. Le 17 avril 1792, à
dix heures du matin, les premiers essais avaient lieu
avec la machine définitivement construite, dans l'am-
phithéâtre ou dans une petite cour adjacente de Bi-
Louis qui, sur l'ordre du Directoire, avait doané ses Inslructioas au
charpentier du domaine pour la construction de l'instrument ; son rôle
a donc été capital en l'espèce (Cf. Revue des documents historiques,
t. III, loc. cit.).
« Sur Schraidt, voir le Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris,
t. XVI, p. 123 ; le Moniteuril septembre, 17'.)4, et 21 décembre 1799, et la
brochure de Chereau précitée.
Ce Schmidt s'amouracha, sur le tard, d'une danseuse du njm de Cha-
meroi, qui passait pour être au mieux avec Eugène de Beauharnais.
Schmidt avait connu la « belle impure » dans le salon de la Grazini (ou
Grassini), vers 1800. Le grossier soupirant, réduit au rôle d'amoureux
surnuméraire, fournissait à la danseuse les sommes qu'elle ne pouvait
tirer de la bourse, fort plate, du militaire à qui elle avait réservé son
cœur. Schmidt était, au contraire, très riche, ayant gagné plusieurs
millions dans les entreprises de construction dont il avait été chargé.
1 l6 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
cêtre, en présence des employés supérieurs de la mai-
son; des médecins Philippe Pinel et Cabanis, Tami de
Mirabeau; des docteurs Louis, Cullerier et Guillo-
tin ; du procureur-syndic de la Commune ; d'une foule
de notabilités de l'Assemblée nationale; des membres
du Conseil des hospices \ etc.
Le bourreau Sanson et ses aides couchèrent un ca-
davre entre les deux bras de la machine, la face tour-
née vers le plancher. Au signal donné par l'un de ses
ouvriers, Sanson pressa le bouton qui retenait la
corde. Le couperet, fort de son poids, glissa rapide-
ment entre les coulisses et sépara la tête du tronc,
* Voici, à ce sujet, la lettre qu'écrivit le docteur Louis au docteur
Michel Cullerier, alors chirurgien de l'Hôpital général ; cette lettre a été
publiée par Chereau, qui en devait la communication au docteur Culle-
rier, fils du chirurgien de Bicêtre.
« Samedi, 12 avril 1792.
« Le mécanicien. Monsieur, chargé de la construction de la machine
à décapiter, ne sera prêt à en faire l'expérience que mardi. Je viens
d'écrire à M. le procureur général syndic, afin qu'il enjoigne à la per-
sonne qui doit opérer en public et en réalité, de se rendre mardi à deux
heures au lieu désigné pour l'essai. J'ai fait connaître au Directoire avec
quel zèle vous avez saisi le vœu général sur cette triste affaire. Ainsi
donc à mardi.
« Pour l'efficacité de la chute du couperet ou tranchoir, la machine
doit avoir quatorze pieds d'élévation. D'après cette notion, vous verrez
si l'expérience peut être faite dans l'amphithéâtre ou dans la petite cour
adjacente.
« Je suis de tout mon cœur, Monsieur, le plus dévoué de vos obéissants
serviteurs.
« Louis. »
GUILLOTIN EST-IL l'iNVENTEUR DE LA GUILLOTINE? Il 7
avec la vitesse du regard, selon l'expression de Ca-
banis lui-même. Les os furent tranchés nets. Les
deux autres essais, successivement effectués, réussi-
rent de la même manière. C'était désormais un résul-
tat acquis *.
Le 25 avril 1792, un assassin et voleur de grand
chemin, Pelletier, était « décollé » par le nouveau tran-
choir*.
II
S'il est maintenant établi que Guillotin ne fut pas
* Paul Bru, Histoire de Bicélre^ p. 87 ; Revue des documents histori-
ques, loc. cit., p. 53.
Nous croyons devoir rapporter à cette place une anecdote, dont cepen-
dant nous ne certifions nullement l'authenticité.
Pendant que les spectateurs adressaient leurs félicitations aux deux
médecins dont l'invention tendait à rendre plus prompte et moins dou
loureuse l'application de la peine capitale, seul, le vieux Sanson, les
yeux fixés sur le dernier cadavre dont la tête avait roulé si rapidement,
si facilement, sans que sa main exercée eût fait autre chose que de
pousser un ressort, répétait avec tristesse : « Belle invention ! pourvu
qu'on n'abuse pas de la facilité ! » Les spectateurs sortirent de l'enceinte
et allèrent rendre compte de l'invention nouvelle, les unsà l'Assemblée,
les autres par la ville. Quant aux prisonniers, ils se regardèrent les uns
les autres et descendirent des appuis des fenêtres, sur lesquelles ils
avaient grimpé.
— C'est, dit l'un, le fameux projet d'égalité. Tout le monde mourra de
la même manière.
- Oui, répliqua un plaisant de Bicêtre, cela nivelle ! » Histoire anec-
dotique des prisons de l'Europe, par Alboize et A. Maquet.
* Chronique de Paris, n" 11«, 26 avril 1792 ; Journal de Perlet, n* 207.
Il8 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
l'inventeur de l'instrument qui porte son nom, com-
ment en devint-il le parrain ?
Le rédacteur du Journal de Perlet, à la date du
22 mars 4792, écrivait:
« Le Comité de législation a fait adopter un projet
de décret sur le mode de décollation des malheureux
condamnés à mort. Il a été rendu sans être lu ni dis-
cuté. Ce décret n'est autre chose que l'avis de
M.Louis, secrétaire perpétuel de l'Académie de chi-
rurgie, qui propose pour l'exécution de cet article
du Code pénal une machine à peu près semblable à
celle que son inventeur avait fait appeler la guillo-
tine. »
Dès le mois de décembre 1789, on pouvait lire
dans le journal les Actes des Apôtres^:
« Une grande difficulté s'est élevée sur le nom à
* Guillotin n'était pas un orateur, c'était un honnête homme animé
d'excellentes intentions, mais imbu des nouvelles idées. Il n'en fallut pas
davantage pour qu'il devînt l'objet d'attaques et de moqueries conti-
nuelles. On se mit à le chansonner; les rédacteurs des Actes des
Apôtres supposèrent que, de concert avec Barnave et Chapelier, il
avait inventé une machine propre à tuer les gens tout doucement ; de là
les bouts-rimés où il est dit que Guillotin, aidé des gens du métier,
De sa main
Fait soudain
La machine,
Qui doucement nous tuera.
Et que l'on nommera
Guillotine.
(Dubois, d'Amiens, op. cit.]
GUILLOTIN EST-IL l'iNVENTEUR DE LA GUILLOTINE? II9
donner à cet instrument. Prendra-t-on pour enrichir la
langue le nom de son inventeur? Ceux qui sont de cet
avis n'ont pas eu de peine à trouver la dénomination
douce et coulante de guillotine. Sera-ce celui du pré-
sident qui prononcera le vœu de l'Assemblée à ce
sujet? On aurait alors à choisir entre M. Coupé et
M. Tuault. On a observé que la mansuétude pasto-
rale ne permettait pas à M. de Sabran d'accepter
cette place ; sans cela, il était assuré des voix de toute
la noblesse. On ajoute qu'un nouveau candidat se
présente pour avoir les honneurs de cette machine
supplicielJe. M. de Mirabeau s'est emparé jusqu'ici
des motions qui ont porté les plus grands coups à la
tyrannie. Ses essais si connus de jurisprudence cri-
minelle lui donnent des droits incontestables au mo-
nument proposé. Avec un léger amendement, l'hono-
rable membre pourrait prendre cette machine sous
œuvre, et le nom de Mirabelle remplacerait, à la
grande satisfaction des bons Français celui de guillo-
tine. »
Entre Mirabelle, petite Louison^, Louisette^ et
Guillotine, le choix du public fut vite fait: ce fut le
dernier vocable qui l'emporta.
1 Desgenettes, Souvenirs de la fin du dix-huitième siècle, etc., t. II,
p. 175-182.
* Cf. Souvenirs de la marquise de Créquy, t. VI, p. 100. Le docteur
Louis, n'ayant pas de situation politique, était peu connu du public ; sa
mort, arrivée peu après, le fit tout à fait oublier.
120 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Une légende veut que c'est en assistant, plusieurs
années avant la Révolution, à une pantomime des
Quatre fils A y mon, représentée sur un théâtre du
boulevard, que Guillotin aurait pris la première idée
de sa machine K 11 est plus vraisemblable de penser
qu'il en avait trouvé le modèle dans certains auteurs
du seizième siècle, qui en donnaient une description
détaillée.
Que Guillotin ait eu des précurseurs, cela ne fait
point doute ^; qu'il ait été le premier en France à
proposer et à faire adopter le principe d'une ma-
chine à décapiter, c'est un mérite qu'on ne peut son-
ger davantage à lui contester.
Quoi qu'il en soit, le nom de Guillotin restera insé-
parable de l'instrument de supplice qui a tranché le
fil de tant d'existences humaines, et grâce auquel un
philanthrope, dont toute la vie fut consacrée au bien
de ses semblables, aura conquis l'immortalité ^
1 Saint-Edme, Biographie de la police, 1829, in-8, p. 253.
' Sur les origines de la guillotine, cf. les ouvrages et opuscules sui-
vants : La Guillotine au treizième siècle, par Héron, br. in-8, Rouen, 1892 ;
Gay, Gîossau-e archéologique, p. 802; le Bulletin de l'Alliance des Arts,
25 février 1844 et 10 décembre 1846 ; le Musée universel, 1872-73, t. I, p. 179,
et t. II, p. 118; Revue des Documents historiques, t.III,Joc. cit.; les Curio-
sit' s judiciaires, de Warée, pp. 13 et 382 ; les Curiosités des Traditions,
p. 302 et suivantes ; les brochures de Chereau, L. Du Bois, Dubois
(d'Amiens), sur la guillotine ; le Vievx-Neuf, d'Eo. Fournier, t. 1,
p. 318 n.; enfin, la Chronique médicale, 1901, p. 606 ; 1902, pp. 52 et 242;
1905, p. 377.
'Ona prétendu que Guillotin était mortsurl'échafaud et les plaisantins
GUILLOTIN EST-IL l'iNVENTEUR DE LA GUILLOTINE? 121
n'ont pas manqué de souligner la coïncidence. Est-il nécessaire de rele-
ver cette absurdité ? Guillotin est mort à Paris, d'un anthrax à l'épaule
gauche, le 26 mars 1814, à 3 heures du soir, âgé de soixante-seize ans. Il
habitait alors rue Saint-Honoré, 533, quartier des Tuileries, au coin de la
rue de la Sourdière.
Quelqu'un qui eut occasion de le rencontrer plusieurs fois, dans les
derniers temps de sa vie, nous le représente comme « un petit homme
à cheveux blancs, de manières unies, à la parole douce, et dont on
disait le talent de médecin digne de toute confiance. Quand on lui
parlait de l'adoption de son idée, il en montrait du regret, bien que per-
suadé qu'elle n'avait pas influé sur le nombre des victimes dont la Révo-
lution aurait toujours fait sa proie. Mais il ne se consolait pas de ce que
son nom était resté attaché à la lugubre machine. » Charles Maurice,
Histoire anecdolique du Théâtre et de la Littérature (1856), t. I, p. 16.
11 conserva l'usage de la poudre et le chapeau à cornes même pendant
le règne du bonnet rouge, et, dans un ouvrage du docteur Saucerotte
(Les médecins pendant la Révolution, Paris, 1887), nous lisons que
« le père de l'auteur a acheté en 1813 (lisez 18141, à la vente après
décès de Guillotin, les bustes de Henri IV et do Sully, qui avaient orné,
en temps prohibé, le cabinet de ce pacifique révolutionnaire. »
Partout où il le put, il chercha à protéger les victimes de la Révolution.
Il recueillit chez lui des proscrits, intervint, du reste sans succès, près
de son confrère Marat, en faveur d'amis communs ; on dit même qu'il
prépara pour les victimes de la Terreur un poison qui, au moins, les pré-
servait del'échafaud. Un émigré, le comte de Méré, condamné à mort,
avait, avant son exécution, recommandé par écrit à Guillotin sa femme
et ses enfants. La lettre tomba aux mains de Fouquier-Tinville. On
demanda à Guillotin de révéler le séjour de cette famille d'émigrés qu'il
ne lui était plus loisible de sauver. Sur son refus, il fut emprisonné, et
seule, la chute de Robespierre, au 9 thermidor, le sauva de la mort.
A Guillotin, on doit la fondation d'une « Académie de médecine », qui
tint ses séancs dans une salle mise à sa disposition par le Consistoire
réformé de Paris. Cette Société ne laissa que peu de traces, n'ayant
publié aucun compte rendu ; elle se confondit avec le Cercle médical, et
ne fut plus connue que sous cette dernière dénomination.
Guillotin était un chaleureux partisan du vaccin de Jenner.
Sous l'Empire, Guillotin avait conservé la même liberté de langago
122 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
que sous la Terreur. Bourru raconte que, dans un interrogatoire que lui
fit subir le préfet de police, on lui dit : Monsieur Guillotin, vous passez
pour ne point aimer l'empereur ? — « Monsieur, cela est vrai. —Mais,
Monsieur, pourquoi ne l'aimez-vous pas ? — Monsieur, parce que je ne le
trouve point aimable. » Il fut impossible de le faire sortir de cette
logique. (Cf. La Révolution française, 14 nov. 1893, art. de M. E. Pariset.)
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798
Ceux qui connaissent dans ses moindres détails
l'histoire de la Révolution sont déjà familiers avec le
nom du confrère dont je vais évoquer la physionomie.
Mais nombre de lecteurs entendront certainement
pour la première fois parler du docteur Chambon,
de Monlaux, membre de la Société royale de méde-
cine, médecin de la SalpêtrièreS premier médecin
• Il était médecin de cet hôpital en février 1790 ; il fut destitué à la suite
de difficultés avec les sœurs (Lettre de M. Sigismond Lacroix, du
28 septembre 1896).
Nous lisons, d'autre part, dans les Mémoires de Brissot :
. L'exercice, la promenade, la vue des campagnes, le murmure d'un
ruisseau, le chant des oiseaux, lui paraissent avec le régime végétal le
meilleur moyen de guérir les fous. Ce système de traitement nest pour-
tant pas, j'en conviens, sans des inconvénients qui méritent d'être pesés
Il faut lire, à cet égard, le savant et précieux ouvrage d'un médecin qui,
aux connaissances et à la pratique de son art dans les hôpitaux.joinl les
lumières d'un philosophe et l'enthousiasme d'un démocrate pour la
liberté, de mon digne ami le docteur Chambon. » Mémoires de Brissot,
édition F. Didot, 1877, p. 161.)
124 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
des armées, inspecteur général des hôpitaux militaires,
et maire de Paris pendant deux mois à peine, mais
deux mois qui comptentpourdesannées,du8 décembre
1792 auZi février 1793.
De l'enfance de ChambonS rien de saillant à mettre
en lumière. Issu d'une vieille famille champenoise, il
avait conservé de ses ascendants cet esprit de terroir
qui lui servit, en maintes circonstances, à doubler le
cap de difficultés qu'une diplomatie moins avisée
n'eût pu surmonter.
Le père de Ghambon était un chirurgien gradué,
qui avait traversé la scène du monde sans y faire
grand bruit.
Sa mère, Marie ^ Froussard, descendait du noble sire
Etienne de Montaux, capitaine anobli par Louis XIV,
pour avoir enlevé plusieurs drapeaux à l'ennemi, et
mort plus tard au champ d'honneur^.
Nicolas Ghambon (de Montaux) avait fait ses pre-
mières armes professionnelles en province , à Langres *.
Aussitôt débarqué à Paris, il suivit les cours du célèbre
Petit, dont l'enseignement avait, à cette époque, une
grande vogue.
* Il naquit le 21 septembre 1748, à Breuvannes en Champagne.
* Elle est dénommée Marie-Marguerite, dans la notice, publiée par
M. Victor Froussard, à Arcis-sur-Aube.
* Il fut tué en 1675, près du camp commandé parTurenne, à deux lieues
de Strasbourg.
* « C'est à Langres qu'il avait exercé la médecine avant de venir pro-
fesser à Paris. » Mémoires de Brissot, loc. cit., p. 164-165.
UN MÉDECIN, MAIBE DE PARIS EN IjgS 125
En 1782, ses connaissances en physique faisaient
désigner le docteur Chambon pour aller étudier, à
Bourbonne-les-Bains, l'action de Télectricitécombinée
avec les eaux minérales.
A la fin de 1792, il se trouvait à la tête de l'admi-
nistration des impôts et finances de la ville de Paris,
quand, à la suite des massacres de septembre, Pétion
vint à donner sa démission de maire.
Le parti de la Montagne portait comme candidat à
cette périlleuse fonction LuUier \ procureur-syndic du
département. Les modérés se proposaient de répartir
leurs suffrages entre Chambon etM.d'Ormesson,neveu
de l'ancien premier président du Parlement de Paris.
Trois sections n'envoyèrentpas leurs procès-verbaux:
celle du Mail, ci-devant place de Louis XVI ; celle de
Poissonnière et celle du Finistère, ci-devant des
Gobelins. Les Zi5 autres sections avaient fourni
11.365 votants: Chambon obtint 8.358 voix, et LuUier
3.906. On compta 101 voix nulles ^ Proclamé maire
de Paris dans la séance de la Commune du 2 décembre
1792, Chambon accepta ces fonctions sous la réserve
de ne prendre possession de son poste qu'après avoir
rendu ses comptes d'administrateur des hôpitaux.
Installé le 8 du mois, il prêtait, ce jour-là même, le
serment et recevait l'investiture.
1 Louis-Marie Luilier avait succédé à Berthelol, qui prenait la qualité
de " docteur agrégé de la Faculté de Paris ».
* Moniteur universel, XV, 626.
126 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Dès les premiers jours de son installation, Ghambon
se trouvait aux prises avec de grosses difficultés. Le
6 décembre, un décret de la Convention avait cité
le Roi à sa barre ^ En exécution de ce décret, on battait
la générale le 11 décembre, dans tous les quartiers.
Tous les hommes disponibles étaient rappelés sous les
armes. La force armée devait être groupée sur divers
points, partout où le roi avait à passer pour se rendre
à l'Assemblée.
Le soir de son installation, Chambon réunit chez lui
les membres de la Convention qui voulaient sauver
les jours du Roi et se concertait avec eux sur la créa-
tion d'une garde départementale, destinée, en appa-
rence, à mettre l'Assemblée à l'abri des mouvements
populaires, mais qui, en réalité, devait servir à pro-
téger celui qu'on ne désignait plus que sous les noms
de « tyran » ou de « Louis Capet ». Le décret du
maire fut rapporté le lendemain, et celui-ci dut aviser
à d'autres moyens de salut.
Sous prétexte de préserver la Conciergerie, mena-
cée, disait-on, d'un envahissement imminent, Cham-
bon fit caserner à la mairie le 2^ bataillon de Mar-
seille, muni d'une quantité considérable de cartouches,
pour parer à tout événement. La Convention, préve-
nue, enjoignit au bataillon des Marseillais de quit-
ter Paris sans retard. Le plan de Chambon était
1 Moniteur uràversel, 8 décembre 1792.
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 I27
de nouveau déjoué. L'Assemblée avait son siège fait :
le procès du Roi était décidé.
Le maire, le procureur de la Commune, le secré-
taire-greffier et trente officiers municipaux furent dési-
gnés pour escorter la voiture du roi, lorsqu'on le con-
duirait à la Convention et qu'on le ramènerait au
Temple. Les sections reçurent Tordre de se tenir en
permanence. En exécution de cet arrêté, tous les per-
sonnages indiqués plus haut, à l'exception des trente
officiersmunicipaux, pénétraient, lell décembre 1792,
à une heure de l'après-midi, dans la chambre du
roi.
L'officier municipal de service à la Tour du Temple
a rendu compte, en ces termes, de cette solennelle en-
trevue ' :
Je m'approchai, dit-il, de Louis et lui annonçai qu'il allait
recevoir la visite du maire.
Louis. — Ah, tant mieux... Je vais donc voir le maire!
Est-ce un homme gros, grand, jeune, vieux ?
— Je ne le connais qu'imparfaitement, lui dis-je, je sais
qu'il est d'un âge moyen, maigre et assez grand.
— Savez-vousce qu'il a à me dire?
— Il vous l'apprendra lui-même.
Louis resta pendant une heure dans son fauteuih II était
si rêveur que je passai devant lui sans qu'il m'aperçût.
— Ce maire se fait bien désirer, dit-il après un long
silence.
* De Beaucodrt, Captivité de Louis XVI, t. II, p. 178 et suivantes.
128 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Le maire arriva et lui parla avec dignité.
— Je suis chargé par la loi de vous déclarer que la Con-
vention vous attend à sa barre, je viens vous y conduire.
Le secrétaire-greffier a lu alors ceci :
Décret de la Convention nationale du 6 décembre. Art. 5.
« Louis Capet sera conduit à la barre de la Convention
nationale, mardi onze, pour répondre aux questions qui lui
seront faites seulement par l'organe du président. »
Après cette lecture, le citoyen maire a demandé à Louis
s'il voulait descendre. Celui ci a paru hésiter un instant et
a dit : « .)e ne m'appelle pas Louis Capet ; mes ancêtres ont
porté ce nom, mais jamais on ne m'a appelé ainsi. Au sur-
plus, cest une suite des traitements que j'éprouve depuis
quatre mois par la force. Ce malin, on a séparé mon fils de
moi. C'est une jouissance dont on m'a privé.
« Je vous attendais depuis deux heures. * »
Le maire, sans répondre, Payant invité de nouveau
à descendre, le roi finit par s'y décider.
Dans une notice très rare, destinée à ses amis,
Ghambon a raconté, de son côté, sa mission auprès
du roi.
En montant l'escalier du Temple, dit-il, mon émotion,
malgré mes efforts pour la cacher, fut telle que mes genoux
tremblaient sous moi. Ceux qui m'accompagnaient s'en aper-
çurent ; elle s'augmenta au point que je faillis perdre tout
1 Le roi était occupé à faire une lecture quand on vint le prévenir que
le Dauphin allait être conduit à sa mère. Deux heures après, Chambon
se présentait.
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 I29
à fait l'équilibre et tomber sur les derniers degrés qui res-
taient à franchir.
Arrivé à la porte de l'étage occupé par le roi, je redoublai
d'eflorts pour modérer le trouble auquel j'étais en proie. Je
traversai lentement la première pièce pour acquérir une
assurance apparente, quoique nous eussions, mes amis et
moi, les plus grandes espérances de délivrer le roi, et que,
d'après la parole du plus grand nombre des députés, nous
nous en crussions assurés ; mes réflexions, en contemplant
un si adorable monarque, retenu dans la Tour du Temple,
étaient des plus déchirantes. J'articulai à voix un peu basse:
« 11 mest ordonné par la Convention de vous traduire à sa
barre ; le secrétaire de la Commune va lire le décret qui
m'intime cet ordre. »
Je ne pouvais dire ni Sire ni Ciloyen. Dans le premier cas
j'aurais manifesté quelque intelligence avec Sa Majesté pour
le secourir, et dès ce moment, la vie de Louis XVI était
compromise. J'avais tout à craindredela hainepourlemonar-
que de la part de ceux qui m'accompagnaient et d'une partie
de ceux qui étaient restés au rez-de-chaussée. Dans le second
cas, en lui disant : Ciloyen, je l'aurais injurié ; il eût été
encore de la plus grande irrévérence de lui adresser la
parole en substituant à ses titres et à ses dignités, comme
tant d'autres l'avaient fait, son seul nom de baptême...
Le secrétaire de la Commune ayant donné lecture
du décret, on invita le roi à monter dans une voi-
ture. Le maire se plaça à ses côtés, tandis que Ghau-
mette, procureur de la Commune, et Brûlé, l'un de
ses membres, se tenaient sur le devant.
iv-9
l3o LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Durant tout le parcours, Chambon essaya d'occu-
per le roi « par une conversation suivie * », pour rem-
pêcher d'entendre les propos insultants qu'on tenait
sur leur passage. Le roi parut prendre un vif intérêt
à ce que lui racontait Chambon, notamment quand il
l'entretint des « objets d'antiquité » qu'on trouvait
encore dans sa province. Louis XVI fit preuve, à
s'en rapporter au témoignage de son interlocuteur,
des connaissances les plus variées ; il semblait sur-
tout avoir des notions très précises d'histoire et de
géographie.
Cependant la voiture poursuivait l'itinéraire fixé^.
Dans un moment, dit Chambon, où le roi jetait sur raoi
un regard de bonté en voulant me faire entendre, par ses
expressions mêmes, qu'il me savait gré de mes soins, je trou-
vai moyen de l'avertir, d un coup d'oeil, que nous étions
entourés de gens dont la présence ne permettait pas un
épancheraent qui serait dangereux pour lui...
' Le récit de Chambon est ici en contradiction avec le Procès-verbal
de la. Commune de Paris, du 11 décembre, où il est dit que le roi,
« monté en voiture, a gardé le silence, presque tout le temps de sa
translation ».
' Ordre pour la marche et l'escorte de Louis Capet, 10 décembre,
depuis le Temple jusqu'à la Convention nationale, en passant par la
rue du Temple, les boulevards, la rue Neuve-des-Capucins, la place
Vendôme et la cour des Feuillans (V. le document in extenso aux
Archives nationales, B. B. 52, d'après le marquis de Beaucourt, Cap-
tivité et derniers moments de Louis XVI, t. II, p. 162 et suiv.).
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN IjgS l3l
Il avait été décidé qu'en passant près de la porte Saint-
Denis, on ferait une décharge d'artillerie sur la voiture ^
J'étais prévenudececoinplot ;les canonniers tenaient leurs
mèches allumées. En abordant cette porte, je m'élançai par
la portière, le corps à moitié en dehors, et d'une voix et
d'un geste menaçants, je paralysai le bias des canonniers.
Louis XVI put ainsi, sans autre encombre, arriver
à la barre de la Convention. Il s'y présenta en com-
pagnie du maire de Paris et des généraux Santerre et
Berruyer ^
Ghambon ne laissait pas que d'être inquiet sur le
retour ^. La populace était très excitée, et il redoutai
' La Chronique de Paris donne la version suivante : « Un petit mouve-
ment, occasionné par la désobéissance au général du citoyen Jacques
Higonet, grenadier de la section de la Fraternité et commis aux Imposi-
tions, hôtel Soubise, a été cause que la voiture a été arrêtée sur le
boulevard, en face de la rue de Lancri. Le général avait commandé
d'appuyer surla droite ; ce militaire a prétendu qu'il y avaitde la boue, et
que l'état-major à cheval pouvait y passer plus facilement.
« Le boulevard entre la porte de Saint-Martin et celle de Saint-Denis
étant très étroit, la voiture a été encore arrêtée. Alors Louis a demandé
si on n'abattrait pas ces deux arcs de triomphe ; on lui a répondu que
celui de la porte Saint-Denis étant un chef-d'œuvre, on pourrait le con-
server. »
« C'est le général Berruyer et non Wittenkoff qui accompagna
Louis XVI à la barre.
3 On lit, dans le Journal de Perlet, numéro du 13 décembre 1792 :
« La conduite du prisonnier, du Temple à la Convention, s'est faite
avec le plus grand calme, d'après les sages mesures prises par le conseil
exécutif, de concert avec la Commune. Louis était dans une voiture gar-
nie en tôle avec le maire et un officier municipal ; elle était entourée de
l32 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
des incidents. Ses alarmes ne firent que s'accroître,
quand, à la fin de la séance, au moment où le roi pre-
nait quelques rafraîchissements, on vint brusquement
donner l'ordre du départ. La voiture qui avait amené
le roi stationnait place Vendôme. On dut aller la
rejoindre au milieu d'une foule dont on pouvait craindre
avec quelque raison les manifestations hostiles.
Cependant, sur un ordre donné parle commandant
trente autres officiers municipaux en écharpe. Douze cents hommes
d'infanterie et de cavalerie précédaient et suivaient la voiture avec des
pièces de canon. Les citoyens ont vu ce cortège dans un silence républi-
cain. On fait courir le bruit que le prisonnier ne voulait point se rendre
à la barre et que la Convention avait été obligée de rendre un décret
pour le faire venir de force. Ces bruits répandus à dessein commen-
çaient déjà à produire de l'agitation. Santerre les a , fait cesser par sa
présence. La voiture dans laquelle était le ci-devant roi avait les por-
tières ouvertes, ce qui a produit un excellent effet sur le peuple. On sait
que la séparation de Louis de sa famille ne s'est pas faite sans inquié-
tudes, qui ont été dissipées par son retour. »
On lit, d'autre part, dans la Révolution de 92 ou Journal de la. Conven-
tion nationale, n° 84 (mercredi 12 décembre 1792) : «... Il était une heure
après midi, quand Louis XVI est sorti de sa prison du Temple dans la
voilure du maire de Paris, où se trouvaient le maire, le procureur de la
Commune et le secrétaire-greffier. Louis était dans le fond à droite
ayant son chapeau sur la tête. Son habit était de la plus grande simpli-
cité, et cet habit était couvert d'une redingote toute unie, couleur mar-
ron ; ses regards étaient tranquilles et pleins d'assurance ;il considérait,
à travers les portières de la voiture, la garde immense et silencieuse
qui protégeait sa translation à l'Assemblée nationale et rien en lui n'an-
nonçait que la plus grande confiance et la plus grande fermeté... Le
plus morne silence régnait sur son passage... Il a été reconduit au Tem-
ple vers six heures du soir dans le même ordre, et le peuple a observé
la même conduite respectueuse qu'il avait manifestée le matin. »
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN IJQS i33
de la place, le plus grand silence s'établit et Louis XVI,
toujours suivi du maire, monta de nouveau en voi-
ture.
Au moment où le commandant fermait la portière,
Ghambon lui dit ces paroles :
Vous nous avez sauvé la vie, mais les canons sont braqués
à la porte de Saint-Denis pour faire sauter la voiture. Allez
dire à mon épouse de ne plus compter sur moi.
Les craintes du maire furent dissipées en aperce-
vant, au moment du départ, un bataillon de sa sec-
tion. Sur un signe, le bataillon fit escorte à la voiture,
qui arriva au Temple vers les six heures, sans qu'au-
cun des funestes pressentiments de Ghambon se fût
réalisé.
Le roi a été remis dans la chambre à six heures et demie *,
dit le rapport de l'officier du Temple. Au moment du départ
du maire, il lui a demandé, à deux reprises dilTéreates et
avec insistance, de lui faire passer très promptement le
décret qui lui accorde le conseil qu'il deinanie et qu'on ne
refuse à personne. Le citoyen maire a répondu qu'il n'était
chargé que de sa translation et que la Convention lui ferait
connaître sa volonté '^.
* Son premier soin fut de demander... à manger. Il mangea à son dîner
six côtelettes, un morceau de volaille assez volumineux, des œufs, but
un verre d'alicanle, puis s'en alla se coucher (Cf. de Bi^aucourt, op. cit.
p. 181).
* Procès-verbal de la Commune de Paris, du 11 décembre 1792.
l34 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
« Le maire de Paris a parlé au roi avec dignité »,
dit le rapport de Tofficier : on a vu, par le récit que
nous avons tout au long relaté, qu'il avait, au con-
traire, complètement perdu la tête.
Chambon était, du reste, un caractère faible et sans
portée, cherchant à louvoyer entre les partis, coque-
tant avec le roi, rusant avec l'Assemblée, système
qui, en définitive, n'était pas si maladroit, puisqu'il
devait lui sauver la vie.
Chambon avait quelques-unes des qualités du mi-
nistre Roland, sans en avoir l'héroïsme. Mme Roland
l'avait bien jugé quand, assise au coin de la chemi-
née dans son salon, elle disait à Desgenettes et au na-
turaliste Bosc d'Antic, qui devisaient des événements
du jour : « Voilà deux hommes qui se ressemblent
beaucoup extérieurement, et je suis portée à croire
qu'ils ont le même désintéressement, le même genre
de patriotisme, enfin les mêmes vertus aussi. » A quoi
Desgenettes répliquait : qu'il y avait, en effet, de
grandes analogies entre le ministre et le maire, sans
ajouter que leurs épouses les conduisaient tous deux
par le bout du nez.
Il
Le 26 décembre 1792, Chambon était, pour la
deuxième fois, désigné pour accompagner Louis XVI
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 l35
à l'Assemblée ^ Quand la Convention avait rendu le
16 décembre un décret bannissant de France tous les
membres de la famille Gapet, à l'exception de ceux
qui étaient détenus au Temple, de nombreuses péti-
tions s'étaient couvertes de signatures, pour obtenir
de l'Assemblée légiférante qu'elle rapportât son dé-
cret.
Le 19, Chambon écrivait au président de la Conven-
tion pour lui présenter l'adresse relative au rappel du
décret rendu le 16 décembre. La Convention avait
d'abord décidé qu'elle passerait à l'ordre du jour.
Mais Bazire ayant insisté pour que le maire compa-
rût à la barre, Robespierre profita de la circonstance
pour accuser Chambon de relations avec les factieux.
Chambon fut alors introduit et se borna à déclarer
que le devoir de sa place l'obligeait à remettre à la
Convention la pétition qui lui avait été contiéc, mais
qu'il ne l'avait en aucune façon provoquée ; qu'en
tous cas il n'en assumait point la responsabilité. A la
suite de ces explications, Chambon fut admis aux
honneurs de la séance.
Le procès-verbal de la seconde translation de
Louis XVI de la Convention au Temple n'ayant pas
paru assez détaillé àplusieurs membres ni aux tribu-
nes, le secrétaire-greffier donna lecture du rapport
qu'il avait rédigé en grande partie lui-même ;iUournit
* On n'avait pas été sang inquiétude sur le second tiansfèrement (Cf.
Pièces annexes, A, Cubincl secret, 3' séiie, pr<niieis tirages, p. 20(1-208).
l36 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
de curieux aperçus sur la psychologie du roi qui allait
payer de sa tête sa remarquable impéritie.
Arrivés au Temple, le maire, le procureur de la Commune,
quelques commissaires de service, le commandant général
et moi, nous sommes montés à la tour. Un a notifié à
rinstant au prisonnier qu'il eût à se transporter à la Con-
vention. Louis est descendu sur le champ; il était alors neuf
heures et demie. 11 a marqué quelque inquiétude sur la
manière dont ses conseils se transporteraient à la Con-
vention ; il a dit qu'hier ils avaient demandé à la Com-
mune qu'elle prît une décision à cet égard. On lui a répondu
« que sur cet objet ses conseils feraient comme ils voudraient;
que le Conseil avait arrêté qu'il n'y avait pas lieu à délibé-
rer. » — 11 s'est rendu à la voiture en faisant attention au
détachement de cavalerie de lEcole militaire, dont il ne con-
naissait pas la formation ; mais il a témoigné là, comme pen-
dant toute la marche, le plus grand sang-froid et la plus par-
faite tranquillité. Il faut que cet homme soit fanatisé, car il
est impossible d'expliquer comment l'on peut être aussi tran-
quille avec tant de sujets de craindre.
Monté en voiture, il a pris part à la conversation qui a
été assez soutenue sur la littérature et spécialement sur
quelques auteurs latins. Il a donné son avis sur tout avec
beaucoup de justesse, et m'a paru fort curieux de faire voir
qu'il est instruit. Quelqu'un a dit qu'il n'aimait pas Sénèque,
parce que son amour pour les richesses contrastait fort
avec sa prétendue philosophie et qu'on ne pouvait pas lui
pardonner d'avoir osé pallier au sénat les crimes de Néron.
Cette réflexion n'a pas paru l'aflecter. En parlant de Tite-
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 l'àj
Live (il a dit) que son style était bien opposé à celui de
Tacite.
Arrivé à la salle où il devait attendre avant d'être intro-
duit, 11 a trouvé ses conseils, avec lesquels il s'est rendu
dans un coin, et les a entretenus en particulier.
Bientôt il a été averti de se rendre à la Convention...
Nous sommes remontés en voiture, il a conservé le même
calme, la même sérénité que s'il eût été dans une position
ordinaire. En passant devant le dépôt des ci-devant gardes
françaises, il a remarqué avec beaucoup d'étunnement la
superbe maison que l'on bâtit sur cet emplacement.
Un peu plus loin, il me dit, en plaisantant sur ce que
j'avais mon chapeau sur la tête : « La dernière fois que vous
êtes venu, vous aviez oublié votre chapeau ; vous avez été
plus soigneux aujourd'hui. » Peut-être m'a t-il fait cette
observation sans dessein particulier, peut-être aussi, se
rappelant les anciennes prérogatives, a-t-il voulu me témoi-
gner que, dans son système, je devais tenir chapeau bas
devant lui. Chaumet m'a fait signe du coude à cette remarque
en faisant peut-être la même réflexion que moi.
A propos de l'indisposition du procureur de la Commune,
la conversation est tombée sur les hôpitaux de Paris. Il a
fait des réflexions sur la dépense de ces maisons. Il a dit
qu'il serait utile d'en instituer dans chaque section, que les
pauvres en seraient bien mieux soignés et plus soulagés.
Il a fait ensuite diverses questions à Chaumet. Il lui a
demandé de quel pays il était, quelles étaient ses occupations;
il a même porté la curiosité jusqu'à lui demander des détails
de sa famille.
Puis, comme en allant, je saluais plusieurs de mes cama-
l38 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
rades que je connaissais, il m'a dit : « Ces personnes que
vous saluez sont-elles de votre section? »
— Non, ce sont des membres de l'ancien Conseil général,
que je vois avec plaisir s'occuper du soin de maintenir
l'ordre. Là-dessus, il me dit qu'il y en avait un qui n'était
pas resté longtemps. 11 voulait me parler de Meunier. Lors-
qu'il était de service au Temple, m'a-t-il dit, il lui est souvent
échappé des mouvements de trouble, en entendant tirer des
coups de fusil, il paraît qu'il les craignait beaucoup. Je lui
ai répondu que c'était moins un effet de la crainte que de la
surprise de voir que l'arrêté du Conseil qui défendait de
tirer des coups de fusil dans la rue, n'était point exécuté.
« Il est mort bien malheureusement», m'a-t-il répliqué.
J'ignore qui l'instruit si bien ; mais, comme vous voyez, il
sait presque toutes les particularités arrivées aux membres
du Conseil. 11 a pris ensuite la boîte du maire, il lui a
demandé si ce portrait qui était gravé d'un côté était celui
de sa femme. Mais avant que le maire put lui répondre,
la conversation a été coupée par des cris de : « Fermez les
fenêtres, fermez les fenêtres 1 » Sur cela il a dit: « C'est
abominable !» — « C'est une mesure de sûreté que l'on a
prise », lui a répondu Chaumet ; « l'on a défendu d'ouvrir
les fenêtres. » — « Je croyais que l'on criait vive Lafayette!
Ce serait une sottise. » Sans doute que Louis Capet s'occupa
en cet instant de la différence qu'il y avait entre la garde
brillante de Lafayette et celle qui l'escortait, composée en
grande partie de sans-culottes.
"Voilà, citoyens, tous les petits détails dans lesquels j'ai
cru devoir entrer, puisqu'ils ont paru vous intéresser.
Plusieurs membres ont ensuite demandé la parole pour
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN IJQS i39
ajouter des circonstances à ce rapport. Une violente oppo-
sition s'est manifestée à ce qu'ils fussent entendus; mais
les tribunes ayant témoigné par leurs murmures un vif
désir de les entendre, il a été arrêté qu'ils auraient la pa-
role.
Pour vous faire connaître le caractère apathique de cet
homme et son indillérence, a dit le premier, le trait suivant
ne sera pas inutile. Lorsque les membres du Comité des 21
lui ont apporté les i06 pièces relatives à son procès, il les
a reçues comme un grand seigneur reçoit les comptes de
son intendant; et pendant qu'on s'occupait à les examiner,
ce qui a duré près de cinq heures, lui, il s'occupait de la
tabatière de Tronchet, posée sur la table. Cette tabatière,
à double face, représentait d'un côté l'aristocratie désirant
la contre-révolution; et de l'autre une figure coiffée du bon-
net de la liberté, avec cette légende : La démocratie aime la
révolution. Là-dessus Louis se retourne, en tenant le côté
où l'aristocratie était représentée. « — Je n'aurais pas cru,
a-t-il dit, trouver sur la tabatière du citoyen Tronchet une
figure préchant la contre-révolution. — « C'est une figure
d'ancienne date, » a dit Tronchet, occupé au dépouille-
ment.
Vous voyez par ce petit trait, citoyens, que l'abbé Lenfant
lui a tellement inculqué que son royaume n'est plus de ce
monde et que tout ce qu'il éprouve est son purgatoire, que
l'affaire la plus majeure ne le frappe guère. — « 11 n'est
pas inutile, a dit Lebois, d'observer quel est le caractère de
cet homme et des personnes qui lui appartiennent. Lorsque
j'ai été nommé de garde au Temple, le hasard ma placé
tantôt chez lui et tantôt chez elles. J'ai remarqué dans les
l40 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
femmes beaucoup de finesse, et chez luibeaucoup de bêtise;
c'est un privilège pour lui de n'être pas sensible... On a
pris jusqu'à ce jour pour de l'esprit la mémoire prodigieuse
qu'il a; mais tout son mérite, à mes yeux, c'est cette mé-
moire, où les moindres objets, les plus petites particularités
se classent admirablement. Quant à son âme, je crois qu'il
n'en a pas beaucoup. »
L'ordre du jour a été adopté sur tous ces détails.
III
Le 5 janvier 1793, Ghambon était invité à rendre
compte à l'Assemblée de l'état des esprits dans la
capitale, ainsi que des forces dont la municipalité
pouvait disposer. Il prononça à cette occasion un
discours élevé, d'une véritable éloquence, un modèle
de courage civique et de bon sens.
Accompagné de douze membres de la munici-
palité, il monta à la tribune et ût, au milieu d'un
grand silence, les déclarations suivantes :
En premier lieu, dit-il, dune voix un peu basse (plusieurs
voix crient : On n'entend rien!), une des causes les plus
actives de la fermentation actuelle est le procès de Louis
Capet. On n'en connaît pas l'issue, mais, quelle qu'elle soit,
la plupart des citoyens se soumettront à la loi qui aura pro-
noncé sur ses crimes.
Les billets de la maison de secours sont aussi une raison
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 l4l
de désordres toujours renaissants. Les ouvriers ont la plus
grande difliculté à les faire passer.
L'approvisionnement de Paris est encore un objet d'a-
larmes ; on blâme généralement les primes accordées aux
boulangers. La classe laborieuse réclame du travail. Les
secours accordes aux parents des soldats qui ont volé aux
frontières pour secourir la patrie menacée, se distribuent
lentement.
Les maisons de joie, les maisons de femmes publiques
recèlent nos plus dangereux ennemis, à qui des maisons
particulières servent également d'asile.
La force armée est accablée d'un service excessif. Plus
de 1 "20.000 hommes, exactement 120.979, sont mobilisés à
Paris. Mais les citoyens qui possèdent de grandes fortunes
cherchent à se dérober à la garde nationale.
L'esprit républicain est toutefois celui de la majorité, de
la presque totalité des habitants.
Le clergé cherche à fomenter des troubles. N'a-t-il pas
crié à la tyrannie, parce que le Conseil général de la com-
mune, craignant que les églises ouvertes pour la messe de
minuit ne servissent de retraite aux malveillants, et pour
prévenir les désordres que cette réunion pouvait entraîner,
dans des circonstances où le procès d'un grand traître
divisait les esprits, a ordonné de tenir les portes exactement
fermées ? Cette mesure, pourtant sage et politique, a égaré
quelques esprits inquiets, qui proclamaient bien haut qu'on
exerçait le « despotisme des opinions ». Les émigrés agissent
de leur côté, ils font une propagande active en faveur du
souverain déchu.
Il est donc nécessaire que les bons citoyens se rallient,
1^2 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
et alors les conspirateurs ne tarderont pas à être replongés,
comme au 10 août, dans les ténèbres...
Cette harangue fit sur l'Assemblée une impression
profonde. La députation fut admise aux honneurs de
la séance, et l'impression du discours de Ghambon
votée sans discussion.
IV
Sur ces entrefaites survenait un incident, dont les
conséquences pouvaient devenir fatales à Ghambon
de Montaux.
Le 3 janvier 1793, on donnait au Théâtre-Français
la première représentation de VAmi des Lois. Dans
cette comédie à clefs, comme on dirait aujourd'hui,
les allusions étaient transparentes. L'auteur de la
pièce, Laya, n'avait pas craint de prendre directe-
ment à partie les puissants de l'époque, qu'il dési-
gnait sous des pseudonymes facilement percés à
jour. Robespierre, qui se nommait pour la circons-
tance Nomophage; Marat, que tout le monde recon-
nut sous le masque de Daricrâne, étaient particu-
lièrement maltraités.
h^Ami des Lois obtint un succès d'enthousiasme.
On applaudit avec fureur ces vers vibrants qui stig-
matisaient, en termes d'une violence outrée, les
hommes de la Terreur.
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 1 43
A la Commune, comme au club des Jacobins, ces
attaques ne pouvaient rester sans écho. Laya eut
l'habileté de mettre son œuvre sous les auspices de
la Convention ; sa lettre fut lue à la séance du 10 jan-
vier 1793.
On avait accordé une mention très honorable à la
pièce, quand Prieur fit observer qu'il avait lu, dans
un extrait de la brochure, ces mots : Aristocrate,
mais honnête homme, deux expressions qui juraient,
disait-il, et dont on devait demander raison. Il s'en
suivit une discussion des plus vives, qui se termina
par le renvoi de la pièce au Comité d'instruction pu-
blique.
La Commune avait décidé, de son côté, qu'en pré-
sence des allusions manifestes qu'on rencontrait dans
VAmi des Lois, la pièce serait interdite \ Chambon
fut chargé de l'exécution de l'arrêté:
Ce jour-là, la foule envahit le Théâtre-Français.
Les acteurs donnent lecture de l'arrêté de la Com-
mune. On réplique par des huées et des sifllets -. Le
général Santerre, présent dans la salle, annonce, sur
un ton d'autorité, que la représentation ne se pour-
suivra pas. On lui répond par les cris do: A bas te gé-
* Après un rapport de Real, qui devait devenir conseiller d'Etat sous
l'Empire, la Commune suspendit les représentations de la pièce, « dans
laquelle des journalistes malveillants ont fait des rapprochements dan-
gereux ».
* Th. Muret, Histoire par le théâtre, I, 72.
l44 Ï'E CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
néral mousseux! Nous voulons la pièce ou lamorl!
Le maire était arrivé au théâtre à deux heures, pour
y annoncer le respect dû à l'arrêté du Conseil géné-
ral, qui avait prononcé la suspension de la pièce de
Laya. Il ne réussit pas à se faire écouter.
La Convention, qui était alors en permanence pour
le procès du roi, fut saisie de l'affaire par une pro-
testation énergique de Fauteur de VAmi des Lois,
tandis que le public attendait patiemment dans la
salle l'issue de cette démarche.
Un rapport est fait et présenté par le député Ker-
saint, et la Convention, statuant séance tenante,
met à néant l'arrêt de la Commune, s'appuyant sur
ce fait : « qu'il n'y a point de loi qui autorise les
corps municipaux à censurer les pièces de théâtre ».
Cette décision, rapidement portée au théâtre, est
accueillie par de frénétiques acclamations ; VAmi
des Lois est joué « sans autre bruit que celui des
bravos », et à une heure du matin, le public se retire
victorieux et triomphant ^
Malgré l'effervescence populaire, il n'avait pas été
prononcé un seul mot injurieux contre le maire de
Paris, ainsi que celui-ci le reconnaissait dans une
lettre adressée au président du Conseil général.
Chambon se plaignit néanmoins de fatigues et de
douleurs, « résultant de la compression de quelques
* Th. Muret, oc. cit.
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 l/jS
citoyens qui l'avaient serré de trop près». Le Conseil
général lui infligea un blâme, sous prétexte que la
lettre de Laya à la Convention avait provoqué une
représentation séditieuse, et aussi que le maire avait
soutenu trop mollement l'exécution des arrêtés de la
Commune et du Conseil. On décida, cependant, d'en-
tendre les explications de Chambon.
Le maire arrive et prend place au fauteuil de la
présidence. Sur l'observation qu'il ne devait pas pré-
sider dans une discussion où il était directement
mis en cause, Chambon cède le fauteuil à Grouvelle.
Il se défend de n'avoir fait qu'exécuter les ordres de
la Convention, ne tentant pas une justification qu'il
croit superflue. Le procureur de la Commune requiert
alors l'improbation, qui est adoptée à la presque
unanimité, sauf à arrêter en commun les termes de
la rédaction.
Les administrateurs de la police et le procureur de
la Commune sont à leur tour blâmés, pour ne pas
s'être rendus à leur poste, c'est-à-dire pour ne point
s'être tenus aux côtés du maire sur le lieu du ras-
semblement. Mais l'ordre du jour rejette le blâme,
estimant satisfaisantes les explications du procureur
Chaumette. Il est décidé qu'une adresse sera envoyée
aux hS sections, pour faire connaître la motion de
blâme contre le maire et les motifs qui l'ont provo-
quée.
Le lendemain, 1'^ mides Lois était réclamé à grands
iv-lO
l46 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
cris, après un lever de rideau composé de Sémîramis
et d'une petite comédie de Vigie, la Matinée d'une
folie femme. Un des acteurs, Dazincourt, vint an-
noncer que, d'un commun accord, l'auteur et l'ad-
ministration du théâtre avaient décidé d'ajourner la
représentation, pour laisser le calme se rétablir dans
les esprits ; mais, sur l'insistance du public, on dut
promettre que la pièce serait représentée le lendemain.
La Commune, pour masquer l'illégalité de son ar-
rêté, avait ordonné de fermer provisoirement tous
les spectacles, sous prétexte que la tranquillité pu-
blique était menacée. Le Conseil exécutif provisoire
cassa le décret, mais, pour ne pas se mettre en con-
flit avec un pouvoir rival du sien, il engageait les
directeurs de théâtre à ne pas jouer les ouvrages
« susceptibles de causer du trouble ». La Commune
en profita pour interdire de nouveau l'^mf des Lois.
Le 14, bien que l'affiche annonçât V Avare et le
Médecin malgré lai, le public réclame la pièce de
Laya. Les troupes sont massées aux alentours du
théâtre ; les canons sont braqués. Santerre, qui se
présente, est accueilli par des huées. Des jeunes
gens, s'élançant sur la scène, parviennent à lire la
pièce, au milieu de bravos frénétiques.
Les échos de l'émeute * s'étaient répercutés jus-
* Voir aux Pièces annexes du Cabinet secret, 3" série, édit. originales,
la note B, p. 211-214.
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 l^J
qu'à la prison du Temple '. Le sourd grondement de
la rue avait ébranlé les voûtes du cachot où Louis XVI
attendait le sort qui lui était depuis longtemps ré-
servé.
Le dimanche 20 janvier, à 2 heures, s'ouvrent les
portes du Temple. Le Conseil exécutif fait son entrée
dans la prison: après le ministre de la justice'^, vien-
nent le ministre des affaires étrangères, le procureur
de la Commune, le commandant de la garde nationale,
enfin le maire.
D'après l'arrêté de la Convention, le maire, en sa
qualité de premier administrateur de la police, devait
conduire le roi au supplice. Chambon réussit à faire
prendre à la Commune une délibération, aux termes
de laquelle des commissaires étaient nommés pour
assister aux derniers moments du roi. Ces com-
missaires, voulant accomplir leur mission jusqu'au
bout, réclamèrent et obtinrent sans peine de
suivre Louis XVI jusqu'au pied de la guillo-
tine.
Le 21 janvier, à 8 heures et demie, Santerre, ac-
compagné de deux prêtres municipaux, Jacques
' Le valet de chambre Cléry a raconté, dans son Journal, qu'il remit lui-
même à Louis XVI un exemplaire de l'Ami des Lois et que le roi parut
prendre un grand intérêt à la lecture de cette pièce.
* C'est en qualité de ministre de la justice que, d'une voix émue et
tremblante, M. Garât lut à Louis XVI son arrêt de mort. Grouvelle était
alors secrétaire du Conseil exécutif; il fut depuis envoyé en ambassade
au Danemark, près du roi Christian {Mémoires de Brissot, loc. cit.).
l48 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Roux et Jacques-Claude Bernard, étaient chargés
de cet oifice ^
Contrairement à ce que certains historiens ont ra-
conté, la voiture dans laquelle Louis XVI fut conduit
au supplice^ n'était pas celle du maire de Paris : le
maire, moins que personne, ne pouvait disposer du
mobilier de la mairie.
' Claude Bernard était vicaire de la Madeleine, et Jacques Roux
appartenait à la communauté des prêtres de Saint-Nicolas-des-Champs.
* Ce fut dans la voiture du maire Ciiambon que Louis XVI se rendit
à la Convention pour sa première comparution du 12 décembre; on a
prétendu qu'elle avait servi aussi à le conduire au supplice; mais il
est aujourd'hui démontré que, sur le ref.us du Conseil de la Commune de
prêter la voiture du maire, ce fut celle du ministre Clavière qui amena
Louis XVI du Temple à la place de la Révolution.
Cependant il convient de signaler les divergences sur ce point de détail*
M. El. disait tenir de M. Couvel, conseiller à la Cour des comptes,
ancien secrétaire intime de Clavière, que ce dernier trajet avait eu lieu
dans la voiture du ministre. A cette tradition, d'autres ont opposé un
arrêté du Conseil exécutif, en date du 20 janvier, portant : Art. 1" : La
voiture du maire amènera Capet du Temple au lieu de l'exécution (Ar-
chives de l'hôtel de ville). M. de Beauchesne et M. Granier de Cassa-
gnac indiquent également la voiture du maire.
Dans le Journal d'un Bourgeois de Paris (p. 429), M. Ed. Biré, d'or-
dinaire si exact, affirme cependant que ce fut la voiture de Clavière
qui servit en la circonstance. Ce ministre offrit de la prêter, parce
que la Commune s'opposa à ce que la voiture du maire servît à cet
usage. M. Biré renvoie aux Archives nationales, A. F., II, 3, Conseil
exéculiC provisoire.
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 1^9
Chambon ne put se dérober complètement à ses de-
voirs dans cette journée historique '. Le 21 janvier, il
faisait placarder sur les murs de Paris la proclama-
tion suivante, signée de son nom, et qui était bien
dans le ton déclamatoire du temps :
Le maire de Paris à ses concitoyens.
Le glaive de la loi va frapper le plus grand et le plus cou-
pable des conspirateurs. Vous avez conservé pendant le cours
• V. sa proclamation du 20 janvier 1793, que nous avons publiée
ailleurs {Chronique médicale, 15 janvier 1899, p. 44).
Le 21 janvier 1793, il adressait la lettre qui suit : « Aux citoyens mi-
nistres composant le Conseil exécutif provisoire ».
« Les renseignements qui viennent de m'être donnés par le départe-
ment de police m'apprennent que tout Paris est dans la plus grande
tranquillité. Cependant un officier de police, qui m'est venu joindre au
Conseil général, m'a dit que les habitants du faubourg Saint-Antoine
étaient réunis en grand nombre dans les cabarets, où ils se réjouissent
de la mort du tiran. Il m'a ajouté que des soldats casernes dans ce can-
ton ont pris dans un chantier de ce quartier des falourdes, dont ils veu-
lent faire un feu de joie en réjouissance delà punition de Louis. Je vais
donner cette instruction au département de police pour qu'il prévienne
les querelles qui pourraient intervenir relativement à cet excès par des
moiens de conciliations {sic). Je ne vous donne du reste ce dernier fait
<iue par l'assertion d'un particulier, mais je ne vais pas moins prendre
les précautions nécessaires pour éviter les suites de cette violence.
« Le maire de Paris,
« Chambon. »
{Arch. nat., A. F. II, 3.)
l5o LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
de ce long procès le calme qui convient à des hommes libres,
vous saurez le garder encore au moment de l'exécution du
tyran. Vous prouverez par la sagesse de votre contenance
qu'un acte de justice ne ressemble pas à la vengeance ; ce
jour sera tout à la fois pour les rois et pour les peuples un
exemple mémorable de la juste punition des despotes et delà
dignité que doit conserver un peuple souverain dans l'exer-
cice de sa puissance.
Signé : Chambois *.
Chambon n'allait plus chercher qu'une occasion de
résigner ses périlleuses fonctions. Une semaine en-
viron après la mort du roi, le 2 février, Chambon
écrivait au Conseil de la Commune que, dans lajour-
née du 12 janvier (le jour de la représentation tumul-
tueuse de VAmi des Lois)^ il avait contracté une infir-
mité « qu'il conserverait jusqu'à la mort ».
Depuis ce moment, disait-il dans sa lettre, indépendam-
ment des accidents qui m'ont rendu toute espèce de fatigue
intolérable, j'ai éprouvé les plus grandes difficultés à prési-
der le Conseil général. Vous avez tous été témoins de ce fait,
et vous l'avez remarqué, ma voix ne [peut plus se faire en-
tendre dans le calme même de cette assemblée. Vous conce-
vez donc qu'il n'est plus en mon pouvoir de remplir une par-
tie essentielle de mes fonctions ; il n'est pas moins important
que, dans des rassemblements de citoyens agités par quel-
ques passions, le maire porte la parole pour ramener ses
* Revue de Champagne et de Brie, t. XVII, p. 496.
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 l5l
Irères à l'observance de l'ordre et des lois; dans les circons-
tances où il est si important de faire entendre le langage de
la raison, mes eflorts deviendront impuissants. Vous juge-
rez, d'après cet exposé, qu'un zèle mal entendu me porterait
en vain à répondre à la confiance de mes concitoyens, leur
attente serait vaine.
La conviction entière que jaide cette vérité ne me permet
plus de garder cette place, qui serait mieux remplie par tout
autre que moi.
Le Conseil général renvoya la démission au
corps municipal, pour qu'il convoquât à bref délai
les hS sections, en vue de l'élection d'un nouveau
maire.
Chambon résigna ses fonctions le k février 1793;
il quittait Paris le même jour*. De Paris, il se rendit
à Blois et n'échappa aux poursuites décrétées contre
lui, que sur le bruit qu'on fit courir qu'il avait été
fusillé près d'une ferme dans les environs de la ca-
pitale.
Survint le 9 thermidor, qui, ainsi qu'à bien d'au-
tres, lui sauva la vie. 11 resta à Blois jusqu'en l80/i.
Il reprit l'exercice de sa profession^, mais, pendant
* Le 13 février, Chambon était remplacé par Pache.
* Il était surtout très entendu pour les maladies des enfants. Ce prati-
cien, « éloigné des dissertations de l'école •>, doit être considéré comme
un « précurseur de nos grands cliniciens du XIX' siècle ». Cf. un très
intéressant article de M. Joseph Genévrier, interne des hôpitaux, paru
sous le titre de Nicolas Chambon de Montattx, Pédiatre, dans le journal
La Clinique in/antife, 15 mars 1905.
l52 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
toute la durée de TEmpire *, ne sollicita aucune fonc-
tion officielle. Il occupa les loisirs de sa retraite à
écrire nombre d'ouvrages ^.
1 En 1808, il habitait 24, rue du Cherche-Midi (renseignement donné
par le docteur Dureau, le regretté bibliothécaire de l'Académie de mé-
decine).
*En voici, par ordre chronologique, la liste aussi complète que pos-
sible :
Traité de l'anthrax ou de la pustule maligne (1781), in-lâ ; Maladies
des femmes en couches et à la suite de couches (1784), 2 vol. in-12 ; Ma-
ladies des filles pour servir de suite aux maladies des femmes (1785),
2 vol. in-12 ; Des maladies de la grossesse (1785), 2 vol. in-12 ; Traité de
la fièvre m.aligne simple et des fièvres compliquées de malignité (1787),
4 vol. in-12 ; Des moyens de rendre les hôpitaux utiles à l'instruction
(1787), in-12 ; Observationes clinica}, curaliones morborum et phenomena
ipsorum in cadaveribus observata, referentes Parisiis (1789), in-4'' ; Mala-
dies des enfants (1798), 2 vol. in-S" ; Manuel de l'éducalion des abeilles
(1798), in-8° ; Maladies des filles, des femmes et de la grossesse, et mala-
dies chroniques à la suite des couches, seconde édition avec corrections
et additions d'articles qui n'ont pas paru dans la précédente (1799), vol.
in-8'' ; Recherches sur le croup (1806) ; Traité de l'éducation des moutons
(1810j, 2 vol. in-8° ; Lettres à M. C. sur les calomnies répandues contre
moi comme maire de Paris, et renouvelées de ce temps (1814), br. in-8''
Comparaison des effets de la vaccine avec ceux de la petite vérole ino-
culée par la méthode des incisions (1821), in-8°.
Chambon a donné, en outre, plusieurs articles à l'Encyclopédie métho-
dique, au Dictionnaire d'agriculture de Rozicr, et plusieurs Mémoires
dans la collection de la Société royale de médecine.
Parmi les écrits de Chambon restés inédits, nous citerons : une traduc-
tion du Traité d'Agriculture, de Columelle ; des Recherches pour l'his-
toire des fièvres, des maladies aiguës, des inaladies chroniques; un Traité
sur la goutte ; un Essai sur les asphyxies ; un Traité des maladies des
voies urinaires, etc., manuscrits déposés à la bibliothèque de la Faculté
de médecine en avril 1880. Le Traité de la goutte aurait, d'après ce que
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 l53
Au retour des Bourbons, en 181/i, il sortit de
son obscurité. La duchesse d'Angoulème lui conser-
vait beaucoup de gratitude du tact et des atten-
tions^ dont il avait fait preuve à l'égard de Louis XVL
Le 1 5 avril 181/j, les époux Chambon déposaient entre
les mains du duc de la Rochefoucauld, pour être remis
à la duchesse d'Angoulème, les cheveux de la dé-
funte reine Marie-Antoinette. Deux jours avant sa
mort, la reine avait confié à une dame Roussel des
cheveux qu'elle s'était coupés elle-même, lui recom-
nous avons relevé quelque part, paru de 1814 à 1817 en 2 volumes, sous le
titre de : Traité de la. goutte essentielle symptomatique anormale, mais
nous n'avons pas eu l'ouvrage sous les yeux.
* Cléry a reproduit, dans son Journal, la lettre suivante, écrite par
Chambon au président de la Convention, lettre qui témoigne des atten-
tions que le maire avait eues pour le prisonnier du Temple.
« Citoyen Président.
« J'ai l'honneur de vous faire passer, pour que vous ayez la bonté d'en
faire part à la Convention nationale, les deux arrêtés pris par le Conseil
du Temple relativement aux demandes que lui avait faites Louis Capet
de lui rendre ses rasoirs pour se raser lui-même et de lui faire venir le
docteur Dubois-Foucaut, dentiste, pour lui ordonner les remèdes que
pouvait exiger une fluxion qui lui était survenue à la joue.
« J'ai l'honneur de vous transmettre l'arrêté pris par le Conseil général
sur les deux objets ci-dessus désignés.
« Le maire de Paris,
« Chambon. »
Le 8 janvier 179."?, le maire envoyait les arrêtés du Conseil du Temple
relatifs aux deux objets : restitution des instruments et visite du den
liste, et la Commune décidait qu'on rendrait les rasoirs du roi, mais
qu'il ne pourrait s en servir qu'en présence de deux municipaux.
l54 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
mandant de les donner à son fils ou à sa fille, si un
jour ils étaient appelés à régner. En 1804, cette dame
Roussel^ avait partagé la précieuse relique avec
Mme Chambon, qui l'avait acquise de cette façon.
Ghambon mourut à Paris en 1826, le 2 novembre.
' M. et Mme Chambon étaient depuis longtemps en relations avec
cette femme, qui avait été employée au service de Marie-Antoinette; son
emploi avait été supprimé, lorsque le ro. etla reine avaient été contraints
de quitter Versailles, pour venir à Paris. Elle n'en continua pas moins à
servir la reine en secret, et elle correspondait avec elle, par l'intermé-
diaire d'un graveur allemand du nom de Baër, attaché à la maison du
comte d'Artois. C'est elle qui prévint la reine, la veille du jour où
Louis XVI fut tenu de coiffer le bonnet rouge. Lorsque, après la mort du
roi, la reine fut transférée à la Conciergerie, cette dame, liée avec un ar-
chitecte, ami intime du geôlier Richard, obtint de lui qu'il la seconderait
dans son dessein de pénétrer près de la reine. L'architecte gagna tout à
fait la confiance du geôlier, très amateur de spectacles, en lui donnant
des billets pour le théâtre de la Cité, et aussi en lui glissant quelque ar-
gent dans les mains. Subjugué par ces arguments,le geôlier avait autorisé
la femme Roussel à s'habiller chez lui, à revêtir un pantalon et une veste
de toile, un bonnet de coton et des sabots, qui la travestissaient complète-
ment en garçon guichetier et lui permettaient de pénétrer sans éveiller
les soupçons auprès de la royale captive. Mme Roussel put de la sorte
procurer à la reine quelque linge, notamment des bas, des chemises et
des mouchoirs, dont on l'avait laissé complètement manquer. Un jour
Mme Roussel fît passer à Marie-Antoinette une paire de ciseaux que la
reine lui avait demandés, et pour les dérober aux regards, elle les atta-
cha... sous la chaise percée !
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 179-3 l55
VI
La biographie de Chambon ne serait pas complète,
si nous n'esquissions, en quelques lignes, la phy-
sionomie de son épouse, Augustine Chambon de
Montaux, qui, au surplus, mérite bien ce coup de
crayon. Le principal titre de gloire d'Augustine
Chambon est, Teussiez-vous deviné, l'invention
d'une chaufferette, ou, pour mieux dire, d'un «chauffe-
pieds économique ^ ».
* Nous donnons ci-après le texte d'un curieux prospectus, que nous
avons découvert chez un marcliand d'autographes :
Augustines ou nouveaux chauffe-pieds économiques.
On croit rendre un service au public en annonçant de nouveau, à l'époque
où nous sommes, les chauffe-pieds économiques, autrement dits augus-
tines, du nom de l'inventeur. Cette découverte ingénieuse, pour laquelle
Mme Augustine Chambon de Montaux a obtenu un brevet d'inven-
tion, et ensuite un brevet de perfectionnement, acquiert de jour
en jour de plus grands succès. Outre l'approbation qui lui a été donnée
par la Société d'encouragement pour Vinduslrie nationale, par un grand
nombre de médecins, et les éloges que presque tous les journaux lui ont
accordés, l'expérience lui découvre encore de nouveaux avantages. Nous
les résumons en peu de mots.
« L'augustine, allumée dès le matin, donne toute la journée une chaleur
toujours égale, sans odeur, sans fumée, sans qu'on ait besoin de lui
donner des soins, sans danger pour le feu; enfin sans aucun des incon-
vénients des chaufferettes ordinaires. Par de légères modifications, non
seulement elle sert tour à lourde veilleuse, de bain-marie etd'étuve,
mais elle est susceptible de recevoir des ornements plus ou moins élé-
gants, qui, sous la forme de tabouret ou de chancelière,la rendent propre
l56 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Au mois de septembre 1813, « en pensant à ce
meuble de femme qu'on nomme chaufferettes », dit-
elle ingénument dans un mémoire sur les augustines
(ainsi qu'elle avait baptisé l'ustensile, pour lequel
elle avait eu soin de prendre un brevet), elle avait
remarqué qu'il n'avait qu'un seul but d'utilité, c'était
de chauffer les pieds. Mais combien de personnes ne
s'entendent point à préparer convenablement une
chaufferette ! La faute en est à l'instrument, plus
encore qu'à l'opérateur. On a bien imaginé « les livres
en bois et les boîtes en étain ». Mais les livres en
bois peuvent mettre le feu si le fer est trop chaud.
Quant aux boîtes d'étain, elles sont imparfaites.
« 11 faut aussi toujours du feu pour renouveler plu-
sieurs fois dans la journée, par l'eau bouillante, celle
qui est refroidie dans la boîte. »
L'appareil de Mme Ghambon n'exigeait, au surplus,
pour son entretien que « six liards d'huile, une
allumette et un briquet.
à figurer dans un appartement. On est même parvenu, pour l'usage des
gens de bureau, à en faire de très commodes, qui laissent aux jambes et
aux pieds une position avantageuse et une liberté convenable.
« Le prix des augiistines, des plus communes aux plus ornées, varie :
il est ainsi à la portée de tout le monde.
« Elles ne se vendent qu'au seul dépôt établi à Paris, chez M. Lefèvre,
rue du Paon-Saint-André-des-Arcs, n» 8, Hôtel de Tours, chez qui l'on
trouve également l'huile convenable aux augustines, au même prix que
dans les fabriques. »
Nous avons fait don de l'original de cette pièce à la Société historique
du VI' arrondissement de Paris.
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 iBj
L'augustine a «la forme et la grandeur d'une chauf-
ferette ordinaire ; elle a par-dessus une grande ou-
verture, emplie par un vase de cuivre étamé, qui
contient du sablon ». Le calorique est fourni par une
lampe à huile qui, une fois allumée le matin, sert pour
toute la journée. « Cette lampe s'introduit et se retire
à volonté du fourneau par une porte à jour fixée à la
face de devant de l'augustine... »
J'ai gardé scrupuleusement, disait-elleencoredans son pros-
pectus, la forme et la dimension des anciens chaufle-pieds. Je
n'ai pas voulu innover, mais seulement perfectionner, sans
m'écarter en rien de lusage et des habitudes des femmes ;
mais aussi je n'ai de même oflert, jusqu'à présent, qu'un but
d'utilité, savoir de chauffer les pieds, aussi bien la nuit que
le jour, puisque Ion peut emporter le réservoir de sable
dans son lit, le soir en se couchant, après avoir soufflé la
lampe. 11 me Teste à démontrer à quel point, avec un léger
changement apporté dans le premier chauffe-pieds, j'ai uti-
lisé ce meuble.
Vous ne vous douteriez pas de tous les avantages
que l'on peut retirer de cet ustensile. Faites appel à
toute votre imagination et vous resterez au-dessous
de la vérité.
Tout le monde, poursuit Mme Chambon, y trouvera son
intérêt personnel, le malade et la garde. Car celle-ci, dans
les longues nuits d'automne et d'hiver, assise dans un fau-
teuil, est surprise par le sommeil, s'éveille glacée, man-
l58 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
quant de tout pour son malade, le feu du foyer se trouvant
éteint. Les pieds sur son chaulle-pieds, elle ne peut jamais
être surprise par le froid, et les boissons et les aliments
même se trouvent toujours prêts.
Vous avez compris que la chaufferette s'est trans-
formée en un réchaud au bain-marie, qui sera pré-
cieux dans bien des circonstances.
Mais le génie inventif de Mme Ghambon ne s'arrête
pas en si beau chemin.
Quels avantages, s"écrie-t-elle dans un accès de ly-
risme, la femme en couches et la mère qui nourrit ne trou-
veront-elles pas dans l'usage de ce chauffe-pieds ! La der-
nière peut, de plus (quand elle n'en a pas besoin pour chauf-
fer ses pieds), y adapter un dessus en carton ou une boite
sans fond et se faire une étuve où elle tiendra chauds les
linges nécessaires à son enfant.
Dans les maladies où les transpirations sont abon-
dantes, on aura ainsi à volonté du linge chaud et de
rechange. Et tout cela, pour six liards ; ce qui allie,
vous l'avouerez, la commodité à l'économie.
A l'aide d'un ingénieux mécanisme, le chauffe-
pieds peut servir à donner des fumigations et des
bains de vapeur.
Dans un voyage long et pénible, où l'on ne trouve pas des
habitations fréquentes, un voyageur incommodé est exposé
à périr, laute du plus léger secours.
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 iSq
Si vous avez dans votre voiture le chau(Te-picds, vous pou-
vez avoir de l'eau dans des bouteilles, du bouillon, des ta-
blettes de bouillon, du vin, du sucre, et, selon les circons-
tances, donner ces boissons chaudes. Vous pourrez aussi
réchauffer les personnes qui auront souffert du froid. I.e
plaisir d'un déjeuner chaud, dans ces cas, est une chose
bien agréable.
Mais pourquoi poursuivre l'énumération des bien-
faits de cette divine chaufferette ?
11 serait presque ridicule de rendre compte de tous les
usages auxquels ce nouveau chaufle-pieds peut être propre.
Le bon sens les découvre.
Et comme les meilleurs boniments doivent avoir
une sanction pratique, il est temps de déclarer que
les augustines sont à la portée de toutes les bourses,
de la plus modeste comme de la mieux fournie.
Outre les augustines de forme ordinaire, on en trouvera
dont l'extérieur imite celle d'un joli tabouret. 11 y en a en
forme de chancelière. Les prix varient de 16 francs à
63 francs. Le tout à prix fixe et au comptant. On ne fera
jamais aucune diminution.
Et pour que nul n'en ignore, les auguslines ou
nouveaux chauffe-pieds se vendent chez Mlle l'Etang,
hôtel de Tours, rue du Paon, n" 8, maison des Bains,
faubourg Saint-Germain.
l60 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Comme monument de réclame, celui-ci nous paraît
assez réussi !
La femme de l'ancien maire de Paris avait l'esprit
fertile en ressources. Elle fut, du reste, pour son
mari une collaboratrice * intelligente et dévouée, et
on n'aurait pas grand effort à retrouver dans
l'œuvre du docteur Chambon l'inspiration d'une
femme à qui il ne manqua peut-être que les cir-
constances pour développer ses multiples talents.
* Mme Chambon (de Mentaux a composé, en collaboration avec son
mari, un Manuel d'éducation des abeilles et a écrit, seule, des Réflexions
sur les avantages de la monarchie.
APPENDICE
Le 19 juillet 1820, Chambon avait adressé à la
duchesse de Berry une lettre pour l'engager à nour-
rir elle-même son enfant. Nous donnons ci-après ce
document*, que nous avons tout lieu de croire
inédit :
Pour Son A. R. Mme la duchesse de Berry.
Un usage respectable, duquel il n'est pas permis de s'écar-
ter, défend à un particulier, confondu dans la multitude,
d'adresser immédiatement à Votre Altesse Royale un écrit,
de quelque nature qu'il soit, sans en avoir obtenu l'agrément
d'elle-même. Cependant, madame, il est peut-être des cir-
constances où le zèle d'un vrai François pour la conservation
de la vie ou de la santé de ses princes et son amour pour
leurs personnes sacrées le forcent à franchir les obstacles
qui le priveroient de la possibilité de leur dévoiler ses
' Il nous a été jadis communiqué par Mme veuve Charavay,
IV. -11
l62 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
craintes sur les suites d'une résolution, dont l'exécution
pourroit entraîner des effets fâcheux ou funestes.
On assure qu'on est parvenu à persuader Votre Altesse
qu'il est de lintérêt de sa santé de faire nourrir par une
mère étrangère l'enfant qu'elle porte dans son sein. Cet
enfant chéri, même avant sa naissance, attendu avec une
tendre inquiétude par les François, serait-il destiné, en
voyant le jour, à être déposé en des mains mercenaires ?
A-t-on pu se déterminer à priver Votre Altesse des plaisirs
si purs et si doux, inséparables de l'exercice des fonctions
les plus essentielles de la maternité? La décision portée sur
cet objet n'aurait-elle pas pu être arrachée au consentement
des médecins par les oppositions des personnes qui envi-
ronnent Votre Altesse, dans le dessein (louable en soi) de
la soustraire aux fatigues de l'allaitement? Qu'on se sou-
vienne que des importunités semblables, quoique dans un
cas différent, furent cause de la perte du premier Dauphin,
fils (le Louis XVI, quoiqu'il fût conQé aux soins de médecins
quiavoient beaucoupplus de mérite qu'il n'en falloit pour pré-
venir ce malheur si on ne leur avoit pas imposé un silence
qu'ils eurent la foiblesse de garder.
Je me persuade que ceux qui sont attachés à Votre
Altesss n'ignorent pas que la nature commande impérieuse-
ment aux mères de nourrir leurs enfants et que la désobéis-
sauce à ses lois est presque toujours sévèrement punie.
Telle est la suite désastreuse et naturelle de Tordre auquel
toute femme est assujettie par la création que l'inobservance
des règles qu'elle doit suivre pour vivre exempte de souf-
frances, devient la source d'une infinité de maladies graves
ou funestes.
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 179,3 l63
Un trop grand nombre de faits m'a convaincu que les
remèdes même administrés pour anéantir les sources du
lait, quelques foibles qu'elles soient, ne donnent la plus part
du temps qu'une tranquillité illusoire, et qu'après quelques
années plus ou moins éloignées (si la santé n'est pas lésée
dans un court espace de temps) il survient des alïections
morbifiques dont la curation est quelquefois impossible.
Cette question ne doit pas être ici l'objet d'une discussion
qui seroit trop étendue. 11 y a quelques circonstances où
l'on a raison de prohiber lallaitement ; mais Votre Altesse
ne se trouve nullement dans ces cas d'exception.
Je nai point connu de bonne mère qui ne manifestât le
désir ardent de nourrir son nouveau-né; et s'il in'étoit
permis de rappeler la vérité tout entière, je citerois des
filles malheureuses qu'un égarement momentané avoit rendu
mères, et qui sont mortes de chagrin parce qu'on les avoit
séparées du fruit de leur erreur, mais je dois supprimer
d'autres détails qui prouvent encore mieux la proposition
que j'ai avancée. J'en ai assez dit sur ce sujet.
Puisqu'il est impossible de méconnaître les qualités qui
mettent Votre Altesse au premier rang des plus excellentes
mères, on est convaincu que le premier mouvement de son
cœur a été d'allaiter l'héritier des vertus de Mgr le duc de
Berry, ou l'héritière des perfections qu'elle possède. Il est
même indubitable que Votre Altesse a connu le projet dès
l'instant où elle a pu espérer de donner aux François un
prince dont la naissance les comblera dallégresse : enlin
personne ne croira qu'on ait pu déterminer Votre Altesse
à renoncer à l'allaitement de ce précieux gage de bonheur
futur de la France, qu'en lui faisant éprouver une doulou-
l64 I.E CABINET SECRET DE LHISTOIRE
reuse violence et en l'accablant par la perspective d'éloigner
de son sein l'enfant qui lui devra la vie.
Quoi, Madame, vous aurez souffert pendant neuf mois les
incommodités de la grossesse, les inquiétudes inséparables
de cet état, par rapport à l'accouchement les douleurs et les
dangers de cette fonction, et à peine Votre Altesse aura jeté
un regard sur cet enfant si cher, qu'il lui sera enlevé pour
le déposer entre les mains d'une étrangère ! A peine Votre
Altesse sera remise des souflrances de l'enfantement et de
ses premières suites, que déjà cet enfant connoîtra sa nourrice
et sera attiré à elle par un sentiment toujours croissant dont
naîtront les premières affections de son cœur ?
Inutilement vous lui prodiguerez les plus tendres ca-
resses, elles ne seront pour lui qu'une simple distraction ;
dès lors vous aurez cessé d'être sa véritable mère ; car si
pendant que vous l'approchez de votre cœur, si, en le cou-
vant de regards attendris, sa nourrice paroit à ses yeux, il
s'arrachera de vos bras pour se précipiter dans les siens,
parce quil est impossible qu'il ne lui accorde pas la pré-
férence. Vous ne jouirez pas de ce trouble en quelque sorte
voluptueux, que la nature a attaché à l'acte de l'allaitement,
qui contribue à resserrer les liens qui attachent une mère
à son enfant, et réciproquement l'enfant à sa mère. Tout sera
un sujet de privations pour vous, et de plaisir pour la femme
qui vous remplacera dans l'accomplissement des devoirs de
la maternité.
La considération des sensations dont je viens de rendre
compte ne furent pas, à mon sens, une des moindres causes
qui rendirent si intime l'attachement de Blanche de (las-
tille pour Louis IX et celui de ce grand prince pour la
ni.ip.clK- <l.- ( .ilJL- ,„,.,nliou U.n ^lLl.S'r.o.li^ l'n ioiiriiiu- 1>,.,m.-
i Jl.ma le jmnr IViim-, l.i R»-iric ^\-ai)( apt'i.i tXlc aciion la lil,inii«
I An, i»- uc v.nix (j.v« i|iif pirroitiicpuillî- jiic ()ir(>ii(<v li libc ili m, ic.
ISLinclu- de Cillillc nm.nlt..u ,,.r ; I- > 1 . i ..■.,:..«. i).,nic
Jlma U jmne RniKc, Ia Reine aviiil apri» oc<lc 4v(iaii U IJ.iiii.\rt-
Jii. iv ne veux pa« que iktIoiiiK' p .••>••• ■'■ ■■■• I' r.t, .li- m.r,-
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN IjgS l65
reine *. Un lien si pur procura à cette reine un ascendant qui
lui donna la facilité d'inspirer au prince son fils tous les sen-
timents vertueux et les grandes qualités qui le rendirent si
recommandable ; tandis que, d'un autre côté, une éducation
qui avoit eu un résultat si heureux, devint l'origine de la
vénération de tous les peuples pour Blanche ; au point que
les habitants des contrées qu'elle parcourut avec son fils,
s'assembloient sur son passage pour lui olïrir les hommages
de leur admiration et de leur respect ; parce que la renom-
mée qui avoit publié ses vertus, avoit devancé sa présence
dans les lieux où elle paroissoit successivement. Ses volages
se convertirent donc en une marche triomphale, dans la-
quelle elle reçut, avec le roi son fils, la récompense flatteuse
due aux œuvres qui avoient rendu l'un et l'autre si dignes
•de l'admiration de tous les hommes. En la prenant pour
modèle (si Votre Altesse avoit besoin d'en avoir), il est in-
dubitable que votre nom seroit dans l'avenir aussi glorieux
que le sien. J'avoueroi toutefois que votre position est diffé-
rente de celle de Blanche, en ce que les vices des tems pré-
aens opposeront plus de difficultés à satisfaire les élans de
votre grand cœur ; mais en triomphant d'obstacles sans cesse
renouvelles, le nom de Votre Altesse en deviendra encore
plus illustre.
Repousserez-vous, Madame, l'annonce d'un pressentiment
qui revient sans cesse à ma pensée? il me présente V. A.
amenée en France comme l'ange tutélaire de ce beau royaume
pour en relever les ruines et lui rendre, à l'aide du prince»
•votre fils, la félicité qu il a perdue en le rétablissant dans
* La gravure que nous reproduisons a consacré ce touchant épisode.
l6G LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
son ancien lustre aux yeux des autres nations étonnées
d'un si grand prodige. Tout favorise la réussite de cette
haute entreprise. La mémoire du prince votre époux, dont
les surprenantes qualités revivront dans son fils et seront
cultivées par vos soins, sera d'une grande influence dans
l'exécution de ce projet. Vous ne doutez pas que vous ne
trouviez un aide pour l'accomplissement de ce généreux
dessein dans une personne illustre que vous aimez tendre-
ment et qui vous chérit de même : vous entendez que je parle
de Madame, qu'un destin rigoureux rendit la plus malheu-
reuse des femmes depuis son enfance. Ses infortunes inouïes
jusqu'à ces jours de désolation et de larmes ont sans cesse
été réitérées à toutes les époques de sa déplorable vie, sans
que la constante adversité qui l'a poursuivie et qui ne cesse
de la poursuivre, ait pu ébranler son courage, ni altérer la
grandeur ni la force de son âme, ni même affaiblir la bien-
veillance dont elle prodigue les effets à ceux qui implorent
ses inépuisables bontés.
Aucun genre de peines ne lui est inconnu ; elle vous fera
part des résultats de la dure expérience que lui ont procurée
ses éternels chagrins. Vous savez déjà, Madame, que l'expé-
rience du malheur élève les grands cœurs au-dessus d'eux-
mêmes et leur inspire dans cet état d'exaltation des résolu-
tions justes et courageuses dont ils auroient été incapables
de concevoir l'idée dans la prospérité.
Mais avant l'époque reculée où se confirmeront mes pré-
dictions, le prince françois, l'aïeul du prince votre fils, aura
écarté un grand nombre d'obstacles qui auroient retardé
l'accomplissement des miracles que j'annonce. Qui pourra
résister à l'influance {sic) qu'exercera ce prince sur les Fran-
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 167
çois, lui qui est l'objet du plus vif amour de ceux mêmes
qui ne sont pas assez heureux pour l'approcher/ Qu'on ne
s'étonne donc pas de la force des sentiments qu'il inspire
à ceux qui l'environnent, puisqu'il fait naître dans les cœurs
les plus endurcis et les plus incapables daimer, des émo-
tions douces qu'ils n'avoient jamais senties, et qui les en-
traînent vers lui, malgré la résistance qu'ils opposent à ces
émotions qui les subjuguent. Tels sont les aides qui répa-
reront avec vous les malheurs de la France.
Il est ordinaire dans les cours de sacrifier une princesse
à des vues politiques ; et en suivant ce système, dont je
n'examinerai pas la valeur ou la nullité, il pouvoit vous
paraître juste de ne point nourrir vos premiers enfants
parce que l'espoir de la France et la tranquillité de l'Eu-
rope demandoient à grands cris des princes de votre sang :
maintenant que l'espérance d'en accroître le nombre est
ravie à Votre Altesse, tous ses soins et tous ses moments
sont dus à son auguste enfant : j'ai, à ce qu'il me semble,
assez solidement prouvé qu'elle doit le nourrir de son
lait, comme elle l'a créé de son sang ; quand même je
n'aurois égard qu'à la stabilité de la santé de l'une et de
l'autre. Je prie qu'on veuille bien permettre quelques
preuves confirmalives de mon opinion, qui est celle des
Anciens que les vrais savans de l'univers vénèrent comme
leurs maîtres.
Je pose d'abord en fait que le lait d'une nourrice, aussi
saine qu'elle puisse paroitre, n'a pas toujours les qualités
qu'on lui suppose. On voit tous les jours des vices cachés
dans quelques générations successives, se reproduire dans
la race de ceux en qui les vices s'étoient manifestés dans les
l68 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
temps antérieurs. Sous ce rapport on ne peut donc pas être
rassuré sur le sort d'un enfant allaité par une nourrice étran-
gère, d'autant que le développement du vice des parens de
cette nourrice sera plus facile à susciter et plus fréquent
chez le sujet dont l'allètement lui est confié que dans les
descendants de la famille même en qui il a subsisté autre-
fois.
Admettons maintenant que la nourrice choisie ne sera
entachée d'aucun vice particulier, nous ajouterons (ce qu'on
ne peut pas nier) que le lait dune mère qui ne jouit que
d'une médiocre force de santé est plus avantageux au suc-
cès de l'allètement que celui d'une autre femme. Je vais plus
loin, et j'avance sur la parole du médecin que la Grèce a le
plus exclusivement vénéré et dont la gloire n'a pu être atta-
quée follement que dans les temps de démence où nous vi-
vons; j'ajoute, dis-je, que le lait dune mère qui neseroitpas
tout à fait pur nourrit mieux l'enfant qui vient d'elle, que
celui d'une autre femme qui seroit parfaitement saine. Pour-
quoi la chose se passe-t-elle ainsi? C'est que l'enfant de la
première, dit encore l'auteur que j'ai indiqué, continue l'u-
sage d'un aliment auquel il étoit accoutumé, et dont il a été
formé '.
Un homme robuste, et à plus forte raison un enfant nais-
sant, habitué à s'alimenter de substances peu salubres, ne
peut pas changer tout à coup son régime en un meilleur
sans encourir de grands dangers: qu'on fasse l'application
de cette maxime, on concevra pourquoi les nouveau-nés
* Ces considérations ilémontrenl, chez leur auteur, un sens clinique
tout à fait remarquable (Cf. l'article de, M. Genévrier, précité, sur
Çhambon de Montaux, pédiatre).
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN I JQS 169
sont fourmentés d'accidents graves ou mortels en prenant
le sein dune nourrice saine ou vigoureuse, après avoir été
formés d'un autre sang: le contraire a lieu s'ils tètent le lait
de leurs mères Si la santé d'un nouveau-né a besoin d'une
surveillance active (et l'on pourrait ajouter cnnlinuelle), qui
s'étende à la durée de plusieurs mois, raettra-t-on en doute
que les soins dune bonne mère ne soient dirigés avec plus
d'intelligence que ceux dune étrangère? La nature a mis
dans le cœur d'une mère une tinesse particulière de sens qu'
lui fait mieux distinguer les besoins divers de son enfant,
qu'une simple nourrice, quelque zèle que celle ci apporte à
remplir ses devoirs. Il paroit qu'il existe une relation d'ins-
tinct, si Ion peut parler ainsi, qui est la cause pour laquelle
une mère juge avec plus de précision que nulle autre per-
sonne ce que son enfant demande d'elle. Toutes les femmes
disent que l'assistance dune nourrice n'est pas comparable
à celle de la mère sur la nature des soins variés qu'exige
l'allètement. La tendresse de l'une sans cesse occupée du
bien être de son nourriçon lui fait en quelque sorte deviner
ce qui lui convient le mieux. Jusque dans iesommeil,ellepa-
rolt conserver une certaine portion de l'exercice des sens
internes, veillant sans interruption sur les choses qui con-
cernent la conservation de son enfant : espèce de sentiment
intérieur qui ne peut pas subsister dans une nourrice étran-
gère. Personne n'ignore que les qualités morales, bonnes
ou mauvaises, comme les perfections, ou imperfections phy-
siques, se transmettent souvent de génération en généra-
tion, abstraction faite des efïets de l'éducation. L'expérience
a si pleinement confirmé cette vérité dans tous les siècles,
qu'elle est devenue un axiome commun jusque chez les agri-
170 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
culteurs. De là procèdent les précautions qu'on prend pour
la multiplication des races d'animaux qui ne pèchent point
par le caractère de leurs inclinations particulières : qu'on
me pardonne cette comparaison dont on ne peut pas s'offen-
ser, car si la sagesse même se revêtait des formes de la na-
ture humaine pour converser familièrement avec nous, elle
ne le désapprouverait pas. Je dois donc conclure de mes
raisonnements précédents qu'un prince ou une princesse issu
de Monseigneur le duc de Berry et de Votre Altesse naîtra
avec des qualités si éminentes qu'il surpassera nos espé-
rances, par la réunion de celles qui se manifesteront dans sa
personne; mais sa confiance à cet égard suppose que le sang
de cet enfant ne sera ni modifié ni altéré par l'usage d'au-
cun tait étranger.
Si l'on m'objectoit que la faiblesse de la constitution de
Votre Altesse s'oppose à l'allètement, je demanderois sur
quoi repose la base de cette objection, quand trois grossesses
successives dans un court espace de temps n'ont pas porté
la moindre atteinte à sa santé? On ajoutera que Votre Altesse
ne supportera pas les fatigues de l'allètement jusqu'à sa ter-
minaison. On oublie donc combien l'amour d'une mère lui
donne de forces réelles. On dira encore que l'enfant en gran-
dissant ne puisera pas assez de lait dans les seins de sa
mère pour satisfaire ses besoins, etc. Depuis des siècles on
a élevé des enfants qui sont devenus des hommes robustes,
sans qu'ils aient pris une seule fois du lait ; on ne peut pas-
ignorer cette vérité; j'en ai fait élever ainsi avec le plus
parfait succès. Supposons dans une accouchée une quantité
ne lait insuffisante, ce ne sera pas encore un motif pour
donner à l'enfant une nourrice étrangère. 11 n'y a qu'une
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 I7I
maladie réelle capable d'altérer le lait qui doive déterminer
à changer l'ordre de la nourriture. Après cinquante-quatre
ans d'expériences, des travaux sans cesse continués et des
écrits sur l'objet de cette lettre, qui m'ont valu assez de
considération de la part des savants étrangers, il me semble
que j'ai cru pouvoir et devoir donner enfin mon avis sur la
conservation d'un enfant à la santé duquel toute la France
est intéressée: j'ajoute que c'est en même temps veiller sur
sa mère, qui mérite à tant de titres la vénération et l'amour
que les bons François lui ont voués pour toujours. Citons
cependant un fait dont Monseigneur le duc de Bourbon a pu
avoir quelque connoissance : mais au moins les deux officiers
qui sont les deux sujets de cette observation ont eu l'hon-
neur d'approcher souvent de sa personne, puisqu'ils étoient
pages du prince, son illustre père, que ces deux officiers ont
suivi à l'armée commandée en Allemagne par ce vénérable
héros. Ces deux jeunes pages, MM. de Rose, combattoient
sous les ordres du prince et se sont signalés par leur bra-
voure. Ils avoient donc acquis une excellente constitution,
pour supporter, comme ils ont fait, les fatigues de la guerre,
souvent manquant de vivres et même de vêtements.
Mme la marquise de Rose n'avoit pour lait que quelques
cuillerées de sérosité louche, blanchâtre, qui ne se séparoit
tout au plus qu'une fois dans les vingt-quatre heures. En
suivant la méthode que je lui ai indiquée, ses fils ont été
parfaitement alimentés ; elle-même avoit acquis plus de santé
tandis qu'elle en prenoit soin : particularité essentielle à
remarquer.
Je ne prévois pas qu'on élève d'autres difficultés contre
mon conseil, je terminerai donc ici ce que je pourrois dire
172 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
sur la nécessité où se trouve Votre Altesse de nourrir son
enfant. Son exempleengageroit un grand nombre de femmes à
remplir les devoirs de la maternité. Elles en seroient plus res-
pectées, car rien n'inspire davantage aux hommes le res-
pect qu'ils doivent aux femmes, que la vue d'une mère sans
cesse environnée de ses enfanset tenant dans ses brascellui
qu'elle nourrit. Cette conduite d'ailleurs pourroit contribuer
à la génération des bonnes mœurs, sorte de changement
dans les esprits, sans lequel la France disparoltra du nombre
des nations.
Je suis. Madame, avec le plus profond respect, de Votre
Altesse Royale le très humble et très obéissant serviteur,
Chambon de Montaux.
De l'ancienne faculté de médecine de Paris ;
ancien professeur d'anatomie, de la Société
royale et ancienne de médecine; ancien méde-
cin de la Salpétrière ; ancien premier méde-
-cin des armées de France ; ancien inspecteur
général des hôpitaux militaires '.
* Le docteur Witkowski a cité un grand nombre de mères qui n'ont
pas dédaigné d'allaiter elles-mêmes leurs enfants (Les Accouchemenls à
la Cour, p. 46, et Teioniana, p. 39 et suiv.)- Ainsi Marie-Thérèse allai-
tait elle-même ses enfants au milieu de toutes ses préoccupations poli-
tiques et militaires. « J'ignore, écrivait-elle à la duchesse de Lorraine,
sa belle-mère, s'il me restera une ville pour y faire mes couches. »
D'autres reines ont donné ce bel exemple. Les anciens citent Hécube.
qui allaita Hector ; Andromaque, Astyanax ; Pénélope, Télémaque :
mais ce n'est que de la mythologie.
Chez les Romains, l'épouse d'Auguste nourrit elle-même ses enfants ;
Flaccilla, femme de Théodose, donna le sein à Honorius son fils.
Au moyen âge, nous verrons, en France, la reine Blanche donner le
UN MÉDECIN, MAIRE DE PARIS EN 1798 178
sein à son fils, le futur saint Louis, le seul roi de France qui n'eut pas de
nourrice. « Un jour, écrit Varillas, que la reine était dans la plus grande ar-
deur d'un accès de fièvre qui dura extraordinairement, une dame de qua-
lité, qui, pour lui plaire ou pour l'imiter, nourrissait aussi son fils, voyant
le petit Louis pleurer de soif, s'ingéra de lui donner la mamelle. La reine,
au sortir de son accès, demanda son fils et lui présenta la sienne; mais
le petit Louis n'en voulut pas, soit qu'il fût pleinement rassasié, soit que
le lait brûlé le rebutât, après en avoir pris autant de frais qu'il lui en
fallait. 11 n'était pas difficile d'en deviner la cause ; et la reine la soup-
çonna d'abord. Elle feignit d'être en peine de remercier la personne à
qui elle était redevable du bon office rendu à son fils durant son mal, et
la dame, croyant faire sa cour, avoua que les larmes du petit Louis
l'avaient si sensiblement touchée, qu'elle n'avait pu s'empêcher d'y
mettre remède. Mais la reine, au lieu de repartir, la regarda d'un air
dédaigneux et, entrant avec force son doigt dans la bouche de l'enfant
le contraignit à vomir le lait qu'il avait pris. Cette violence donna de
l'étonnement à ceux qui le virent; la reine, pour le faire cesser, dit :
« Je ne puis endurer qu'une autre femme ait le droit de me disputer la
qualité de mère. »
En France, jusqu'au quinzième siècle, l'usage d'allaiter son enfant exis-
tait parmi la noblesse. On lit, dans iesMémoires de la reine Marguerite,
femme d'Henri IV, que la comtesse de Lalaing, d'une des plus illustres
maisons de Flandre, allaitait elle-même son fils. Marguerite raconte que,
dans un grand repas que lui donna le comte de Lalaing, la comtesse
« parée, toute couverte de pierreries et en pourpoint de toile d'argent
brodée en or, avec de gros boutons de diamants, se fit apporter à table
son fils, emmailloté aussi magnifiquement qu'elle était vêtue, pour lui
donner à téter; ce qui eût été tenu à incivilité à quelque autre; mais
elle le faisait avec tant de grâce et de naïveté qu'elle en reçut autant de
louanges que la compagnie de plaisir. » Witkowski, Accouchements à
la Cour, p. 46.
On peut ajouter à cette liste de princesses qui ont allaité leurs enfants
lamère de la future reine Victoria, d'.\ngleterre; enfin, la czarine actuelle,
qui a tenu à donner elle-même le sein à sa fille, la grande-duchesse
Olga (V. Chronique médicale, 1896, p. 715).
DEUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE
LE CHIRURGIEN SOUBERBIELLE
La composition du tribunal révolutionnaire était
singulièrement disparate : toutes les classes s'y trou-
vaient confondues K A côté d'anciens députés, de
présidents de tribunaux criminels des départements,
on y voyait siéger un luthier, un chapelier, un perru-
quier, un imprimeur, un peintre, un menuisier, un
charpentier, en un mot tous les corps de métiers.
Celui qui dirigeait les débats, le jour du procès de
Marie-Antoinette, était un ami de Robespierre, le
citoyen Herman. C'est au même titre, d'ami du dicta-
* Le jour du procès de Marie-Antoinette, le tribunal était présidé par
Herman, ancien président du tribunal criminel du Pas-de-Calais, assisté
de quatre juges : Coffinhal, ancien médecin; Maire, juge du tribunal
du 1" arrondissement de Paris ; Donzé-Vertecil, moine défroqué, et
Deliège, ex-député à la Législative.
Les jurés étaient : Antonelle, ex-député; Renaudin, luthier; Souber-
BiELLE, chirurgien.
DEUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE lyS
teur, que figurait dans le jury le chirurgien Souber-
bielle, dont nous allons tenter de crayonner, en
quelques traits, la curieuse silhouette.
A Tépoque delà Révolution, Souberbielle avait déjà
acquis une certaine notoriété. Dernier élève du frère
Côme et de son neveu Pascal Baseilhac, il excellait
dans l'opération de la taille par la lithotomie, une
méthode aujourd'hui bien oubliée, mais qui jouit d'une
grande vogue vers la fin du dix-huitième siècle.
Souberbielle avait reçu une solide éducation pro-
fessionnelle. Sa famille necomptait pas moins de vingt
médecins ou chirurgiens * : il avait, on le voit, de qui
tenir.
Sa grand'mère avait été mariée trois fois et, chaque
fois, avait épousé un chirurgien ; son dernier mari
était le frère aîné du frère Gômé. Quatre de ses fils,
sur cinq, exercèrent la chirurgie.
Le père de notre héros avait eu un instant la pen-
sée de suivre la carrière médicale ; mais il dut y
renoncer promptement : la vue du sang et le spectacle
des souffrances d'autrui lui causaient une émotion
telle, qu'il préféra un métier dont s'accommodât
mieux son tempérament délicat. Il devint instituteur
ou plutôt régent des écoles de Pontacq, un petit vil-
* Xoticesur M. le docteur Souberbielle, chirurgiea-lithotomiste, extrait
des Archives des hommes du jour, par MM. Tisseron et de Qiiincy
(Opuscule de 16 pages, signé J. F. P., initiales qui cacheraient le nom
du docteur Payen, le bibliographe de Montaigne).
17^ LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
lage des Pyrénées, où vitlejourceluidontnous esquis-
sons la biographie.
L'enfant reçut de son père les éléments d'instruc-
tion classique. Un oncle maternel, chirurgien à Orlaix,
aux environs de Tarbes, se chargea de lui inculquer
les premiers principes de l'art de guérir; après quoi,
il fut mis sous la protection de Larrey, lieutenant du
premier chirurgien du roi à Tarbes.
Le jeune homme débarqua à Paris, en 177/i, à l'âge
de vingt ans, plein de confiance et riche d'illusions.
On l'avait adressé au frère Gôme, son parent, dont la
réputation était dans tout son éclat, mais qui, par la
nouveauté et la hardiesse de sa pratique, s'était attiré
de nombreuses inimitiés. Le célèbre Lecat dirigeait la
cabale avec Mareschal, alors tout-puissant, et Fer-
rand, chirurgien de l'Hôtel-Dieu.
Attaché, pendant quelque temps, au service de Fer-
rand*, il eut à subir des tracasseries de toutes sortes
de la part de ce chirurgien, qui voulait lui faire ex-
pier TafFection qu'il gardait au frère Gôme. Il ne fallut
rien moins que l'intervention de Parchevéque de Paris
et du procureur général du Parlement, Joly de Fleury,
pour mettre un terme à ces persécutions.
Tout en faisant son service àTHôtel-Dieu, en qua-
lité d'externe et plus tard d'interne, le jeune étudiant
* C'est dans le service de Ferrand, à l'Hôtel-Dieii, qu avait été placé le
poète Gilbert, qu'une fausse légende a représenté comme mort de faim.
DEUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE I77
ne négligeait pas renseignement du frère Côme, qui
s'attachait à vulgariser ses méthodes, tant à l'hôpi-
tal de la Charité qu'à son infirmerie particulière. A
la mort de son bienfaiteur, le jeune étudiant fut mis
sous la tutelle du neveu du frère Côme, Pascal
Baseilhac.
Baseilhac, accablé par l'âge et les infirmités, se
démit de ses fonctions de chirurgien en chefde la Cha-
rité en faveur de Desault, et légua à Souberbielle les
précieux instruments qu'il avait lui-même reçus du
frère Côme.
Quand éclata la Révolution, Souberbielle en salua
l'avènement avec enthousiasme.
En 1789, il est nommé chirurgien-major des Vain-
queurs de la Bastille ^ : c'est sa première étape dans
la vie publique. Il se lie, dès lors, avec les principaux
personnages politiques du temps, dont il devient Tami,
plus encore que le médecin. Il entretient de fréquents
rapports avec son confrère Marat, avec Danton ^ et
' Nous avons publié (C/ironique médicale. 15 mars 1896, p. 185 et suiv.)
un certificat signé par Souberbielle en sa qualité de chirurgien des
«Vainqueurs de la Bastille ». 11 avait reçu la décoration attribuée aux
Vainqueurs de la Bastilla et il conservait religieusement, nous dit
M. Latour, le souvenir de son haut fait d'armes, « sou-s la forme d'un
moellon de la forteresse, enchâssé dans une caisse d'acajou, surmontée
d'un petit drapeau tricolore, couronné d'un bonnet phrygien. Il se faisait
pieusement apporter le moellon sur son lit et, d'une voix retentissante,
il entonnait la Marseillaise. »
- Danton, au dire de Souberbielle, était sujet à des congestions au cer-
IV- 12
178 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Camille Desmoulins : il n'en enverra pas moins les
deux derniers à l'échafaud avec la plus parfaite
tranquillité d'âme.
Fouquier-Tinville, qui le réservait pour les fortes
causes, celle où il employait « les solides », suivant
son expression, l'avait désigné pour faire partie du
jury appelé à juger la fournée de Danton, Fabre
d'Eglantine, Desmoulins, Chabot, Westermann et
autres. Arrivé dès le matin au Palais de Justice, Sou-
berbielle y trouve un de ses bons amis, juré comme
lui, qui pleurait à chaudes larmes :
— Eh ! quoi, lui dit-il, d'où te vient ce chagrin ?
pourquoi pleures-tu ?
— Eh ! quoi, lui répond son interlocuteur, ne vois-
tu pas que nous allons avoir à juger aujourd'hui un
patriote comme Danton, un des fondateurs de la Répu-
blique, un homme que nous avons eu à notre tête dans
toutes les grandes journées ?
— Voyons, voyons, mon ami, répliqua Souber-
bielle, écoute-moi, l'affaire est bien simple. Voilà
deux hommes qui ne peuvent pas vivre ensemble,
Robespierre et Danton ; lequel est le plus utile à la
République ?
veau qui, pendant les attaques, lui enlevaient presque entièrement la
conscience de ses paroles et de ses actes. Souberbielle ne pouvait expli-
quer que par là le rôle, selon lui trop réel, que Danton avait rempli dans
les massacres de septembre. {Union médicale, 1873, 1" trimestre,
p. 374.)
DEUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE I79
— C'est Robespierre, dit l'ami sans hésiter.
— Eh ! bien, il faut guillotiner Danton. Tu vois,
c'est simple comme bonjour !
Et quand il contait le fait à Dubois (d'Amiens), qui
nous l'a conservé, il ne manifestait pas la moindre
émotion. Il était si bien resté le même homme que,
lors de la Révolution de Juillet, il disait à quelques
jeunes gens, qui le portaient en triomphe avec sa
décoration de la Bastille : « Ah ! ce marquis de La
Fayette, le voilà donc revenu ! J'espère bien que
cette fois nous ne le manquerons pas et que nous le
guillotinerons ^ »
Un seul homme échappait à la sévérité de ses appré-
ciations, et encore ne le jugeait-il pas toujours avec
indulgence : cet homme était Robespierre^. Dans
maintes circonstances, il avait été le confident du tri-
bun, et son amour-propre en tirait vanité. Plusieurs
semaines durant, on eût pu voir Souberbielle entrer
tous les matins chez l'Incorruptible, y rester une
bonne heure et en sortir dans le plus grand mystère.
Ce ne fut que longtemps après, que le secret de ces
visites fut révélé. Le député à la Convention était
atteint d'un ulcère variqueux à l'une des jambes.
< G. Moreau-Chaslo>(, l'Entrée de Danton a^ix enfers, br. in-3i, p. 30.
* Se trouvant un jour avec Trousseau, qui lui demandait ce qu'il pen-
sait de Robespierre, Souberbielle lui répondit par cette phrase typique :
«Hélas! Robespierre lui-même n'était qu'un mo/asse. » Moreau-Chas-
LON, loc. cit., p. 29, note.
l8o LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Or, comme Robespierre était très soigneux de sa
personne, toujours rasé de frais, toujours bien pou-
dré, portant culotte courte et frac à boutons barbeau,,
il n'eût voulu, pour rien au monde, qu'on put soup-
çonner son infirmité. Aussi son médecin était-il tenu à
prendre d'infinies précautions, pour que rien ne trans-
pirât au dehors.
Le matin même du 9 thermidor, Robespierre, que
son ulcère ne cessait de préoccuper, envoya chercher
Souberbielle pour le panser '.Entre les deux hommes
fut échangé ce dialogue :
— Tu ne pourras pas guérir la plaie qu'ils me
feront, dit Robespierre d'un air sombre.
— Cuirasse-toi, lui dit Souberbielle.
* Sur la foi d'Amédée Latour, à qui nous avions emprunté le récit
{Union médicale, i813, t. I, p. 374;, nous avions écrit, dans notre première
édition, que Robespierre avait été pansé par Souberbielle « dans une des
pièces retirées de l'Hôtel de Ville, quelques heures à peine avant le fa-
meux coup de pistolet ». M. Sardou, après lecture de ce passage, nous
écrivait ■
« ... Si, le 9 thermidor au matin, Souberbielle a pansé Robespierre
pour la dernière fois, — car le pansement qui a précédé l'exécution a été
fait par d'autres à la Conciergerie,— ce ne peut être, comme vous le dites,
à l'Hôtel de Ville, où il n'avait rien à faire et où il ne s'est rendu que le
soir, après sa délivrance, entraîné par Coffinhal et toute sa bande.
Ce pansement n'a pu être fait que dans la maison Duplay, où il s'est
tenu toute la matinée avant l'heure de la séance. Et c'est là qu'il faut
aussi placer la conversation, très vraisemblable d'ailleurs, relatée par
Souberbielle. Le narrateur, qui la tenait de lui, a fait confusion sur la
localité. »
DEUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE l8l
— Ce n'est pas là qu'ils me frapperont.
Montrant sa poitrine : « C'est là, c'est là, » reprit
Robespierre, et, passant le tranchant de sa main sur
son cou: « Ils me couperont la tête, te dis-je ! », et il
prit le bras de Souberbielle, qu'il secouait avec une
sorte de frénésie nerveuse. « Il était elTrayant à voir ! »
ajoutait Souberbielle, qui en frémissait encore en le
racontant vingt ans plus tard*.
Quelle part de vérité y a-t-il dans tous ces racon-
tars d'un vieillard alors octogénaire, dont il était
presque impossible de fixer l'attention, et qui dérou-
lait ses souvenirs avec une complaisance qui permet
d'en suspecter la sincérité ? Ce qu'il y a de sur,
c'est que Souberbielle avait joué un rôle actif dans le
drame révolutionnaire et que, s'il ne nous apparaît
dans la plupart des événements que comme un com-
parse, il fut, dans une circonstance au moins, l'un des
acteurs principaux.
Quand fut décidé le procès de Marie-Antoinette,
Souberbielle, que son passé de républicanisme ardent
recommandait à l'attention de Robespierre, fut appelé
à juger la reine de France. Il avait d'abord songé à
se faire récuser comme juré '^, sous le prétexte qu'il
avait donné ses soins à l'accusée. Le président lui
• Union médicale, 1850, p. 161.
' Il avait été nommé chirurgien attaché au tribunal révolutionnaire
lors de la formation de celui-ci, le 29 mars 1793; peu après, il réunissait à
ses fonctions de chirurgien celles de juré.
l82 LE CABINET SECRET DE l'iIISTOIRE
dit alors : « Si quelqu'un avait à te récuser, ce serait
l'accusation, car tu as donné des soins à l'accusée et
tu aurais pu être touché par la grandeur de l'infor-
tune *. » Nous ne savons jusqu'à quel pointées paroles-
sont exactes ; mais, un jour, le chirurgien avait
fait preuve à l'égard de la royale captive d'hu-
maine compassion ^ : lors d'une visite à la Concier-
gerie, il avait été tellement frappé de l'humidité du
cachot où était enfermée la prisonnière, qu'il avait
gratté du doigt la boue, couverte de moisissure, qui
tapissait et infectait la cellule et qu'il l'avait montrée
aux membres de la Convention, afin de les apitoyer
sur le sort de la « veuve Capet » ^. Il n'en porte pas
moins la responsabilité de la condamnation de Marie-
* IiiBEP.T de Saim-Awa>d, la Dernière année de Marie-Antoinette^
p. 267.
' Il passait, dans un certain monde, pour être très compatissant aux
malheureux qui se confiaient à lui. Le comte de Ségur composa, un jour»
à la louange du « bon docteur », ce joli quatrain :
Faire le bien est votre unique affaire ;
Sur les gens de ce siècle en tout vous l'emportez :
Tandis qu'entre eux, ils se jettent la pierre.
Vous, docteur, vous la leur ôtez.
^ Gazette médicale de Paris, 1850, p. 757. Le 31 août 1793, la reine,
épuisée par d'abondantes pertes de sang, avait perdu deux fois con-
naissance à la prison de la Conciergerie, où elle était depuis le
2 août. Sur la demande de l'officier de garde et sur l'ordre de
Fouquier-Tinville, Souberbielle vint lui rendre visite et ordonna à la reine
du '< bouillon de poulet ». Voir Marie-Antoinette à la Conciergerie, par
Emile Campardon (1863), p. 98.
DnUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE
l83
Antoinette, qui, comme on le sait, fut envoyée à
l'échafaud à l'unanimité des voix.
Est-ce à dire qu'il ait prononcé le mot odieux
que lui prête l'abbé Soulavie, dans des Mémoires,
d'ailleurs fort suspects ? Rien ne nous autorise à le
penser. On connaît la réponse de la reine à Hébert,
qui venait de porter contre elle la plus infâme des
accusations : « J'en appelle à toutes les mères ! —
Bah! une mère comme toi! », aurait murmuré Sou-
berbielle, au dire de Soulavie ; mais quel fonds peut-
on faire sur un propos raconté par un renégat de la
Révolution, dont les écrits sont plus passionnés que
véridiques ?
Quoi qu'il en soit, Louis XVIII garda rancune au
juge de Marie-Antoinette, pour avoir figuré au pro-
cès de son infortunée belle-sœur, A la Restauration,
Souberbielle occupait le poste de chirurgien en chef
de la gendarmerie parisienne. Tous les officiers de la
garnison de Paris avaient été invités à se rendre aux
Tuileries, afin de présenter leurs hommages à la fa-
mille royale. La duchesse d'Angoulême avait tenu à
ce que l'huissier annonçâtà voix haute le nom de cha-
que officier qu'il introduisait. Souberbielle ne vou-
lut pas comprendre que c'est parfois faire preuve de
tact que de se laisser oublier ; il se rendit donc au
palais. Quand la fille de Marie-Antoinette entendit
prononcer le nom du juge de sa mère, elle s'évanouit.
Souberbielle fut victime du scandale qu'il avait si im-
l84 I-E CABINET SECRET DE L HISTOIRE
prudemment provoqué : on supprima sa place et il fut
mis d'office à la retraite .
Selon l'expression d'un de nos plus étincelants cau-
seurs*, Souberbielle réunit en lui deux personnalités
également intéressantes pour l'historien: « l'homme
politique, mêlé aux plus graves événements de la fin
du dernier siècle; et le médecin, le lithotomiste célè-
bre, heureux, dont la main habile a conservé l'exis-
tence à tant de souffrants».
L'homme politique est maintenant connu ; le
praticien mérite, à plus d'un titre, d'être tiré de
l'ombre.
Souberbielle avait été reçu maître en chirurgie en
1792 ; la même année, il était, grâce à de solides
protections, nommé chirurgien-major de la 35^ divi-
sion de gendarmerie nationale, puis chirurgien-major
de l'armée révolutionnaire. Pendant la Terreur, il
remplit les fonctions d'officier de santé du tribunal
révolutionnaire et des puisons.
Quelques mois plus tard, il était désigné pour di-
riger, en qualité d'officier de santé en chef, le service
médical de l'École de Mars^ Cette école, d'où sont
' Le docteur Amédée Latoiir, qui, pendant plus de trente ans, a prodigué
tous les trésors de son charmant esprit dans des Causeries médicales,
restées trop ignorées.
* Cf. l'Écofe de Mars, par Achille Taphanel {Mémoires de la Société
dgs Sciences morales, des lettres et des arts de Seine-et-Oise, t. XII ;
Versailles, 1880, p. 325 et suivj.
DEUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE l85
sorties plus tard TEcole militaire, TEcole normale et
l'Ecole polytechnique, était établie au camp des Sa-
blons. Elle se composait de trois à quatre mille jeunes
gens, choisis dans tous les départements parmi les su-
jets les plus intelligents et les mieux constitués, trop
jeunes encore pour prendre du service dans Parmée*.
L'hôpital de cette école était établi sous des tentes
au bois de Boulogne. Souberbielle avait pour aides:
Gavart, un des meilleurs élèves de Dcsault; Lalle-
ment, mort professeur à la Faculté de Paris ; le doc-
teur Fouquier, devenu médecin du roi, etc.
Un changement brusque de vie et de climat, une
* L'École de Mars était établie au camp des Sablons, situé entre Paris et
Neuilly. Une partie du Bois de Boulogne et de la porte Maillot était com-
prise dans l'enceinte du camp. Les élèves de l'école étaient des jeunes
gens d'élite, de seize à dix-sept ans au plus, appelés de tous les points
de la France, pour être exercés aux manœuvres de l'infanterie, de la ca-
valerie et de l'artillerie. Paris devait fournir pour sa part quatre-vingts
élèves, et le contingent de chaque district était rigoureusement fixé à
six.
Six livres de paille étaient allouées pour le coucher de chaque homme;
le sable de la plaine tenait lieu de bois de lit. Le régime alimentaire se
composait de pain de munition noir, grossier, malsain ; de lard salé, pro-
venant d'un convoi de vivres enlevés aux Prussiens, et dans les grands
jours, de veau ou de bœuf. Pour toute boisson, les élèves n'avaient droit
qu'à de l'eau acidulée de vinaigre ou à de la tisane de réglisse.
Pour des renseignements plus précis sur l'École de Mars, consulter,
outre le travail de M. Taphanel précité, le compte rendu des séances
de la Société libre d'émulation de Rouen, 1836, p. 60 et suivantes, et
l'ouvrage de M. Arthur Chuquet, VEcole de Mars, paru chez Pion eh ces
dernières années.
l86 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
mauvaise nourriture et, jointes à cela, les fatigues
continuelles pendant les chaleurs de l'été, ne tardè-
rent pas à provoquer dans le camp une épidémie de
dysenterie. Les articles parus dans le Moniteur ache-
vèrent de jeter l'alarme dans Paris. Il y était dit
(( qu'il y avait déjà deux cents élèves de morts au
camp des Sablons et qu'on les avait enterrés, la nuit,
dans le bois de Boulogne, pour cacher leur mort à
leurs parents. » Un démenti formel de Souberbielle
et de ses collègues dissipa le mauvais effet produit
par cette publication.
Le traitement employé fut, à peu de chose près,
celui de toutes les entérites : des préparations opia-
cées, des frictions à l'huile camphrée, « des cataplas-
mes de mie de pain et de farine de graine de lin par
dessus », de l'eau de veau, dans laquelle on jetait « de
la laitue, de la poirée^ de l'oseille et du cerfeuil », et,
quand ces moyens ne suffisaient pas, on avait recours
au laudanum de l'abbé Rousseau, selon la prépara-
tion du frère Côme.
Ce qui parut agir le mieux sur la maladie, c'est
que les malades furent traités sous la tente et, par
conséquent, au grand air. Les tentes étaient confec-
tionnées sur 45 pieds de longueur et 24 pieds de lar-
geur ; elles contenaient trente lits sur trois rangs de dix
chaque, à un malade par lit; « les intervalles des lits
étaient sablés et l'herbe poussait à un pied de hauteur
sous les lits ».
DEUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE 187
Le reste du traitement avait au moins le mérite de
l'originalité. Nous ne saurions mieux faire que de
laisser la parole à Souberbielle lui-même :
Je ne dois pas non plus oublier, dit-il, une autre chose
qui nous a servi beaucoup: c'est la musique, en portant de
la distraction dans l'esprit de nos malades. Nous avions
près de l'École de Mars une musique militaire, composée
de plus de trente musiciens : m'étant aperçu que le
matin, lorsqu'elle se faisait entendre, les malades démon-
traient beaucoup de contentement, cela me donna l'idée de
demander au chef de vouloir bien, en revenant, sur les neuf
heures, de leurs études, passer par le quartier de santé
(c'est ainsi que nous désignions l'hôpital), pour égayer nos
malades : ce qu'il fit avec beaucoup de bonne grâce ; aussi je
prescrivis qu'il serait délivré, tous les matins, un verre de
vin à chaque musicien, en venant faire leurs promenades mu-
sicales, dont tout le monde était très satisfait.
Souberbielle fut tellement enchanté de la médica-
tion, qu'il n'hésita pas à la recommander aux pou-
voirs publics en 1832.
Je crois, dit-il, que si l'on faisait de même, aujourd'hui,
entendre de la musique dans les cours des hôpitaux et sur
les ponts de l'Hôtel-Dieu, une ou deux fois par jour, rien au
monde ne serait plus capable de distraire les malades de
leurs maux, surtout dans cette circonstance où le moral
joue un si grand rôle. Je me rappelle quun élève que je
soignais pour une aflection cérébrale, en entendant la mu-
l88 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
sique, sortit de son lit et de la tente, et se mit à danser au
milieu d'une pluie battante. Il alla de mieux en mieux et,
quatre jours après, il rentra dans le camp.
Allez donc nier, après ce récit, les avantages de
la musicothérapie !
Ce ne fut qu'en 1813 que Souberbielle s'était fait
recevoir docteur en chirurgie. Peu après il parvenait
à se faire nommer chirurgien-major de la gendarme-
rie impériale à Paris, puis, presque simultanément,
chirurgien de la garde nationale et de nombreuses
associations charitables ^
Souberbielle jouit, pendant longtemps, d'une célé-
brité presque européenne : il n'avait pas son pareil
pour tailler les calculeux par le procédé dit du haut
appareil. Nous ne nous expliquons guère aujour-
d'hui l'engouement qui se manifesta pour cette mé-
thode surannée, autrement que par la virtuosité dont
le chirurgien faisait preuve dans cette délicate opé-
ration'. Entre ses mains, la lithotomie donnait des
résultats merveilleux ^, Aussi avait-il coutume de
dire, en parlant du traitement de la pierre, tel qu'il
était déjà pratiqué de son temps : « La lithotritie !
' Le Comité de bienfaisance de la division des Tuileries, la Société
maternelle du V' arrondissement, etc.
* Il avait une clientèle très étendue. En 1825, il habitait, à Paris, au
n 13 de la rue d'Anjou-Saint-Honoré.
' Voir Chronique médicale, 15 mars 1896 (Notes pour servir à la biogra-
phie de Souberbielle).
DEUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE 189
une malédiction de la chirurgie ! » Il avait une telle
foi dans Texcellence de son procédé, qu'il admettait
un public nombreux à assister à ses opérations. Des
médecins et des chirurgiens de tous pays se pres-
saient à ses leçons. Il ne craignait pas d'aller opérer
même à l'étranger et de soumettre ainsi sa méthode
à la critique de ses confrères. En 1823, il avait visité
l'Angleterre et appliqué à l'hôpital de Westminster
le haut appareil, à la place même où, cent ans aupa-
ravant, Douglas l'avait pratiquée ; et, fait à signaler,
pendant ce long espace de temps, la méthode avait
été complètement abandonnée en Angleterre'. Il
était aussi goûté chez nos voisins d'outre-Manche
que dans son propre pays, ainsi qu'en témoignent
l'ouvrage du docteur Garpue, de Londres ^, et le
Traité de ta cystolomie sus-pubienne ^ paru à Paris
en 1827.
Entre temps, il faisait maintes communications à
l'Académie de Médecine et à l'Institut \ Ce corps
savant lui décerna, en 1834, le prix Montyon, comme
un hommage rendu « au zèle et à la persévérance »
qu'il avait déployée, pour « la conservation d une
« Payen, op. cit., p. 7.
* On the high opération, in-8» ; London, 1819.
8 Du docteur Belmas.
•• Souberbielle, en présentant un de ses mémoires à l'Académie de méde-
cine, avait annoncé la publication d'un Traité des maladies des voies uri-
naires, qui n'a jamais vu le jour, du moins à notre connaissance.
190 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
précieuse méthode de tailler », et aussi « pour les
perfectionnements » qu'il y avait apportés.
Quand la lithotritie prit définitivement rang dans
la science, grâce surtout aux efforts de Civiale, Sou-
berbielle lutta avec énergie contre l'entraînement gé-
néral. Il ne condamnait pas systématiquement la nou-
velle opération, comme certains auteurs l'ont laissé
entendre, mais il faisait preuve tout au moins de
clairvoyance, en ne dissimulant pas qu'elle présen-
tait parfois des dangers. Dans une mémorable dis-
cussion, qui eut lieu à l'Académie royale de médecine
en 1835, au sujet de la taille et de la lithotritie, Sou-
berbielle se constitua le champion des vieilles doc-
trines et montra, dans cette occasion, toute la vigueur
du polémiste qu'il était resté. A quatre-vingt-deux
ans, il pratiquait encore l'opération de la pierre,
comme s'il avait été dans toute la force de l'âge.
Il avait conservé une verdeur que lui auraient
enviée bien des jeunes gens. A l'en croire, il por-
tait lui-même ses malades d'un lit à un autre, après
les avoir « taillés supérieurement ». Il faisait, à qui
voulait l'entendre, le récit de ses exploits amoureux,
dont il était presque aussi fier que de ses travaux
scientifiques ^ Il était arrivé jusqu'à quatre-vingt-
dix ans sans la moindre infirmité ^. Un jour, dans
* Union médicale, 1873, loc. cit.
* M. le docteur Berchon (de Bordeaux) a eu la gracieuseté de nous
communiquer la lettre suivante, à lui adressée par M. le docteur Garât,
DEUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE 19I
une séance de l'Académie de médecine, il s'inter-
rompit dans la lecture d'un mémoire, pour remplir
le verre qui était à côté de lui : « Voyez, dit-il, en
le tenant à bras tendu, si ma main tremble ! » Et, de
fait, quoique le verre fût rempli jusqu'au bord, pas
une goutte de liquide ne fut répandue.
Bien qu'il fit souvent des lectures à l'Académie, il
ne faisait pas partie de la docte assemblée. Il avait
eu pourtant la velléité de s'y présenter et avait fait,
dans ce but, les visites d'usage au rapporteur de la
qui avait connu Souberbielle sur la fin de sa vie. Cette lettre contient de
précieux renseignements sur le bizarre personnage que nous avons sil-
houetté.
« J'avais vingt et un ans, j'arrivais de Bordeaux, où j'avais été, bien
jeune, interne de l'hôpital de Saint-André, lorsque je me rendis à Paris
pour compléter mon instruction médicale et subir mes examens de docto-
rat. Mon oncle, neveu de Garât, ministre sous la Convention, frère de
Garai, le célèbre chanteur, et bon chanteur lui-même, mais devenu, sur
le tard, précepteur à Vaugirard,me recevait à dîner tous les mercredis.
La première fois que je m'y rendis, frais émoulu de la province, Bordeaux
l'était alors, je me trouvai à table avec un vieillard plus que septuagé-
naire, petit, vif, alerte, vigoureux encore, et qui me traita de suite comme
un Garât, avec la plus parfaite cordialité : « Vous êtes un futur confrère,
dit-il, moi, je suis le neveu du frère Côme. » La conversation s'engagea,
malgré ma timidité relative, et je fus étonnamment surpris du prodigieux
accent de Souberbielle. Il habitait Paris depuis soixante ans et gascon-
nait comme on ne le faisait plus depuis longtemps dans le Gers. J'étais
out yeux et tout oreilles, mais oreilles choquées, malgré ma récente
arrivée du Midi.
— Oui, june home, disait-il, Roubespierre a été moun ami et je m'en
fais gloire et honneur, je l'ai dit à Moussieu de Lamartine, qui l'a mis dans
son Histoire des Girondins.
192 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
commission . Reveillé-Parise, dont les opinions po-
litiques contrastaient du tout au tout avec celles de
Souberbielle, lui réserva un accueil plutôt froid.
Comme il objectait au visiteur son âge avancé, —
celui-ci était alors plus qu'octogénaire, — Souber-
bielle se mit à trépigner, à sauter, à danser un can-
can échevelé. Le spectacle de ce vieillard au crâne-
chauve, le visage sillonné de rides, le corps voûté et
amaigri, était plus pénible que répugnant. Voir cet
homme, qui avait prononcé la sentence de mort contre
une reine de France, gambader, pirouetter, tenant
dans ses mains des instruments pour l'opération de la
taille et dans ses poches d'énormes boîtes remplies
de calculs!... « Mon étonnement, dit Reveillé-Parise,
tenait de la stupéfaction ! »
Il va sans dire que Souberbielle en fut pour ses
frais de gymnastique et que l'Académie le consigna
à sa porte.
Souberbielle mourut à Paris, rue Royale, n° 10, le
10 juillet 18Zi6 : il avait quatre-vingt-douze ans.
— Mais Robespierre, hasardai-je avec hésitation, s'est conduit en scélé-
rat, s'est noyé dans le sang ?
— Ah ! june home ! (toujours avec le même accent et la même chaleur)
un homme de sang, lui, le plus probe des citoyens, un brave homme, un
homme de sang, jamais. Ecoutez ceci : Hanriot, son ami, bon citoyen cou-
rageux et convaincu, vint trouver Roubespierre et lui dit : « Pour en flnir
d'un seul coup, il faut faire tomber cent mille têtes. » Que fit Roubes-
DEUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE iQB
II
LE CHIRURGIEN ROUSSILLON
Au cours du procts de Marie-Antoinette, un témoin
déposait que, le 10 août 1792, « étant entré au châ-
teau des Tuileries dans l'appartement de l'accusée,
qu'elle avait quitté peu d'heures avant », il avait
trouvé sous son lit des bouteilles, les unes pleines,
les autres vides : « ce qui lui donna lieu de croire
qu'elle avoit donné à boire, soit aux officiers des Suisses,
pierre ? Il iSt guillotiner son ami Hanriol. El vous me direz après ça que
c'était un homme de sang :... » Toute la mentalité du bonhomme est dans
cette phrase.
Sur Soiîberbielle, outre les biographies courantes, consulter la Xolice
biographique de Paûlei {Ln " 19085, delà B. N.) ; celle extraitedu Bio-
graphe (19087, même série) ; celle de Payen (19088) ; le Biographe et
Nêcrologe réunis, II, 234 ; Hxmel, Robespierre, III, 426-428 ; le Journal des
connaissances médicales, 1846, art. Souberbielle, par Caffe; Journal du
Loiref, 29 décembre 1847, etc.
Souberbielle était, à sa mort, veuf, depuis'plusieurs années, de Reine
Lambert. 11 avait eu un fils, mort célibataire le 26 mars 1823, âgé de
vingt-quatre ans : il était étudiant en médecine (Inventaire de Lambert
jeune, notaire, du 23 juillet 1823 ; actif et mobilier : 5.105 francs et maison
à Autun). L'héritage de Joseph Souberbielle fils revintàson père,àsasœur
Rose, femme de Jean-Baptiste Merandon, à Beaune, et à son jeune
frère, Louis-Joseph, mineur, habitant Paris (Déclaration du 24 no-
vembre 1823).
Nous tenons ces enseignements du regretté Alfred Bégis, qui les
avait puisés, à notre intention, aux Archives de l'Enregistrement.
IV- 13
1^4 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
soit aux chevaliers du poignard qui remplissaient le
château * » .
Le témoin reprochait à l'accusée d'avoir été « l'ins-
tigatrice des massacres qui ont eu lieu dans divers
endroits de la France, notamment à Nancy et au
Champ-de-Mars ; comme aussi d'avoir contribué à
mettre la France à deux doigts de sa perte, en faisant
passer des sommes immenses à son frère (le ci-devant
roi de Bohême et de Hongrie), pour soutenir la guerre
contre les Turcs et lui faciliter ensuite les moyens de
faire un jour la guerre à la France, c'est-à-dire aune
nation généreuse qui la nourrissait ainsi que son mari
et sa famille ».
Le déposant ajoutait qu'il tenait ce fait « d'une
bonne citoyenne, excellente patriote, qui a servi à
Versailles sous l'ancien régime, et à qui un favori de
la ci-devant cour en avait fait confidence ».
Sur l'indication, donnée par le témoin, de la demeure
de cette citoyenne, le tribunal, d'après le réquisitoire
de l'accusateur public, ordonnait qu'il serait à l'ins-
tant décerné contre elle un mandat d'amener, à refîet
de venir donner au tribunal les renseignements qui
pouvaient être à sa connaissance.
Dans le compte-rendu du procès, le témoin, dont
nous venons de rapporter la déposition, est désigné
sous le nom de Roussillon, « chirurgien et canon-
nier ». Sur le citoyen Roussillon, les historiens classi-
* La Révolution française (journal de M. Aulard), 14 février 1884.
DEUX JUGES DE MARIE-ANTOINETTE IqS
ques ne sont pas prodigues de détails. A vrai dire,
<î'est un obscur comparse du drame révolutionnaire ;
mais son titre de médecin, évadé de la profession,
a retenu notre attention ; il nous a semblé, à ce titre
tout au moins, qu'il méritait quelques lignes de bio-
graphie.
Gomme s'il avaitprévu cette glorification posthume,
il a pris soin de rédiger lui-même par avance son cur-
riculum vitœ ; nous ne ferons que nous conformer
à ses déclarations, sous les réserves que comman-
dent les documents de cette nature, rédigés par les
intéressés eux-mêmes. La pièce que nous allons ana-
lyser \ et que nous tenons de l'obligeance de l'expert
en autographes bien connu, M. Noël Gharavay, a
figuré dans une vente de l'année 1900 ; nous avions
obtenu d'en prendre copie, avant qu'elle fût « disper-
sée au feu des enchères », suivant l'expression con-
sacrée.
Le citoyen Roussillon avait été juge-suppléant,
mais n'avait pas siégé au tribunal révolutionnaire.
Au début de la tourmente, il passait pour « un pa-
triote très attaché à la cause de la liberté » et pour
un « naturaliste-médecin », estimé de plusieurs de
ses collègues dans l'art de guérir, notamment du
Fourcroy.
Il avait ensuite servi comme officier de santé dans
* Nous l'avons reproduite in extenso dans la Chronique médicule,
1" octobre 1900, p. 583-586.
iy6 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
la marine, puis comme officier de santé en chef dans
les colonies du Sénégal et de Juda, en Afrique, avec
le brevet de Correspondant du Jardin des Plantes et
du Cabinet d'histoire naturelle.
11 combat pour la République au 10 août, est investi
ensuite de diverses missions aux Antilles, à l'armée
des Pyrénées-Orientales; mais, sur le rapport du
Conseil de santé, il est suspendu de ses fonctions
« pour trop de chaleur patriotique ».
La requête de Roussillon que nous avons publiée
tendait à sa réintégration dans l'armée, en qualité de
médecin ; elle est apostillée par Lanthenas, le Giron-
din, et le général Barras, qui invite le ministre de
la guerre à « prendre en considération la demande
de cet officier de santé, qui joint l'instruction au
patriotisme ».
Quel fut le sort de cette pétition? nous ne nous som-
mes pas attardé à la rechercher. Nous avons voulu
seulement fournir quelques traits au biographe futur
de cet acteur ignoré de la tragédie révolutionnaire,
de ce « soldat de la liberté ^ » qui, de peur qu'on ne
se méprît sur ses mérites, a pris soin de les mettre lui-
même en lumière.
* Sa pétition est signée : Roussillon, liberlalis mibs.
TALLEYRAND ET SES MEDECINS
L'homme qui, depuis soixante ans, « jouait les peu-
ples et les couronnes sur l'échiquier de l'univers » ;
l'incarnation de toutes les apostasies,
le parjure vivant,
Talleyrand-Périgord, prince de Bénéveat,
avait reçu de Louis XVIII l'ordre formel de se
faire oublier. L'incomparable cabotin était à bout de
rôle.
S'il acceptait l'exil, il se refusait à en savourer
l'amertume. Il se résignait à la retraite, mais en s'en-
tourant du luxe et du confort dont son ambition
€t ses appétits lui avaient, depuis longtemps, fait une
nécessité. Tout comme un souverain déchu, le fas-
tueux diplomate emmenait toute une cour à sa suite :
la tourbe des faméliques et des parasites, pour aigui-
ser son mépris de l'espèce humaine ; le bouffon spi-
198 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
rituel, le cynique Montrond, pour faire grimacer son
sourire éteint ; le plus habile cuisinier de l'Europe,
Carême en personne, pour stimuler son palais blasé;
la duchesse de Dino, la plus charmante et la plus
séduisante des nièces; sans compter une meute de
piqueurs, une armée de valets, pour lui rappeler sa
royale escorte de jadis.
Chasseur, libertin et gourmand, le lot était respec-
table. Mais le prince aimait plus que la bonne chère
et les femmes : il adorait le jeu. Dans cette somptueuse
résidence de Valençay, bizarre construction maures-
que égarée dans une forêt de chênes, le soir venu, les
lumières éteintes, on distillait l'ennui. Alors commen-
çaient d'interminables parties de whist, entremêlées
de causeries où pétillait la verve narquoise de l'am-
phitryon, autour d'un modeste tapis vert, qui aidait
à rappeler au maître du lieu le temps où il jonglait
devant un parterre de rois.
Presque toujours le prince tenait le dé de la con-
versation. Les claqueurs à gages qui composaient
l'auditoire n'avaient que droit au silence.
Un homme avait, seul peut-être, conservé son franc
parler. Ce partenaire, qu'il redoutait à la table de jeu,,
ce personnage, dont il sollicitait et suivait parfois les-
avis, n'était autre que son médecin, le docteur Bour-
dois de la Motte.
Pour gagner la confiance de cette mobile et capri-
cieuse personnalité, pour la conserver surtout, il fal-
TAI.LEYRAND ET SES MÉDECINS I99
lait avoir fait ses preuves. Le docteur Bourdois, avant
de connaître le prince, avait fait un brillant apprentis-
sage. Par une heureuse faveur du sort, dès le début
de sa carrière, il avait été comblé d'honneurs. En
1788, il avait obtenu la survivance de Malouët, dans
la charge de premier médecin de Mme Victoire, tante
de Louis XVI ; en cette qualité, il logeait au palais
du Luxembourg. Monsieur, depuis Louis XVIII, vou-
lant se l'attacher, l'avait nommé intendant de sa bi-
bliothèque, de son cabinet de piiysique et de sa collec-
tion d'histoire naturelle. Il avait alors trente-quatre ans.
En 1791, Monsieur était parti pour l'émigration.
Depuis quelques mois, Mmes Adélaïde et Victoire, les
tantes du roi, l'avaient précédé en suivant une autre
route. Malouët les avait accompagnées.
Mesdames, qui avaient pris le chemin d'Italie,
avaient été, en cours de route, arrêtées par la muni-
cipalité d'Arnay-le-Duc et gardées à vue, jusqu'à ce
que l'Assemblée eût statué sur leur sort.
Plus tard, lors de la tourmente révolutionnaire, on
se rappela le rôle de dévouement de Bourdois de la
Motte dans les circonstances que nous venons de
rapporter. Dénoncé, persécuté, Bourdois ne tarda
pas à être incarcéré à la Force, comme suspect de
royalisme. Il eut l'adresse de se faire réclamer pour
un service public et se fit envoyer aux armées. Ce fut
son salut.
A la fin de 1793, il était nommé médecin en chef du
200 LK CAHINKT SECHET DE L HISTOIRE
corps qui opérait sur le Var. Là, il se liait avec un
homme qui devait avoir la plus grande influence sur
sa destinée : les hasards de la guerre l'avaient rap-
proché de Bonaparte, alors simple chef de bataillon
d'artillerie.
Les relations du médecin avec le futur empereur
furent, tout d'abord, empreintes d'une grande cordia-
lité. La politesse exquise de Bourdois, son langage
aussi éloigné de la basse flatterie que d'une franchise
trop brutale, avaient conquis cette nature abrupte,
qui déguisait, sous un extérieur dominateur, des tré-
sors de sensibilité. Après une expédition, dont toutes
les étapes avaient été marquées par un triomphe, le
brillant général revenait à Paris, pour y méditer le coup
de force qui devait réaliser le rêve de son ambition.
Bonaparte habitait alors, rue Neuve-des-Capucines,
un modeste appartement. Il convia plusieurs fois à sa
table son ancien compagnon d'armes, qu'il venait de
nommer médecin en chef de son armée de l'intérieur.
Un jour, dans l'intimité d'un repas familial, un cour-
rier vint annoncer à Bourdois le départ de Bonaparte
pour l'Italie, en même temps qu'il lui apportait sa
nomination comme directeur du service de santé de
l'armée. L'invitation ressemblait à un ordre ; Bour-
dois eut la maladresse de s'y dérober. Sa jeune
femme — donna-t-il pour prétexte — était d'une com-
plexion délicate ; en réalité, son humeur pacifique et
ses goûts casaniers le retenaient seuls à Paris.
TALLEYRAND ET SES MÉDECINS 2()1
Bonaparte, qui ne toli'Tait point qu'on ne se livrât
pas à lui sans réserves, accepta difiicilement de telles
excuses et en garda longtemps rancune à celui qu'il
avait comblé de ses faveurs. 11 ne fallut rien moins que
la finesse diplomatique de Talleyrand — qui, dans l'in-
tervalle, avait confié sa santé au docteur Bourdois —
pour favoriser un rapprochement. Dans un de ces
élans d'indulgence dont il était peu prodigue. Napo-
léon consentit à oublier les injures faites à Bona-
parte : en 1811, l'empereur nommait Bourdois de
la Motte médecin du roi de Rome. Comme le docteur,
heureux d'être rentré en grâce, se confondait en
remerciements : « Tout est oublié, répondit l'empe-
reur, commencez votre service. Je veux fonder à Meu-
don un collège de princes, vous en serez aussi le
médecin. » Au moment où il se relirait, l'empereur
ajouta en riant : « Depuis notre dernière entrevue,
me trouvez-vous grandi? » Et comme Bourdois enta-
mait un éloge dithyrambique des hauts faits d'armes
de l'empereur :
« — Non, non, ce n'est pas là ma pensée, c'est de ma
taille réelle qu'il s'agit ; j'ai regretté souvent de n'avoir
pas la vôtre. Ah ! si, en Egypte, j'avais eu les avan-
tages physiques de Kléber, c'eût été pour moi d'une
valeur immense... »
Bourdois eut, dès ce moment, à la Cour, une situa-
tion considérable. Outre son traitement annuel de
Zi.500 francs, sa voiture sortant des écuries impé-
202 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
riales, il fut nommé conseiller de l'Université, reçut
de nombreuses dotations, avec le titre de baron, et
fut décoré de tous les ordres possibles.
Mais il avait à compter avec Gorvisart, dont Tau-
torité s'exerçait sur tout le personnel de santé de l'em-
pereur et de son entourage, et qui souffrait difficile-
ment la contradiction ; d'autant que les manières de
Bourdois, toujours courtois et affable, contrastaient
singulièrement avec la brusquerie et la brutalité, toute
de surface, hâtons-nous de le dire, de Gorvisart. (]e
n'est pas sans quelque dépit que celui-ci voyait tous
les jours diminuer son prestige. Aussi ne manquait-il
pas une occasion d'affirmer sa suprématie. Un jour,
il avait annoncé sa visite chez le roi de Rome et con-
voqué son médecin et son chirurgien, M. Auvity. Il
avait ordonné qu'on déshabillât le jeune prince, avait
examiné avec soin tout son corps et s'était retiré sans
mot dire.
Bourdois souffrait dans sa vanité de ces procédés,
mais il n'en laissait rien paraître. Il fut suffisamment
vengé quand, appelé au lit de mort de Gorvisart, il
vit celui-ci implorer le pardon de sa conduite passée.
Avec cette observation pénétrante qui le distinguait,
Gorvisart avait deviné la valeur d'un homme qu'il
avait toujours tenu en haute estime, bien que sa nomi-
nation eût été signée à son insu^
* En 1839, Bourdois fut chargé de faire le rapport sur la proposition de
TALLEYRAND ET SES MEDECINS 203
Du reste, s'il faut en croire un de ses biographes *,
« le docteur Bourdois de la Motte était le type des
médecins de Cour, le modèle de l'urbanité, de la poli-
tesse exquise, de l'homme bien élevé, possédant au
suprême degré la science du salon, celle de bien dire
et de dire à propos. Il ne lui manqua peut-être qu'un
peu d'égoïsme, pour être tout à fait un homme comme
il faut... Sa conversation avait du feu, du sens, de
la verve, mais sans épigramme, sans ironie, sans
aucune recherche d'esprit ; on pouvait la prendre
comme une bonne, une fine et délicate causerie que
les vieillards aimaient et où les jeunes gens trou-
vaient toujours à profiter. »
Qu'il ait conquis Talleyrand, ce causeur enjoué,
cet aimable impertinent, tout pétri de bonne grâce et
de séduction, on le comprend sans peine.
Talleyrand, qui se connaissait en hommes, l'avait
nommé médecin du ministère des Relations exté-
rieures, importantes fonctions qui mettaient celui qui
en était investi en rapport avec tout nouvel ambassa-
deur ou tout chargé d'une mission extraordinaire. La
tâche n'était pas au-dessus des forces de notre per-
sonnage : il se montra, en tout point, digne de la
confiance que le prince lui témoignait.
placer le buste de Corvisart dans la salle des séances de l'Académie de
médecine. Il s'acquitta de sa tâche avec la plus louable impartialité
(Voir Mém. de l'Acad. roy. de Méd., t. IV, p. 53 et suivantes).
* Reveillé-Pabise, Gaz. Tnéd.cie Paris, 1838.
204 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
La tenue et les façons du docteur Bourdois avaient
séduit tout son entourage. Elles lui gagnèrent sur-
tout les femmes, qu'il eut l'habileté de toujours mettre
dans son jeu, par sa douceur et sa bienveillante
aménité. Mais il reprenait bien vite sa froideur et sa
réserve hautaines, quand il jugeait que sa dignité
courait le risque d'un compromis. En quelque cir-
constance qu'il se trouvât, cette dignité ne l'aban-
donnait jamais. Talleyrand lui-même, si expert en la
matière, était le premier à le reconnaître. « Il vient
chez moi deux hommes, répétait-il souvent, sur les-
quels on se trompe toujours : Gobentzel, qu'on prend
pourmonmédecin, et Bourdois, pourunambassadeur.»
La taille élevée de ce dernier, sa figure longue et
sévère, ses traits fortement accusés, son profil de
médaille, tout concourait à faire illusion sur sa qua-
lité. Et, à ce propos, on parla et on rit longtemps, à la
cour impériale, d'une aventure, dont le valet de
chambre Constant nous a conservé le piquant récit*.
Se sentant malade depuis plusieurs jours, l'ambas-
sadeur persan, Asker-Kan, envoyé à Paris en mission
par son gouvernement, persuadé que la médecine
française parviendrait plus promptement à le guérir
que les officiers de santé persans, ordonna qu'on fît
venir le docteur Bourdois, dont il connaissait le nom
et la réputation d'habileté. On s'empressa d'exécuter
* Mémoires de Constant, t. IV, p. 56.
TALLEYRAND ET SES MÉDECINS 205
les ordres de l'ambassadeur ; mais, par une singu-
lière méprise, ce ne fut pas le docteur Bourdois (ju'on
pria de se rendre auprès d'Asker-Kan, mais... le
président de la Cour des Comptes, M. Marbois, qui
s'étonna beaucoup de l'honneur que lui faisait l'am-
bassadeur persan, ne voyant pas tout d'abord ce qu'il
pouvait avoir à lui demander. Cependant, il se rendit
avec empressement auprès d'Asker-Kan, qui put, sans
peine, prendre le costume sévère de M. le président
de la Cour des Comptes pour un costume de médecin.
A peine M. Marbois était-il entré que l'ambassa-
deur lui présentait la main, lui tirait la langue...
M. Marbois était bien un peu surpris de cet accueil,
mais pensant, à part lui, que c'était la manière orien-
tale de saluer les magistrats, il s'inclina profondé-
ment, serrant humblement la main qu'on lui présen-
tait. Il était dans cette position respectueuse, lorscjue
quatre serviteurs de l'ambassadeur lui apportent et
lui mettent sous le nez, à titre de renseignements, un
vase d'or à signes non équivoques. M. Marbois en
reconnut l'usage avec une surprise et une indignation
inexprimables. Il recule avec colère, demande vive-
ment ce que signifie tout cela, et, s'entendant appe-
ler M. le docteur : — « Comment ! s'écrie-t-il, M. le
docteur? — Mais oui, M. le docteur Bourdois. »
M. Marbois avait enfin le mot de l'énigme : la simi-
litude de son nom avec celui du docteur Bourdois
était la cause de sa mésaventure.
206 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Le docteur Bourdois était pourtant très connu de
tout le corps diplomatique. Dans le temps où les prin-
cipicules d'Allemagne étaient accourus à Paris pour
y défendre leurs intérêts menacés, il n'en était pas
un qui ne simulât une maladie pour gagner à sa
cause le médecin de Talleyrand. Sous teinte de
consultation, ils cherchaient tous à capter la con-
fiance du docteur, qui devenait ainsi leur tuteur
auprès de son illustre maître. De là, cette pluie de
tabatières en or, dont il fit fondre pour près de
50.000 francs, au moment de l'acquisition de sa
maison de campagne, et dont il réserva les plus belles
pour son inestimable collection d'objets d'art.
Le docteur Bourdois était un fin connaisseur et un
amateur de goût. Avec les traditions de l'ancienne
Faculté, il avait conservé celles de l'ancienne Cour.
Ses occupations professionnelles ne lui firent jamais
oublier ses devoirs mondains. Habillé vers 9 heures,
après avoir pris son chocolat ou son café, il partait
dans sa voiture et ne rentrait plus que dans la soirée.
Les visites aux malades alternaient avec les visites
de politesse ou d'amitié.
S'il fréquentait des personnages de distinction, il
aimait aussi à recevoir tout ce que Paris comptait de
gens de lettres ^ ou d'artistes, qui se rencontraient
' V. les couplets de Désaugiers, sur l'Anniversaire de la naissance du
docteur Bourdois {Drôleries médicales, de Witkowski, p. 52 .
TALLEYRAND ET SES MEDECINS 2O7
chez lui avec les notabilités de l'armée, de la magis-
trature et des finances. Les maréchaux Macdonald et
Sébastiani, le banquier Laffitte, y coudoyaient les
peinlres Gérard et Isabey, et l'héroïque Regnault
de Saint-Jean-d'Angely.
Chaque client de marque avait à cœur de lui laisser
un témoignage de sa gratitude. Isabey et Cicéri
avaient tenu à décorer eux-mêmes son salon et
avaient peint sur deux superbes panneaux deux
scènes relatives à l'art de guérir : le Temple cfEs-
culape et les Jardins d'Epidaare étaient les toiles
que Bourdois montrait avec le plus d'orgueil à ses
visiteurs.
Le dimanche, le docteur recevait plus volontiers à
la campagne. Il habitait, près de Ville-d'Avray, un
vaste corps de logis qui avait appartenu à Linguet ;
c'est de là, selon la tradition, que le célèbre pam-
phlétaire avait été arraché, pour gravir les degrés de
l'échafaud.
Le docteur Bourdois se livrait au jardinage et
sacrifiait à cette passion, venue sur le tard, des
sommes considérables. Il ne manquait pas de se
rendre à Valençay quand Talieyrand l'y appelait,
mais c'était plutôt pour être son partenaire au whist
que pour lui donner des soins.
2o8 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
II
Talleyrand suivait une hygiène * trop rigoureuse
pour être souvent malade. Il mangeait peu, surtout
le soir, se contentant même le plus souvent de Tunique
repas de midi ^. Il avait une table assez abondamment
servie, pour pouvoir goûter au plat de son choix.
Sa cuisine était soignée, sa cave renfermait les meil-
leurs crus. Comme Napoléon et Voltaire, il aimait
beaucoup le café, dégustant en gourmet la liqueur
si joliment dénigrée par Mme de Sévigné^. Il s'était
toujours interdit l'alcool et les liqueurs.
On sait que pour sa toilette, il avait des soins
tout particuliers. Il y consacrait de longues heures,
déployant dans cet art suprême de la coquetterie
toutes les ressources de son esprit ingénieux. Il
trouvait encore le temps de travailler plusieurs
heures par jour, de parcourir ses propriétés en voi-
« Une étude sur M. de Talleyrand ne serait pas complète si l'on n'in-
diquait un peu la physiologie de l'homme, et si l'on ne disait quelque
chose de son hygiène et de son régime. ■> Sai.nte-Becve, Nouveaux
Lundis.
* M. de Talleyrand ne faisait qu'un repas à heure fixe, seulement il
prenait parfois un verre d'excellent madère dans lequel il trempait un
biscuit {Mémoire sur M. de Talleyrand, sa vie politique et sa vie in-
time, suivi de la relalion authentique de ses derniers moments, etc.
Bureaux de.la Gazette des familles).
3 Cf. Remèdes d'aulrefois, par le D"' Cabanes; Paris, Maloine, 1905.
TALLEYRAND
TALLEYRANO
TALLEYBAND ET SES MÉDECINS 2O9
ture, son infirmité de naissance (il était pied bot*)
lui interdisant les trop longues courses.
* « Cette infirmité fut la cause de tous les malheurs qui signalèrent sa
carrière. Doué d'un esprit vif, ardent, il ne pouvait, avec sa béquille,
suivre la carrière des arme^ ; -.■• mère exigea qu'il se mit dans les ordres.
En vain supplia-l-il la dame de le dispenser de cette loi, qui lui était
odieuse, il fallut obéir, le jeune abbé prit les degrés nécessaires ; enfin
il fut ordonné prêtre, en dépit de la vocation qui l'entraînait dans une
autre voie. » {Journal du docteur Prosper M enière, communiqué en ma-
nuscrit par son fils, le docteur E. Menière.)
Exisle-t-il une relation entre le pied bot et certaines lésions céré-
brales ? D aucuns en sont convaincus. Le docteur Luys, notamment, qui
a pratiqué l'autopsie de cerveaux appartenant à des sujets atteints de
pied bot, avait constaté des « atrophies de la région paracentrale et
plus souvent encore des atrophies concomitantes de la frontale supé-
rieure » ; et le savant aliéniste, que nous avons consulté sur ce point,
appliquant ces données au personnage que nous étudions, a émis les
considérations psycho-physiologiques suivantes, sur lesquelles nous ap-
pelons l'attention de nos lecteurs: «... C'est parce que Talleyrand pré-
sentait des lacunes mentales, malaisément explicables, que ses biogra-
phes 1 ont traité avec tant de sévérité. Or, Talleyrand était une de ces na-
tures mal pondérées, chez qui toute la sève vitale s'est réfugiée du côté
des choses de l'intelligence, alors que le domaine de la sensibilité mo-
rale et des sentiments affectifs restait en soulTrance. Pour peu qu'on
scrute la manière de vivre de ces obtus du sens moral, on les découvrira
prompts à l'action, âpres à la curée, mais, par contre, on s'étonnera de
les trouver indifférents sur le choix des moyens, et, pour ainsi dire,
anesthésiés sur tout ce qui touche aux convenances sociales ou à la sim-
ple délicatesse.
N'est-ce pas ainsi que M. E. Ollivier, danssa remarquable étude parue
dans la Revue des Deux-Mondes, a représenté le diplomate retors, « sté-
rile d'invention, né démolisseur, brouillon flegmatique, qui n'était, livré,
à lui-même, malgré ses dons brillants, apte qu'à gâter, trafiquer, faire et
défaire sans cesse, surtout à ne pas faire en paraissant beaucoup faire
incapable de rien créer, si ce n'est la confusion et le désordre... Dé-
iv-14
210 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Il dormait très peu, passant la nuit au jeu, qu'il
n'interrompait que pour causer ; se couchant le plus
souvent à quatre heures du matin pour se réveiller au
petit jour*.
Son pouls avait cette singularité d'être fort plein
et d'avoir une intermittence à chaque dixième pul-
sation. 11 avait même là-dessus une théorie : il consi-
dérait ce manijue de la dixième pulsation comme un
temps d'arrêt, comme un repos de la nature, et il
paraissait croire que ces pulsations en moins, et qui
lui étaient dues, devaient se retrouver en fin de
compte et s'ajouter à la somme totale de celles de
toute sa vie, ce qui lui promettait de la longévité.
Il expliquait aussi par là son peu de besoin de som-
pourvude la notion du bien et du mal, d'un cœur subalterne sous l'aris-
tocratie de ses manières, ne sachant qu'obéir ou trahir, sans suscepti-
bilité, parce qu'il était sans honneur, d'une effroyable effronterie dans
ses affirmations contraires à la vérité, comme revêtu d'une enveloppe
dure et polie, sur laquelle l'injure et le mépris glissaient sans pouvoir y
pénétrer. » M. Ollivier rappelle à ce propos le mot de Lannes sur Tal-
leyrand : « Si on lui donnait vingt coups de oied, on ne s'en apercevrait
pas sur son visage. »
« Aujourd'hui où l'on commencée débrouiller le chaos de la pathologie
cérébrale, n'est-on pas a\Uorisé à émettre l'hypothèse que la clef, vaine
ment cherchée jusqu'ici, de la psychologie, de Vétat d'âme de Talleyrand
pourrait bien se trouver dans la morphologie de son cerveau? Assuré,
ment ce n'est qu'une hypothèse; mais, d'après ce que nous savons des
relations du pied bot avec les lésions cérébrales particulières qui sem-
blent lui correspondre, cette hypothèse n'a rien d'invraisemblable... »
{Chronique médicale, 15 janvier 1895.)
* Nouveaux Lundis, de S.\i.\te-Beuve, t. XII (1870), p. 120 et suiv.
TALLEYRAND ET SES MÉDECINS 211
meil, comme si la nature avait pris ce sommeil en
détail et par avance à petites doses \
III
Talleyrand fut rarement malade ; on pourrait
presque dire que sa mort fut le terme de sa première
maladie.
Pendant longtemps, il prit les eaux à Bourbon-
l'Archambault, au moins de deux années l'une, plutôt
pour s'y distraire que pour s'y soigner. Il y était
traité par un médecin fort pédant, le docteur Paye,
qui servit souvent de cible à ses railleries.
Le docteur avait l'insupportable manie d'agrémen-
ter ses conversations de nombreuses citations latines.
Un jour, pendant le souper, il prononça, avec la
solennité grotesque dont il ne se départait jamais,
cette sentence : «Plus aère vivimus quam cibo »,
ce qui fît rougir toutes les dames, qui n'y avaient rien
compris, du reste. Talleyrand augmenta encore leur
confusion, en paraphrasant à sa manière une pensée
qui, sans les commentaires plus que légers dont il
l'accompagna, aurait passé pour bien innocente.
Sauf à l'égard du docteur Bourdois, pour qui il
professait une admiration mélangée d'estime, Talley-
* PicHOT, Souvenirs intimes sur M. de Talleyrand, d'après Florent et
Place.
212 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
rand se faisait un jeu de rééditer les épigrammes de
Molière à l'égard de la médecine. Un disciple d'Es-
culape, frère de l'un des plus honorables représen-
tants de la France, joignait au culte d'Hippocrate
un culte au moins aussi prononcé pour Cornus ; en un
mot, il passait pour être très gourmand. Le doc-
teur avait présenté à Talleyrand, qui l'admettait
dans son intimité, un personnage dont les prodi-
galités faisaient grand bruit, le riche M. Seguin.
M. Seguin, tout fier de cette recrue, se proposa de
traiter magnifiquement son nouvel hôte et pria le
diplomate de désigner lui-même les convives. Le
repas devait comprendre douze personnes, en comp-
tant M. Séguin. M. de Talleyrand remplit sa mission
en conscience, mais en négligeant d'inviter celui-là
même qui l'avait présenté à son amphitryon. Il avait
simplement voulu faire manquer un bon dîner à un
médecin gourmand.
Il devait expier bien chèrement ses sarcasmes
à l'adresse de la profession : lui, qui n'avait ja-
mais connu que des indispositions passagères, fut
' On sait combien il avait d'esprit ; on lui a attribué sans doute beau
coup de mots qui ne sont peut-être pas de lui, mais on ne prête qu'aux
riches. En voici un que nous n'avons pas vu citer et qui est pourtant
bien joli.
A l'époque de l'affaire Fualdès, dont l'affreux drame se passa à Rodez
dans une maison de débauche tenue par une femme du nom de Banca,
Mme de L., croyant mortifier Talleyrand, par un mauvais jeu de mots
sur son infirmité, lui dit en entrant dans son salon : « Mon Dieu, mon-
TALLEYRAND ET SES MÉDECINS 2l3
atteint, à son tour, d'un mal qui ne pardonne pas.
Depuis son retour d'Angleterre, il avait une de ces
infirmités qui entretiennent la santé : une affection
aux jambes qui constituait, pour lui, un dérivatif na-
turel'; du jour où la nature supprima cet exutoire,
le malade était condamné.
Pris d'un frisson subit et de vomissements, il res-
sentit une violente douleur au bas des reins, du côté
gauche, et, sur les instances de son entourage, il con-
sentit à faire appeler un prince de la science à son
chevet.
Gruveilhier, avec son coup d'oeil de clinicien, eut
vite fait de diagnostiquer un anthrax lombaire *. Il
demanda à s'adjoindre Marjolin pour l'opérer.
Le chirurgien dut recommencer deux fois Topé-
ration. Le patient, impassible et résigné, se con-
tenta de dire : « Docteur, vous m'avez fait beaucoup
de mal ; mais si j'en suis quitte à ce prix, je vous re-
mercie. » Marjolin hocha la tête et se retira.
Le lendemain, la fièvre se déclarait, le malade
aieur, croiriez-vous bien qu'on vient d'écrire sur votre porte : Maison
Bancàl ?
„ — Que voulez-vous, madame, riposta Talleyrand, le monde est si
méchant! On vous aura vue entrer... •
C'est de Talleyrand qu'on a dit : « Cet homme eût trompé la mort, si
elle l'eût traité par ambassadeur. >
* On se contentait de lui faire des lotions saturnées.
* Et non un anthrax à la nuque, comme l'a écrit le docteur L. Véron.
{Mémoires d'un bourgeois de Paris, t, I, p. 150.)
2l4 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
tombait dans une sorte de prostration léthargique,
qui laissait présager une fin prochaine*. Le 17 mai
1838, le plus grand diplomate des temps modernes
avait vécu. Le surlendemain, un reporter de génie,
Victor Hugo, consignait sur ses tablettes^ :
Hé bien, avant-hier, 17 mai 1838, cet homme est mort. Des
médecins sont venus et ont embaumé le cadavre. Pour cela,
à la manière des Égyptiens, ils ont retiré les entrailles du
ventre et le cerveau du crâne 3. La chose faite, après avoir
* On sait que Talleyrand fut visité à son lit de mort par le roi, accom-
pagné de Mme Adélaïde (Cf. Revue britannique, mai-août 1839, p. 161 et
suiv.). Nous avons eu sous les yeux le billet suivant, resté inédit et dont
nous avons été autorisé à prendre copie :
« Mon cher préfet, c'est demain â 8 heures et demie du matin que le
roi ira rue Saint-Florentin, dans une voiture de Mme Adélaïde ; les do-
mestiques n'auront pas la livrée du roi.
• Estime et affection,
« M (Montalivet).
« 10 heures du soir. »
Talleyrand se mit, pour cette suprême visite, en frais de coquetterie ;
il n'abdiqua jamais sur ce chapitre (Cf. Chronique médicale, 15 juin 1898).
* V. Hdgo, Choses vues, p. 3.
Après lecture de ce chapitre, M. Victorien Sardou nous communi-
quait les détails qui suivent :
. Permettez-moi de vous signaler, comme complément de son autopsie
(de Talleyrand), l'élude phrénologique de son crâne, publiée par MM. Ch.
Place et J. Florent, en 1838, dans un Mémoire sur sa vie publique et sa
Tie privée. Ils donnent tout au long le résultat de leur examen, fait en
présence du docteur Cogny, du pharmacien Micard et autres témoins,
et, dans une note très complète, l'appréciation particulière de chaque
organe cérébral. Je vous fais grâce de ces détails, qui n'intéressent que
les partisans résolus d'une doctrine qui a bien perdu de son crédit, et je
me borne à résumer leurs conclusions : « Prédominance de la sécrétivité
TALLEYRAND ET SES MÉDECINS 2l5
transformé le prince de Talleyrand en momie et cloué cette
momie dans une bière tapissée de satin blanc, ils se sont re-
tirés, laissant sur une table la cervelle, cette cervelle * qui
avait pensé tant de choses, inspiré tant dhommes, construit
tant d'édifices, conduit deux révolutions, trompé vingt rois,
contenu le monde.
Les médecins partis, un valet est entré, il a vu ce qu'ils
avaient laissé. Tiens! ils ont oublié cela. Qu'en faire? Il
s'est souvenu qu'il y avait un égout dans la rue. 11 y est allé
et a jeté le cerveau dans cet égout. Finis rerum.
Comment avait pu se consommer cette profanation,
c'est ce qu'il nous reste à dire.
Talleyrand, dans les dernières années de sa vie,
était atteint d'une paralysie du rectum, qui néces-
sitait une opération assez répugnante ; celle-ci était
pratiquée par un valet de chambre, en présence du
médecin du prince, le docteur Bourdois. Bourdois
était alors très lié avec un pharmacien du nom de Mi-
card, dont l'officine était située à l'entrée de la rue
et de la circonspection. — absence totale de vénération — forte dose
de comparaison et de causalité, — grande estime de soi, — volonté, —
etc., etc. Bref, pas ombre d'idéalité, ni de dévouement, et, toutefois, de
la bienveillance et de la philogéniture. » Tout cela cadre assez avec ce
que nous savons de Talleyrand. — Il ne s'agit plus que de savoir si ces
mêmes opérateurs, ignorant que ce crâne fût celui de Talleyrand,
auraient, à l'aide des mêmes conclusions, reconstitué son caractère. »
* L'autopsie de son cerveau démontra qu'il avait, à quatre-vingt-
quatre ans, cet organe aussi consistant que celui d'un homme de qua-
rante.
2l6 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Duplîot, du côté de la rue Saint- Honoré. Micard
était une des gloires de la profession. Très adroit,
très inventif, il avait imaginé, sur les indications
du docteur, une cuiller en baleine qui devait servir
au cathétérisme rectal du malade. Talleyrand ré-
pugnait fort à cette opération. Au cours d'une dis-
cussion avec le docteur Bourdois, celui-ci avait dit
à Talleyrand: « Si je meurs avant vous (ce qui
arriva), vous ne vivrez pas six semaines après moi ;
votre valet de chambre n'aura pas assez d'autorité
sur vous pour vous obliger à vous soumettre à cette
opération. » La prédiction se réalisa point par point.
Une fois Talleyrand mort, Micard fut chargé de
l'embaumement. Il avait été convenu, du vivant du
diplomate, qu'il emploierait la méthode égyptienne :
cette méthode consiste à faire des incisions dans
tous les membres, à les remplir d'aromates spéciaux
et à les recoudre ensuite. Pour la cervelle, on la sort
du crâne, on la fait cuire dans un bain d'aromates et
on la remet à sa place.
Le corps, déposé sur une longue table dans l'anti-
chambre de la bibliothèque, pièce concédée pour l'opé-
ration de l'embaumement, fut ouvert sous la direc-
tion du docteur Cogny, médecin ordinaire de M. de
Talleyrand. Les poumons furent trouvés sains et
bien développés, le cœur volumineux et entouré
d'une couche de graisse. Sa densité était relativement
considérable. L'aorte et les principaux tissus arté-
TALLEYRAND ET SES MÉDECINS 217
riels étaient ossifiés et cassants dans toute leur éten-
due. Le foie, l'estomac, les intestins n'offraient aucune
lésion.
Micard devait, nous l'avons dit, procéder à l'em-
baumement du prince. Cependant, Gannal, prési-
dent delà Société d'embaumement, formée pour l'ap-
plication du procédé dont il était l'inventeur, s'était
présenté à l'hôtel pour offrir ses services, et, un
moment, la famille avait hésité. Le docteur Cru-
veilhier, consulté, déclara que le procédé Gannal lui
semblait rationnel, mais il laissa toute latitude aux
parents pour fixer leur choix. Les journaux du
temps attaquèrent le professeur Cruveilhier, dont la
réponse fut celle que nous venons de dire.
Micard avait, du reste, tous les droits à diriger
l'opération. Il était un des familiers de la maison de
Talleyrand et M. deValençay, Mme de Dino,demême
que Talleyrand, l'avaient en particulière estime.
Un opuscule du temps ' a donné de curieux dé-
tails sur l'opération de l'embaumement pratiquée par
Micard.
Le corps sur lequel furent pratiquées des incisions pro-
fondes et rapprochées, dirigées par couclies musculaires et
dans la direction des flbres, fut mis dans un bain, avec une
solution de natrum ou carbonate de soude, pendant quelques
heures. Retiré, il fut lavé intérieurement et dans ses cavités
* Mémoire précité de Florent et Place, p. 116 et suiv.
2l8 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
avec un alcohol aromatisé, et enfin plongé de nouveau, pen-
dant vingt-quatre heures, dans un nouveau bain d'une infu-
sion fortement concentrée de tanin.
Enfin, chaque partie ouverte fut enduite, à plusieurs cou-
ches, d'une solution de deulochlorure de mercure, et chaque
cavité graissée avec la poudre balsamique astringente, com-
posée à peu près ainsi qu il suit: baume de Tolu, baume du
Pérou, de storax, styrax calamité, musc, ambre gris, quin-
quina, cannelle, gomme tacamaque, etc.
Chaque incision recousue, le corps fut recouvert par une
couche de vernis, et une autre de la poudre, maintenue par
une première application de bandes de mousseline fine; le
tronc qui contenait le cœur et les entrailles, préparées iso-
lément delà manière précédente, fut entièrement rempli par
la poudre aromatique et par une étoupe à mailles serrées.
Le corps fut ensuite revêtu de six couches de bandelettes
de diachylum gommées, enduites de vernis extérieurement
et disposées avec habileté, de manière à laisser au corps sa
forme naturelle.
Dans la tête, une incision, partant de l'occiput à la nais-
sance des cheveux, au front, et dirigée latéralement de l'oc-
cipital aux apophyses mastoïdes, permit la dissection du cuir
chevelu. Cette opération accomplie et les téguments ainsi
que les muscles crophytes enlevés, l'empreinte crânienne fut
prise par M. Guy, naturaliste de l'École de médecine, avec
un soin extrême, afin qu'elle restât une pièce authentique
pour la science physiologique. L'intérieur du crâne fut garni
de poudre et détoupes, une ouverture par couronne du tré-
pan ayant facilité la sortie du cerveau. La face fut disséquée
entièrement, préparée comme le corps avec un soin minu-
TALLEYRAND ET SES MÉDECINS 219
tieux, de manière à respecter la physionomie qui fut remo-
delée. Après que les téguments et les muscles eurent repris
leurs places, les globes oculaires furent vidés et remplacés
par des yeux en émail, fabriqués d'après un portrait parfai-
tement ressemblant et confié obligeamment par M. Elle, pre-
mier officier de chambre du prince.
Micard avait mis la cervelle à part dans un bocal;
ce n'est qu'au moment où il rangeait ses instruments,
et ses flacons qu'il s'aperçut que le bocal n'avait pas
été mis en bière. Sans en rien dire, il l'emporta et
le soir venu, il jetait dans la bouche d'égout, qui exis-
tait entre la rue Richepanse et la rue Duphot, le bocal
et son contenu ^
Dernier détail: il y a quelques années, le Musée de
la Ville de Paris s'enrichissait d'une curieuse relique,
une des chaussures que portait, de son vivant, le
prince de Bénévent. Sorte de brodequin sans talon,
à bout carré, cette chaussure présente une particu-
larité: elle est dotée, du côté droit, d'un contrefort
très épais : c'est une chaussure orthopédique. Et
voilà comment, grâce à un \'ieux soulier, les foules,
qui l'ignoraient peut-être, apprendront que M. de
Talleyrand était pied bot.
Le soulier en question porte, inscrite sur la semelle,
cette date : 1838. Il a été donné au musée Carnavalet
« Interméd. des Cherch. et Curieux, 1887, pp. 353 et 439.
220 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
par un rentier, M. Certain, qui le tenait lui-même du
médecin qui soigna le prince de Talleyrand*. Après
la mort de ce dernier, la famille de Talleyrand de-
manda au médecin qui l'avait soigné quel objet il dé-
sirait en souvenir du prince, et Thomme de science
demanda le brodequin, qui figurera désormais, dans
notre musée parisien, à côté du fauteuil de Voltaire
et de la brouette de Gouthon.
Pour peu que cela continue, Carnavalet finira par
devenir r//z/?rmeWe de VHisloire^.
' Chronique médicale, 15 juin 1900.
» Cf. Chronique médicale, i" octobre 1904, p. 637.
COMMENT NÉLATON CONQUIT LA CELEBRITE.
LA BALLE DE GARIBALDI.
La réputation de Nélaton avait franchi le seuil
de l'école : il faisait partie de l'Académie de médecine
depuis 1856, et la considération dont il jouissait dans
le public ne laissait rien à désirer à un homme déjà
comblé des biens de la fortune ; cependant il n'avait
pas encore atteint un degré de notoriété hors ligne,
lorsque le hasard, dont la main se trouve au fond de
toutes les destinées, vint tout à coup mettre son
nom en relief et lui faire une réputation euro-
péenne ^
L'épisode, bien que connu, a été dénaturé ; nous
allons, en nous appuyant sur des documents irrécu-
sables, rétablir la vérité historique, débarrassée de
la part de légende qui l'obscurcit.
Garibaldi venait d'être blessé au combat d'Aspro-
raonte par la balle d'un tirailleur, d'un bersagliere.
♦ Union médicale, 3 octobre 1874 (Feuilleton du docteur Rochard).
222 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Le coup de feu avait atteint le général au-dessus de
la malléole interne du pied droit, traversant de part
en part le pantalon de drap, le cuir de la botte et la
chaussette de laine. Le projectile était venu de gau-
che et d'en bas. Se sentant blessé, Garibaldi avait
essayé de faire quelques pas, mais la douleur, plus
forte que sa volonté, l'avait immobilisé.
Le premier pansement fut fait, sur le champ de ba-
taille même, par le docteur Albanèse. Le chirurgien
se contenta de faire à la peau une incision de 0 m. 02,
puis de réunir la plaie, sans pousser plus loin son
exploration. Il avait ensuite, à Taide de flocons de
charpie, pansé la plaie produite par le projectile
et par-dessus avait conseillé de pratiquer des fomen-
tations d'eau froide.
Le 4 septembre 1862, à onze heures du matin,
avait lieu une première consultation. La blessure da-
tait, à ce moment, d'un peu moins de six jours. Le
docteur Albanèse, originaire de Sicile, élève de l'école
de Florence, avait, en cette double qualité, les pré-
rogatives du médecin traitant. Il avait assisté, du
reste, Garibaldi depuis Aspromonte, et paraissait
posséder toute la confiance du général. Six médecins
prêtaient leur concours au docteur Albanèse. Trois
étaient spontanément venus; deux avaient été en-
voyés par le gouvernement, et le sixième, le pro-
fesseur Zanetti, avait été réclamé par le blessé lui-
même. Le professeur Porta, de l'Université de Pa-
COMMENT NÉLATON CONQUIT L\ CÉLÉBRITÉ 223
vie, avait demandé à se joindre à ses confrères ^
L'état général du blessé était bon, mais le trans.
port à Varignano avait été très pénible, et une infil-
tration de tous les tissus de la jambe laissait craindre
de graves complications.
La balle était-elle, ou non, enclavée dans l'articu-
lation du pied, cela seul importait pour l'instant.
D'un commun accord et à l'unanimité, les médecins
italiens déclarèrent que la balle n'avait pas pénétré
au sein de la plaie. Quant à la contusion, produite
par une balle morte au-dessus du genou gauche du
général, il n'y avait pas lieu de s'en préoccuper.
Le 2li octobre 1862, c'est-à-dire près de deux mois
après l'accident, le docteur Nélaton recevait dans la
journée une lettre, écrite au nom du général Gari-
baldi et signée par ses quatre médecins ordinaires,
réclamant le concours de ses lumières et sa présence
à la Spezzia. Arrivé à la Spezzia avec les docteurs
Vio et Mœstri, Nélaton fut de suite introduit auprès du
blessé. C'était le mardi 28 octobre, par conséquent cin-
quante-neuf jours après la blessure : Garibaldi était
entouré de ses médecins ordinaires, MM. Albanèse,
Prandina, Bazile, Ripari, qui procédèrent, en pré-
sence du médecin français, au pansement du matin.
' Cf. le rapport de Porta, traduit de la Gazetta med. ilal. lomb., par le
docteur Antonin Martin et publié dans la Gaz. des hôpitaux, 1863, p.
445.
224 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
Voici en quels termes Nélaton rendit compte de
son intervention :
Je dois dire d'abord que, dès que le membre fut décou-
vert, je fus très satisfait de sa bonne installation. 11 était
soutenu dans un de ces appareils à suspension, diversement
modifiés et améliorés depuis quelques années, qui convien-
nent parfaitement pour les fractures compliquées de la
jambe ^
Les diverses pièces de pansement étant enlevées, je pro-
cède à l'examen du membre. L'aspect général en est satis-
faisant, la position est bonne, le pied est à angle droit sur
la jambe et déjà assez fixe pour que le blessé puisse soule-
ver le membre sans éprouver la moindre douleur. La peau a
sa coloration normale, excepté dans le voisinage de la bles-
sure, oîi elle présente une légère teinte rosée. La tuméfac-
tion qui s'était élevée jusqu'au genou, est maintenant bornée
au voisinage de la blessure ; elle s'élève à peine à trois tra-
vers de doigt au dessus de l'articulation tibio-tarsienne,
et descend dans la même étendue au-dessous de cette arti-
culation. Du reste, cette tuméfaction ainsi limitée n'est pas
très considérable : elle ne masque ni les saillies malléo-
laires, ni les reliefs du tendon d'Achille. L'exploration la
plus attentive de tout le pourtour de l'articulation du pied
ne fait reconnaître qu'une tension œdémateuse ; dans aucun
point on ne trouve la fluctuation caractéristique de la pré-
sence d'une collection de liquide. La pression ne déve-
* C'était un Ut mécanique, » envoyé d'Angleterre par la poste, en trois
jours et demi, pour la somme de 340 francs, calculée au prix des lettres» .
Chronique médicale, 1" septembre 1898, p. 557.
COMMENT NELATON CONQUIT LA CÉLÉBRITÉ 225
loppe aucune douleur, si ce n'est dans le voisinage de la
plaie ; encore cette douleur est-elle modérée.
Quant à la plaie, elle est située au niveau du bord anté-
rieur de la malléole interne. Klle est de forme ronde ; elle a
3 centimètres de diamètre. La surface est recouverte par
une couche de bourgeons charnus de bon aspect, et laisse
apercevoir à son centre une petite dépression, par laquelle
s'écoule un pus de bonne nature et en très petite quantité.
En effet, quinze heures s'étaient passées depuis le précédent
pansement et la quantité de ce liquide déposée à la surface
des compresses et de la charpie ne dépassait certainement
pas une cuillerée à café ^
L'examen terminé, le chirurgien rassurait le blessé
en ces termes :
« Général, je suis heureux de vous annoncer que
je ne crois pas Tamputation nécessaire et que la
balle pourra être extraite facilement. »
A quoi le général répliquait avec un calme de
stoïque résignation : « J'aime encore mieux cette so-
lution que l'autre et je vous en remercie beaucoup. »
L'impression de Nélaton était favorable. Il était
d'avis qu'il fallait extraire la balle, mais après avoir
préalablement élargi, à l'aide d'une dilatation gra-
duelle, le trajet de la plaie jusqu'au corps résistant,
par l'introduction répétée de corps dilatants. Quand
le trajet serait assez large, une simple pince suffirait
à amener la balle au dehors.
* Gazette des hôpitaux, 1865, p. 163.
iv-15
226 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
La plaie était située exactement au niveau du bord
antérieur de la malléole interne, dans la dépression
placée au-devant de la poulie de l'astragale, sur le
col de cet os. Sa surface était recouverte d'une cou-
che de bourgeons charnus, de bon aspect, et laissait
apercevoir à son centre une petite dépression, par
laquelle s'écoulait en petite quantité un pus de louable
consistance. Il était évident que l'articulation avait
été ouverte, qu'elle s'était enflammée, et que la balle
était non pas dans l'articulation, mais dans son voi-
sinage.
Comment Nélaton parvint-il à en affirmer l'exis-
tence, c'est ce que le célèbre praticien a eu soin de
préciser, dans le remarquable rapport publié à cette
occasion.
Je dus. dit-il, explorer la plaie par l'introduction d'un sty-
let ^ Celui-ci pénétra très facilement, sans provoquer la
moindre douleur.
Le dirigeant transversalement à 2 centimètres et demi, je
fus arrêté par un corps dur, résistant, rendant à la percus-
sion un bruit souid, bien différent de ce bruit sec qui ré-
sulte du contact avec le tissu compact et nécrosé et ne don-
nant pas non plus lidée d'un frottement sur la surface ru-
gueuse d'un tissu spongieux.
^ Ce stylet, à olive de porcelaine non vernie, de l'invention de Nélaton,
servit à dissiper le dernier doute des chirurgiens italiens, en ramenant
une trace noirâtre, qui fut chimiquement reconnue pour du plomb.
COMMENT NÉLATON CONQUIT L\ CÉLÉBRITÉ 227
En inclinant légèrement l'instrument, Nélaton pas-
sait au-dessus du premier obstacle, pénétrait à une
profondeur de 5 à 6 centimètres et était arrêté en ce
point par une résistance osseuse, à peu de distance
de la malléole externe. Le corps rencontré par le stylet
à 2 centimètres et demi de l'orifice d'entrée n'était
autre que le projectile.
Les circonstances de la blessure confirmaient au
reste cette hypothèse. La direction du coup de feu, la
perforation de la botte et du bas, dans lesquels la
balle n'avait pas été retrouvée, l'issue de fragments
de cuir extraits à diverses reprises de la profondeur
de la plaie, le gonflement observé immédiatement
après la blessure, dans un point presque diamétrale-
ment opposé à l'orifice d'entrée, enfin la forme cylin-
dro-conique de la balle, tout concourait à justifier les
prévisions du chirurgien.
Devait-on extraire la balle, ou la laisser séjourner
dans l'articulation ? Nous avons vu la détermination
à laquelle s'était arrêté Nélaton. Grâce à de petits
cylindres de racine de gentiane de volume croissant,
et plus tard d'un fragment d'épongé préparée, on de-
vait obtenir l'agrandissement de la plaie, et dès lors
l'extraction deviendrait aisée.
Après avoir rédigé sa consultation, Nélaton con-
fiait son illustre malade à ses médecins traitants et
retournait en France. Il lui était impossible de pro-
longer son séjour à la Spezzia jusqu'à la date fixée
228 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
pour une consultation où devaient se réunir dix-sept
médecins, parmi lesquels on comptait les noms les
plus réputés du corps médical d'au delà les Alpes.
Comme pronostic, Nélaton affirmait la guérison du
général, mais estimait qu'il persisterait longtemps
une demi-ankylose de l'articulation du pied.
On a pu être frappé, en lisant cette relation rétros-
pective d'un événement qui eut, en son temps, un
énorme retentissement, de ce fait, que les chirurgiens
qui soignaient Garibaldi se souciaient avant tout de
formuler un diagnostic, bien plutôt que d'établir un
traitement. C'est qu'à l'époque, les pansements anti-
septiques n'étaient pas encore rentrés dans la prati-
que chirurgicale courante. Les médecins qui entou-
raient le général se contentaient d'user de charpie,
enduite ou non de cérat. Seul, un homme, un savant
non officiel, il est vrai, Raspail, avait entrevu le bé-
néfice qu'on pouvait tirer de l'antisepsie.
Le nouveau système de pansement (au camphre) aurait ci-
catrisé cette plaie en un mois, écrivait-il en 1866.
Du fond de notre retraite, et sans rien ébruiter de notre sol-
licitude justement alarmée, nous lui avions adressé dans le
temps une lettre sous le couvert de son fils. La lettre a sans
doute été interceptée, et la médecine italienne et les tortures
du héros ont continué leur cours pendant deux ans d'inutiles
soins.
COMMENT NÉLATON CONQUIT LA CÉLÉBRITÉ 229
Garibaldi eut, pendant de longs mois encore, une
impotence fonctionnelle du membre atteint, mais,
grâce à l'intervention si heureuse de Nélaton, il put
le conserver.
Une semaine environ après le départ du chirurgien
français, le 31 octobre, avait lieu une nouvelle consul-
tation, provoquée par les docteurs Partridge et Pi-
rogofF, consultation à laquelle assistaient les doc-
teurs Palasciano et Odini*. Tous conseillèrent l'ex-
pectation, sauf dans le cas où la quantité et la
qualité du pus, aussi bien que le détachement des
esquilles ou la formation des abcès, imposeraient la
nécessité d'extraire le projectile. Les chirurgiens
étrangers n'étaient d'avis ni de pratiquer l'extraction,
ni la dilatation progressive proposée par iNélaton.
Celui-ci, de retour à Paris, avait fait construire un
stylet à olive de porcelaine non vernie, qui pouvait
servir à enlever, par un frottement même très léger,
la moindre parcelle du métal. Il l'avait envoyé au
professeur Zanetti, qui, un mois après le départ du
chirurgien français, pratiquait, selon ses indications,
l'extraction de la balle. Un télégramme du préfet
de Pise annonçait à Nélaton que ses prévisions
s'étaient réalisées *.
• Cf. Oazette médicale de Paris, 1862, p. 691 ; Revue de thérapeutique
médico-chirurgicale, 1862, t. X, p. 592.
• II en fut informé par une dépêche télégraphique ainsi conçue :
« Balle extraite de la blessure de Garibaldi, d'après l'assurance de
230 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Dès ce jour, Nélaton devenait le chirurgien le plus
répandu et le plus populaire du monde entier ^
votre diagnostic, garanti par le résultat de votre stylet. Honneur à vous.
« Le préfet de Pise, Torelli. »
Nélaton reçut quelques jours après une lettre de remerciements du
général lui-même. (V. Gazette des hôpitavix, 1862, p. 584.)
1 Le docteur Bérillon possède, dans son musée psychologique, une mé-
daille commémorative de l'opération faite à Garibaldi ; nous en avons
reproduit le fac-similé dans la Chronique médicale (1" juillet 1900, p. 401).
LES ORIGINES MEDICALES DU MARECHAL DE MAC-MAHON
I
Sait-on que le maréchal'de Mac-Mahon compte dans
son ascendance toute une lignée de médecins ? *
Avec la famille Brien, la famille Mac-Mahon était
une des plus considérables et des plus considérées
* Les seules mentions, relatives à notre sujet, que nous ayons rencon-
trées au cours de nos recherches, sont les suivantes ; la première se
trouve dans le Moniteur du 12 août 1877 :
« Plusieurs journaux ont, ces temps derniers, prétendu que le maré-
chal de Mac-Mahon descendait du médecin Patrick Mac-Mahon, qui vécut
quelque temps en France. Le Times observe à ce sujet que ce n'est pas
la première fois que ce fait erroné est avancé dans la presse, mais que
le maréchal ne s'est jamais occupé de le relever. Il est parfaitement
établi, dit le journal anglais, que le maréchal de Mac-Mahon est de la
famille des Mac-Mahon du sud de l'Irlande et qu'il descend en ligne
directe de Brien qui régna sur toute l'île d Irlande. » Ce h quoi le XIX*
Siècle, du 13 août 1877, répliquait :
« Nous affirmons, sans craindre les démentis ni les procès, que M. le
maréchal de Mac-Mahon, le président de la République, est petit-fils de
Jean-Baptiste Mac-Mahon, docteur en médecine de l'Université de
Reims, établi à Autun en 1741 et enrichi par son mariage. » On n'avait
pas poussé plus loin les révélations.
232 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
de rirlande^ Jean Mac-Mahon, le cadet de la fa-
mille, était né en Irlande, dans le comté de Lime-
rick, en 1710. D'après Ghereau^, que nous aurons
souvent occasion de rectifier, il était le second fils de
Térence Mac-Mahon ^ et d'une demoiselle Springham
Glarke.
Il arriva à Paris vers 1735 ou 1736. Destiné d'abord
à l'état ecclésiastique, il entra quelque temps dans la
' Dans un mémoire sur la noblesse de J.-B. Mac-Mahon, nous avons
relevé la filiation suivante : Le septième aïeul s'appelait Térence Mac-
Mahon et était prince de Cloindirala. Le sixième fils puîné du précédent
se nommait Donat Mac-Mahon et était marié à une O'Brien. Le fils de
Donat (cinquième aïeul) était un Térence Mac-Mahon; il eut un fils,
Bernard (quatrième aïeul), marié également à une O'Brien. Le trisaïeul
de J.-B. Mac-Mahon, Moriart Mac-Mahon, fut dépossédé de tous ses biens,
pour avoir témoigné de son attachement au roi d'Angleterre, Char-
les IL Son fils Maurice épousa une Titz-Gérald ; son petit-fils, Moriart,
donna le jour à Patrice Mac-Mahon, père de l'un des deux médecins
dont nous écrivons la biographie.
* Journal des connaissances médicales pratiques et de pharmacologie,
15 juillet 1875. Chereau a puisé la plupart de ses Tenseignements à une
source qu'il n'a point citée, le Journal de médecine militaire, t. VI, cahier
d'octobre 1787.
3 D'après une notice nécrologique, insérée dans le Journal de Paris, du
17 janvier 1787, Jean Mac-Mahon serait né en 1719 (et non 1710), dans le
comté de Clarke (et non de Limerickl, en Irlande. Le docteur Guyton,
dans une étude sur les Médecins à Aulun, parue dans les Mémoires de
la Société Eduenne (nouvelle série, t. II, p. 144), l'appelle Jean-Baptiste
Mac-Mahon de Leadmore (?), et affirme qu'il n'était qu'un parent éloigné
de Jean-Baptiste Mac-Mahon, dont nous contons plus loin l'existence
accidentée. Selon le même auteur, ce Jean-Baptiste Mac-Mahon de Lead-
more serait bien né dans le comté de Clare ou de Clarke, mais en 1718.
Il aurait été baptisé le 8 décembre de cette même année.
ORIGINES MÉDICALES DU MARÉCHAL DE MAC-MAIION 233
communauté des clercs irlandais. 11 y aurait fait, à en
croire son biographe, de bonnes humanités, bien que
son goût le portât plutôt vers les mathématiques et
la physique. La théologie l'avait tenté sans le rete-
nir. Il s'était tourné vers la médecine et avait pris
son brevet de docteur à Reims .
De là il revint à Paris et obtint une place de mé-
decin dans l'armée : on l'envoya à l'hôpital militaire
de Neuf-Brisach, puis à celui de Colmar. Le 3 sep-
tembre 1750, il présentait, aux écoles de la rue de
la Bûcherie, une thèse portant ce titre : An cu-
ianeorum affecluum communis sit causa ? Thera-
pia ? Après la soutenance de la thèse, il fut déclaré
dignus intrare.
On perd quelque temps sa trace ; on le retrouve,
plusieurs années après, à Berlin, où il occupe un poste
de confiance auprès de lord Tirconel, ambassadeur
d'Angleterre en Prusse. A cette époque, il parait
s'être lié avec Voltaire et Frédéric. Nous n'avons
trouvé qu'une trace fugitive de ses relations avec
l'auteur de Candide. Dans une lettre que le prince
des railleurs adresse à Colini, de Plombières, le
12 juillet 175/i, nous relevons cette simple phrase, se
rapportant à notre personnage: « M. Mac-Mahon,
médecin de Colmar, m'a apporté voire pa-
quet »
De retour en France, le docteur Mac-Mahon est
nommé médecin de l'Ecole militaire. Cette école, fon-
234 LE CABINET SECRET DE L'hISTOIRE
dée en 1751, était destinée à recevoir des élèves de
huit à treize ans, des orphelins d'officiers morts des
suites de la guerre ou décédés au service, de mort na-
turelle, ou bien retirés avec pension, pourvu qu'ils
eussent quatre générations mâles de noblesse. Le
docteur Mac-Mahon resta médecin de FEcole pendant
seize ans, sans interruption ^ Une seule fois il offrit
sa démission, mais, par ordre du ministre, il dut réin-
tégrer ses fonctions ^.
Entre temps, le docteur Jean Mac-Mahon s'était
marié avec une Américaine, nommée Springham
Clarke, laquelle mourut encouches. L'enfant né de cette
union entra, en 1785, dans la compagnie des cadets
gentilshommes, pensionnaires à TEcole royale mili-
taire. Il devint plus tard docteur et bibliothécaire de
la Faculté de Médecine de Paris ; il portait le prénom
de Patrice. Sa thèse, qui n'offre du reste aucun inté-
rêt, était une Dissertation sur la fièvre ataxique
contagieuse.
Patrice Mac-Mahon mourut, en 1833, à Paris ^.
* Le prédécesseur de Mac-Mahon à l'Ecole militaire avait été le doc-
teur Murry, docteur-régent de la Faculté de médecine de Paris. Murry,
qui avait pris Mac-Mahon en affection, avait démissionné de ses fonc-
tions en faveur de son protégé et obtenu pour lui la surveillance de sa
charge.
* Le comte de Vaublanc, ministre de l'Intérieur sous Louis XVIIl,
raconte, dans ses Souoenzrs, qu'étant élève à l'Ecole militaire, il avait
connu le docteur J. Mac-Mahon, et il prétend que celui-ci avait songé à
démissionner, parce que les élèves avaient une nourriture détestable.
^ Mme veuve Le Délion, propriétaire à Lannion (Côtes-du-Nord), nous
ORIGINES MÉDICALES DU MARÉCHAL DE MAC-MAHON 235
II
Le docteur Jean Mac-Mahon fut un praticien de
a fait connaître l'entrefilet suivant, relevé dans le Gaulois du 29 juillet
1875. Il y est question de Patrice Mac-Mahon.
« Le conservateur du cimetière Montparnasse, M. Mornigue, qui est du
reste un protégé de M. Jules Ferry, vient de commettre un petit abus de
pouvoir à la suite duquel il pourrait bien lui arriver des désagréments. Il
y avait dans l'ancien cimetière une tombe complètement recouverte de
terre et aux coins de laquelle s'élevaient quatre grands cyprès. Un beau
jour, M. Mornigue, à qui ces arbres déplaisaient sans doute, les fît couper
de sa propre autorité. A la suite de cette opération, la tombe fut déblayée
et on mit à nu la pierre, sur laquelle se trouvait cette inscription que
nous avons copiée textuellement :
Sépulture. — Concession à perpétuité au cimetière du Sud.
2« division, 1" section.
ici repose
Mac-Mahon (Patrice)
Docteur-médecin et bibliothécaire de la Faculté de médecine de Paris.
Né à Monaghan, en Irlande, le 25 septembre 1772, décédé le 23 décem-
bre 1S33.
La belle vie de cet ami sincèrement dévoué fut consacrée à l'étude, à la
piété et à la bienfaisance.
Et jusqu'à son dernier soupir il fit des vœux pour l'indépendance et la
prospérité de l'Irlande.
De profundis !
« Nous ignorons si ce Patrice Mac-Mahon est de la même famille que
le maréchal, duc de Magenta. Ce qu'il y a de certain, c'est que la simili-
tude des noms a éveillé l'attention des ouvriers du cimetière et les a ame-
nés à raconter la mesure peu conservatrice, prise par M. Mornigue, au
sujet de la tombe du médecin irlandais. »
236 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
quelque mérite *. Lors de la discussion sur l'oppor-
tunité de l'inoculation variolique, les professeurs
même de la Faculté n'avaient pas dédaigné ses sages
avis.
C'était un esprit fort de son temps ; son nom figure
dans le Dictionnaire des Athées^. Dans la société
des Encyclopédistes il dut connaître Franklin, qui se
l'attacha comme médecin et qui, en signe de grati-
* Voici ce que nous lisons à son sujet dans la Chronique secrète de
Paris sous Louis XVI, à la date du mercredi 29 juin :
« Le médecin de l'Ecole militaire, nommé Mac-Mahon, s'est gendarmé
contre le médecin Richard et le chirurgien Jauberthou, qui se sont fait
nommer inoculateurs du roi et des princes, comme ayant été chargés,
sous le Choiseul, de l'inoculation des élèves de l'École militaire. Le fait
est que Gatti fit cette inoculation sous le Choiseul, mais qu'il en laissa
tous les honneurs au médecin Mac-Mahon ; car le drôle n'en voulait qu'à
l'argent dont il est allé jouir dans son pays quand M. de Choiseul a été
relégué à Chanteloup, bien différent de l'abbé Barthélémy, son autre
confident, qui lui tient encore plus fidèle compagnie qu'auparavant.
« Gatti, donc, laissa toute la morgue au médecin Mac-Mahon, qui a
tenu registre de toutes ses opérations. 11 est prouvé par ce registre que
Richard est venu quelquefois, comme dix ou douze médecins de Paris
savoir des nouvelles de cette inoculation et qu'il a signé le registre de
Mac-Mahon, comme tous autres, mais moins souvent qu'aucun d'eux.
« Quant à Jauberthou, il a inoculé deux élèves avec la permission du
chirurgien de l'Ecole.
« Mme Louise, qui va toujours se mêlant, a déterré ce M ac-Mahon
et l'a fait venir conter l'histoire, après laquelle elle s'est écriée , • Adé-
laïde a donc été trompée. » Grande merveille qu'on trompe les vieilles
tantes reléguées par leur petite vérole au château de Choisy, ou par les
intrigues dans un couvent de Carmélites ! »
- Second supplément du Dictionnaire des Athées, de Sylvain Maréchal,
revu par Lalande.
ORIGINES MÉDICALES DU MARÉCHAL DE MAC-MAHON 287
tude, lui fit don d'une tabatière d'or, enrichie de son
portrait. Le 7 septembre 1786, Jean Mac-Mahon
s'éteignait* dans l'hôtel de l'Ecole militaire, rue de
Grenelle-Saint-Germain, vis-à-vis la fontaine allégo-
rique représentant la Seine et la Marne, œuvre du
sculpteur Bouchardon. Il succomba sans bruit, comme
il avait vécu ^.
Par contre, son frère aîné^, Jean-Baptiste Mac-
Mahon, le grand-père du maréchal, fit quelque ta-
page dans le monde.
Né à Limerick^, le 23 juin 1715, de Patrice Mac-
Mahon et de Marguerite O'Sullivan, il avait été,
jusqu'à l'âge de seize ans, élevé en Irlande, au sein
de sa famille. Ses parents l'envoyèrent à Paris com-
pléter son instruction, au collège de La Marche. Ils lui
* Il souffrit d'une maladie d'entrailles pendant deux ans. Il s'alita le
21 août et mourut le 7 septembre suivant.
* Il avait souhaité que sa place fût donnée, après sa mort, à un méde-
cin qu'il avait pris soin de désigner. Mais le roi avait, dès le mois
d'avril 1784, donné sa parole à M. Kenens, médecin de l'hôpital militaire
de Nancy et du feu roi de Pologne (Journal de Paris et Journal de
médecine militaire, loc. cit.).
3 Le véritable fière de Jean-Baptiste Mac-Mahon, dont il va être ques-
tion, s'appelait Maurice Mac-Mahon. Il devint chevalier non profès de
l'ordre de Malte, capitaine au régiment de Fitz-James-cavalerie, seigneur
de Magnien, le Puisetet Lauronne (V. La Noblesse aux Elats de Bour-
gogne, par II. Beau.ne etd'ÀRBAUMONT, DijoD, 1864, article Mac-Mahon,
et Revue nobiliaire, 1867, p. 17-18). Il fut reçu aux Elats de Bourgogne
de 1760.
■• 11 fut baptisé, le 23 juin 1715, en l'église Saint-Jean-BaplistedeLimerick
{Archives du château de Sully : extrait de baptême, daté du 28 mars 1748).
238 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
servaient une pension annuelle de 800 livres, qui
lui était payée par des banquiers de la capitale. Il
avait embrassé la carrière médicale, se proposant
d'aller exercer sa profession dans sa patrie d'origine S
où la médecine était particulièrement honorée. Il
citait avec orgueil le duc de Richemond, à qui le
collège des médecins de Londres avait accordé,
honoris causa, le diplôme de docteur ; le duc de
Montaigu, le duc de Somerset, qui était chancelier
de l'Université de Cambridge, dont le duc de Man-
chester était le Grand-Maître. D'aussi glorieux
exemples étaient bien faits pour vaincre ses hésita-
tions ; le !i août 1739 ou 17/i0, il recevait le bonnet
carré à l'Ecole de Reims.
Une maladie de langueur, dont il fut atteint peu de
temps après, l'obligea à prendre du repos. Il accepta
l'hospitalité d'un brave curé de campagne, Irlandais
de naissance, et qui avait été son régent au collège
de La Marche.
Au mois de juillet 17/i2^, il se faisait agréger au
collège des médecins d'Autun. Comme il ne dispo-
sait que de faibles ressources, il prit pension chez le
' Son mauvais état de santé ne lui permit pas de réaliser son projet,
D'ailleurs, il n'aurait pu exercer à Londres, n'ayant pris aucun de ses
degrés dans une Université de la Grande-Bretagne.
-Le 26 juillet 1742, il fut, sur la présentation d'Antoine Guyton, mé-
decin du roi, reçu au nombre des médecins de la ville. {Registre des
délibérations de la ville d'Autun, vol. LXIL)
ORIGINES MÉDICALES DU MARÉCHAL DE MAC-MAHON 289
fils d'un savetier, ecclésiastique d'Autun, chapelain
à la cathédrale. Sa position était si précaire qu'il
songea un moment à acheter une boutique d'apothi-
caire à Mont-Cenis, petit village de Bourgogne. Il y
renonça faute des 200 livres nécessaires pour l'acqui-
sition du fonds. A peine avait-il pupayer les 60 livres
exigées « pour le droit de confrairie, tant des méde-
cins que des chirurgiens et des apothicaires ».
A cette époque, il ne fait encore suivre son nom
d'aucun titre ni particule, et il est présenté à l'hôtel
de ville d'Autun sous le nom de Jean-Baptiste
Mac-Mahon, tout court.
Après avoir végété quelque temps*, on le voit sortir
tout à coup de l'obscurité. Quelques cures inespérées,
peut-être le défaut de concurrents sérieux^ avec cela
des qualités physiques très appréciées, surtout par sa
clientèle féminine, venaient de mettre en relief le
jeune docteur. La haute société'^, qui lui avait boudé
^ En mai 1743, l'autorité municipale l'avait nommé médecin de l'hôpital
Saint-Gabriel, mais il ne remplit ses fonctions que pendant très peu de
temps {Registre des délibérations, vol. LXIII).
- Il entretenait surtout d'excellentes relations avec le clergé de la
ville, ainsi qu'en témoigne le certificat élogieux qui lui fut remis par le
chapitre de la cathédrale d'Autun. (Cf. Histoire de l'i'glise, ville et diocèse
d'Autun, sous le gouvernement de ses évêques, ouvrage manuscrit en
deux volumes, par Degoux, chanoine de la cathédrale d'Autun. Ce manus-
crit, qui se trouvait, en 1873, en la possession de M. le marquis de
Ganay, a été mis à profit par le docteur L. M. Guyton, pour son étude
sur les Médecins et la Médecine à Autun, parue dans les Mémoires de la
Société Eduenne, nouvelle série, t. II, 1873, p. 107-108.)
24o LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
jusque-là, lui ouvre ses portes. Grâce à ses relations,
il est nommé médecin de l'abbaye de Saint-Andoche
d'Autun, dont la dame de Tavannes était abbesse.
C'était un premier pas dans la voie du succès, mais son
ambition visait plus haut.
III
Dans Autun, vivaient à l'époque trois frères, trois
vieillards, possesseurs de biens immenses ; on les
désignait dans le pays sous le nom des Riches de
Bourgogne. Outre des rentes considérables, les trois
frères Morey possédaient un magnifique hôtel situé
dans la ville et qu'on appelait la Maison de Bretagne ;
le château de Sully, ancienne demeure des Tavannes;
le marquisat de Vianges; des terres en Nivernais ;
sans compter un mobilier luxueux, une argenterie
soignée, tout le confortable, en un mot, d'une maison
de grand train au siècle dernier. Le docteur Jean-
Baptiste Mac-Mahon n'ignorait aucun de ces détails
et ne nourrissait qu'un secret désir : être appelé au-
près des frères de Morey.
Des trois frères, l'aîné, Jean-Baptiste-Lazare de
Morey, gouverneur du Vézelai, âgé de plus de soixante-
quinze ans, était marié à une jeune femme, qui
ne conservait plus guère l'espoir de voir son union
féconde.
ORIGINES MÉDICALES DU MARÉCHAL DE MAC-MAHON 24 1
Le frère puîné, Claude de Morey, marquis de
Vianges, était veuf et sans autre enfant qu'une fille,
religieuse à Avallon.
Le troisième frère, Jacques, était doyen de la ca-
thédrale d'Autun et, par suite, condamné à un célibat
forcé.
Un quatrième frère était mort quelques années au-
paravant, pourvu de l'abbaye de Bussière, une des
plus importantes de la province.
Le gouverneur du Vézelai étant tombé malade
en 17/i6, on fit appeler le docteur Mac-Mahon. Ses
manières séduisantes, sa belle prestance, captivèrent
les bonnes grâces du vieillard : en peu de temps, le
médecin devint l'hôte assidu de la maison et soigna
successivement les trois frères. A dater de ce jour,
les meilleures familles d'Autun et des environs se le
disputèrent à Tenvi, et sa réputation ne fit que
grandir.
Le gouverneur du Vézelai, Lazare de Morey,
Tainé de la famille, meurt sur ces entrefaites. Huit
jours à peine après la mort du gouverneur, la jeune
veuve se rend chez le notaire, pour faire verser entre
ses mains une somme de 90.000 livres et pour obte-
nir de ses beaux-frères le consentement à une nou-
velle union. Une clause de son contrat de mariage
portait qu'au cas où elle se remarierait, le rachat de
son douaire ne dépasserait pas 30.000 livres. Les
deux beaux-frères consentaient à lui en verser 50.000,
iv-16
2^2 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
tout en lui laissant la liberté de convoler en secondes
noces à son choix.
Deux mois ne s'étaient pas écoulés depuis la mort
du vieux gouverneur, que le docteur Mac-Mahon
était logé dans la maison des beaux-frères, admis à
leur table, s'efforçant de son mieux, dit la chro-
nique, de consoler la veuve éplorée. Une grossesse
opportune hâta une solution qu'il poursuivait de ses
vœux. Le 9 avril 1750, le docteur Jean-Baptiste Mac-
Mahon épousait Charlotte Le Belin d'Eguilly, veuve
de Lazare de Morey, gouverneur du Vézolai. Le con-
trat fut passé par-devant un notaire de campagne, et
l'union célébrée sans apparat dans la paroisse de
Sully. Les deux beaux-frères ne signèrent ni au con-
trat, ni à l'acte de célébration. Sur la pièce figuraient
seules, avec la signature des conjoints, celles d'un
praticien (s/c) et d'un laboureur de village. Le nom
de J.-B. Mac-Mahon n'était pas accompagné de sa
qualité de médecin, mais du titre de chevalier. Les
époux se mariaient sous le régime de la communauté,
« en tous biens, meubles et acquêts ». Le mari se
constituait en dot une somme de 50.000 livres; la
dame en apportait 210.000, « toutes dettes déduites ».
Le sieur Mac-Mahon se rendait lui-même donataire,
par moitié ou éventuellement, pour le total de tout ce
qui pouvait être donné ou légué par la suite à sa
femme. Ces détails ne sont pas inutiles pour l'intelli-
gence de ce qui va suivre.
ORIGINES MÉDICALES DU MARÉCHAL DE MAC-MAHON 24-3
Par son mariage, le docteur Mac-Mahon était entré
dans la plus riche famille du pays et des alentours.
On va voir par quelles manœuvres il réussit à drai-
ner à son profit la plus grosse fortune mobilière et
immobilière de la Bourgogne. Les faits que nous
mettons au jour sont indéniables; ils ont donné lieu
à un des procès les plus retentissants de Tavant-
dernier siècle, procès qui n'a pas occupé moins de
quatorze audiences, et dont la solution nous intéresse
surtout, parce que le principal « mis en cause » est un
médecin, et que l'incapacité légale du médecin, en
matière successorale, a donné lieu, en l'espèce, à un
débat des plus complets K
* Le mémoire où nous avons puisé nos renseignements porte ce titre
qui a son parfum d'archaïsme : « Mémoire pour dame Reine Cortelet,
veuve de messire Hugues de Maizières, clievalier seigneur de Vaivres
et Vanteaux, et dame Anne Cortelet, veuve de Messire Charles Richard ,
conseiller au Parlement de Bourgogne, nièces et héritières de feu mes -
sire Claude de Morey, marquis de Vianges, franc seigneur de Chaunay ,
Perigny-la-Bondue, Cuzy, Viévy, Ledessend, Thoreilles, Morey, Auxe-
raines, etc.
t. Contre le sieur J. -Baptiste Mac-Mahon, Irlandais, docteur en méde-
cine de l'Université de Reims, et médecin agrégé au collège des médecins
de la ville d'Autun, se disant chevalier, comte et marquis d'Eguilly, mar-
quis de Mac-Mahon, seigneur du marquisat de Vianges, baron de Vou-
venay, seigneur de Sully, Sivry, Blangey, Chanvirey, Reuhon, Chape,
Sanceray en partie, Barnay, Igornay, Mansigny, Champeculion, Petit-
Molais, Repas-des-Bas, Canadia, Dudeffend, Thoreilles, Morey, Auxe-
raines, Lacave, Latour d'Uchey, Poney en Bourgogne, et encore seigneur
des terres de Luzy.Lavaux, Montigny, Champoux en Nivernais, et encore
prétendant en vertu du testament du feu sieur marquis de Vianges, les
244 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Les termes de l'accusation sont des plus formels :
ils sont ainsi précisés dans le mémoire publié parles
demanderesses, les dames de Maizières et Richard,
nièces et héritières naturelles des frères de Morey ;
nous n'en reproduisons que le passage le plus sail-
lant :
Un marquisat considérable, sept paroisses, plus de vingt-
cinq terres et seigneuries, 3.000 arpents de bois, un superbe
château, un mobilier immense, en un mot la plus grande
fortune de la province de Bourgogne, sont devenus la proie
d'un de ces hommes isolés dans leur propre nation, incon-
nus dans une autre, expatriés par l'indigence, portant avec
eux les ressources de leur obscurité première, le senti-
ment de leurs besoins pressants et l'ardent désir de les
vaincre. Deux vieillards nonagénaires, d'autant plus atta-
chés à la vie qu'ils avaient moins à en jouir, ont courbé leur
tête sous le joug d'un étranger avide, qui leur paraissait
seul tenir le fil de leurs jours entre ses mains; ils l'ont vu,
terres et seigneuries de Charnay, Labondue, Saint-Agnan, Perigny-la-
Ville, Perigny-Latour, la terre de Monlgéliard, le domaine du Monthelye
et autres terres, cens, maisons, vignes et héritages de la succession du
marquis de Vianges et l'universalité de la dite succession.
« Et contre dame Charlotte Le Belin, épouse dudit sieur Mac-Mahon,
et veuve en premières noces de feu messire Jean-Baptiste Lazare de
Morey, gouverneur des ville et château de Vézelai. »
Ce mémoire ne compte pas moins de cent dix-neuf pages in-4'. Sa publi-
cation futsuiviede celle dedeuxpréciset mémoires pour les sieurel dame
Mac-Mahon, comprenant l'un vingt-six et l'autre soixante-sept pages.
Grâce à ces documents, nous avons eu sous les yeux tous les éléments
d'une cause attachante à bien des titres.
ORIGINES MÉDICALES DU MARÉCHAL DE MAC-MAHON 245
sans oser s'en plaindre, souiller les cendres de leur frère par
un commerce criminel avec sa veuve; ils ont soulïert qu'il
entraînât cette femme abusée à un mariage devenu néces-
saire ; ils lui ont sacrifié les droits du sang et les justes
espérances de deux nièces qu'ils ont bannies de leur cœur.
Ils lui ont abandonné leurs biens, leurs personnes, leurs
volontés, leur être tout entier ; et l'héritage d'une famille
distinguée, objet de plus de deux millions, est devenu sa
dépouille.
Comment s'était opérée cette captation ? C'est ce
que la suite du mémoire nous révèle sans détours.
En 17/i9, l'année qui précéda le mariage, le sieur
Mac-Mahon avait obtenu ses lettres de « naturalité ».
L'année suivante, le 3 janvier 1750, ses titres de
noblesse^ étaient vérifiés et reconnus par un arrêt du
* Jean-Baptiste Mac-Mahon obtint, en 1750, un arrêt du Conseil qui le
maintenait dans sa noblesse d'extraction, au vu d'une carte généalogique
délivrée à son oncle, Maurice Mac-Mahon, chevalier de l'ordre du
Christ, major de cavalerie de la garde du roi du Portugal, par Jean
Hafkins. roi d'armes à Dublin. Cette carte constatait que le septième
aïeul de Maurice, Térence Mac-Mahon, prince de Gloindirala, avait été
inhumé au monastère d'Hashelin, où l'on voyait encore son superbe tom-
beau; que Bernard, son sixième aïeul, avait eu ses biens confisqués
sous Elisabeth et que ses ancêtres avaient pris leurs alliance ^ dans les
meilleures familles d'Irlande. Il résulte, en outre, du même arrêt de 1750,
que le nom de Mac-Mahon, dans des branches différentes, était connu
en France depuis les malheurs de Jacques II, et n'avait plus dès lors
cessé de figurer dans nos armées. (La Noblesse aux Etats de Bourgogne,
loc. cit.).
Les armes des Mac-Mahon sont, d'après la Revue nobiliaire (1867) :
D'argent à trois lions léopardés de gueules, armés et lampassés d'azur.
2/J6 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Conseil, et des lettres-patentes royales étaient enre-
gistrées selon l'usage*.
Au titre de docteur étaient désormais substitués les
qualificatifs plus sonores de chevalier, baron, comte
et marquis. En fait, il avait cessé l'exercice de la
profession dès 17A8, bien qu'il eût, cette année même,
délivré un certificat de maladie au marquis de
Vianges, pour le dispenser d'un voyage d'affaires. Ce
point est important, tout le procès roulant sur l'inca-
pacité légale du médecin à hériter d'un de ses clients.
La difficulté avait été très habilement tournée par
l'heureux époux de la veuve du gouverneur de Morey.
Tous les biens qui devaient successivement lui échoir
provenaient de donations ou de legs faits à sa femme,
et, comme le contrat de mariage stipulait que le doc-
teur était bénéficiaire par moitié de toutes les sommes
et biens éventuels, il participait de ce fait aux libé-
ralités dont son épouse était gratifiée. Sans doute, à
la date du mariage, le docteur Mac-Mahon a cessé
d'être le médecin de la famille de Morey ; il fera
valoir qu'il n'a plus signé, depuis ce jour, une seule
la tête contournée, posés l'un sur l'autre. On les blasonne quelquefois
armés, langues et vilenés d'azur.
* Il était maintenu en sa noblesse par lettres patentes datées de Ver-
sailles, le 23 juillet 1750, et enregistrées à la Chambre des Comptes de
Bourgogne et Bresse, le 10 juillet 1753. (D'après une lettre inédite com-
muniquée par Mme Veuve Le Délion, de Lannion, à qui nous devons
nombre de documents intéressants, qui nous ont permis d'établir exac-
tement la généalogie des Mac-Mabon.)
ORIGINES MÉDICALES DU MARÉCHAL DE MAC-MAHON 2^7
ordonnance ; que le soin de la santé de ses nouveaux
parents a été confié à un de ses confrères, Guyton,
médecin à Autun.
Au surplus, de 1748 à 1761, époque de la mort du
marquis de Vianges, celui-ci n'a eu que trois indispo-
sitions légères, pour lesquelles il lui a été prescrit
« trois médecines de manne et teinture de rhubarbe. »
On ne saurait donc lui imputer à crime d'avoir pesé
de son influence sur les décisions des vieillards. C'est,
à entendre l'intéressé, en connaissance de cause et
pour obliger leur aimable cousine, la femme du doc-
teur Jean-Baptiste Mac-Mahon, que ceux-ci se sont
bénévolement dépouillés.
Alors interviennent toute une série d'actes, où l'on
retrouve la main de l'adroit confrère : en 1752, c'est
l'acquisition de la baronnie de Vouvenay, pour la
somme de 1 55.000 livres, sur laquelle il doit être versé
50.000 livres à trois créanciers, 72.000 livres de
contrats de rente sur la Bourgogne et le reste payable
en argent.
Le 25 septembre de la même année, Mac-Mahon
se fait vendre, par le marquis de Vianges, une mai-
son située à Autun, faubourg du Talus, moyennant
100.000 livres.
En 175Zi, le 9 novembre, donation à la dame Mac-
Mahon du marquisat de Vianges et des terres de
Darnay, Sully, etc., donation estimée au moins
1.250.000 livres.
2^8 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
En 1755, Mac-Mahon achète la terre de Sivry, pour
61.800 livres, avec les fonds des deux vieillards vrai-
semblablement, puisqu'il n'avait pas de fortune per-
sonnelle ; puis, les seigneuries de Lalley et de Blangey,
moyennant 82.000 livres.
Le 7 mars 1755, il dicte un testament à l'abbé de
Morey^; mais, comme on lui fait observer que les
vieillards possèdent 3.000 livres de rentes en Niver-
nais, qui ne sont disponibles par testament que « pour
un quint ^ », par acte notarié, le 19 juin 1757, il se
fait octroyer les terres et seigneuries de Cuzy, Lavaux,
Montigny et Champoux, y compris le château de Cuzy,
le tout valant pour le moins 100.000 livres. Il offre, il
est vrai, en échange, 3.000 livres de rentes viagères
à deux vieillards, âgés l'un de quatre-vingt-dix ans,
l'autre de plus de quatre-vingts ^-
îl dicte alors au marquis de Vianges un acte tout
semblable à celui qu'il a dicté à son frère, l'abbé de
Morey^ En vertu de cet acte, tous les biens du mar-
quis étaient réversibles, après sa mort et celle de son
frère, sur la tète de la dame Mac-Mahon, ou, à son
défaut, devaient venir à sa descendance mâle, le doc-
teur en conservant l'usufruit.
* D'après le mémoire des demanderesses.
* C'est-à-dire un cinquième.
' A signaler encore, pour ne rien omettre, un achat de bois pour une
somme de 103.200 livres.
* Toujours d'après le mémoire des parties adverses.
ORIGINES MÉDICX'.ES DU MARÉCHAL DE MAC-MAHON 2^9
Quelques legs insignifiants étaient distraits de
cette énorme succession : l'abbé laissait un legs de
/iOO livres aux pauvres de son prieuré de Maivres ; le
marquis abandonnait 60 livres de rente viagère à
une de ses cousines, religieuse, un legs de /iOO livres
de pension à une parente désignée sur le testament,
et le troisième, de 300 livres, à sa propre fille, reli-
gieuse à la Visitation d'Avallon. Encore ces legs ne
devaient-ils être distribués qu'après le décès du lé-
gataire universel, le médecin Mac-Mahon, bien qu'il
ne fût pas nommé.
L'abbé mourut le premier, en décembre 1759 ; son
frère lui survécut près de deux ans. Le marquis de
Vianges succombait le /i octobre 1761, à quatre-vingt-
quatorze ans : par cette mort, le petit médecin irlan-
dais devenait comte d'Eguilly, seigneur du marquisat
de Vianges, baron de Vouvenay, seigneur de Cuzy,
Sully, Blangey et autres lieux.
IV
Cette élévation subite de fortune, ces enrichisse-
ments progressifs soulevèrent de violents murmures.
On parla de captation, de spoliation, et l'affaire fut
portée devant les tribunaux. Les veuves Richard et
de Maizières, nièces des frères de Morey, attaquè-
rent la succession. La validité de leurs arguments
25o LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
paraissait inattaquable : l'incapacité des donataires,
disaient-elles, doit faire annuler les donations et les
testaments ; la suggestion, prouvée par les pièces et
les faits de la cause, doit faire annuler les mêmes
actes. Elles faisaient, en outre, valoir l'incapacité
légale de l'héritier, la qualité de médecin créant
cette incapacité, d'après les lois romaines, les or-
donnances et coutumes et une jurisprudence cons-
tante. A cela Mac-Mahonrépliquait : qu'il avait cessé
d'exercer depuis 17/i8, deux ans avant son mariage ;
que le médecin ne devait pas être considéré comme
« incapable », s'il était allié du donateur, son parent
ou son ami; si la donation n'avait pas été faite en
maladie ; et, même dans ce cas, elle était valable, si
le donateur, revenu en état de santé parfaite, persé-
vérait dans ses dispositions antérieures.
Les juges donnèrent gain de cause au prétendu
captateur, qui triompha par un arrêt solennel.
Particularité curieuse, tous les actes qui avaient
enrichi le médecin Mac-Mahon avaient été passés
devant M" Changarnier, notaire ; et, comme le faisait
remarquer l'avocat général Oscar de Vallée, dans un
procès célèbre \ qui se plaida à Paris sur la fin du
second Empire, « le petit-fils du docteur, le maré-
chal de Mac-Mahon, et le petit-fils du notaire, le
* Le procès intenté au docteur Déclat par les héritiers du duc de Gram-
mont-Caderousse et qui se termina par l'infirmation du testament fait en
faveur du docteur Déclat.
ORIGINES MÉDICALES DU MARÉCHAL DE MAC-MAHON 25 1
général Changarnier, devaient se retrouver cora-
pap^nons d'armes en Afrique ».
L'histoire offre parfois de ces rapprochements ^
* Nous avons cru devoir supprimer l'Appendice qui se trouve, à la suite
du chapitre qu'on vient de lire, dans la première édition du Cabinet secret
première série), la généalogie des Mac-Mahon ayant perdu de son inté-
rêt, depuis la mort du membre de celle famille qui a le plus illustré ce
nom.
LES MEDECINS DE GAMBETTA ET LE SORT
DE SES RESTES
En est-il qui se souviennent du tapage soulevé ja-
dis par cette indiscrète question, posée dans une de
nos plus piquantes revues ^ : Qu'est devenu le cœur
de Gambetta, que possédait Paul Berl?
A dire vrai, nous n'y avions pas entendu malice.
Voyageant un jour avec un de nos anciens camarades
de lycée, nous apprenions de lui ce détail: PaulBert,
venu à Cahors pour inaugurer le monument élevé à la
mémoire de Gambetta, avait emporté avec lui le cœur
du tribun, conservé, comme une vulgaire pièce ana-
tomique, dans un bocal à esprit-de-vin! Quand pa-
rut la note révélatrice, ce fut une explosion d'indigna-
tion, feinte... ou réelle. Mme Paul Bert, interrogée,
n'éprouva aucun embarras à avouer qu'elle avait, en
effet, trouvé dans l'héritage de son mari le précieux
viscère et qu'elle le conservait avec dévotion. « Pour
le mettre à l'abri de tout accident, répondit-elle, mon
* L'înttrmidiaLire de» Chercheurs et de« Curieux, 1890.
LES MÉDECINS DE GAMBETTA 253
mari, à qui en avait été confiée la garde, fit l'acqui-
sition d'un cofFre-fort incombustible. Celui-ci fut placé
dans notre appartement, et, dans le coffre-fort, toute
seule fut déposée la précieuse relique. » La relique
appartenait à la France, ajoutait la digne veuve,
elle ne devait pas être exposée à un risque.
Pour une relique, il n'y avait pas à douter que c'en
fût une. C'est qu'en effet, le dieu disparu, une religion
nouvelle naissait de ses cendres. Le moindre débris
du grand homme devenait un fétiche, un objet de culte
pour les fidèles. L'un avait pris le cerveau * ; cet au-
tre, les intestins; Paul Bert s'était réservé le cœur^.
Comment expliquer, dès lors, qu'on ait laissé échap-
per l'œil de l'apôtre de la revanche, et que cet or-
gane ne se trouve ni dans une collection particulière,
ni dans aucun de nos musées ? Car l'œil de Gam-
betta, nous entendons parler de celui qui fut énucléé
en 1867, erre aujourd'hui de par le monde, sans qu'un
admirateur ou un ami de l'illustre mort ait songé aie
recueillir.
Nous avons cherché à élucider ce menu point
d'histoire, et, si nos recherches n'ont pas abouti à
* Le cerveau se trouve au Musée de la Société d'Anthropologie.
* A la suite de la campagne menée par ï lnt(irmédia.ire, le cœur de Gam-
betta fut placé dans le monument élevé aux Jardies, par la souscription
des Alsaciens-Lorrains, le 6 novembre 1891. Le récipient de verre qui le
contenait a été enfermé dans une double enveloppe, une boite de plomb
et un tronc de sapin d'Alsace, intérieurement évidé, contenant le procès-
verbal.
254 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIBE
notre gré, nous nous flattons toutefois qu'elles n'ont
pas été tout à fait sans agrément ni utilité. La plu-
part des détails que l'on va lire sont inédits ou peu
connus; ils sont, en tout cas, d'une indiscutable au-
thenticité.
Et d'abord, comment était arrivé l'accident qui
avait nécessité l'extraction de l'œil, dont nous nous
sommes proposé de conter l'odyssée ?
Gambetta était tout enfant : il avait à peine huit ou
neuf ans. Un après-midi qu'il flânait par les rues de
Cahors (sa ville natale), l'idée lui vint de s'arrêter
devant la boutique d'un des voisins de son père, le
coutelier Galtié, pour le regarder travailler. « Galtié
était occupé à percer des trous dans des manches de
couteaux. Il se servait à cet effet d'une sorte d'ar-
chet, formé d'un foret et d'une corde à boyau ; la
corde, s'enroulant autour du foret, lui donne une
forte impulsion et le fait tourner à chaque mouvement
du bras. L'enfant, accoudé sur l'établi, considérait
avec intérêt le va-et-vient de l'outil, lorsque soudain
l'archet se brisa * et le fer le vint frapper à l'œil
droit. Le sang jaillit ; on conduisit le blessé chez le
pharmacien Rouquette, qui déclara que l'œil n'était
point crevé ^. »
La guérison tardant à se produire, les parents ré-
' D'après M. de Wecker, ce serait une pince du tour du coutelier qui
aurait sauté dans l'œil de l'enfant.
* Barbou, Vie de Gambetla, p. 15 et suivantes.
LES MÉDECINS DE GAMBETTA 255
solurent de faire le voyage de Toulouse pour y con-
sulter un spécialiste *. La maladie, méconnue par le
praticien toulousain, n'était autre qu'une cataracte
traumatique, avec saillie du globe oculaire ^ : l'œil
n'avait pas tardé à grossir démesurément ; il sem-
blait, à certains moments, qu'il allait jaillir de l'orbite.
Cet état anormal s'accompagna des douleurs les plus
vives, au point que Gambetta en vint à réclamer une
intervention chirurgicale qui mît fin à ses souf-
frances.
L'opération s'imposait d'autant plus, que l'œil gau-
che était menacé d'être atteint à son tour, par sym-
pathie (phénomène bien connu des médecins) ; il y
avait donc lieu de ne pas différer plus longtemps
l'extraction de l'organe malade, pour sauver l'organe
encore sain. Un des camarades d'enfance de Gambetta,
le docteur Fieuzal, qui avait reconnu le premier l'ur-
gence de l'opération, s'offrit à conduire son ami chez
un oculiste, fort en renom dès cette époque, le baron
docteur de Wccker.
' Sur la foi de renseignements erronés, nous avions cru tout d'abord
qu'il s'agissait du docteur Atoch ; mais celui-ci nous a déclaré, dans une
lettre en notre possession, qu'il n'avait pas souvenir d'avoir soigné le
jeune Gambetta, à moins qu'il ne se fi"it présenté à lui incognito. D'après
le docteur Laborde, Gambetta aurait reçu les premiers soins à Mont-
pellier.
' Les spécialistes ont étiqueté cette afTection : irido-choroîdite glauco-
niateuse, avec lagoplitalmos ou protrusionde l'œil {Chronique médicale
15 octobre 1904, p. 685).
256 LE CABINET SECRET DE l'iIISTOIRE
C'était au printemps de 1867. « Un soir, en ren-
trant pour ma consultation, vers cinq heures, nous a
conté M. de Wecker, je vis, se promenant devant
moi, deux messieurs. L'un d'eux me dit : « Cher con-
frère, nous vous avons attendu ici, afin que vous
ayez la bonté de nous recevoir tout de suite. Je vous
présente un ami pour lequel je désirerais votre avis. »
Je fis entrer ces messieurs dans mon cabinet, pour-
suit M. de Wecker, et, après avoir invité le malade
à s'asseoir dans la chambre noire, à côté de la lampe,
je demandai à mon confrère de quoi il s'agissait.
« Vous le verrez facilement, me répondit-il ; nous
vous prions seulement de nous donner franchement
votre opinion ^ »
L'affection était banale, et M. de Wecker n'eut
aucune peine à la reconnaître. « La partie antérieure
du globe de l'œil, sillonnée par des vaisseaux dilatés,
avait pris un volume tel, que les paupières distendues
n'arrivaient qu'à peine à recouvrir cet organe dif-
forme. »
Gambetta s'était présenté chez le docteur de Wec-
ker un vendredi. L'opération fut décidée, séance
tenante, pour le mardi suivant, a La gêne occasionnée
par cet œil difforme et perdu totalement pour la vue
avait suffi pour en décider de suite l'ablation, sans
* Les phrases guillemelées sont de M. de Wecker lui-même. Le
récit que nous donnons a été puisé, en grande partie, dans une lettre
qu'a bien voulu nous adresser l'éminent oculiste.
LES MÉDECUS'S DE GAMBETTA 267
enquête préalable, sauf la question sur les circons-
tances dans lesquelles la blessure de Torgane s'était
effectuée. »
Le D"" do Wecker avait été frappé de la réso-
lution du jeune homme, qui acceptait avec tant de
sang-froid une opération à laquelle si peu consentent
sans de nombreuses hésitations. Il ignorait qu'il
avait devant lui un homme qui devait faire preuve de
tant d'énergie morale, dans des circonstances qu'on
ne saurait oublier.
L'opération avait été décidée pour le mardi, à
10 heures du matin. A l'heure précise, le docteur de
Wecker, accompagné de son assistant, le docteur
Borel (de Rouen), faisait son entrée dans le modeste
logis occupé par Gambetta. Gambetta habitait alors
rue Bonaparte, près de Saint-Germain-des-Prés, un
tout petit appartement au cinquième, ayant, pour le
servir, une très vieille femme, « que je pris, — c'est
M. de Wecker qui parle, — pour une bonne à tout
faire, mais que Ton me dit, afin de prévenir un manque
d'égards de ma part, être la tante de Gambetta. »
Etaient également présents : le docteur Fieuzal et
quelques amis du jeune avocat. Bien qu'assez répandu
dans les cénacles, le nom de Gambetta n'avait pas
franchi un certain cercle : n'oublions pas qu'on était
au mois de juin 1867, par conséquent cinq mois avant
le procès Baudin, qui fut, comme on le sait, l'origine
de la fortune du tribun.
iv-17
258 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Les présentations faites, les médecins se mettaient
à l'œuvre. Gambetta se coucha résolument et on le
soumit aussitôt aux inhalations d'éther. Une minute
ne s'était pas écoulée que le malade dormait profon-
dément. « L'opération se passa très simplement et
put être exécutée avec la plus grande rapidité, bien
qu'il s'agit de l'ablation d'un œil en forme de poire,
qui avait le double de sa longueur normale : le dia-
mètre antéro-postérieur n'avait pas moins de 5 cen-
timètres. » La rapidité avec laquelle l'œil fut enlevé
surprit les opérateurs eux-mêmes. « Gambetta avait
supporté les premières suffocations, produites par
l'anesthésique, sans laisser paraître l'angoisse qu'on
ressent au début de l'inhalation. » Trois jours après
l'opération le malade était sur pied.
Pendant les premiers temps, on se rendit, comme
en pèlerinage, à la chambre du convalescent. « Je ne
pouvais comprendre une pareille dévotion, disait à
ce propos M, de Wecker, par la raison que j'avais
recommandé à mon malade le calme et le silence.
Poussé par la curiosité, j'en vins même à adresser
cette question à l'un de ses fidèles compagnons :
« — Dites-moi donc, je vous prie, ce qu'est votre
Gambetta ?
« — Ah ! me répondit-il, vous ne le connaissez pas
encore, mais vous verrez ce qu'il sera un jour! »
Cette prophétie hantait l'esprit du docteur de
Wecker, quand il remit, au mois de septembre sui-
LES MÉDECINS DE GAMBETTA 259
vant, la pièce qu'il avait enlevée à l'un des histolo-
gistes les plus habiles de l'époque, le docteur Ivanoff,
alors professeur à Kief. « Voici une pièce à laquelle
je tiens beaucoup, lui dit-il ; c'est un œil qui provient
d'un homme appelé, j'en suis sûr, à jouer un rôle des
plus importants ; prenez-en, je vous prie, le plus
grand soin. »
D'année en année, le docteur de Wecker réclamait
son œil, mais en vain : Ivanoff restait sourd à ces
appels réitérés. « J'eus beau solliciter d'Ivanoff la
description de l'œil remis; j'eus beau me mettre en
quatre, sous le ministère Ferry, afin d'obtenir pour
ce confrère russe l'autorisation d'exercer dans le raidi
de la France; rien n'y fit. On ne me donna ni détails,
ni la pièce, que j'avais à regret laissé échapper. »
Qu'était devenu l'œil de Gambetta ? En quelles
mains était-il tombé ? C'est un mystère qui reste à
éclaircir.
Ivanoff, qui avait subi les premières atteintes de
la phtisie, était allé demander au climat du Midi le
rétablissement de sa santé délabrée. Pendant plu-
sieurs hivers il séjourna à Menton, en compagnie de
son ami et élève préféré, le duc Charles-Théodore de
Bavière, propre frère de l'impératrice d'Autriche et
de la reine de Naples. M. de Wecker présumait que
la collection d'Ivanoff avait dû échoir au duc Charles
de Bavière. « Je suis maintenant autorisé à croire,
écrivait-il, en ayant eu maintes preuves, que notre
200 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
confrère le duc a pris des leçons de son maître, non
seulement sur l'ophtalmologie en général, mais encore
sur la conservation indéfinie des pièces ophtalmo-
logiques ; et il est bien douteux que l'on entende
jamais parler des caractères micrographiques d'un
œil, intéressant aujourd'hui à plus d'un point de
vue. » La réponse ne se fît pas attendre. Le duc
Charles, peu de temps après l'apparition de l'article où
il était si vivement pris à partie, faisait donner aux
assertions de l'oculiste français un démenti des plus
formels. Il niait avoir en sa possession Pœil de Gam-
betta. Ivanofî ne lui avait donné de son vivant^
ni légué après sa mort, ce (( document », historique
autant qu'humain. Depuis lors, M. de Wecker a été
plusieurs fois l'hôte du duc Charles, en son château
de Fegernsee, et, ayant été k même de visiter le mu-
sée du prince-médecin, il a pu se convaincre que la
pièce qu'il recherchait n'y figurait pas.
Où aurait-elle donc été recueillie ? « Il est très
probable, nous dit le docteur de Wecker, qu'elle se
trouve dans la collection de la clinique de Heidelberg,
où une grande partie des préparations anatomiques
d'Ivanoff ont été remises, mais je n'en suis pas
autrement certain . »
Muni de ce renseignement, nous écrivîmes au
professeur Leber, le successeur du professeur Bec-
ker, auquel — pensait M. de Wecker — une part de
l'héritage d'Ivanoff devait être revenue en partage.
LES MÉDECINS DE GA.MBETTA 201
Avec un empressement des plus louables, notre sa-
vant confrère nous répondit qu'à son grand regret
il ne pouvait utilement nous renseigner : selon lui, la
collection d'Ivanoff avait bien été un moment entre
les mains du duc Charles, mais elle était devenue de-
puis la propriété du professeur Everbusch, directeur
actuel de l'Université d'Erlangen. M. Everbusch,
consulté par nous, reconnut bien avoir reçu une partie
des collections d'Ivanoff; « mais, nous répondit-il, les
pièces sont toutes confondues ensemble, sans aucune
espèce de désignation. » En somme, concluait-il,
<( j'ignore où Ivanoffa laissé ses préparations macros-
copiques d'anatomie pathologique et je ne sais en
quelles mains elles sont passées. »
L'énigme restera-t-elle toujours indéchiffrable ?
C'est ce que l'avenir décidera. En tout cas, l'enquête
à laquelle nous nous sommes livré nous permet de
conclure qu'il est probable, sinon certain, que l'œil
énucléé de Gambetta se trouve dans un musée alle-
mand. Quand on songe que le grand patriote eut
toujours, de son vivant, l'œil tourné de l'autre côté
des Vosges, la coïncidence est au moins piquante.
Nous terminerons cette relation par un détail que
nous a fait connaître M. de Wecker : en signe de
gratitude, Gambetta offrit à l'opérateur un coupe-
papier de Barbedienne, ayant pour manche la Vénus
de Milo. « C'est, nous dit en terminant l'éminent
spécialiste, tout ce que j'ai retiré du grand homme.
262 LE CABINET SECRET DE i/hISTOIRE
A mesure qu'il montait, je m'éloignais de lui, ayant
en horreur le rôle de solliciteur, dans lequel je serais
infailliblement tombé, si l'on m'avait su un des in-
times du tribun. »
D'autres ont eu moins de scrupules.
COMMENT NOTRE-DAME DE PARIS ET LE LUXEMBOURG
FURENT PRÉSERVÉS DE l'iNCENDIE PAR DES MÉDECINS.
I
Un de nos éditeurs les plus parisiens, le seul qui eût
mérité d'être bibliopole à Byzance, un jour que nous
devisions de omni re scibili dans la parlotte où il
tenait ses assises, me lançait cette apostrophe inat-
tendue : « Vous, vous êtes un intrigueur ! »
— Un intrigueur ! Je restai surpris et... intri-
gué.
« — Un intrigueur, je maintiens le mot... Après
tout, vous fixez des points d'histoire, grâce à vos in-
discrétions. Vous préparez nos annales, pour ceux
qui nous suivront. Les événements se succèdent avec
une telle rapidité, nous vivons une vie si intense, que
nous consignons à la hâte, le plus souvent sans con-
trôle, les éphémérides quotidiennes, sauf à refaire
plus tard la besogne de rectification. Et c'est alors
que les « intrigueurs » — j'y tiens, vous le voyez —
rendent d'inappréciables services : ils refont le pro-
264 LE CABINET SECRET DE L'hISTOIRE
ces du passé, soumettent les faits disparus ou les té-
moignages des vivants à un tribunal moins prévenu,
et surtout moins occupé.
« — Ce qui revient à dire que les contemporains
ne sont pas en situation d'écrire leur propre his-
toire ?
— « C'est cela même!... »
Il venait justement de paraître, dans une feuille
boulevardière, une sorte de journal intime des faits
saillants de la dernière guerre et de la Commune.
L'auteur, grand dénicheur de documents, avait noté,
au jour le jour, ses impressions, les avait comme
épinglées, avec cette prétention de donner la photo-
graphie exacte, sans passion, de ce qu'il avait vu ou
entendu. Ainsi, à la date du h mai 1871, le feuillet
portait :
Le soir, Verlaine confesse une chose incroyable: il déclare
qu'il a dû combattre et empêcher une proposition qui vou-
lait se produire : une proposition demandant la dedruclion
de Noire-Dame de Paris.
Verlaine, le poète des Fêtes galantes., des Poètes
maudits ; Verlaine, le barde pacifique, aurait été mêlé,
de si près, à la sanglante tragédie de la Com-
mune ! Tout ce que nous savions, c'est que Verlaine
était, à cette époque, chef des bureaux de la Pressée
l'Hôtel de Ville; mais qu'en cette qualité il eût mis
obstacle à la proposition incendiaire faite par des
INCENDIE UE NOTRE-DAME 265
exaltés en délire, nous l'ignorions, et pour cause.
Il y avait évidemment une confusion de noms, et
l'auteur de cette motion conservatrice eût été plus
vraisemblablement Varlin, qui joua, en effet, un rôle
assez actif dans le mouvement insurrectionnel que
nous venons d'évoquer.
En réalité, les faits se sont passés tout différem-
ment: nous savons aujourd'hui, de source certaine,
que Notre-Dame de Paris nous a été conservée, par
le dévouement et le zèle empressé de quelques jeunes
gens, internes en médecine et en pharmacie de l'Hô-
tel-Dieu ; ces derniers surtout, de l'avis de tous les
témoins de cette terrible scène, furent admirables de
vaillance et de sang-froid.
Nous possédons là-dessus le récit d'un des assis-
tants, l'interne Hanot, devenu plus tard professeur
agrégé à la Faculté, récit qui contient les détails
les plus circonstanciés sur cet héroïque sauve-
tage ^
Vers trois heures du matin, l'interne Hanot, qui
sommeillait dans la salle de garde, est réveillé en
sursaut par des cris venant de la rue ; il se lève et
aperçoit des hommes, escortant une voiture chargée
de barriques, arrêtés devant la barricade du pont
Notre-Dame.
A la voix du chef qui commandait d'aller vite, les
* Cf. Union médicale, 1871.
266 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
barriques furent mises à terre et roulées à travers
une brèche pratiquée à la barricade jusque sur la
place du Parvis. Hanot prévient un de ses collègues,
qui sommeillait aussi dans la salle de garde, et tous
les deux descendent à la hâte.
Ils trouvent à la grille de la porte d'entrée un « lieu-
tenant d'état-major de la garde nationale, homme
d'une trentaine d'années, d'une certaine distinction
d'allures et de physionomie, et qu'on ne saurait
mieux peindre qu'en le comparant à ces beaux gail-
lards d'officiers allemands à la barbe blonde si soi-
gnée, au teint d'un rose remarquable, au port si raide,
si guindé ». Il y avait autour de lui une vingtaine
de jeunes gens, de quatorze à dix-huit ans, « cou-
verts de capotes marron qui leur descendaient jus-
qu'aux talons, avec des képis trop grands aussi, qui
leur couvraient presque les yeux, les mains toutes
noircies, et armés de chassepots ».
Au nom de la Commune, l'officier demandait au
concierge qui, le premier, l'avait abordé, une bougie,
des vrilles, des seaux, des balais, une pince de ser-
rurier. Le ton était bref, menaçant ; les fusils étaient
braqués: il fallait obéir.
Un des infirmiers, chargé de satisfaire à ces ordres,
apprend de ces hommes qu'ils avaient mission d'incen-
dier Notre-Dame.
Les internes s'approchent de l'officier, pour lui
faire remarquer que mettre le feu à la cathédrale,
INCENDIE DE NOTRE-DAME 267
c'était aussi compromettre, sacrifier même sûrement
la vie de neuf cents malades ou blessés contenus dans
l'hôpital : « L'homme, rapporte le D"" Hanot, ne ré-
pondit que par monosyllabes, réitéra ses ordres, nous
ordonna de nous éloigner, et tourna les talons. »
Le directeur de l' Hôtel-Dieu était encore le fonc-
tionnaire nommé par la Commune; les internes le font
prévenir; il descend et entame avec l'officier un col-
loque, qui dura une demi-heure environ, temps pen-
dant lequel les objets demandés avaient été successi-
vement remis.
Il revient ensuite vers les jeunes gens et leur donne
l'assurance que Notre-Dame ne serait pas immédia-
tement incendiée ; qu'on en référerait au Comité de
Salut public, auquel on exposerait la situation, et
que, s'il était nécessaire, l'administration serait pré-
venue à l'avance. L'officier se retira avec sa troupe.
« Quelques instants après, environ cent religieuses
se présentaient à la grille de l'hôpital, demandant
l'hospitalité. Ces pauvres femmes, toutes tremblantes,
fuyaient un couvent de la rue d'Enfer, qui venait
d'être incendié. Elles étaient cependant escortées par
quelques fédérés, qui n'eurent rien de plus pressé que
de déclarer avec jactance qu'eux-mêmes avaient al-
lumé l'incendie. La supérieure apprit qu'on avait dû
laisser soit en route, soit même dans le couvent,
quinze infirmes qui n'avaient pu suivre le cor-
tège ! ))
208 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Sur ces entrefaites, le jour était venu.
Vers onze heures, un ouvrier, qui avait vu sortir de
la fumée de Notre-Dame, vint donner l'éveil à l'Hôtel-
Dieu. Un interne en pharmacie se trouvait là ; il
court avertir ses collègues alors à table. Six de ces
jeunes gens, à la fois pleins d'anxiété et d'indignation,
s'empressent d'aller trouver le directeur et l'enga-
gent à fournir des hommes et la pompe de l' Hôtel-
Dieu, pour éteindre le commencement d'incendie.
Cette démarche n'ayant pas abouti, ils se rendent
eux-mêmes à l'Hôtel-Dieu.
L'ouvrier qui avait donné l'alarme leur montre
une petite colonne de fumée qui sortait par une lu-
carne ; quelques voisins se joignent à eux. Faisant
alors appel à l'humanité, ces internes représentent
qu'il y a à l'Hôtel-Dieu cent cinquante malheureux
blessés défenseurs de la Commune, qui vont être
anéantis par son ordre. Ces quelques mots soulèvent
l'indignation des assistants, qui se joignent à la petite
troupe.
Le sonneur et le bedeau, malgré les menaces
qu'avaient faites les incendiaires, livrent les clefs. On
ouvre alors la porte d'entrée de la rue du Cloître-No-
tre-Dame. La petite troupe où les femmes, les jeunes
filles, les enfants abondaient, était déjà assez impo-
sante. Quelques-uns se risquent au milieu de cette
atmosphère épaisse et brûlante, chargée de vapeurs
de pétrole; l'obscurité était complète.
INCENDIE DE NOTRE-DAME 269
Après dix minutes d'anxiété et de recherches
pénibles, — car à chaque instant les plus forts
venaient reprendre haleine à l'extérieur, — on allait
renoncer à l'entreprise^ lorsque survient un pom-
pier; on le prie de prêter son concours, ce qu'il s'em-
presse de faire, malgré la défense faite par la Com-
mune.
Un brasier est découvert à la hauteur du chœur.
On se rend maître du feu en cet endroit. Les plus
aventureux marchent ensuite sur les débris fumants,
et découvrent un autre brasier à la hauteur du maître-
autel.
Nouveaux efforts couronnés d'un nouveau succès.
Pendant ce temps, quelques travailleurs cassent
les vitres, afin d'amener un peu d'air dans cette four
naise ; — ces vitres sont choisies au milieu des vitraux
modernes de peu de valeur.
D'autre part, on force une des grandes portes, et
l'atmosphère devient un peu plusrespirable.
Un troisième brasier se trouvait à la hauteur de la
chaire ; on en vient à bout assez facilement ; là, on
avait amoncelé des chaises, des pupitres, des balus-
trades. Cet immense bûcher allait jusque sous le
grand orgue, et se joignait à un autre, dressé autour
d'un grand Christ et d'une statue de la Vierge, ame-
nés là tout exprès ; des papiers étaient à la base : le
pétrole avait manqué sans doute, et le feu devait
atteindre ce bûcher en continuant ses ravages.
270 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Peu à peu, le jour se fait dans la cathédrale ; l'air
devient respirable ; hommes, femmes, enfants, démé-
nagent ces chaises, ces balustrades amoncelées, et les
portent sur la place du Parvis, sans songer à la bar-
ricade du pont d'Arcole et sans se laisser arrêter par
les balles qui sont envoyées de la caserne de la Cité.
Ce travail achevé, on put se rendre compte des
ravages causés par le feu : tous les troncs avaient été
brisés ; les tabernacles, les reliquaires défoncés et
pillés ; le lutrin de bronze brisé ; le grand lustre
crevé et renversé.
L'heureuse intervention des internes avait rendu
peu graves les dégâts causés par le feu : les boise-
ries du chœur avaient été préservées presque complè-
tement ; la chaire et les orgues étaient intacts ; les
livres saints, les chaises, les fauteuils, avaient été en
partie brûlés. Les chapelles latérales n'étaient pas
endommagées, mais le sol était souillé en différents
endroits.
Le premier sauvetage terminé, on commença la
visite de l'étage souterrain ; puis on examina les
orgues et les galeries ; les tours, où se trouve une
forêt de charpentes qui remontent à huit siècles
et dont le salut ne fut dû qu'à l'oubli ou à l'ignorance
des insurgés.
Pendant ce temps, les fédérés étaient toujours
maîtres des barricades des quais Saint-Michel et
Montebello, ainsi que de l'île de la Cité.
INCENDIE DU LUXEMBOURG 271
On organisa cependant une garde pour essayer de
conserver ce qui avait été si heureusement sauvé ;
plus de quarante personnes se firent inscrire ; cha-
cun monta la garde à son tour, sans être inquiété.
Vers onze heures du soir, enfin, Tîle de la Cité
était au pouvoir de l'armée, et la magnifique basi-
lique était définitivement sauvée.
II
Notre-Dame, et par suite l'Hôtel-Dieu, ne furent
pas les seuls monuments qui, grâce à l'intervention
courageuse du corps médical, furent garantis contre
la fureur des incendiaires.
Le palais du Luxembourg, dans la cour duquel une
tourie de pétrole avait été déjà apportée, fut égale-
ment préservé de l'incendie, par l'énergique insis-
tance des médecins et chirurgiens des ambulances
établies dans ce palais.
Voici en quels termes notre honorable confrère,
M. de Ranse, a rapporté cet incident émouvant :
Le lundi 22 mai, à onze heures du matin, deux comman-
dants fédérés, fun d'artillerie, l'autre des « \'engeurs de la
République », se présentent au palais du Sénat et font arrê-
ter dans la cour une prolonge renfermant une tourie de pé-
trole. Ils ordonnent en même temps l'évacuation de l'ambu-
lance en deux heures.
272 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
On peut traîner en longueur jusqu'à six heures et l'on
obtient un sursis jusqu'au lendemain. Le pétrole est dé-
posé dans le poste, sous la garde de trois soldats de la Com-
mune.
Le lendemain mardi, à huit heures du matin, nouvelle
sommation, faite par cinq gardes nationaux, d'évacuer
lambulance en deux heures, délai après lequel on doit
mettre le feu au Palais.
Le chef des hommes de peine, M. Defaux, qui s'est mon-
tré très courageux et très utile dans ces circonstances, sert
d'intermédiaire entre les envoyés de la Commune et M. Da-
net, resté en permanence à l'ambulance, avec MM. Brochin,
Ferdut, plusieurs jeunes aides-majors, Blondeau, pharma-
cien, et l'of licier comptable, M. Hénault.
On répond aux insurgés qu'il est impossible d'évacuer
l'ambulance en deux heures, et que deux cents blessés des
leurs (on force à dessein le chiffre) seront grillés si on met
le feu.
Pendant ce temps, on arme les officiers malades, pour
soutenir au besoin un assaut, et un capitaine blessé du
402*= bataillon de la garde nationale, M. Colas, accepte la
mission de se rendre auprès de la Commune, pour demander
un nouveau sursis. 11 est accompagné d'un sergent infir-
mier. Celui-ci revient et apporte la réponse que le délégué
au VI'' arrondissement a donné sa parole d'honneur que le
Palais ne sera brûlé qu'après le départ du dernier ma-
lade. En même temps l'ordre est donné d'enlever le pétrole :
cet ordre est exécuté.
Le soir, les fédérés doivent revenir, pour réaliser leur
projet d'incendie. Mais à midi les Versaillais, marins en
INCENDIE DU LUXEMBOURG 278
tête, pénètrent dans le Palais et les soldats de la Com-
mune fuient du côté du Panthéon. Ils se vengent une heure
après en mettant le feu à la poudrière, dont l'explosion a
brisé toutes les fenêtres et toutes les glaces du Palais et
des maisons des quartiers du Luxembourg et de l'Odéon.
L'ambulance a donc préservé le Palais de l'incendie : les
fédérés ne pouvaient s'arrêter, dans leur fureur, que de-
vant leurs compagnons darmes blessés. La protection n'a
pu être aussi eflicace contre les balles et les obus dirigés
par la batterie fédérée du Panthéon. Le côté du Luxembourg
qui fait face à la rue Soufflot a été criblé de projectiles. Les
salles de malades avaient été, quelques instants auparavant,
évacuées; il n'y a eu aucun blessé.
Cependant, létat-major du général de Cissey prenait pos-
session du petit-Palais, refoulant l'ambulance dans le grand
Luxembourg. Bientôt celui-ci était disputé par toutes les
administrations que l'incendie a chassées des autres palais,
entre autres par l'administration préfectorale et l'adminis-
tration judiciaire. M. Ferry, arrivé le premier, a commencé
de suite à y installer ses bureaux. L'ambulance a dû lui
céder la place; elle a évacué ses malades et ses blessés sur
le Val-de-Gràce ou l'ambulance Saint-Sulpice.
Ouverte le 14 septembre 1870, fermée le 31 mai i87f, l'am-
bulance du Sénat a rendu de nombreux services pendant le
siège et sous le règne de la Commune. Grâce à elle, Paris
possède encore, au milieu de îanl de ruines, Tun de ses plus
beaux monuments.
Les deux épisodes que nous venons de relater
montrent que partout, soit dans l'exercice de leur
iv-18
274 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
profession, soit en présence d'un danger quelconque,
les médecins savent élever leur courage à la hauteur
des circonstances.
Cette nouvelle constatation valait d'être faite ; elle
est tout à l'honneur du corps auquel nous sommes
fier d'appartenir.
UN ROMAN VECU A TROIS PERSONNAGES.
ALFRED DE MUSSET, GEORGE SAND, LE D' PAGELLO.
I
Ce fut un beau tapage dans le Landerneau des
lettres, quand parut, dans la plus accréditée des Re-
vues \ le récit, fait par la survivante, d'un drame
à trois personnages, dont le premier rôle venait de
disparaître de la scène. Ce « procès-verbal de né-
cropsie », comme on l'a qualifié, produisit une sen-
sation des plus vives. La critique de l'époque n'eut
pas de peine à reconnaître dans ce roman une apo-
logie dont la sincérité fut à bon droit suspectée.
Dès la publication à' Elle et Lui, on devina qu'il
se cachait, sous des noms d'emprunt, des person-
nages en chair et en os, et on s'essaya de toutes
parts à pénétrer le mystère : « J'entends dire par-
tout que ce sont des personnages réels, sinon tous
vivants, écrivait Prévost-Paradol ; que c'est le plai-
• Revue des Deux-Mondes, 1859.
276 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
doyer de Thérèse contre Laurent, ou plutôt l'oraison
funèbre de Laurent fulminée par Thérèse ; que ce
Laurent n'était pas un peintre, mais un grand poète
déchu, dont on a dit spirituellement avant sa mort :
que c'était un jeune homme de beaucoup de passé.
On ajoute que ce voyage en Italie, c'est la vérité
même ; que Thérèse y a, en effet, perdu sa bourse et
son repos ; que Laurent y a perdu ses illusions et sa
santé. 11 n'y a que Palmer qui reste dans l'ombre et
que le gros public s'obstine à ne pas reconnaître ^ »
Au temps où Prévost-Paradol écrivait ces lignes»
on ne pouvait que soupçonner la véritable histoire
à' Elle et Lui : on était trop près des événements, et on
n'avait, au reste, que la déposition d'un seul témoin.
Lui et Elle ^ fut une riposte brutale, et c'est le plus
grave reproche qu'on puisse lui adresser ; du moins
avait-il, sur le roman qui lui servait d'excuse,
^ Journal des Débats, 3 mars 1859.
" Publié pour la première fois dans le Magasin de Librairie, en 1859,
Nous ne citons que pour mémoire les diverses publications parues
après les ouvrages de G. Sand et de Paul de Musset. Et d'abord Lui.
par Louise Colet, paru pour la première fois dans le Messager de Paris,
en 1859. Lui, on a deviné qu'il s'agit d'Alfred de Musset, à qui Elle résiste,
pour rester fidèle au Léonce qu'EUe aime, et qui ne saurait être que Gus-
tave Flaubert.
Dans Eux et Elles, M. de Lescure a résumé en quelques traits piquants
toute cette orgie littéraire : « Elle et Lui est une calomnie vis-à-vis d'un
mort ; Lui et Elle, une violence vis-à-vis d'une femme ; Lui, une coquet_
terie. Elle et Lui flétrit par vengeance une réputation que Lui et Elle
défend par orgueil, et que Lui compromet par vanité. »
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 277
l'avantage de la bonne foi. L'auteur avait un devoir
à remplir, sinon un droit à exercer ; il pouvait ne
pas exercer le droit, il ne lui était pas permis de se
dérober au devoir. Qu'il ait exagéré sur certains
points, qu'il ait mal traduit la pensée de son frère,
dont il fut le plus sûr et le plus dévoué confident,
c'est ce qu'un excès d'affection suffirait à expliquer.
Aveuglés tous deux par la passion, ni l'un ni l'autre
ne disait la vérité sans restriction. Fut-il coupable ?
fut-elle implacable? Il est difficile de porter un juge-
ment, après lecture de deux ouvrages manifestement
composés avec quelque artifice, on Lui nous apparaît
comme un grand enfant gâté, impressionnable à l'ex-
cès, terriblement soupçonneux; où Elle se montre
plus calme, plus indifférente, « sans vertu ni tempé-
rament », comme on l'a si bien définie.
Pour nous faire une opinion, des pièces manquaient
au dossier : ces pièces étaient les lettres échangées
entre les deux amants, entre Lélia et Fantasio, entre
George Sand et Alfred de Musset.
Peut-être aurait-on couru le risque de prolonger
et d'envenimer une querelle qui n'avait que trop
duré, en mettant à nu, sous les yeux des contem-
porains, les sentiments ou les faiblesses de deux
génies. Mais, à cette heure, ne sommes-nous pas « la
postérité qui juge ^ » ? La liaison de Musset et de
* Revue bleue, 15 octobre 1892.
278 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
George Sand, n'est-ce pas le grand roman de passion
du dix-neuvième siècle, comme les amours de Jean-
Jacques et de Mme d'Houdetot ont été celui du siècle
dernier ? Le récit de cette liaison n'appartient-il pas
à l'histoire littéraire au même titre que les Confes-
sions ? Depuis Rousseau, on n'avait pas étalé aussi
publiquement ses misères les plus cachées ; on
n'avait pas ouvert aussi grandes les portes de Fabri
secret où le sage cache sa vie ; on n'avait pas pétri
à ce point sa chair et son cœur, pour en faire de la
matière à écrire.
Les héros du drame dont nous allons dérouler les
phases se sont peints eux-mêmes dans la plupart
de leurs œuvres, et leurs aventures amoureuses ont
été autant de prétextes à de belles strophes ou à
d'admirables périodes. N'est-elle pas de George Sand
elle-même cette phrase, qui nous servirait au besoin
d'épigraphe :
« Il y a toujours de la personnalité forcée dans les
livres que nous écrivons, car avec quoi écririons-
nous nos livres, si ce n'était avec les expériences de
notre vie * ? »
* C'est ce que M. Marcel Prévost a lui-même observé en termes excel-
lents : « Réjouissons-nous qu'elle ait souvent rencontré, dans sa vie, assez
d'amour réel pour enfiévrer vingt chefs-d'œuvre. Car nul plus qu'elle n'a
fait sa littérature avec sa vie. Elle était exactement ce type par excel-
lence du romancier : un organisme intellectuel qui reçoit de la réalité,
'assimile et la travaille par un mécanisme aussi mystérieux, aussi invo-
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 279
II
Pour qui veut connaître la vérité sur un des ro-
mans vécus de ce siècle, qui faillit tourner parfois
plus à la tragédie qu'à l'idylle, il n'est source d'in-
formation plus sûre que les propres écrits des person-
nages qui y ont été si intimement mêlés. L'histoire
que nous avons entrepris de conter est fort banale,
mais n'est-ce pas précisément pour ce motif « qu'elle
saisit au vif toute créature humaine et que_, dans le
drame où se heurtent deux vies, exceptionnelles sur-
tout par la rare expression de sentiments communs
à tous les hommes, nous cherchons, non l'éclat du
scandale, mais comme un suggestif raccourci de
nous-mêmes »?
Ceux-ci, d'ailleurs, n'ont rien épargné pour attirer
sur eux le regard, tant le besoin de se dire à tous
les tourmente ; et c'est déjà la marque de cette qua-
lité spéciale de passion qui ne se suffit pas à elle-
même. Tout vrais que sont leurs sentiments, toutes
vibrantes que soient leurs sensations, ils n'en ont
pas la pudeur. Ils veulent les parler, les figurer, les
lontaire presque que celui de l'estomac, et restitue finalement un récit.
Latouche, qui la connaissait bien, disait d'elle : » C'est un écho qui agran-
dit la voix. » Elle l'agrandissait à ce point, que la plus pauvre réalité,
transmuée par elle, devenait poème. »
28o
LE CABINET SECBET DE L HISTOIRE
dramatiser pour tous ; et tous, au fond de Tâme, leur
savent gré de découvrir ainsi d'affreuses plaies pour
l'enseignement, pour la consolation peut-être, de
ceux qui, toujours espérant, toujours déçus — d'au-
trui comme d'eux-mêmes — n'auront jamais connu
que des réalisations de rêve. Combien, dont nous
n'avons rien su, ont peut-être connu des heures plus
tragiques, sans pouvoir — ou même sans vouloir —
s'alléger le cœur d'une confession d'artiste !
Tel n'est point le cas de George Sand et d'Alfred
de Musset. Ils ont parlé, pleuré, chanté, crié, pris
l'univers à témoin de leur âme. Ecoutons et jugeons,
puisqu'on nous y convie.
Mais, a-t-on objecté, les écrivains n'appartiennent
au public que par leurs œuvres. Quand nous nous
enquérons des incidents de leur vie privée, nous
faisons preuve d'une curiosité malsaine ou d'une mé-
diocrité envieuse. « Nous nous consolons de ne pas
avoir égalé leur génie, en les contemplant dans les
postures les plus fâcheuses. » N'est-ce pas cependant
le moyen, pour le moraliste ouïe psychologue, d'avoir
une notion plus exacte, plus complète, d'une œuvre,
que de connaître plus intimement celui qui l'a conçue
et exécutée ?
Et puis, toutes ces correspondances, tous ces mé-
moires, dont on défend le caractère privé, qu'on
entend préserver d'un « viol », n'ont-ils pas été soi-
gneusement étiquetés, classés par leurs auteurs et
ALFRED DK MLSSET
ALFRED DE MUSSET
UN ROMAN VKCU A TROIS PERSONNAGES 281
destinés, dans leur pensée, à une publicité posthume?
C'est pour notre conscience un allégement de
constater, sous le couvert et l'autorité de M. Jules
Lemaitre, « que ces extases, ces tortures, ces cris,
ce3 sanglots de George et d'Alfred, et ce mirifique
essai d'amour à trois, tout cela, aussitôt vécu, et
avant même d'être fini, s'est sagement transformé
en « copie », et en copie de premier ordre, puisque
ce fut celle de Jacques et des Lettres d'un voyageur^
des Nuits et de On ne badine pas avec Vamour^ en
attendant la Confession d'un Enfant du siècle.
Cela nous rappelle que la matière première des plus
beaux livres n'est, fort souvent, qu'une réalité souil-
lée et médiocre. Cela nous rassure, en outre, sur le
cas de ceux qui, ayant eu cette aventure, en ont su
tirer à mesure cette prose et ces vers. Et cela nous
avertit de ne pas croire ingénument à leur souffrance
et de réserver notre pitié pour les vrais malheureux. »
Ce préambule ne nous a pas paru sans utilité, pour
répondre aux critiques qui ont accueilli la première
version ^ de l'épisode dont nous reprenons le récit.
III
On n'ignore plus dans quelles circonstances Mus-
* CeUe première version a paru dans la Bévue hebdomadaire, des
1" août et 24 octobre 1896.
282 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
set et George Sand se rencontrèrent, ne s'étant encore
jamais vus : c'était à un dîner offert par la Revue des
Deux-Mondes, au restaurant des Frères Proven-
çaux^. Les deux écrivains étaient voisins de table ;
la conversation s'engagea très amicalement, et on se
quitta avec promesse de se revoir. Ce fut l'origine
de leur liaison. Alfred de Musset alla deux ou trois
fois, dans la semaine qui suivit, chez George Sand.
Trois ou quatre mois plus tard, paraissait Ze/i'a.
George Sand envoyait son livre à Musset, en l'ac-
compagnant d'une lettre qui, selon l'expression
de Mme Arvède Barine, à qui nous devons de si
curieuses et si sûres informations, « marque un pro-
grès dans l'intimité » des deux personnages.
Nous avons eu l'occasion de voir l'exemplaire même
de Lélia, offert par George Sand à Alfred de Mus-
set : c'est Mme Martellet, l'ancienne gouvernante
du poète ^, qui l'a actuellement en sa possession.
^ M. Mariéton, dans son livre {Une histoire d'amour, G. Sandet A. de
Musset), où il a tiré un si habile parti des publications antérieures, prétend
que « cette réunion n'a été précisée nulle part. M. Mariéton veut dire que
la date n'en a pas été précisée, car il n'ignore pas que c'est P. de Musset
qui en a parlé le premier dans la biographie de son frère. C'est pour nous
un témoignage suffisant pour la vérité du fait en lui-même.
* Mme Martellet avait reçu peu de confidences de Musset, sur ses rela-
tions avec G. Sand. Elle nous a conté toutefois cette anecdote plaisante :
Dès les premiers temps de la liaison du poète avec l'auteur de Lélia, Gus-
tave Planche fréquentait beaucoup chez G. Sand, dont il était le chien
fidèle, le patito. Jaloux du crédit de plus en plus croissant dont jouissait
Musset auprès de la maîtresse de la maison, il imagina un jour pour l'éloi-
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 283
L'édition originale était en deux volumes in-8° ; sur
la feuille de garde du premier, se lit cette dédi-
cace, qui indique une certaine familiarité de rapports :
« A monsieur mon gamin d'Alfred, George. »
La suscription du second volume est plus céré-
monieuse ; la dédicace en est ainsi libellée : « A
monsieur le vicomte Alfred de Musset, George
Sand. »
Un mois ne s'était pas écoulé depuis la publication
de Lélia, que Musset et George Sand étaient... les
meilleurs amis du monde ; George Sand Tannon-
çait, sans lui demander le secret, à Sainte-Beuve,
gnerun procédé infernal :il offrit à Musset, avec un sourire des plus hypo-
crites, des bonbons de chocolat ; à peine le poète eut-il absorbé deux
ou trois de ces bonbons, qu'il fut tourmenté du désir... d'aller rejoindre
le sonnet d'Oronte. En sa qualité de fils de pharmacien, Planche avait à
sa disposition tous les produits de l'officine, et ce qu'il avait donné à
Musset c'étaient... des bonbons purgatifs !... Planche émule des Borgia,
qui l'eût jamais supposé ?
On s'étonna généralement que Planche se fût constitué le b7"auo de
Mme Sand et la petite presse ne manqua pas d'en faire malicieusement
la remarque. De là à dire que G. Planche était l'un des amants de G. Sand
U n'y avait qu'un pas et qui fut vite franchi. C'était un méchant potin :
G. Sand s'en est expliquéavec son directeurde conscience, Sainte-Beuve
en termes qui respirent la plus'grande franchise : « Planche a passé pour
être mon amant : peu m'importe. Il ne lest pas. Il m'importe beaucoup
maintenant qu'on sache qu'il ne l'est pas, de même qu'il m'est parfai-
tement indifférent qu'on croie qu'il l'a été. Vous comprenez que je ne
puis vivre dans l'intimité avec deux hommes qui passeraient pour avoir
avec moi des rapports de même nature ; cela ne convient à aucun de
nous trois. » Lettre du 25 août 1833.
28^ LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
qu'elle avait pris depuis peu pour confesseur *.
Le ménage s'accorda tout d'abord à merveille.
George Sand parle de son nouvel ami en termes
enthousiastes. « Je trouve une candeur, une loyauté,
une tendresse qui m'enivrent, écrit-elle à Sainte-
Beuve *. C'est un amour de jeune homme et une ami-
* Musset avait pris le même conQdent. Un de nos amis, M. Maurice
Guibert, possède une lettre de Musset au critique des Lundis, dont il a
bien voulu nous autoriser à prendre copie. Bien qu'elle ne soit pas datée,
elle se rapporte, selon toute vraisemblance, à l'épeque de la liaison de
Musset avec G. Sand. Quant à l'authenticité de l'autographe, elle est in-
discutable : le père de M. Guibert tenait la lettre de M. Aug. Lacaus-
sade, ancien secrétaire de Saint-Beuve, à qui celui-ci l'avait donnée.
Voici le document :
« Je ne vais plus vous voir, mon ami, c'est que je ne le puis, ah mon
ami, si vous avez jamais souffert de ce misérable mal d'amour, plaignez-
moi en vérité. J'aimerais mieux avoir les deux jambes cassées.
« Voilà deux jours que je ne l'ai vue, et qui sçait quand ce sera ? Elle
est gardée — Adieu — j'ai le cerveau en capilotade, soyez-moi discret,
j'en suis honteux.
« A vous de cœur,
•< A. DE M.
« Mercredi matin. »
Nous avions cru tout d'abord qu'il s'agissait dans cette lettre de
G. Sand. Mais, d'après M. Maurice Clouard, elle s'appliquerait plutôt aux
relations de Musset avec une autre femme. Elle serait de la même date
(1828 ou 29) qu'une autre lettre que M. Clouard avait en sa possession, et
qui porte pour toute date : Lundi. ^ J'ai passé la soirée, écrit Musset, avec
la plus belle femme que j'aie vue de ma vie. C'est une fille entretenue
et très bien... » Ces deux lettres sont adressées à Sainte-Beuve, 19, rue
Notre-Dame-des-Champs. Or, en 1833, Sainte-Beuve habitait déjà, depuis
deux ou trois ans, boulevard Montparnasse, 1 ter, près de Victor Hugo.
* La première lettre de G. Sand à Sainte-Beuve date du 5 juin 1833.
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 285
tié de camarade... Je suis heureuse, très heureuse...
Chaque jour je m'attache à lui ; chaque jour je vois
s'effacer en lui les petites choses qui me faisaient
souffrir*. »
On aurait pu augurer que cette association, où
jeunesse et talent étaient mis en commun, serait à
jamais indissoluble ; les deux amoureux n'avaient,
semblait-il, qu'à goûter en paix leur bonheur et à en
savourer toutes les ivresses. Mais la destinée devait
autrement en décider. Jamais, il est vrai, elle ne réu-
nit deux êtres plus disparates. « Les deux forçats de
l'amour rivés à la même chaîne n'avaient entre eux
aucun point de rapport, ni dans les habitudes de tra-
vail, ni dans les tendances intellectuelles, ni dans les
aptitudes, ni dans les sentiments ; seules, les sensa-
tions ont pu les rapprocher. » Une chose encore les
séparait, la différence d'âge qui existait entre eux
deux : George Sand n'avait pas moins de trente ans,
Musset en avait tout au plus vingt-trois, à l'époque
où fut projeté le voyage en Italie^.
L'histoire ne dit pas lequel des deux amant.s en
conçut le premier désir. Sans doute, la jeune femme
* Lettre du 25 août précitée. Elle venait de quitter Prosper Mérimée,
qu'elle avait « connu >• huit jours. (Cf. F. Chambo, Notes sur Prosper
Mérimée; Paris, Dorbon, 1903, p. 40-44.)
* Nous passons rapidement sur cette période de l'existence amoureuse
des deux jeunes gens, leur vraie lune de miel, parce qu'on la trouve tout
au long exposée tant dans Lui et Elle que dans Elle et Lui.
286 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
en dut être l'inspiratrice, et Alfred n'eut qu'à se lais-
ser conduire. Le biographe de Musset, son frère
Paul, a conté que ce ne fut que sur Tinsistance de
George Sand que le consentement de la mère d'Al-
fred fut donné ou plutôt arraché dans un moment
d'émotion ^ Le 22 décembre 1833, les deux amants,
après avoir fait un court séjour à Lyon, descendaient
le Rhône jusqu'à Avignon. Ils se rencontrèrent sur le
bateau avec Stendhal (Henri Beyle) , qui allait pren-
dre possession de son poste de consul à Civita-Vec-
chia.
Après être restés quelques jours à Gênes, où George
Sand fut prise de fièvre, les deux amants se dirigè-
rent sur Livourne, puis de là sur Pise, et enfin vers
Florence ^. Les voyageurs ne firent que traverser
Bologne et Ferrare, pour arriver bientôt à Venise
(19 janvier iSSIi). Le jour même de son arrivée,
George Sand prenait le lit ; elle était souffrante
depuis Gênes. Elle y fut retenue pendant deux se-
maines par la fièvre.
Le 28 janvier, elle annonce à son ami Boucoiran
qu' « elle va bien au physique comme au moral ». Mais
^ Sur le départ, voir: P. de Musset, Biographie d'Alfred de Musset,
p. 121 ; et P. DE Musset, Lui et Elle,
- C'est en lisant les chroniques florentines qu'il vint à Alfred de Mus.
set l'idée d'écrire une œuvre dramatique dont le titre n'était pas encore
arrêté dans son esprit : ce fut l'origine de Lorenzaccio (P. de Musset
Biographie d'Alfred de Musset, p. 128).
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 287
l'accalmie devait être de courte durée. Une semaine
après, George Sand était tourmentée, cinq jours
durant, par la dysenterie, et annonçait à son corres-
pondant que son compagnon était malade aussi.
« Nous ne nous en vantons pas, lui disait-elle, car
nous avons à Paris une foule d'ennemis qui se
réjouiraient en disant : « Ils ont été en Italie pour
s'amuser, et ils ont le choléra ! quel plaisir pour
nous ! ils sont malades*. »
IV
C'est vers le milieu de février que Musset avait
été pris de fièvre cérébrale. On fit alors appeler
un médecin italien qui demeurait dans le voisi-
nage. Ce praticien, qu'on avait envoyé chercher à
midi, n'était encore pas arrivé à quatre heures.
h' Angélus sonnait aux églises lorsque, enfin, se
présenta Villustrissimo doctore Bebizzo^ (ou Be-
rizzo), un vieillard de quatre-vingts ans, coiffé d'une
perruque, jadis noire et roussie par le temps, dont
1 An-ède Babine, Alfred de Musset; Paris, Hachette, 1893.
* Louise Colet(L7£aiie des Italiens, t. I, p. 248) prétend que le vieux
docteur appelé auprès de Musset s'appelait Santini ; qu'elle tenait ce
détail du maître de l'hôtel Danieli M. Barbiera, dans ses articles de 1'//-
lustrazione Italiana, parus au mois de novembre 1896. articles visible-
ment inspirés par la famille Pagello, confirme le dire de Mme Colet.
LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
sa personne offrait remblème décrépit ^ Après exa-
men du malade, il fut décidé qu'on lui ferait une sai-
gnée ; mais le vieux docteur, qui n'y voyait goutte,
eut la plus grande peine à découvrir la veine, et fi-
nalement déclara que, courant risque de ne pas pi-
quer au bon endroit, il préférait s'abstenir. Il pro-
mettait d'ailleurs d'envoyer un jeune confrère, qui ti-
rerait autant de palettes de sang que le signor fran-
çais le pourrait désirer. Le soir même se faisait
annoncer, à l'hôtel Danieli, situé sur le quai des Es-
clavons, où Musset et George Sand avaient pris une
chambre, le jeune docteur en question : il s'appelait
Pietro Pagello.
Ce n'était pas la première fois que le docteur Pa-
gello se trouvait en présence de G. Sand : il lui
avait déjà donné des soins quelques jours aupara-
vant ; Pagello a lui-même conté dans quelles circons-
tances ^:
C'est eu février 1834, écrit-il, que je connus G. Sand et de
la façon suivante. Un domestique de l'auberge Danieli, située
sur la Riva degîi Schiavoni (à Venise), vint me chercher pour
une dame française malade. Je partis de suite et vis cette
dame couchée sur un petit lit, coiiïée d'un foulard rouge. Près
1 Cf. Lui et Elle, p. 131.
* Ce n'est qu'en 1881, c'est-à-dire près d'un demi-siècle après Tévéne-
ment, que Pagello consentit à rompre, pour la première fois, le silence
Jusque-là gardé. Un journal de la Péninsule, Yllluslrazione Italiana,
du 1" mai 1881, recueillit ses premières confidences.
à
GEORGE SAND
GEORGE SAND
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 289
du lit était un grand jeune homme, maigre et blond, qui me
dit : « Cette dame soullre d'une forte migraine dont une sai-
gnée peut la débarrasser. »
J'examinai le pouls qui était dur et tendu. Je fis la saignée
et partis. Je la revis le lendemain. Elle allait mieux, me re-
çut aimablement et me dit qu'elle se portait bien.
Environ quinze jours après, le même domestique de l'au-
berge vint me chercher. 11 avait un billet signé : George
Sand. Ce billet était écrit en mauvais italien. Je crus y com-
prendre que le monsieur français que j'avais vu dans sa
chambre était très malade, quil avait un délire continuel, et
qu'elle me priait de courir en hâte. ..
Pagello se rendit avec empressement à cet appel et
se mit aussitôt en mesure de prescrire au malade une
médication énergique *. Pendant plus de huit jours,
il ne quitta guère le chevet de son nouveau client.
On connaît aujourd'hui le texte du billet ou plutôt
de la lettre dans laquelle George Sand priait le docteur
Pagello de venir voir Musset. Nous la reproduisons
ci-après '^ :
1 Pagello ordonna des compresses d'eau glacée et celte potion cal-
mante :
Aq. ceras. nigr Çij.
Laud. liquid. Sydn., gult XX.
Aq. coob. laur. ceras., gutt XV.
D' Pagello.
Autrement dit :
Eau de cerises noires 1 once, 2 gros.
Laudanum liquide de Sydenham. . . . 20 gouttes.
Eau distillée de laurier-cerise 15 gouttes.
* La traduction française de cette lettre, dont il a été donné d'importants
iv-19
290 le cabinet secret de l histoire
Mon cher Monsieur Païello (Pagello),
Je vous prie de venir nous voir le plus tôt que vous pour-
rez avec un médecin pour conférer ensemble sur l'état du
malade français de 1 Hôtel Royal. Mais je veux vous dire au-
paravant que je crains plus pour sa raison que pour sa vie.
Depuis qu'il est malade, il a la tète excessivement faible et
raisonnesouventcoinme un enfant. C'est cependantun homme
d'un caractère énergique et d'une puissante imagination. C est
un poète fort admiré en France. Mais l'exaltation du travail,
de l'esprit, le vin, la fête, les femmes, le jeu l'ont beaucoup
atigué et ont excité ses nerfs. Pour le moindre motif, il est
fagité comme pour une chose d'importance.
Une fois, il y a trois mois décela, il a été comme fou toute
une nuit, à la suite d'une grande inquiétude. Il voyait comme
des fantômes autour de lui, il criait de peur et d'horreur. A
présent, il est toujours inquiet et, ce matin, il ne sait pres-
que ni ce qu'il dit, ni ce qu'il fait. Il pleure, se plaint d'un
mal sans nom et sans cause, demande son pays et dit qu'il
est près de mourir ou de devenir fou. Je ne sais si c'est là le
résultat de la fièvre ou de la surexcitation des nerfs ou
d'un principe de folie. Je crois qu'une saignée pourrait le
soulager.
Je vous prie de faire toutes ces observations au médecin, et
extraits dans la Gazette anecdotique de 1886 (t. I, p. 272), a été publiée par
M. le vicomte Spoelberch de Lovenjoul, dans une étude des plus docu-
mentées, parue dans la revue internationale Cosmopolis (mai-juin 1896).
Elle rentrait trop dans notre sujet pour que nous ne la fassions pas
figurer dans cette étude. — L'article de M. de Lovenjoul a été publié en
volume, en 1897, sous le titre de : La Véritable histoire de elle et lui.
UN ROMAN VECU A TROIS PERSONNAGES 29I
de ne pas vous laisser rebuter par la difûculté que présente
la disposition indocile du malade. C'est la personne quej'aime
le plus au monde, et je suis dans une grande angoisse de le
voir en cet état.
J'espère que vous aurez pour nous toute l'amitié que peu-
vent espérer deux étrangers. Excusez le misérable italien que
j'écris.
George Sand.
Le personnage de Pagello est resté longtemps à
l'état de personnage légendaire et beaucoup n'ont
considéré ce héros de roman que comme un héros de
fiction. Nous allons faire connaître les multiples dé-
marches, heureusement couronnées de succès, que
nous avons dû faire pour découvrir la mystérieuse
retraite où il s'était confiné.
Lors de son passage à Paris, M. le vicomte de
Lovenjoul, au cours d'une visite dont il voulut bien
nous honorer, nous avait longuement entretenu de
son projet de publication de la véritable histoire de
Elle et Lui, qu'il venait d'achever. Au cours de cette
conversation, il fut naturellement question du docteur
Pagello, qui jouait, dans ce roman à trois person-
nages, un rôle qui semblait de prime abord assez
énigmatique.
— Ainsi, demandai-je à mon interlocuteur, vous
n'avez pu vous procurer aucun renseignement sur ce
oc)2 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
personnage, sur ses origines, sur son genre d'exis-
tence?
— Tout ce que j'en sais, nous répondit M. de Lo-
venjoul, c'est qu'il vit toujours, qu'il habite Bellune,
qu'il est très âgé, et quil se refuse absolument àpar-
ler^. Quelques heures après cet entretien, nous écri-
vionsàunamihabitantl'Italie, le priant de nous aidera
retrouver Pagello. La réponse se fit attendre bien près
d'unmois.Nouscommencionsàdésespérer, quand nous
parvint l'important document, si curieux à tant d'égards
que nous avons eu la bonne fortune de publier le pre-
mier. M. le professeur Vittorio Fontana, de Bellune,
docteur ès-lettres, lié personnellement avec le fils du
docteur Pagello, avait bien voulu se charger de faire
sur place l'enquête que nous avions sollicitée de son
obligeance, et c'est le résultat de cette enquête qu'il
nous transmit. Le professeur Fontana écrivant
dans un français correct, nous n'avons pas eu la
moindre retouche à faire à son texte. Nous n'avons
que modifié une expression qui aurait pu paraître...
osée à des lecteurs français non prévenus. Voici la
communication de M. Fontana :
' M. Barbiera, dans son article de Vlllustrazione Italiana, du 15 no-
vembre 1896, prétend que c'est à la suite d'une conversation avec M de
Lovenjoul que la Revue hebdomadaire décida de faire une enquête à
Bellune, sur l'existence du docteur Pagello. Ceci est complètement erroné:
l'enquête a été spontanément faite par nous, de même que plus lard fut
décidé notre voyage en Italie, sans que la Revue nous ait, en aucune façon
chargé d'une mission.
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 293
A peine ai-je reçu votre lettre du 1 i, que je me suis em-
pressé de faire les recherches dout vous m'avez chargé.
Plusieurs Rellunoism'ont donné de petits renseignements,
mais incertains. Je me suis donc décidé à me présenter
chez la famille Pagello, et voici les informations officielles
que j'ai obtenues du fils, du docteur Giusto Pagello, méde-
cin primaire iprincipal de l'hôpital civil.
Piètre Pagello naquit à Castelfranco-Veneto l'an 1807 •.
Il fît ses études chirurgicales à l'Université de Pavie. Venu
à Venise, il fut élu médecin adjoint du professeur Rima,
puis médecin primaire de l'hôpital de cette ville ^.
Vers 1832 ou 34 (mais non plus tard), on appela d'urgence
au chevet d'Alfred de Musset, qui se trouvait malade à
YHôîel Danieli, un vieux médecin, lequel s'étant mis à faire
une saignée au poète, fut arrêté par Mme Sand, parce qu'elle
lui voyait la main tremblante. Alors le vieux médecin pro-
mit de lui envoyer un médecin jeune, et ce fut Pietro Pagello,
qui n'abandonna plus le malade. Une nuit, George Sand,
après avoir écrit trois pages d'une prose poétique très ins-
pirée (M. Pagello les conserve, et elles sont inédites), prit
* Dans une lettre, adressée au journal italien \' lUiistrazione populàre,
gioi-nale per le famiglie, le 25 mars 1896, nous relevons ces renseigne-
ments, donnés par Pietro Pagello lui-même : « Pietro Pagello, flls de
Domenico Pagello et de Mme Maria Casalini, légitimement mariés, né le
15 juin 1807, fut baptisé à l'église de Sainte-Marie de Pavie de Castel
franco Vénitien. »
- Il fit ses premières études à Trévise, suivit les cours de la Faculté
de médecine et de chirurgie de Padoue, puis vint à Pavie, où il eut pour
maitre en chirurgie le renommé professeur Scarpa. En 1828, il s'établit à
Venise et fut interne à l'hôpital de cette ville, dans le service du doc-
teur Rima.
294 LE CABI^ET SECRET DE l'hISTOIRE
une enveloppe sans adresse, y mit la poétique... déclaration
et remit la lettre au docteur Pagello. Celui-ci, ny voyant
aucune adresse, n'y comprit rien ou feignit de n'y rien com-
prendre et demanda à G. Sand à qui il devait porter la lettre.
G. Sand lui arracha alors l'enveloppe des mains et y
écrivit l'adresse : «. Au slupide Pagello ». Depuis cette
nuit, commença entre l'un et l'autre une relation... très
intime. Pietro Pagello et G. Sand partirent ensuite de Venise,
visitèrent les lacs de Garde et de la Lombardie, et arrivè-
rent à Paris, où le jeune Pagello s'arrêta pendant sept ou
huit mois. Puis ayant rompu la relation avec G. Sand, se
trouvant sans argent et étant rappelé par la famille et ses
devoirs professionnels, il revint à Venise. De là il passa à
Belluno en 1837 et ne quitta plus cette ville, où il occupa la
place de médecin primaire de l'hôpital civil, place qu'en se
retirant, il y a peu d'années, il laissa à son fils le docteur
Giusto. C'est à Belluno que Pietro Pagello s'est marié ^,
qu'il a eu plusieurs fils, et maintenant, malgré ses quatre-
vingt-neuf ans, il conserve toute la lucidité et sérénité de
son intelligence et jouit d'une excellente santé. Mais de sa
bouche l'on ne peut rien savoir sur G. Sand : il a écrit un
mémorial que sa fille aînée garde auprès d'elle, et quant au
reste il se tient muet.
1 Le docteur Pagello épousa, en premières noces, en 18.%, Margherita
Piazza, qui décéda en 1842 ; il en eut deux enfants : Giorgio, qui est mort
en 1878, et Ada Pagello, actuellement veuve Antonini, qui habite tantôt à
Mogliani, tantôt à Venise. En 1849, Pietro Pagello épousa en secondes
noces Margherita Zuliani qui, malgré ses 78 ans, se porte très bien ; il
en eut trois fils, tous vivants : Roberto, Maria et Giusto, le chirurgien.
Ce dernier n'a qu une fillette. Un de ses frères est marié, mais il n'a pas
d'enfants.
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 296
Dans ses années de jeunesse, ce fut un beau talent : il
s'amusa à faire des vers S et l'on sait que pour G. Sand il
écrivit une chansonnette vénitienne, longtemps chantée à
Venise, et dont on se souvient encore maintenant :
Ti xe bêla, ti xe zovene,
Ti xe fresca comme un fier ;
Vien per tute le so lacreme, etc.
Quelques poésies de Pagello ont été imprimées à l'occa-
sion de mariages ou dans d'autres circonstances. On sait
qu'il a fourni la matière à quelque roman de G. Sand, sur-
tout, paraît-il, aux Souvenirs d'un voijageur ; il l'aida aussi
dans les traductions qu'elle fit faire ici en Italie, ayant be-
soin d'argent. Chez les Pagello, j'ai vu quelques autres sou-
venirs de ces temps... erotiques. Je remarque notamment un
portrait du jeune docteur fort beau, peint par Bevilacqua,
alors précisément que Pietro Pagello était lié avec G. Sand.
De ce portrait la famille a fait faire une reproduction pho-
tographique fort bien réussie, et elle na aucune difficulté à
l'envoyer si on la lui demande. Maintenant Pietro Pagello
vit tranquillement au sein de sa famille...
Notre correspondant ajoutait qu'il croyait savoir
qu'il se trouvait entre les mains d'un écrivain italien
toute une correspondance de George Sand àPagello,
1 Pagello fut un poète, et un poète des plus distingués. Ce qu'il y a
dans son cas de particulièrement caractéristique, c'est que ses vers ne
furent jamais imprimés. (Rer.e des Revues, 1896, p. 572, cf. intermé-
diaire des Chercheurs et Curieux, 1883, col. 257-258.)
296 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
mais qui ne verrait pas le jour du vivant de ce der-
nier.
Désireux d'avoir quelques renseignements complé-
mentaires sur le docteur Pagello, nous nous adres-
sâmes à son fils, M. le docteur Just Pagello, méde-
cin principal de l'hôpital civil de Bellune^ Nous
extrayons de sa réponse les passages qui ont le plus
particulièrement trait à notre sujet :
... Mon père se porte très bien, et dans ce mois (la
lettre est datée du 9 juin 1896) il entre dans sa quatre-
vingt-neuvième année.
Documents et lettres resteront dans la réserve, et j'es-
père que vous voudrez bien admettre les raisons, autant
délicates que naturelles, qui empêchent mon père d'en repaî-
tre la curiosité publique. Je tâcherai, cependant, de vous
faire parvenir copie de la lettre (splendide morceau poéti-
que), dans laquelle George Sand déclara à mon père son
amour, pendant une nuit, à l'hôtel Danielide Venise, mais
ce sera difficile...
Sur nos instances pressantes, le docteur Pagello
fils, qui était parvenu, non sans efforts, à vaincre
* Notre confrère Marcel Baudouin nous a fait connaître le sujet de la
thèse de doctorat, soutenue par le docteur Pagello fils, en 1888. Elle por-
tait le litre suivant : La medicazione al deuto-chlorure di mercuri negli
ospitali poveri ; 10 p. in-8, Padoue, L. Ponada.
Le docteur Pagello père a publié des brochures techniques, mais
ayant [dus particulièrement trait à la chirurgie. Nous en avons donné la
liste dans la Chronique médicale (1896).
UN ROMAN VECU A TROIS PERSONNAGES 297
les résistances de son père, nous envoyait, à la
date du 22 aoûl^ la « déclaration » promise.
Je crois fermement, nous écrivait-il à cette occasion, que
le morceau est inédit. L'original est à Belluno dans l'album
d'une tante à laquelle, il y a un demi-siècle, l'a donné mon
père, avec l'absolue prohibition de le laisser copier et
encore moins publier. Je vous l'envoie et le conlie, en témoi-
gnage de la sympathie que vous, homme de lettres et médecin,
m'avez inspirée, sans vous en défendre la publication, si
tôt ou tard vous croyez n'en pas priver la littérature de
votre nation. Peut-être que de l'aventure de mon père rien
autre ne sera rendu public : peut-être que rien d'autre n'est
digne de voir le jour.
C'est donc bien avec l'agrément de la famille Pa-
gello, que nous avons livré à la publicité la page
admirable que les uns liront pour la première fois
et que la plupart des autres voudront relire ^ Si nous
nous sommes rendu à Bellune, c'était surtout pour
confronter la copie manuscrite qui nous était envoyée
avec la lettre elle-même.
Cette lettre, dont l'original a été placé sous nos
yeux, portait ce titre énigmatique : En Morée. Il est
vraisemblable que George Sand a voulu mettre : En
Amore, et que dans sa précipitation, peut-être aussi
par suite de sa connaissance imparfaite de la langue
1 Elle a fait le tour de la presse française et étrangère.
298 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
italienne, elle ait mal écrit la légende qui devait
servir, dans sa pensée, d'épigraphe à sa déclaration;
mais ce n'est là qu'une hypothèse \
En tête de l'autographe, nous avons relevé ces
lignes d'une autre écriture que l'autographe lui-
même :
Venezio, dO julio 1834.
Pielro Pagello ad Antoniella Segalo dona quesio manus-
crillo di Giorgio Sand.
« Pietro Pagello a donné ce manuscrit de George Sand à
Antoinette Segato. t>
Voici maintenant la maîtresse page, que d'aucuns ont
jugée digne de figurer dans les anthologies futures :
1 M. Barbiera croit savoir que le titre de En Morée « semblait expri-
mer un amour des pays enflammés du soleil, un amour de feu, un amour
furieux. Et puis, ajoute-t-il, à cette époque, ce nom de la Morée se
rouvait sur toutes les lèvres françaises. Il y avait à peine six ans
qu'avait eu lieu l'expédition de Morée, sous les ordres du général Maison,
et on en gardait encore le souvenir. » C'est une explication originale,
Un homme de lettres, M. Félix Franck, à la suite de la publication de
notre article dans la Revue hebdomadaire, nous flt part des réflexions
qui suivent :
<> Il semble difficile d'admettre que George Sand ait écrit cette devise
hybride : En (préposition française) et Amore (substantif italien). Elle
ne pouvait ignorer que notre en se dit in dans la langue italienne. Mais
il me paraît très simple et très logique de lire ici le vieux mol français :
Enamorée, ressouvenir de Jean de Meung, l'auteur du Roman de la Rose
et d'autres poètes du temps jadis. » Cette explication nous parait pour
le moins subtile.
UN ROMAN VECU A TROIS PERSONNAGES 299
En M orée.
Nés sous des deux différents^ nous n'avons ni les
mêmes pensées ni le même langage ; avons-nous du
moins des cœurs semblables ?
Le tiède et brumeux climat d'oii je viens m'a laissé
des impressions douces et mélancoliques ; le généreux
soleil qui a bruni ton front, quelles passions V a-t-il don-
nées ? Je sais aimer et souffrir^ et toi comment aimes-tu?
L'ardeur de tes regards, Vélreinte violente de tes bras,
l'ardeur de tes désirs me tentent et me font peur. Je ne
sais ni combattre ta passion m la partager. Dans mon
pays on n'aime pas ainsi ; je suis auprès de toi comme
une pâle statue, je te regarde avec étonnement, avec
désir., avec inquiétude.
Je ne sais pas si tu m'aimes vraiment. Je ne le saurai
jamais. Tu prononces à peine quelques mots dans ma
langue, et je ne sais pas assez la tienne pour te faire des
questions si subtiles. Peut-être est-il impossible que je
me fasse comprendre quand même je connaîtrais à fond
la langue que tu parles.
Les lieux où. nous avons vécu, les hommes qui nous
ont enseignés, sont cause que nous avons sans doute des
idées, des sentiments et des besoins, inexplicables l'un
pour l'autre. Ma nature débile et ton tempérament de
feu doivent enfanter des pensées bien diverses. Tu dois
ignorer ou mépriser les mille souffrances légères qui
m'atteignent, tu dois rire de ce qui me fait pleurer.
Peut-être ne connais-tu pas les larmes.
Seras-tu pour moi un appui ou un maître ? Me
300 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
consoleras-tu des maux que fai soufferts avant de te
rencontrer? Sauras-tu pourquoi je suis triste ? Connais-
tu la compassion, la patience, l' amitié? On t'a élevé
peut-être dans la conviction que les femmes n'ont pas
d'âme. Sais-tu qu'elles en ont une ? N'es-tu ni chrétien,
ni musulman, ni civilisé, ni barbare; es-tu homme?
Qu'y a-t-il dans cette mâle poitrine, dans cet œil de lion,
dans ce front superbe ? Y a-t-il en toi une pensée noble
et pure, un sentiment fraternel et pieux ? Quand tu dors,
rêves-tu que tu voles vers le ciel ? Quand les hommes te
font du mal, espères-tu en Dieu ?
Serai-je ta compagne ou ton esclave ? Me désires-
tu ou m'aimes-tu ? Quand ta passion sera satisfaite,
sauras-tu me remercier ? Quand je te rendrai heureux,
sauras-tu me le dire ?
Sais-tu ce que je suis, et f inquiètes-tu de ne pas le
savoir ? Suis-je pour toi quelque chose d'inconnu qui te
fait chercher et songer, ou ne suis-je à tes yeux qu'une
femme semblable à celles qui engraissent dans les ha-
rems? Ton œil, oiije crois voir briller un éclair divin,
n'exprime-t-il qu'un désir semblable à celui que ces
femmes apaisent ? Sais-tu ce que c'est que le désir de
Vâme que n'assouvissent pas les temps, qu'aucune caresse
n'endort ni ne fatigue? Quand ta maîtresse s'endort
dans tes bras, restes-tu éveillé à la regarder, à prier
Dieu et à pleurer ?
Les plaisirs de l'amour te laissent-ils haletant et
abruti, ou te jettent-ils dans une extase divine ? Ton
âme survit-elle à ton corps, quand tu quittes le sein de
celle que tu aimes?
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 3o 1
Oh ! quand Je te verrai calme, saura i-Je si tu penses
ou si tu te reposes ? Quand ton regard deviendra languis-
sant, sera-ce de tendresse ou de lassitude ?
Peut-être penses-tu que tu ne connais pas... *, que je
ne te connais pas. Je ne sais ni ta vie passée, ni ton ca-
ractère, ni ce que les hommes qui te connaissent pensent
de toi. Peut-être es- tu le premier, peut-être le dernier
d'entre eux. Je t'aime sans savoir si Je pourrai t'estimer,
Je f aime parce que tu me plais, peut-être serai Je for-
cée de te haïr un Jour.
Si tu étais un homme de ma patrie, Je t'interrogerais
et tu me comprendrais. Mais Je serais peut-être plus
malheureuse encore, car tu me tromperais.
Toi du moins ne me tromperas pas, tu ne me feras
pas de vaines promesses et des faux serments. Tu m'ai-
meras comme tu sais et comme tu peux aimer. Ce que
J'ai cherché en vain dans les autres, Je ne le trouverai peut-
être pas en toi, mais Je pourrai toujours croire que tu
le possèdes. Les regards et les caresses d'amour qui m'ont
toujours menti, tu me les laisseras expliquer à mon gré,
sans y Joindre de trompeuses paroles. Je pourrai inter-
préter ta rêverie et faire parler éloquemment ton silence.
J'attribuerai à tes actions l'intention que Je te désirerai.
Quand tu me regarderas tendrement, Je croirai que ton
âme s'adresse à la mienne ; quand tu regarderas le ciel.
Je croirai que ton intelligence remonte vers le foyer
éternel dont elle émane.
* Le manuscrit original est coupé à cet endroit, ainsi que nous avons
pu nous en assurer de visu ; mais il ne nous a pas semblé que ce filt une
mutilation volontaire.
302 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Bestons donc ainsi, n'apprends pas ma langue, Je ne
veux pas chercher dans la tienne les mois qui te diraient
mes doutes et mes craintes. Je veux ignorer ce que tu fais
de ta vie et quel rôle tu Joues parmi les hommes. Je
voudrais ne pas savoir ton nom. Cache-moi ton âme que
Je puisse toujours la croire belle.
Cet hymne inspiré, cette brûlante invocation avait
été improvisée en moins d'une heure par George
Sand, en présence même du docteur, tandis qu'à
leurs côtés sommeillait le poète qu'agitaient les con-
vulsions de la fièvre !
Après lecture de cette épître ardente, produit d'une
imagination en délire, nous avions plus que jamais
le désir de connaître celui qui l'avait inspirée. C'est
ce désir qui nous fit entreprendre le voyage dont
nous allons narrer les péripéties.
Nous ne prévoyions certes pas, avant de nous
rendre à Bellune, quelles difficultés nous attendaient ;
nous ne pouvions deviner que le docteur Pagello non
seulement ne parlait pas notre langue, mais encore
était atteint d'une complète surdité. Heureusement,
son fils, le docteur Just Pagello, médecin en chef de
l'hôpital civil de Bellune, voulut bien nous servir
d'interprète, secondé par Mme Pagello, qui se mon-
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 3o3
tra, en la circonstance, d'une amabilité et d'une bonne
grâce dont nous gardons un reconnaissant souvenir.
Il fut entendu que nous établirions une liste de
questions qui seraient transmises par M. Pagello fils
à son père, dans leur traduction italienne. Le vieillard
répondrait dans sa langue, et ses réponses devaient
être à leur tour traduites en français, à notre inten-
tion, par le docteur Just Pagello. Inutile d'ajouter
que nous avions reçu, au préalable, l'assurance que
notre visite serait accueillie avec plaisir par notre
vénéré confrère.
Après un moment d'attente dans un salon coquet-
tement meublé, le docteur Just Pagello vint nous
prévenir que son père nous attendait. Deux ou trois
marches gravies et nous nous trouvions dans le ca-
binet de travail où se tenait le vieillard.
Il nous apparut blotti dans un des coins les plus
reculés de la pièce, enfoncé dans un fauteuil sans
style, d'où il se souleva à notre approche. De haute
stature, mais voûtée par les ans, le docteur Pietro
Pagello avait conservé une verdeur qui n'accusait
pas son âge ; mais on avait peine à évoquer, devant
ce masque sénile, le brillant cavalier des temps ro-
mantiques.
C'est avec une véritable courtoisie que nous
accueillit le docteur Pietro Pagello, qui parut flatté
de la recherche dont il était l'objet. Son fils
nous ayant prévenu que son père était tout à fait
3o4 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
sourd, et qu'il serait préférable de s'en tenir à une
conversation par écrit, nous acceptâmes ce mode
d'interview, dont la nouveauté n'était pas pour nous
déplaire, et, assis à la table qu'on nous désigna,
nous nous mimes en devoir d'établir notre ques-
tionnaire.
Le docteur Pagello fils traduisait au fur et à me-
sure les réponses faites par son père à nos questions,
et ce sont ces réponses que nous allons reproduire,
au moins dans leur esprit, sinon dans leur texte
rigoureux.
Ma mémoire, nous dit le respectable octogénaire, me ser-
vira peut-être mal, c'est si loin, tout cela ! Vous voudrez
bien excuser ses défaillances...
On a dit que j'avais conseillé le retour en France d'Alfred
de Musset, pour rester seul auprès de la Sand (le docteur
Pagello ne parle pas en d'autres termes de Mme Sand, mais
cette expression n'a dans sa bouche aucun caractère inju-
rieux). C'est une erreur absolue : c'est Alfred de Musset qui
voulut, malgré mes conseils, joints aux prières de George
Sand, s'embarquer pour la France, encore incomplètement
remis et à peine convalescent d'une maladie à laquelle il
avait failli succomber. Cette maladie avait été des plus
sérieuses ; vous en jugerez quand vous saurez que c'était
une typhoï dette (sic), compliquée de délire alcoolique.
Alfred de Musset, selon moi, n'était pas un épileptique,
ainsi que certains l'ont insinué ; les crises qu'il avait étaient
des crises d'alcoolisme aigu ; c'était un fort buveur, et, comme
<??%ï?T%S?^-'«SS;^
0 ^
LE D"' PAGELLO
LE U"" PAGELLO
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 3o5
il avait un système nerveux très surmené, l'usage des
boissons spiritueuses a achevé de le détraquer.
Quelle a été notre existence commune, à la Sand et à moi,
après le départ de Musset ? Je vais essayer de vous le dire.
Nous avons quitté i>rcsque tout de suite Ihùtel Danieli,
pour prendre un appartement à San Faotino, au centre de
Venise, où nous installâmes notre ménage.
Mon frère Robert, qui est mort il y a six ans, en 1890,
habitait sous le môme toit que nous. 11 ne comprenait pas,
lui qui ne cédait pas facilement aux emportements de la
passion, comment j'avais pu méprendre de la Sand, peu
séduisante à son gré : il faut vous dire que George Sand
était très maigre à cette époque.
Dès que mon père connut ma liaison, il interdit à mon
frère de rester plus longtemps avec nous. Et pourtant
notre vie ne se passait pas qu'en plaisirs. George Sand tra-
vaillait, et travaillait beaucoup. Elle ne se permettait qu'une
distraction : la cigarette ; encore écrivait-elle tout en fu-
mant. Elle fumait du tabac oriental et aimait à rouler elle-
même ses cigarettes et les miennes. Peut-être était-ce pour
elle une source d'inspiration, car elle s'interrompait sou-
vent pour suivre les spirales delà fumée, noyée dans sa rê-
verie.
C'est pendant son séjour à Venise qu'elle a composé, sur
cette table de jeu à laquelle je suis appuyé en ce moment,
ses Lellres d'un voyageur, et aussi son roman de Jacques.
.Je lui ai été dans la circonstance d'un faible secours,
et ma collaboration sest bornée à peu de chose : je lui ai
fourni quelques renseignements sur l'histoire de Venise,
sur les mœurs du pays et je l'ai souvent accompagnée
lv-20
3o6 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
dans les cabinets de lecture et à la bibliothèque Marciana.
Elle possédait bien notre langue, mais pas assez pour
écrire dans des revues italiennes ; elle n'a jamais songé, du
reste, à y écrire. Elle avait fort à faire pour composer la
« copie *» destinée à la Revue des Deux-Mondes, car régulière-
ment elle envoyasses feuillets à M. Buloz.
Elle travaillait six à huit heures de suite, de préférence
dans la soirée ; le plus souvent, le travail se prolongeait
assez avant dans la nuit ; elle écrivait sans s'arrêter et sans
faire de ratures.
Les traits dominants du caractère de George Sand étaient
la patience et la douceur, une douceur inaltérable : elle ne
se fâchait jamais et se montrait toujours satisfaite de son
sort...
Quand nous ne mangions pas au dehors, elle préparait
elle-même les repas. C'était une cuisinière émérite, qui excel-
lait dans la confection des sauces ; elle aimait beaucoup le
poisson, aussi était-ce un plat qui figurait souvent sur notre
table'.
Elle digérait très bien toutes sortes d'aliments, n'étant
jamais malade, sauf des gastralgies sans gravité ; je n'ai pas
eu à lui prescrire de médicaments.
Pagello fréquentait le café Florian, rendez-vous du monde élégant de
Venise, et la pharmacie d'Ancillo, qui passait pour la plus mauvaise
langue de la Vénétie. M. Clemenceau a rapporté, dans un fort curieux
article paru dans le Journal (1896), qu'il visita jadis, avec un ami de G.
Sand, <i la pharmacie Ancillo, campo San Luca, où Pagello et sa compa-
gne avaient établi leur quartier général, et la maison de la Corte Minelli,
où, entre deux cris de désespoir de Jacques, la romancière cuisinait les
merveilleuses sauces dont se délectait l'Italien. »
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 3o7
Je ne dois pas oublier de vous faire connaître un talent
particulier de George Sand : elle dessinait admirablement,
mais c'était surtout dans la charge qu'elle se plaisait. Ses
caricatures étaient des plus drolatiques; elle vous croquait
une personne en deux coups de crayon, alors mc^ine qu'elle
ne l'avait vue qu'une seule fois. Ma fille aînée a gardé quel-
ques-uns de ces dessins, qu'elle pourra vous montrer.
George Sand buvait beaucoup de thé, pour s'exciter au
travail.
Le vieillard, à ce moment, se penchant vers une
armoire vitrée, à laquelle son fauteuil se trouvait
adossé, en retira une tasse à larges bords, de con-
tours élégants, munie de sa soucoupe, d'une profon-
deur inusitée. Cette tasse présentait cette particula-
rité, qu'elle semblait d'étain fin, alors qu'au toucher
il était aisé de reconnaître que la matière qui la
constituait était une poterie vernissée, une de ces
terres à reflets stannifères, comme on en fabrique,
nous a-t-on assuré depuis, dans les environs de
Venise. Après l'avoir un instant tenue dans nos
mains, nous la restituâmes à notre interlocuteur,
qui nous pria de la conserver, en souvenir de notre
entrevue. « De tout le service, il ne me reste plus que
quatre tasses », nous dit le vieillard, tenant à nous as-
surer de la valeur qu'il attachait à son cadeau ; nous
l'en remerciâmes d'autant plus vivement et le priâmes ,
pour mettre le comble à sa gracieuseté, d'accompa-
3o8 LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
gner son don de quelques lignes, qui lui serviraient
comme de certificat d'origine. D'une écriture un peu
tremblée, le docteur Pagello traça ces caractères :
Air Egregio D"" Cabanes,
In memoria délia visita, che mi faceste oggi à Belluno,
vi ollro questa tazza, nella quale moite volte la Sand ha for-
bito il the quando abitava con me a Venezia.
Belluno, 4 septembre 1896.
Pietro Pagello.
Ce qu'on peut traduire :
En souvenir de la visite que vous m'avez faite ici, à
Bellune, je vous offre cette tasse, dans laquelle bien des
fois la Sand a bu le thé, quand elle habitait avec moi à
Venise.
Venise, 4 septembre 1896.
Pietro Pagello.
Mais reprenons le récit du D"" Pagello.
En quittant Venise, poursuivit notre interlocuteur
George Sand et moi sommes allés à Vérone, puis au lac de
Garde, à Milan et de là à Genève. Nous sommes restés très
peu de temps en ces divers endroits, et nous sommes arrivés
à Paris dans les premiers jours du mois d'août.
Nous nous sommes séparés dès notre arrivée. Je n'ai
voulu, sous aucun prétexte, accepter l'hospitalité qui m'était
offerte.
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 3o9
J'ai peu fréquenté le monde littéraire pendant mon court
Séjour dans la capitale. En fait de gens de lettres, je ne
me rappelle avoir vu que Gustave Planche et Buloz.
Vous êtes surpris que je ne me sois pas rencontré avec
d'autres écrivains ? C'était la saison des vacances, et ils
étaient à peu près tous à la campagne.
Quant à Musset, je lui ai rendu plusieurs fois visite ;
j'en ai toujours reçu un accueil des plus courtois, mais dé-
pourvu de toute expansion cordiale : il était, au reste,
d'un naturel peu expansif.
Je n'ai conservé de rapports qu'avec un Français, un ami
de Musset, Alfred Tattet, un original s'il en fut, très ama-
teur de vin de Chypre, dont il se faisait tous les ans envoyer
d'Italie un tonnelet : un bon vivant, comme vous dites en
France. Xous avons échangé pas mal de lettres, mais je ne
sais dans quel coin elles peuvent se trouver aujourd'hui ;
j'ignore si je les ai même conservées.
J'habitais à Paris S rue des Petits-Augustins, à l'hôtel
* Pagello logeait à Paris dans une petite chambre située au 4' étage, et
allait prendre ses repas dans une pension tenue par un certain Bunharda,
Vénitien, qui était hôtelier à Paris depuis trente-trois ans... Il allait quel-
quefois au Jardin des Plantes, n'ayant absorbé qu'un pain et quelques
fruits, après avoir fréquenté la clinique de Velpeau et d'autres médecins
illustres de Paris, à qui G. Sand l'avait recommandé, pour se défaire poli-
ment de lui. Qui peut imaginer les jours noirs que le pauvre chirurgien
vénitien doit avoir soufferts dans ce brillant capharnaOm inconnu de lui,
ignorant la langue, les gens, sans argent, avec l'humiliation et l'amer-
tume d'avoir été abandonné parla femme aimée? Le 18 août 1831, désolé,
il écrit à son père : « Il me semble être un oiseau étranger jeté dans une
tempête », et encore : « Si quelqu'un a toutes raisons de se jeter à la
Seine, c'est moi ! » Mais l'heure de prendre congé de l'amie arrivait
3lO LE CABINET SECRET DE l'iUSTOIRE
d'Orléans. Je passais mes matinées dans les hôpitaux. J'ai
suivi les services de Lisfranc, d'Amussat, de Broussais, qui
avait à Tépoque une vogue extraordinaire.
J'ai à peine vu Mme Sand; elle mavait fait inviter par le
précepteur de ses enfants, M. Boucoiran, à aller passer
quelques jours à Nohant. J'ai refusé l'invitation et j'ai pré-
féré regagner l'Italie.
Depuis mon retour dans ce pays, je n'ai plus reçu la
moindre nouvelle de la Sand. J'étais au courant de ses
succès littéraires par les journaux, et c'était tout. J'ai appris
sa moit tout à fait par hasard, mais je n'en ai pas été direc-
tement avisé.
Intervenant dans la conversation, le docteur Just
Pagello s'exprima en ces termes :
J'étais adolescent, lorsque les journaux firent connaître
la mort de la Sand. Je me souviens très bien que mon père
accomplit, comme à son ordinaire, les devoirs de sa pro-
Pagello raconte que les adieux furent muets. « Je lui serrai la main,
ditril, sans pouvoir la fixer. Elle était comme embarrassée. J'embrassai
ses enfants. »
Pagello retourna dans son Italie. Grâce à un gentilhomme lettré,
Paolo Zannini, de Venise, il entra modestement comme chirurgien à l'hô-
pital de Bellune et y fut assez estimé. Il épousa Marguerite Piazza, une
malheureuse qui devint folle et dont il eut une fille Ada, vivante, et un
fils, commerçant, mort à trente-six ans. Devenu veuf, il épousa en se-
condes noces une dame de Bellune, une autre Marguerite, qui lui donna
trois fils, dont le chirurgien Giusto Pagello. (Illustrazione Italiana,
loc, cit.)
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 3ll
iession et qu'il accueillit la nouvelle avec la plus complète
indiflérence. Il parla en famille de celte femme comme s'il
l'eût à peine connue : un demi-sit'cle s'était écoulé sans une
lettre, sans un salut. Ce fut l'assurance de la mort d'une
bohémienne (sic), que mon père au sein de sa faiDilIc recor-
dait (c'est-à-dire : rappelait). Le passé était mort, bien
avant la mort de la Sand 1
Tenez, laissons cela et quittons ce sujet de conversation.
Voulez-vous que je fasse passer sous vos yeux les quel-
ques objets de curiosité que nous possédons ? Avant de quit-
ter cette pièce, il faut que je vous montre un objet qui a un
caractère, comment dirai-je ? historique. C'est une tasse en
porcelaine de Sèvres, qui a une origine assez curieuse et
que je veux vous conter. Le prince de Rohan campait avec
les Autrichiens dans une propriété de mon grand-père, à
deux milles de Caslelfranco, quand survint Masséna avec
ses troupes. Les Autrichiens n'eurent que le temps de battre
en retraite, sans pouvoir enlever les campements. Le lende-
main, un paysan au service de mon grand-père lui rappor-
tait la tasse que voici, qu'il avait trouvée sous la tente du
prince, et qui contenait encore des débris de chocolat, que
le seigneur français était en train de prendre, au moment où
il avait été surpris par les troupes de Masséna.
Les toiles que vous voyez là ont aussi leur prix : voici
un tableau de Tempesta, deux aquarelles de Bisson, une
tête de Schedone et une série de 24 dessins de Claliot.
Puisque nous sommes sur ce chapitre, je voudrais bien
que vous m'aidiez à détruire une légende : dans une des
lettres de George Sand * à Alfred de Musset, qu'a publiées la
* Cette lettre a paru dans la Revue de Paris, 1896, p. 735-736.
3l2 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
Revue de Paris, la romancière prétend qu'elle avait soumis
à un expert les tableaux que mon père avait apportés en
France; que ces tableaux, de l'avis de l'expert, « ne valaient
rien », mais qu'elle en avait néanmoins offert à mon père la
somme de deux mille francs, « ajoutant le procédé de lui
cacher le secours qu'elle lui apportait ». Mon père a pro-
testé, aussitôt qu'il a connu le fait, et nous ne cesserons de
protester toutes les fois quon le rééditera. Je tiens de mon
oncle défunt que ces toiles, sans être des Raphaël, étaient
loin d'être des œuvres médiocres. Elles étaient signées du
peintre Ortesiti, un maître.
D'ailleurs, mon père avait beaucoup de relations dans le
monde des artistes; ses goûts s'étaient développés dans
ce milieu, et il passait pour un connaisseur. Vous ne dou-
tez pas que, dans ces conditions, il se fût bien gardé d'em-
porter avec lui des croûtes, dont il n'aurait pu tirer aucun
parti. Il revenait ruiné, sa clientèle l'avait quitté, il lui fal-
lait recommencer une nouvelle existence : c'était assez de
déboires comme cela !
Sachez bien, poursuit, en s'animant, M. Just Pagello, que
les relations de mon père avec George Sand ont été un épi-
sode dans sa vie, et rien de plus. George Sand, fatiguée des
étranges vicieusetés [sic) d'Alfred de Musset, s'était donnée
sans réserve à mon père, qui était jeune, aux larges épaules,
intelligent, un vrai beau S brave et bon garçon, qui n'était
pas à son premier amour, à ce que j'en sais.
1 <' Le docteur Pagello, a écrit dans la Revue des Revues (18%, p. 572)
M. R. Paulucci di Calboli, le docteur Pagello était un tout jeune homme,
auquel on aurait pu appliquer le vers dans lequel Dante peint Conradin :
« Biondo era e bello e di gentile aspetlo. •■ Ses traits et ses manières tra-
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 3l3
Mon père aimait la jolie étrangère pour son génie, pour
sa bonté, et, sans en èlrc aux nuages, il en était fort épris'.
Mais tout cela fut vite oublié. Une fois rentré eu Italie,
mon père reprit ses occupations professionnelles. Il n'eut
pas de mal à vite reconquérir sa clientèle. Son habileté,
surtout comme chirurgien, était depuis longtemps établie :
ancien élève du célèbre Scarpa et du chirurgien Rima, ex-
médecin principal de la grande armée de Napoléon, il avait
de qui tenir.
Mon père fut un des premiers à vulgariser en Italie la
lithotripsie, quil avait vu pratiquer par Lisfranc, et la
cystotomie périnéale ; il acquit, en outre, une véritable
réputation comme accoucheur^. Il y a huit ans tout au
hissaient le descendant d'une ancienne famille de la Vénétie, anoblie
par le pape Paul II. Esprit fin et délicat, cœur de femme, une intelli-
gence d'artiste. Charmant causeur, toujours l'air gai et souriant, très
élégant de sa personne, il était le favori des salons vénitiens et l'enfant
gâté des dames. Quoique très jeune, il jouissait déjà d'une bonne répu-
tation comme chirurgien, ayant publié des mémoires qui révélaient le
sérieux de ses expériences et de ses observations. Faut-il s'étonner que
G. Sand l'ait trouvé digne d'être aimé ? Il n'était ni usé par les plaisirs,
ni abusé par l'expérience. Pagello était généreux et romanesque comme
elle, une véritable âme de poète. »
i Au moment où il connut G. Sand, Pagello était aimé « par une
femme belle comme les madones de Paul Véronèse, au sein fleuri, aux
cheveux d'or ondoyants. Elle portait le nom romantique d'Arpalice >.
G. Sand était un type esthétique qui formait un parfait contraste avec
celui de l'Arpalice. « Ces cheveux noirs courts, ces grands yeux nageant
sous des cils noirs, ces lèvres turgides, sensuelles, ces mains et ces
pieds petits, ce geste résolu, surtout l'auréole d'une renommée euro-
péenne, subjuguèrent Pagello. » {Ulustrazione I/afiana, loc. cit.)
* Dans l'Histoire de la chirurgie et de l'obstétrique, de Corradi, sont
mentionnés ses mérites professionnels.
314 LE CABINET SECRET DE l'hISTOJRE
plus qu'il a cessé d'exercer. Jusqu'alors, il a fait son ser-
vice à l'hôpital de Belluno avec la plus scrupuleuse régu-
larité.
Il ne s'est jamais désintéressé des progrès de la science, et
dans les rares loisirs que lui laissait l'exercice de son art,
il s'occupait de géologie, de paléontologie, de conchylio-
logie et de pisciculture. Mais il a toujours eu une prédilec-
tion marquée pour la littérature. Actuellement il se tien-
au courant de tout ce qui se publie et lit plusieurs heures
par jour les revues, les journaux, les ouvrages nouveaux.
Et il lit sans lunettes, malgré ses quatre-vingt-dix ans !
11 écrit moins qu'autrefois, bien qu'il consigne encore ses
réflexions et ses pensées sur le papier. Jadis, il a composé
un mémorial, sorte d'acte de contrition d'un « bon enfant
bien repenti » (sic), qui déplore ses péchés de jeunesse. Mais
ni les événements dont il est parlé, ni les personnages n'y
sont en aucune façon précisés.
Nous conservons encore un ouvrage manuscrit de mon
père, qui contient de nombreuses poésies, des œuvres de
moralité, des souvenirs de voyage, de la sociologie, de
l'économie domestique, etc. Ce livre est dédié à ses fils et
à ses neveux ; aucun fragment n'en sera livré à la publi-
cité de son vivant. Je feuilletais un jour ce volumineux
manuscrit, quand il s'en échappa un papier qui tomba à
terre et que je m'empressai de ramasser. C'était un por-
trait de George Sand, admirablement fait. Je n'ai pu le
retrouver depuis, malgré toutes mes recherches.
Le nom de George Sand revenant fort opportuné-
ment dans la conversation, 'nous en profitâmes pour
UN ROMAN VÉCU A TROIS PERSONNAGES 3l5
poser une question qui nous brûlait depuis longtemps
les lèvres : existait-il une correspondance de George
Sand avec Pietro Pagello ? Cette correspondance
comprenait-elle beaucoup de lettres? Quand et par
qui seraient-elles publiées ?
« — Il est certain, nous répondit M. Just Pagello,
qu'il y a eu bon nombre de lettres échangées entre
mon père et Mme Sand, mais nion père nous a tou-
jours assuré qu'il les avait brûlées, sauf trois, les
plus intéressantes, du reste. C'est un publiciste ita-
lien, ami de mon père, M. Antonio Canianiga, et non
pas M. Zanardelli, comme on l'a prétendu, qui est
chargé de cette publication posthume, car mon père
exige qu'elles ne soient pas publiées de son vivant.
Nous sommes bien décidés à respecter à cet égard sa
volonté. Outre ces trois lettres, il y a la déclaration
d'amour adressée par George Sand à mon père, à
l'hôtel Danieli, et dont je vous ai donné communica-
tion. »
A l'heure actuelle, les lettres de George Sand à
Musset ont été rendues publiques ; celles d'Alfred à
George Sand ont paru presque en entier * ; seul, le
docteur Pagello a résisté jusqu'au bout à toutes les
sollicitations.
Après avoir été le moins malheureux, il est resté,
quoi qu'on ait dit, le plus discret, le plus raisonnable,
1 M. de Lovenjoul a publié, dans Cosmopolis, une grande partie des
316 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIBE
le mieux équilibré des trois*. Pour qui juge équita-
blement, c'est encore lui qui est sorti* de cette aven-
ture le moins diminué.
lettres de G. Sand à Sainte-Beuve ; la Revue de Paris en a donné, de
son côté, un bon nombre. Mme Lardin de Musset a communiqué plu-
sieurs lettres de son frère à M. Maurice Clouard {Revue de Paris), puis
à M. Paul Mariéton, qui les a reproduites dans son ouvrage. EnQn, nous
avons eu les lettres de G. Sand à Musset, dont la publication avait été
confiée aux soins de M. Aucante {Revue de Paris, 1896) ; les lettres de
G. Sand à l'abbé Rochet {Nouvelle Revue, 1896) ; les lettres de Musset à
G. Sand, publiées par M. Decori (1904), et dont les originaux sont à la
Bibliothèque nationale (Nouv. acq. fs.)
1 Cf. un article de F. Sarcey, dans la Revue hebdomadaire, du 5 mars
1898.
* Le D'^ Pietro Pagello est mort à Bellune, le 24 février 1898, âgé de
91 ans.
TABLE DES GRAVURES ET PORTRAITS
Le cardinal de Richelieu 25
Masque mortuaire de Richelieu 53
Blanche de Caslille allaitant saint Louis i65
Talleyrand 209
Alfred de Musset 281
George Sand 289
Le docteur Pagello SoB
TABLE DES MATIÈRES
Le médecin de Louis XL i
Le médecin de Richelieu. — La maladie du Cardinal . . 16
L'odyssée d'un crâne. — La tète du Cardinal
Le squelette de madame de Maintenon et le crâne de ma-
dame de Sévigné. — Illustres débris et reliques anato-
miques 59
Le médecin de madame de Pompadour 92
Guillotin est-il l'inventeur de la guillotine? 108
Un médecin, maire de Paris en 1798 128
Deux juges de Marie-Antoinette :
L — Le chirurgien Souberbielle 174
IL — Le chirurgien Roussillon 198
Talleyrand et ses médecins 197
Comment Nélaton conquit la célébrité : la balle de Gari-
baldi 221
Les origines médicales du maréchal de Mac-Mahon . . . 281
Les médecins de Gambefta et le sort de ses restes . . . 262
Comment Notre-Dame de Paris et le Luxembourg furent
préservés de l'incendie par des médecins 268
Un roman vécu à trois personnages : A. de Musset, George
Sand et le docteur Pagello 275
Table des gravures 817
29-605. — Tours, Imp. E. Arrault et C"
TABLE GÉNÉRALE DES MATIERES
Abc
3cès de Richelieu, IV, 31-37.
Accouchement de la ducliesse de
Berry, IL 326-339; — Rap-
port de police svir I' — . Il, 346-
352; — de Marie-Aotoiiiette, II,
101-111; — de l'Impératrice
Marie-Louise, II, 303-322.
Accouchements clandestins de Mlle
de La Vailière, I, 173-192; —
de Mme de Montespan, I, 201-
207.
Accoucheurs de la cour, en France,
I, 194-201; —II, 94-9.5,102,104,
107, 108, 310, 312-316, 321-322,
329-339.
Age des rois de France à leur mort,
I, 10.
Agénésie de J.-J. Rousseau. III,
143.
Allaitement ^Lettre de Chambon
à la duchesse de Berry, sur 1'),
IV, 161-172; — par les prin-
cesses elles-mêmes, IV, 172,
173.
Alopécie de Henri III et de Fran-
çois I", I, 18, 19.
Amants de Catherine de Médicis,
I, 40.
Amoureux de Charlotte Corday,
III, 166-174; — de Mme Réca-
mier, UI, 396-399.
Amours de la Reine Elisabeth
d'Angleterre, III, 401; — de
Louis XIV adolescent, I, 130; —
de J.-J. Rousseau avec Mme
d'Houdetot, III, 76-80.
Anaphrodisie de Louis Xlll, 1,109-
116; — de Louis XVI, II, 33-
64 ; — de Mme de NVarens, 111,
67.
Année climatérique des vieillards,
I, 273-274.
Anomalies obstétricales, dans les
familles royales, II, 3(;6-382.
Arbitre au mariage des rois, U,
9-12.
Archet (Appareil sudorifique), III
4.
.\rtério-sclérose de J.-J. Rousseau,
m, 143, 151-153, 155,166, 158.
Attentat sur Louis XIV, I, 131-
132.
Autopsie de Charlotte Corday, III,
208-212 ;— Procès-verbal d' —
de Louis XVII, II, 175-176; —
de Richelieu, IV, 40-43; — de
Talleyrand, IV, 214-217.
iv-21
322
TABLE GENERALE DES MATIERES
B
aile de Garibaldi (Extraction de
la) par Nélaton, IV, 221-229.
Beauté de Charlotte Corday, 111,
175-180.
Bégaiement de Louis XIII, I, 90-
91.
Blennorra?ie de Louis XIV, I,
133-142.'
Bonbons empoisonnés du marquis
de Sade, III, 31.5-322.
Boulimiede Louis XVI, II, 123-128 .
Bravoure de Napoléon, II, 240.
vancpr du rectum de Sophie Ar-
nould, m, 373-380.
Canitie émotionnelle de Marie-
Antoinette, II, 229-130.
Cécité de Marie-Antoinette, II,
141.
Cendres de Christophe Colomb, IV,
78; — de Duguesclin, IV, 76;
— de Marceau, IV, 79.
Certificat de santé pour le ma-
riage de Marie Leczinska, I, 249,
251; — de visite de Sophie Ar-
nould, m, 376.
Cerveau de Gambetta, IV, 253; —
de Talleyrand, IV, 214-215,
219.
Chaise roulante de Couthon, III,
228-229.
Chats (Aversion de Louis XVI
pour les), II, 120-122.
Chaufferette inventée par Mme
Chambon de Montaux, IV, 155-
160.
Cheveux de Charlotte Corday, m,
179, 180-187, 193; — de Marie-
Antoinette, IV, 153-154.
Chirurgiens (Deux), juges de Ma-
rie-Antoinette, IV, 174-196.
Claudication du comte de Cham-
bord, II, 353-366.
Cloches (Effets du son des) sur Na-
poléon, 237-238.
Clystères (Salle des) du marquis
de Sade, III, 343.
Cœur de Duguesclin, IX, 77-78; —
de Gimbetta, IV, 252-253; —
de Henri IV. II. 401-405; — de
Louis IX, IV, 80-82; — de Na-
poléon, IV, 89; — desaintLouis,
IV, 88; — de Talma, III, 390-
391; — de Turenne, IV, 87-88.
Cœurs mangés, IV, 81, 89; —
royaux, 11,400-405.
Consanguinité et stigmates obsté-
tricaux, dans les familles royales,
II, 371-374.
Consultation de Piécamier, sur la
fracture du fémur du comte de
Chambord, II, 359-862.
Consultations données à Couthon,
m, 268-279.
Copulation précoce, FI, 163, 217-
218.
Corps de Daubenton, Jacquemont,
Guy de la Bros?e, au Aluséum,
IV, 86; — de Turenne, IV, 82-
86.
Costume d'Arménien de J.-J.PiOus-
seau, III, 85-86.
Côtes de Philippe le Bel et de
Louis XIL II, 391-399.
Crâne de Charlotte Corday, III,
212-224; — de Duguesclin, IV,
77; — de Bichelieu, IV, 56-57;
— du marquis de Sade, UI,
366-367 ; — de Mme de Sévigné,
IV, 62-69.
D
ates (Superstitions de) chez Na-
poléon, II, 273-276.
Décapitations célèbres, IV, 112.
Dégénérescence et anomalies pla-
centaires dans les familles royales
II, 377-3S0 ; — et gémellité dans
les familles royales, II, 380-
382; — et présentations anor-
males dans les familles royales.
TABLE GENERALE DES MATIERES
323
II, 371-377 ; — des derniers Va-
lois, I, 56-59.
Délire des persécutions cliez J.-J.
Rousseau, 111, 132-138, 140-142,
155-157.
Deuts de Louis XIV, l, 143-157 ; —
à la naissance, chez des person-
nages historiques, 1, 144.
Dépenses (.Mémoire des) de .Marie-
Antoinette à la Conciergerie, II,
140.
Détention de Marie-.\ntoiaette, II,
135-141, 221-230.
Diabète de Marat, III, 163-164.
Dissection d'une femme toute vi-
vante, chez le marquis de Sade,
m, 311-312.
Doigt de Richelieu, à la Biblio-
thèque .Mazacine, IV, 46.
Dromomanie cliez J.-J. Roussenu,
III, 149.
Dyspnée deffort de J.-J. Rousseau,
m, 154.
Dvsurie de J.-J. Rousseau, m, 46-
'47, 67, 70-72, 82-84, 87, 95-96.
101-103.
V
Jùau de boisson de Marie-Antoi-
nette, II, 224-227.
Eclampsie de .Marie-.\ntoinette, II,
102-105.
Ecriture de Louis XVII, II, 196-
200.
Eczéma de Marat, III, 160-161, 163.
Education de Louis XIII, I, 91-100.
Embaumement de Talievrand, IV,
217-219.
Emprisonncmeots du marquis de
Sade, m, 307-310, 314, 323-
333 , 336-342 , 345-346 , 348-
372.
Empyème de l'antre d'Highmore,
de Louis XIV, I, 152-157.
Entrailles de Mlle de .Moutpensier,
IV, 79-80.
Epinchement labyrinthique de
J.-J. Rousseau, III, 152-154.
Eijjlepsie de Marie Leczinska, I,
240-254.
Erotisme du marquis de Sade, III,
312-313.
Etoile de Napoléon, 240, 243-
246.
Etoiles des grands hommes, II,
243.
Evasion du marquis de Sade, III,
331-333.
Exécution de Couthon, III, 247.
Exhibitionnisme de J.-J. Rous-
seau, III, 54, 149-150.
Exhumation de .Marie-.\ntoi nette,
II, 234; — des rois de France
en 1793, II, 384-385; —du mar-
quis de Sade, III, 366.
r atalisme de Napoléon, II, 236-
242, 247. 252, 287.
Fatalité (Instinct de la) chez les
soldats de Napoléon, II, 269.
Fauteuil de Couthon, 111,239-240.
Fémur de Charles V, II, 391, 399.
Fétichisme amoureux de J.-J.
Rousseau, III, 48-53.
Fièvre maligne de Louis XV, 1,
266-272.
Fiancée de Robespierre, III, 299.
Fistule à l'anus de Louis XIV, I,
159-171; — dentaire de Louis
XIV, 152-157.
Folie de J.-J. Rousseau, III, 124.
158 ; — du marquis de Sade, III,
305-372.
Fracture du col du fémur chez le
comte de Cliambord, II, 353-
366; — Rapport du docteur De-
lauiiay sur la — du comte de
Cliambord, 11,364-365.
G
éuéaloirie des Duplay, 111, 287,
290.
3^4
TABLE GENERALE DES MATIERES
Grossesse de Marie-Antoinette, II,
87-111; — de l'Impératrice Ma-
rie-Louise, II, 304, 305; — Si-
mulation de — de la duchesse
de Berry , II, 324-326, 339-
345 ; _ Simulation de — de Marie
d'Angleterre, II, 307; —de l'im-
pératrice Marie-Louise, n, 305-
307.
Guillotine (Guillotin est-il l'inven-
teur de la -), IV, 108-122.
H,
Jabitudes vicieuses de Louis Xni,
I, 91-100; — de Louis XVII, II,
143-150.
Hémorrhoïdes de Richelieu, IV,
24-28; — de Louis XIV, I, 160;
_ de Louis XVI, II, 129 (note).
Hérédité et présentations anor-
males, dans les familles royales,
II, 375-377.
Hernie de Louis XVII, II, 168-174,
219; — de J.-J. Rousseau, III,
82, 88.
Hommage de vassalité du méde-
cin de Louis XI, IV, 11.
Honneur (Projet contre 1') de la
reine Marie-Antoinette, U, 177-
180.
Honoraires des médecins et du
bandagiste de Louis XVU, au
Temple, H, 209-212.
Hypocondrie de J.-J. Rousseau,
m, 58, 70, 73-76, 119, 130. 132,
147-148.
Hjpospadias de Henri H, I, 42-
44.
Impuissance de J.-J. Rousseau,
III, 107-114; — Chanson sur
1'— de Louis XVI, H, 45.
Incendie de Notre-Dame en 1871,
265-271.
Inceste (Accusation d") contre Marie-
Antoinette, n, 142; — de Napo-
léon et de Pauline, II, 2«9-302.
Inhibition génitale de J.-J. Rous-
seau, III, 53, 80, 107.
Inoculation de Louis XVI, II, 130-
131.
Insomnie de J.-J. Rousseau, in,
145-150.
Internes (Les) de l'Hôtel-Dieu et
l'incendie de Notre-Dame, IV, 265-
271.
Interrogatoires (Procès-verbal des)
subis au Temple par le Dau-
phin, la Dauphine et .Mme Eli-
sabeth, n, 180-190.
Intestin (Rétrécissement de 1') de
Talma, UI, 380-390.
J eu de Louis XVII donné à un
tapissier de Toulon par Bru-
nyer, médecin. H, 200-202.
K
leptomanie chez J.-J. Rousseau,
III, 149-150.
Légitimité de Louis XIV, I, 117-
121.
Lèpre (la) d« Marat, III, 159-165.
Lettre M fatidique pour Nap»
léon I", II, 277-279; — pour
Napoléon III, II, 277-278.
Luette (Maladie à la) de François
I«r, I, 17.
Ma
âchoire de Molière. IV, 90-91.
Maison de l'Eléphant, IV, 2-5 ; —
dOrfiia, IV, 5; — de Robes-
pierre, m, 282-292.
Maîtresses de François I*'', I, 5-10;
— d'Henri II, I, 41-44; —
d'Henri IV, I, 62-69; — de Loui-
XIII, I, 106-107; — de Louis XIV,
I, 6, 127-129, 173-211; — de
Napoléon, H, 2is9-302; — de
J.-J. Rousseau, III, 56-58, 61-
62, 68-69, 127, 136.
TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES
325
Mal de Naples, I, 18, 66.
Mal de Pott chez Couthon, III, 265-
266.
Malade en titre de la reine, III, 31.
Maladie de Sophie Arnould, IIl,
373-3S0; — de Couthou, 111,225-
241, 248-279; — (dernière) de
François I", I, 26-29; — de
Louis XI, IV, 12-14; — de Louig
XVII, II, 164-173; — Ténérienne
deLouis XVII, II, 157-160, 218; —
de Scarron, III, 1-40; — de
cœur de Talma, III, 390.
Maladies de Catherine de Médicis,
1,35-39;— d'Henri IV, I, 70-85;
— deLouis XIV, I, 133-142, 152-
157; — de Louis XV, I, 261-
305; —de Louis XVI, II, 129-
131; — de Marie-Antoinette, II,
221-225 ; — de Richelieu, IV,21-
40; — de J. -J.Rousseau, 111,41 ;
— de Talicynmd, IV, 208-213.
Manon Lescaut (Exemplaire de),
annoté par Louis XVII, II, 190-
196.
Mariage (Coutumes singulières au)
des rois, II, 1-32; — du Dau-
phin, Gis de Louis XV, II, 16-
23; — du Duc de Bourgogne, II,
12-16; — de Louis Xlli, I, 100-
106; — de Louis' XV, 1,213-
259; — de Louis XVI, II, 33-
85; — de Napoléon, II, 26-28;
— de Mme Récamier, III, 393-
395; — par procuration, des
rois, n, 1-3, 26; — d'un roi
d'Espagne, II. 29-31; — des
rois; bénédiction du lit nuptial,
II, 23-24 ; — visite de la fian-
cée, II, 3-4, 8.
Mars (Ephémérides du 20) dans
la vie de Napoléon, 11, 275.
Maxillaire d'Anne d'Autriche, II,
393-395, 399; — inférieur de
Catherine de Médicis, II, 391,399.
.Médecin (Un) amant de George
Sand, IV, 288-316; — guillo-
tiné par amour pour Charlotte
Corday, 111, 172-174; — de
Louis XI, IV, 1-15; — maire de
Paris, en 1793, IV, 123-155 161
-172 ; — de .Mme de Pompadour,
IV, 92-107; — de Richelieu, IV,
16-43.
Médecine (Prétentions deNapoléon
à la , II, 255.
Médecins, chirurgiens et autres
personnes ayant donné des soins
à la famille royale au Temple
(Rapport de la Préfecture de
Police), II, 202-209.
Médecins de Gambelta, IV, 252-
262; — dans la famille Mac-
Mahon, IV, 231-251 ; — et l'in-
cendie de Notre-Dame de Paris
et du Luxembourg, IV, 263-
274; — de Talleyrand, IV, 197-
219.
Médicaments (Mémoire des)
fournis au Temple, II, 212,
217.
Mégalomanie de J.-J. Rousseau,
lil, 124, 141.
Métrorrhagies de Marie-Antoinette,
II, 223-224, 228, 230.
Migraines de Marat, III, 161.
Mo"rt de Louis XV, I, 301-303;
Chansons sur la — , 1, 304-305 ; —
ie Marie-Antoinette, II, 231
233; — de Mme de Montespaa,
I, 209-211 ; — de Richelieu, IV,
40.
.Mots d'esprit de Sophie Arnould,
III, 374.
Musicothérapie, recommandée par
Souberbielle, IV, 187-188.
N
aissance du duc de Bordeaux, II,
323-352; — du roi de Rome,
II, 317-322.
326
TABLE GENERALE DES MATIERES
Napoléon chiromancien, II, 256.
Neurasthénie de Marat, III, 161 ; —
de J.-J. Rousseau, III, 121, 143-
153; — vésicale de J.-J. Rous-
seau, m, 104-105.
Nombre 13 et Napoléon, II, 276-
277.
Nourrices à la cour de France, II,
98, 101, 321, 344; — de Louis
XIV, I, 145-149; — du roi de
Rome, II, 308-310, 320-321.
Nymphomanie de femmes célè-
bres, II, 301 ; — de Pauline Bo-
naparte, II, 289-302.
0
dorât (Sensibilité de l') chez
J.-J. Rousseau, m, 123.
(Eil de Gambetta, IV, 253-261.
Omoplate de Hugues Capet, II,
391, 399.
Opération de la fistule de Louis
XIV, I, 164-171.
Orchite de J.-J. Rousseau, UI,
106-107.
Os (Mensuration de 1') de la cuisse
de François I", UI, 384-385.
Ossements du Dante, IV, 69-75;
— de Duguesclin, IV, 75-77; —
de Mme de Maintenon, IV, 59-
61 ; — royaux du Musée du
Louvre, II, 383-400; — mis en
vente en 1846, II, 387-388.
Otite moyenne scléreuse de J.-J.
Rousseau, III, 151-154.
i achyméningite dorso-lombaire
de Couthon, III, 266.
Pamphlet du marquis de Sade
contre Joséphine de Beauhar-
nais, m, 349-353.
Paralysie des jambes de Couthon,
in, 226-240, 249-279.
Perroquet de Robespierre, IH, 302-
304.
Persécutions (délire des) chez J.-J.
Rousseau, III, 132-138, 140-142,
155-157.
Perversion sexuelle de Louis XIII,
I, 110-112; — de J.-J. Rous-
seau, 111,48-55.
Phimosis de Louis XVI, II, 46-55,
70-73, 76-79, 82.
Phobie verbale de J.-J. Rousseau,
III, 150.
Phtiriase ou maladie de Scylla, lll,
160.
PhysiognomoniefParallèlede) entre
Louis XIII et Louis XIV.1, 122-125
Pied bot de Talleyrand, IV, 209.
Pleurésie de Richelieu, IV, 38-39.
Poignard de Charlotte Corday, ni,
187-188.
PoUakiurie de J.-J. Rousseau, UI,
100-101, 105, 155.
Portraits de Charlotte Corday, lU,
175-176, 189-191, 209; — de
François I", I, 20-22; — d'Henri
IV, I, 60; — de Robespierre,
m, 295-297.
Prédictions sur Joséphine de Beau-
harnais, H, 253-254, 258; —
de Mlle Lenormand, H, 258-262;
—sur Napoléon, n, 249-251, 256,
258, 279-284.
Présentations anormales dans l'his-
toire, H, 370-377,
Pressentiments de Joséphine, II,
262-266; — de Napoléon, H'
267-273.
Prophéties (Livre de) de Noël Oli-
varius, U, 279-284.'
Prostate (Hypertrophie de la) de
J.-J. Rousseau, UI, 89, 93.
Prurigo de Hébra, de Marat, m,
160-161.
Psoriasis plantaire de Marat, in,164.
Psychologie de Charlotte Corday,
ni, 191-117;— de Couthon, III,
241 242; — de Louis XVI, H,
113-134.
TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES
327
Psychopathie urinaire de J.-J.
Rousseau, 111,98-103, 104-105.
115, 119-120, 127.
Keligiosité de Napoléon, 11, 237-
238.
Reliques de saint Fiacre, pour
guérir les hémorrhoides de Ri-
chelieu, IV, 25-27.
Rétention d'urine de Richelieu,
IV, 28-33.
Rét récissement blennorragiquc
d'Henri IV, I, 77-82.
Rhumatisme de Couthon, III, 252.
263-267; — chronique de Sc;ir-
ron, III, 19-40.
Roman (Un) vécu à trois person-
nages, 275-316.
S
crofule de Catherine de Médicis,
I, 35.
Sépulture de Charlotte Corday,
III, 212 215.
Sinusite maxillaire de Louis XIV,
I, 152-157.
Sondes ^Invention des) molles, I,
82; —de J,-J. Rousseau III, 71,
83,' 85, 102.
Soufflet (Le) de Charlotte Corday,
m, 197-207.
Soulier de Talleynmd, IV, 219-220.
Squelette de Mme de Maintenon,
IV, 59-Gl.
Stérilité de Catherine de Médicis,
I, 31-59.
Superstitions de Joséphine, II,
260-266; — de Napoléon, II,
235-288.
Syphilis de François !«>', I, 1-29;
'_ de Pauline Bonaparte, II, 295-
296- ; 300-301 ; — chez les pcr-
siinnagts historiques, I, 18.
Sypliiluphohie de J.-J. Rousseau,
"m, 67, lOC.
i aille de Charlotte Corday, lll,
179. 180-181.
Tête de Richelieu, IV, 45-68.
Thé;\tre (Le marquis de S.ide, di-
recteur du) de 1.-1 maison de
Ch;irenton, 111, 3.i9-360, 363.
Tibia de Cliarles VI et du cardi-
nal de Retz, II, :i91, 399.
Tombeau du cardinal de Richelieu,
IV, 44-45, 49-51.
Toxidermie de Marat, III, 162-163.
Tuberculose héréditaire dans les
familles royales, II, 371, 376,
380.
Urèlhre (Rétrécissement de I')
de J.-J. Rousseau, III, 71, 83,
85, 89-90, 98, 119.
Uréthrite de J.-J. Rousseau, III,
106-107.
V
aginisme de Mme Récamier, III,
399-403.
Variole de Louis XV, 1, 274-303.
Vertèbres de Charles VII et de
Charles IX, 11, 391, 399.
Vésanic de J.-J. Rousseau, 111,
115-158.
Vie de Robespierre chez les Du-
play, m, 290-295, 298-300.
Virginité de Charlotte Corday, III,
208-212.
Virginité (Constatation de la) chez
!a iiancée du Grand Duc de Flo-
rence, H, 4-6.
TABLE DES NOMS DE LIEUX
Abbaye-aux-Dames, III, 166.
Abensberg, II, 275.
Ablon, I, 75.
Aboukir, II, 239.
Achem, IV, 87.
Agen, I, 65, 74.
Aigle (!'), III, 308.
Aix (en Provence), III, 347.
Aix (le Parlement d'), III, 320,
322, 334, 337.
Aix-les-Bains, III, 87.
Alais, II, 357.
Alençon, II, 62.
Allemagne, I, 234 ; II, 246, 266 ;
III, 45; IV, 13, 206.
Alsace, I, 235 ; IV, 253,
Amboise, I, 14, 191.
Amérique, I, 3 ; III, 34, 173, 350.
Amiens, IV, 12.
Angers, I, 144 ; II, 405.
Angleterre, I, 28, 219, 227, 232 ;
II, 8, 153, 366, 372; III, 129,
130, 135, 341; IV, 189, 213,
224, 233.
Angoulême (rue d'), III, 287.
Anjou-Saint-Honoré (rue d'), II,
234; III, 212; IV, 188.
Annecy, I, 220 ; III, 334.
Antilles, IV, 196.
Anvers, I, 48.
Appenzell, II, 266.
Arabes (les), II, 242, 272.
Arbaumont, IV, 237.
Arcis-sur-Aube, II, 240.
Arcueil, III, 311, 314, 327.
Arenenberg, II, 252.
Argentan, II, 232 ; III, 187, 191.
Arles, I, 196.
Armeniières, II, 344.
Arnay-le-Duc, IV, 199.
Arras, III, 291.
Artois (hôtel d'), IV, 14.
Asie, I, 6.
Aspromonte, IV, 221.
Asturies, II, 14.
Athènes, III, 119, 192.
Aude, IV, 87.
Aulnay (seigneurie d'), IV, 5.
Austerlilz, II, 270. 274, 309.
Aulun, II, 296 ; IV, 231, 232,238,
239, 240, 241,243, 247.
Auvergne, III, 235.
Auxeraines, IV, 243.
Avallon, IV, 241, 249.
Avignon, IV, 286.
IJagnères, III, 375.
Bâle, I, 24 ; III, 129.
TABLE DES NOMS DE LIEUX
329
Barcelone, I, 25.
Barèges (eaux de), I, 163, 197,
198; III, 375.
Barnay, IV, 243.
Bastille (la), HI, 338, 340, 341,
344 ; IV, 96, 177, 179.
Bayeux, IV, 12.
Bayonne, II, 244; III, 341.
Bayreulh, I, 235.
Beaune, IV. 193.
Beauvais, IV, 9; — (\ià\.e\ dei,
I, 130.
Beauvoisine (rue), II, 283.
Bellérophon (le vaisseau le), II,
278.
Bellune, IV, 292, 294, 296, 302,
310, 316.
Bergerac, I, 80.
Berlin, I, 235 ; II, 66, 68, 272 ;
III, 72, 292 ; IV, 233.
Berne, III, 123.
Berny, I, 218.
Berry, I, 39, 83 ; IV, 15.
Besançon, I, 23.
Bicétre, III, 250, 348, 354, 356,
357, 361, 366, 369 ; IV, 116.
Bienne (lac de), III, 129.
£/anc (Pères Augustias du), IV,15.
Blangey, IV, 243.
Blois, l, 191 ; III, 182; IV, 151.
Bocage, II, 240.
Bohême, I, 18 ; III, 341 ; IV,
194.
Bologne, IV, 286.
Bondy (forêt de), IV, 5.
Bordeaux, I, 71,79,82, 101,113;
IV, 28,29,30, 31, 32, 108,190,
191.
Bouillon (hôtel de), I, 183, 184.
Boulogne (bois de), IV, 186.
Bourbon (hôtel de), II, 221.
Bourbon-Lancy, IV, 37.
Bourbon-l'ArchambaulKesiUxde),
1,164, 209; III, 10,11, 31,236,
277; IV, 211.
Bourbonne-les-Bains, III, 277!
IV, 125.
Bourgogne, IV, 239, 240, 243,
246, 247; — (Etats de), IV, 237,
245.— (hôtel de), IV, 14.
Brazay (ch;\telleuie de), IV, 11.
Breslau, II, 244.
Bresse, IV, 246.
Bretagne, IV, 2, 47, 75.
Bretheville-sur-Odon, III, 195.
Breuvannes, IV, 124.
Briançon, H, 338.
Brie, II, 321.
Brienne, II, 238, 246, 247, 274,
275.
Brion (hôtel), I, 178, 179.
Brouage, IV, 33.
Brunoy, III, 384.
Briinnsee, II, 354.
Bruxelles, I, 91, 145; 11.268.
Bûcherie (rue de la), IV, 23.S.
Bucy (poterne de), IV, 3.
Burgos, II, 268.
Bussière (abbaye de), IV, 241.
Byzance, IV, 263.
C
'abrera, IV, 61.
Caen, III, 32, 166, 167, 168, 169,
172, 176, 188, 189, 192, 208.
Cahors, II, 9 ; IV, 252, 254.
Caire (Le), II, 250.
Calais, I, 65.
Calvados, III, 181.
Cambrai, IV, 1.
Cambridge, IV, 238.
Canadia, IV, 243.
Carcassonne, IV, 87.
Carmes prison des), III, 345.
Carnavalet (musée), III, 228, 240 ;
IV, 81, 219, 220.
Castres, I, 102.
Célestins (couvent des), IV, 80.
César (bains de), III, 231.
Chaillot, \, 176.
Chdlons, I, 245; II, 126.
33o
TABLE DES NOMS DE LIEUX
Chambérij, IIÎ, 59, 60, 326, 331,
33i.
Champ-(le-Mars, IV, 194.
Champagne, IV, 12-i; — (Francs-
archcrs de), IV, 9, 150.
Champecullion, IV, 243.
Champoiix, IV, 243.
Chanteloup, IV, 236.
Chantilly, I, 216.
Chanvirey, IV, 243.
Charenton, III, 12, 305, 342, 347,
349, 353, 354, 356, 357, 358,
.359, 360, 361, 362, 363, 364,
366, 367, 369, 370, 371, 372.
Charilé (frères de la), III, 362 ;
— (hôpital de la), II, 203 ; III,
31 ; IV, 177.
Charleville, III, 26.
Charmeltes (les), III, 58, 64, 65,
65.
Charnay, IV, 244.
Chartres, I, 40.
Château-la-Vallière, I, 191.
Châteaudim, II, 196.
Chàtillon, III, 301.
Chaunay, IV, 243.
Chenonceaux, I, 32.
Cherche-Midi (rue du), IV, 152.
Cheroy, III, 368.
Chevrette (la), III, 72.
Chinon, II, 6.
ChiswicM, III, 130.
Choisy, II, 34 ; IV, 236 ; III, 289.
Christine (rue), III, 211.
Cigai, III, 308.
Civray (château de), IV, 10.
Claye, II, 127.
Clermont, I, 180.
Clermont-Ferrand, I, 180 ; III,
231,233, 276.
Clany, IV, 44, 87, 8S, 90.
Cobourg, I, 19.
Colmar, IV, 233.
Compiègne, I, 3, 4, 95, 302; II,
28, 206, 306.
Confions (seigneurie de), IV, 14.
Constantinople, II, 255 ; III, 335.
Cordiers (rue des), III, 65, 66,
68.
Corse, II, 216, 270.
Côtes-du-Nord, IV, 47, 48, 234.
Coucy-le-Château, 11,204.
Coulommiers, II, 321.
Craon, II, 10-
Crécy-en-Brie, II, 321.
Cuba, IV. 78.
Culembach, I, 235.
Cuzy, IV, 243.
D
amiette, II, 243.
Danieli (hôtel). IV, 287, 288-316.
Dantzig, II, 246.
Darnistadt, I, 235.
Darnay, IV, 247.
Dauphiné, III, 334.
Deux-Siciles, II, 11.
Dijon, IV, 11,237.
Dinan, IV, 75.
Dôle (Université de), IV, 8.
Dormons, II, 126.
Dresde, II, 22, 268.
Dropmore, II, 154.
Dublin, IV, 244.
Dudeffend (Mac-Mahon, seigneur
de), IV, 243.
Duphot (rue), IV, 216, 219.
Eaubonne, III, 79
Eckmûhl, II, 269.
Ecole-de-Médecine (rue de T),
IV, 2.
Ecosse, I, 93.
Egypte, II, 236, 241, 250, 279 ;
IV, 83, 201.
Eisenach, 1, 235.
^•/èe (île d'), II, 275, 294, 295,
296, 307.
Epernay, II, 126.
Eperon (rue de 1'), IV, 2.
Erlangen (Université d'), IV, 261.
TABLE DES NOMS DE LIEUX
33i
Ermenonville, 111, IH.
Espagne, I, 1, 2B, 57, 105,117,
12S,224, 225,227; 11, 18, 29,
30,31, 73,74,75, 110,241,292,
371,372, 379.
Elampes, I, 46.
Etats-Unis, II, 289.
E toge s, II, 125.
Europe, I, 6, 134, 225, 239 ; II,
66, 324, 342, 357, 360.
Evreux, III, 169.
Yénelon (le Lycée), IV, 1.
Fère (la), 11,247.
Féricy, I, 143.
Ferney, III, 73.
Ferrare, 11, 10-11 ; IV, 286.
Ferté-sous-Jouarre, II, 126.
Feuillants (couvent des), II, 74,
125.
Finistère, IV, 125.
Flandre, I, 137, 150, 284 ; IV,
14,137.
Flandres, 111, 82.
Florence, 11, 4, 5 ; IV, 70, 71,
74, 222, 286.
Fondi, 11,277.
Fontainel)leau, I, 8, 57, 59, 69,
74, 83, 138, 143, 167, 173,
254, 255, 267 ; II, 13, 85, 90,
240, 275, 309 ; IV, 37, 105.
Fonlenay-aux-Roses, II, 386,
389 ; 111, SOI, 304.
Fonlenoy, 11, 22.
Forges (eaux de), 1, 138, 143 ;
II. 222.
Fort-en-Saintonge, IV, 33.
Fossés-Saint-Germain (rue des)
IV, 2.
Fourchambault, 11, 290.
France, 1, 3, 4, 16, 19, 22, 32,
33, 41, 44, 46,62, 73,118,128,
154, 202, 220, 225, 239, 257,
266 ; II, 3, 4, 6, 8, 15, 23, 65,
66, 67, 68, 71, 75, 76, 83, 85,
8V, 98, 175. 227, 252, 265,266,
319, 324, 325, 338, 339, 341,
342. 348, 301, 362. 371, 387;
m, 74, H6, 113, 126, 130, 287,
330. 334.
Francfort, 1, 235 ; 111, 202.
Franche-Comté, I, 72 ; IV, 8.
Fréjus, I, 264.
Friedland, 11, 274.
Froidmantel (rue), I, 12.
Furstenberg (rue de), II, 197.
G
aëte, 11,12.
Gand, II, 295.
Gênes, II, 154.
Genève, 1, 131 ; III, 41, 44, 59,
66, 73, 74, 125, 128, 158, 32S,
333 ; IV. 308.
Gers, IV, 191.
Gervais-les-Sablons, 111, 191.
Gesvres, 11, 62.
Gien-sur-Loire, 111, 31.
Glatigny (ch;Ueau de), 111, 180.
Gobelins (section des), IV, 126.
Goritz, ll,3n0, 364.
Gournay -sur-Marne, I, 146.
Grands-Augustins (couvent des)
IV, 83, 84.
Gratz, 11, 364.
Grèce, IV, 85.
Grenolde, II, 247; 111, 00, 61.
Grignan, IV, 62, 63, 64.
Grimont (domaine de), IV, 11.
Guénégaud (rue), 11, 335.
jA-aarlem, I, 61.
llam (cli.lteau de), 111, 361, 369,
370.
Hambourg, I, 235 ; II, 136, 149.
Hanovre, II, 376.
Haute- Loire, 111, 287.
Heidelberg, IV, 260.
Héliopolis, II, 275.
Henri IV (collège), III, 186.
Hesse-Darmstadt, 11, 220.
332
TABLE DES NOMS DE LIEUX
Hollande, III, 109.
Hongrie, I, 18 ; II, 92 ; IV, 194.
Hôlel-Dieu, IV, 267, 268, 271.
iéna, II, 245.
Igornay, IV, 243.
Indre-el- Loire, II, 207.
Invalides (Les), IV, 82, 83, 89.
Irlande, IV, 235, 237, 245.
Issoire, III, 289.
Ilalie, II, 8, 18,250, 257, 269,275,
276, 277 ; III, 333.
Jacob (rue), II, 220.
Jardies (les), IV, 253.
Jardin des Plantes, IV, 82, 86,
196.
Jean-Sainl-Denis (rue), III, 69.
Jérusalem, I, 12.
Joigny, III, 190.
K
albermaten, III, 323.
Kérial, I, 143.
/r/e/", IV, 259.
Kirchherg, II, 353, 357.
Kowno, II, 272.
Laftondùe, IV, 244.
Lacave, IV, 243.
Lacoste (château de), III, 343.
La Fère II, 247.
La FlèeheJ II, 400, 401, 404 ; I,
210.
Lagny, II, 321.
La Harpe (rue de), IV, 46.
La Havane, IV, 78.
La Haye, II, 2; III, 117.
Lalley, IV, 248.
La Marche, IV, 238.
Lancri (rue de), IV, 131.
Landes, I, 9.
Langres, II, 285 ; IV, 124.
Languedoc, IV, 28.
Lannion, IV, 234, 246.
La Rochelle, I, 51 ; IV, 22.
La/our d'Uchey, IV, 243.
Lauronne, IV, 237.
Lavaux, IV, 243.
Ledessend, IV, 243.
Le //ai-re, II, 320.
Leipzig, II, 23.
Le 3/a/2S, II, 62; III, 169; IV, 76.
Liège, l, 19.
L/esse (N.-D. de), II, 98.
Lille, II, 66.
Limerick (comté de), IV, 232,237.
Limousin, III, 241; IV, 32, 88.
Lisbonne, II, 66.
Livourne, II, 296 ; IV, 286.
Livry (abbaye de), IV, 5.
Londres, II, 47, 66; III, 130;
IV, 189, 238.
Longwood. II, 314.
Lorette, II, 98.
Lorraine, II, 5, 10 ; IV, 65.
Louveciennes, I, 284.
Louvre (le), I, 20, 21, 118, 119,
120, 129 ; II, 383, 385, 393, 400.
Luçon (évêché de), IV, 21.
Lusace, I, 286.
Luxembourg (jardin du), III, 32 ;
— (palais du), II, 290; IV, 80,
95, 199, 263, 271, 273; —(rue
dui. III, 287.
Luzy, IV, 243.
Lyon, I. 59, 62 ; II, 285, 357, 361;
III, 238, 265, 314, 345 ; IV, 10,
33, 36.
M
adeleine (la), II, 104, 233, 234.
Madelonettes (prison des\ III,
345.
Madrid, I, 117 ; II, 11, 14, 29.
Magenta, II, 276.
Mail (section du). IV, 125.
Maine. II, 62.
Maisons-Laffdte, II, 366.
Maivres, IV, 249.
Malaga, III, 275.
Malakoft, II, 277.
TABLE DES NOMS DE LIEUX
333
Malmaison (la), II, 237,254,255,
278 ; III, 349.
Mamelon-Vert, II, 277.
Manchester, II, 229.
Mans (Le), II, 62; III, 169; IV, 76.
Mansigmj, IV, 243.
Mantoue, I, 105.
Marais (le), III, 310, 311.
Marheuf jardin, III, 291.
Marengo, II, 250, 274, 277, 278.
Marignan, II, 277.
Marly, I, 147, 233 ; II, 16.
Maroc, III, 339.
Marsal. I, 177.
Marsan (pavillou), II, 326, 329,
331, 332, 334.
Marseille, I, 33, 34 ; II, 248,
249, 269 ; III, 315, 316, 317,
319, 320, 336 ; IV, 126.
Martinique (la), II, 254.
Ma u buée (rue), III, 50.
Maubuisson, I, 66.
Maulde (le camp de), III, 237.
Mayence, II, 277 ; III, 172, 173.
Mazarine (bibliothèque^, IV, 46.
Meaux, I, 142 ; II, 126.
Meiningen, I, 235.
Mende, IV, 50.
Menton, IV, 259.
Mesnil-Imbert, III, 181.
Metz, I, 39, 245, 246, 250, 251,
266, 267, 268, 272, 287, 292 ; II,
278, 349.
Meudon, I, 288 ; IV, 201.
Meuse (la), I, 18 ; II, 169, 278.
Mexico, II, 277.
Mexique, IV, 101.
Milan, II, 264, 277, 278, 299;
IV, 308.
Millésime, II, 279.
Mincio (le), II, 277.
Miolans, III, 323, 324, 325, 326,
327, 328, 329, 333, 334.
Mode ne, II, 373.
Monceaux, I, 73.
Mondovi, II, 279.
Mons, III, 230.
Monlaigu, III, 178.
Montargis. IV, 37.
Mont- Dore, III, 230.
Montélimar, III, 62; IV, 62.
Monlenotle, II. 279.
Montereau, II, 240, 278.
Montesson, I, 145.
Monlfort-l'Amaury, IV, 107.
Montgéliard, IV, 244.
Monthelye, IV, 244.
Monligny, IV, 243.
Montlouis, III, 81, 126.
Montmartre, I, 65 ; III, 81; —
(rue), III, 187.
Montmirail, II, 279.
Montmorency, II, 203; 111,72,
74, 78, 81, 82, 85, 384.
Montparnasse, IV, 235.
Montpellier, III, .58, 60, 61, 62,
63, 64, 65, 147, 348; IV, 8, 17,
255.
Mont-Saint-Jean, II, 279.
Mont-Valérien, III, 81.
Moret, I, 254.
Morey (seigneurs de), IV, 240,
241, 243, 246, 248, 249.
Morlaix, I, 40 ; III, 348.
Moscou, II, 270, 278.
Moselle (la), II, 278.
Motiers, III, 85. 129, 136.
Moulineaux (les), I, 171.
Mousseau, III, 213.
Mulbracht, I, 61.
N
amur, I, 123.
Nancy, I, 259 ; II, 10, 27 ; IV
65, 66, 67, 68, 69, 194, 237.
Nantes, I, 154, 201, 205, 2l3.
Naples, I, 3; II, 10, 11, 12, 47,
276, 323, 376.
Narbonne,U 213,216 ; 1V.35, 36.
Navarre (Séjoui de), IV, 2.
iVec/cer (hôpital], I, 145 ; III, 101.
334
TABLE DES NOMS DE LIEUX
Nemours, IV, 37.
Nérac, I, 64.
Néris (eaux de), III, 238, 253,
273, 274, 277.
Aeuf-Brisach, IV, 233.
Neufchâlel, lîl, 134.
l\euilhj, II, ô4, 55, 222, 390.
Neuve-des-Capucins (rue), IV,
130, 200.
Nice, II, 275.
Niémen (le), II, 270, 271, 272.
Nivernais, IV, 240.
Nohani, IV, 310.
Normandie, I, .39 ; II, 210 ; III,
170, 308 ; IV, 106.
Nolre-Dame-de-Paris, IV, 263,
265, 266, 267, 268, 271.
Nuremberg, I, 19.
0
rcel, III, 252.
Orieni, II, 272.
Orléans, I, 146; — (Haute-Cour
d'), II, 124.
Orsay, II, 296.
Oullins, IV, 69.
Ours (rue aux), I, 179.
Xageuin (rue), III, 187.
Palais-Cardinal, IV, 37.
Palais-Royal, \, 183, 184, 300 ;
II, 313.
Panlin, II, 127.
Paon (rue du), IV, 2.
Pao/z Sainl-André-des-Arcs (rue
du), IV, 156, 159.
Pans, I, 7, 12, 17, 27, 37, 38,
39, 43, 61, 63, 65, 70, 72, 76,
79, 83, 84, 85, 89, 95, 101, 103,
138, 146, 148, 160, 170, 174,
181, 196, 197, 200, 201, 205,
207, 217, 219, 259, 289, 294,
297 ; II, 4, 10, 23, 24, 34, 36,
49, 63, 68, 72, 80, 92, 94, 96,
97, 98, 99, 103, 104, 111, 115,
127, 129, 141, 153, 154, 156,
157, 190, 203, 204, 206, 207,
208, 221, 233, 245, 264, 270,
275, 282, 290, 314, 316, 319,
356, 363; III, 38, 50, 64, 67,
72, 89, 107, 126, 128, 130, 136,
140, 159, 172, 196, 199, 203,
204, 208, 209, 210, 218, 224,
237, 243, 287, 310, 312, 314,
324, 334, 379, 384 ; IV, 2, 8,
14, 31, 37, 63, 64,84, 108, 114,
117, 123, 124, 125, 126, 132,
133, 134, 137, 141, 144, 148,
149, 151, 154, 1.56, 160, 186,
188, 191, 192, 193, 200, 208,
219, 229, 233, 234, 236, 237,
263, 294; — (théâtres de), III,
364.
Parme, II, 17, 47, 323.
Parlhenay, IV, 58.
Passy, II, 34, 122, 246.
Pavie, I, 29 ; IV, 223.
Pelletier (quai), III, 245.
Périgny-la-Bondue, IV, 243.
Périgny-la-Tour, IV, 244.
Périqmj-la-Ville, IV, 244.
Pérou, I, 161 ; IV, 101.
Perse, II, 298.
Petit-Molais, IV, 243.
Picpus, III, 345.
Piémont, I, 45, 220 ; II, 75, 80.
Pise, IV, 229.
Plessis-du-Parc (château de), IV,
10, 12.
Plombières, IV, 233.
Plouriuo, IV, 47.
Poissonnière (section de), IV,
125.
Poissy, I, 143; — (châtelleuie de),
IV, 10.
Poitiers, I, 210 ; IV, 17, 18, 19,
20, 21, 32.
Poitou, IV, 106.
Poligny, IV, 8, 11, 15.
Pologne, I, 225, 232, 241, 245,
246; II, 2.
TABLE DES NOMS DK LIKUX
335
Polwiski, II, 270.
Poney, IV, 243.
Pont-Sainl-Espril, III, 62, 63.
Pantoise, I, 65.
Porl-à-Binson, II, 126.
Port-Royal, IV, 89.
Portugal, II, 292; IV, 245.
Postdam, II, 272.
Provence, II, 75, 80 ; 111,315,318,
IV, 65, 67, 334, 347.
Prusse, II, 80, 81, 245 ; III, 129 ;
IV, 233.
Puiset (le), IV, 237.
Puy (le), IV, 75, 76.
Pyrénées, IV, 176, 196.
Q
uimper, II, 286.
.ambouillet, I, 2, 3, 17, 26,
104.
Bavenne, IV, 69, 70, 72.
Reims, IV, 13, 108, 231, 233,
243.
Pennes, I, 275; III, 172; IV,
51.
Repas-des-Bas, IV, 243.
Reugny, I, 191.
Reu'hon, IV, 243.
i?/i/n (le), I, 123, 235.
Rhône (le), I, 18 ; IV, 33.
Roanne, IV, 37.
Rodez, IV, 212.
Romagne (la), IV, 71.
Rome, I, 227 ; II, 11, 98, 262,
275, 308, 317, 319, 321, 324,
377; III, 2*5, 192.
Rotterdam, II, 29.
Rouen, II, 283 ; IV, 2, 64, 257.
Rouvres (seigneurie de), IV,
10.
iioyaumont, II, 384.
Hueil, I, 292; II, 237; IV, 37.
Russie, II, 241, 270, 275.
S
ainl-Agnan, IV, 244.
Saint
238
Saint
Saint
200
Saint
306
Saint
13,
Saint
Saint
IV,
206,
397,
83,
Sa/«/-
Saint-
Saint
Saint
Saint-
175,
m,
1.59.
Saint
116.
Saint-
Saint-
334.
Saint-
Saint -
Saint-
121,
69;
230,
Saint-
Saint
Saint
Saint
de).
Saint
13.
Saint-
Saint-
179,
-Imanf/, III, 227, 236, 237,
-.InJoc/ie, IV, 240.
André-des Arts (église), I,
.293;— (rue), IV,1, 2, 4,5,15.
■Antoine (rue), I, 128 ; II,
■Antoine-des-Champs, IV,
82.
-Cloud, II, 109, 268, 275.
-Cyr, II, 15; — (école de),
60, 61.
-Denis, I, 22, 143, 303 ; II,
314, 348, 384, 386, 388,
, 400 ; IV, 77, 78, 80, 82,
131, 138.
Dizier-la-Seauve, 111, 287.
■Dizier-en-Velay, III, 287.
-Dominyue, 11,297; IV, 7S.
■Hustachc (église), 184.
Germain, I, 6, 83, 93, 113,
187, 210; II, 255, 310;
81; — (faubourg), IV, 2,
- Germain- VAuxerrois, I,
Germain-le-Vieil, I, 73.
Gervais (Dauphiné), III,
Gervais (hOipital), III, 11,
Hilaire (église), IV, 17.
//o^iore (faubourg), IV, 67,
216; —(quartier), III, 66,
— (rue), I, 294, 300; II,
232; III, 287.
■Hubert, IV, 105.
Jacques (rue), III, 69.
-Jean-de-Caen, III, 184.
Jean-de-Losne (cliàtellenie
IV, 11.
Laurent -de-la-Roche, IV,
Léonard, III, 180.
Leu, II, 297; — (église), I,
183.
336
TABLE DES NOMS DE LIEUX
Sainl-Louis (hôpital), III, 388.
Sainl-Martin (porte), IV, 131.
Saint-Maur (couvent de), I, 7.
Sainl-Menoux (abbaye de), I,
VIO, 211.
Saint-Nicaise (rue), II, 267.
Sainl-Paul (porte', IV, 37.
Saint-Paulet, IV, 87.
Saint-Pierre (île de) III, 129.
Sainl-Prix, II, 203.
Sainl-Quenlin (hôtel de), III,
65.
Sainl-Roch (sœurs de la Charité
de), II, 234.
Sainl-Sauveur (église), IV, 62,
77.
Saint-Sulpice, I, 284; II, 284;
IV, 273.
Saint-Vicior (abbaye de), I, 42.
Sainte-Apolline (rue), II, 348.
Sainte-Geneviève (église), I, 288,
294.
Sainte-Hélène, II, 237, 239, 240,
241, 269, 270, 274, 275, 279 ;
IV, 89.
Sainle-Menehould, II, 126.
Sainte-Osmane, I, 143.
Sainte-Pélagie, III, 289, 349,
354, 355, 356.
Saintes, IV, 108.
Salni (principauté de), III, 237.
Salpétrière, III, 30, 34, 250.
Salzbach, IV, 87.
Sambre (la), II, 272.
Sanceray, IV, 243.
Sannois, III, 78.
Saône-el-Loire, IV, 87, 88.
Sardaigne, II, 68, 83, 84, 372.
Sarrelouis, I, 246.
Sarthe, II, 404.
Saujon, IV, 33.
Savoie (duché de), III, 324.
Saxe, II, 20, 22, 23, 68, 272.
Schwarzenberg (hôtel), II, 268.
Sedan, 11,278.
Seine (la), II, 139 ; III, 113, 289,
372;— (rue de), III, 303.
Seine-et-Marne, I, 147.
■ Seine-et-Oise, I, 147, 174, 302.
Sénégal, IV, 196.
Senlis, I, 74; III, 88.
Senones, III, 237.
Sens, III, 202, 368.
Sèvres, IV, 311.
Seychelles (îles), III, 347.
Sicile, IV, 222.
Sivry, IV, 248.
Soissons, 1, 137, 267 ; II, 204, 278.
Solférino, II, 277.
Sorbonne (la), I, 84 ; III, 44, 52,
65 ; IV, 41, 44, 46, 48, 49, 50,
51,52, 57, 90.
Soubise (hôtel de), IV, 131.
Soufflet (rue), III, 32.
Sourdière (rue de iaj, IV, 121.
Sparte, III, 192.
Spezzia (la), IV, 223, 227.
Strasbourg, I, 250, 254 ; II, 27 ;
III, 129, 130; IV, 124.
Stuttgart, II, 27 ; III, 51.
Suède, II, 125.
Suisse, III, 136.
Suresnes, II, 338.
Tarées, IV, 176.
Temple (\e), II, 127, 128,136,142,
143, 144, 151, 152, 156, 1.59,
166, 168, 172, 174, 176, 180,
181, 182, 184, 190, 197, 198,
199, 201, 203, 204, 205, 208,
210, 211, 224, 225; III, 345;
IV, 127, 128. 129, 130, 132, 133,
135, 136, 138, 139, 147, 148,
153.
Terre-Sainte, I, 12.
Théâtre Français, IV, 90, 142,
143.
Thessalonique, I, 144.
Thionville, I, 245, 246; III, 300;
— (rue de), 111,210.
TABLE DES NOMS DE LIEUX
337
Thonon, III, 87.
Thoreilles, IV, 243.
Tout. II, 275.
Toulon, II, 200,201, 240.
Toulouse, I, 201 ; II, 9 ; IV, 255.
Tournai), 1, 198.
Tours, I, 191, 201 ; II, 204, 207,
208, 209, 355.
Trêves, I, 245, 246, 248, 251.
Trianon, I, 274, 275, 27fi, 282,
283, 284 ; II, 88, 116, 223.
Troijes, IV.39;— (licMel de), III,
31, 32.
Trye (chàtenu de), III, 131, 134.
Tuileries, II, 74, 121, 122, 124,
127, 172, 231, 247, 293, 312,
316, 317, 319, 320, 321, 329,
331, 342; IV, 121,193.
Turckheini, IV, 85.
Turin, III, 324.
Turquie, III, 341.
KJrbin, II, 5.
Uirechl, II, 125.
Uzerche, I, 6.
V
aivres, IV, 242.
Val-de-Grdce (le), I. 118, 119 ;
II, 393, 394, 395 ; IV, 80, 273.
Val-de-Travers, III, 136.
Valencay, IV, 198, 207, 217.
Valence, II, 247.
Valéry, III, 368.
Valmy, III, 289.
Vannes, \, 275.
Vanleaax, IV, 242.
Varennes, II, 126, 129, 185, 189.
Varignano, IV, 223.
Vaujours, I, 191.
Vendôme (place), II, 122; IV,
130, 132.
Venise, I, 115 ; III, 66, 67, 99,
101, 106; IV, 70.
Verdelet (rue), III, 66.
Vérone, IV, 308.
Versailles, I, 160, 167, 170, 174,
176, 179, 186, 215, 216, 217,
221, 240, 252, 275, 276, 277,
285, 288, 289, 295, 296, 297,
303 ; II, 13, 23, 43, 45, 46, 67,
80, 81, 88, 114, 118, 119, 124,
201, 310; III, 285, 336; IV, 32,
81, 9;î, 95, 106, 154, 194, 246;
(musée de), III, 182, 183, 190,
191, 217.
Verson, III, 195.
Vexin, I, 201, 206.
Vézelai. IV, 240, 241, 242, 244.
Vianges, IV, 240, 243, 244. 246,
247, 248, 249.
Vibraye, III, 169, 170.
Vichy. I, 273 ; II, 130.
Vienne, II, 66,91, 305, 355, 357,
360, 361 .
Viévy, IV, 243.
Ville-dAvray, 11,224,225; IV,207.
Vincennes, I, 174, 186, 187; II,
275, 310; III, 69, 101, 307, 310
336, 337, 338.
Vouvenay, IV, 243, 247, 249.
Vouvray, I, 191.
W,
agram, II, 269.
\Valy,U, liO.
Waterloo, II, 275, 276, 300, 301
Weissenfels, I, 225.
Westminster, IV, 81, 189.
Wissembourg, 232, 235, 236,
237, 246, 248, 250, 252.
Wootton, III, 130, 131.
Liw
eybruck, I, 252.
iv-22
TABLE DES NOMS CITÉS
A,
.RANO(Pierrede),I,
45.
Abdul-Hamid, 11,381.
Abeilard, I, 61 ; IV,
91.
Abraham, II, 1.
Adélaïde (Mme), I,
276, 286, 298 ; II,
37,117; IV, 199,214.
Adrets (baron des),
IV, 76.
AÉTius, II, 301.
Agrippa (H.-C.),I, 9.
Agrippa (M.), II, 370,
371.
Agrippine,II, 149,301.
AlGUEBLANCHE (d'),II,
81, 82.
Aiguillon (duc d'),I,
276, 280, 292, 297 ;
III, 328.
Albanèse (docteur),
IV, 222, 223.
Albert (d'), III, 29.
Albignag (général
d'), IV, 60,61.
Alboize, IV, 117.
Albrecht (le mar-
grave), I, 228.
Albret (Charlotte
d'), II, 6; — (Jeanne
d'), I, 25; — (maré-
chal d'). I, 205.
Albuféra maréchal
d'), 11,328.333,336,
341, 347, 352.
Alembert (d), III,
138 ; IV, 94, 95, 97.
Alencon (duc d"i. I,
47, 58; III, 401.
Alexandre, II, 272 ;
III, 133.
Alibert, II, 338 ; III,
382.
Alibour (d), médecin
d'Henri IV, I, 69,
70, 83.
Alincourt (marquis
d'), I, 215.
Alix, III, 175.
Allard (Hortense;,
III, 398; — (vicom-
tesbe d'), III, 79.
Allée (M. de T), III,
331, 333.
Allier, auteur de
VAncien Bourbon-
nais, I, 210.
Amar, II, 137.
Amédée (Victor), roi
de Sardaigne, III,
334.
Amelin (Mme), nour-
rice de Louis XIV, I,
146.
Amelot, III, 335.
Amic (H.), III, 113.
Ampère, IV, 70.
Ancel, nourrice de
Louis XIV, I, 145,
146.
Ancelin (Louis),frère
delaitdeLouisXlV,
I, 145, 147.
Ancre (marquis d'),
I, 120.
Andlau (comtesse
d), I, 259.
Andouillé, chirur-
gien deLouisXV, I,
295, 302.
Andouillet, II, 94.
Andrieu (Jules), I,
65.
Andromaque, IV, 172.
Andry, 111, 248, 266,
267, 279.
Ange (le Père), 1,130,
198.
TABLE DES NOMS CITES
339
Angoulême (duc d'),
II, 205, 206, 352; —
(duchesse d'),I, 19;
11,114,150,151,156,
158, 159, 167, 175,
340, 380 ; IV, 61,
153, 183; — (Mar-
guerite d", I, 16.
Anjou (Ladislas d'),
roi de Naples,I,18.
Anne D'Autriche, I,
33, 109, 116, 117,
119, 127, 132, 14:j,
146, 193; II, 2,222,
393, 394, 395 ; IV,
7, 137.
Anne de Bretagne
(reine), I, 8, 9; II,
2,3.
Anne Petrowna, I,
226, 229.
Anselme (abbé), IV,
80.
Antin (duc d'), 1,210.
Antom.marchi(D'),IV,
89.
Antonelle, IV, 174.
Antonins (les), II,
381.
Aquaviva (cardinal),
II, 11.
Aquin 'd'), médecin
de Louis XIV, I,
150. 152, 163, 168,
171.
Ar.anua (comte d'),
11,74, 75, 76, 77, 78.
Arc (Jeanne d), IV, 9.
Argens (d'), I, 11, 14.
Argenson (comte d'),
I, 271.
Aristote, I, 45 ; II,
301.
Armagnac (cardinal
d'), I, 16.
Armez (abbé), IV, 4G,
47, 48, r)7.
Armont (d'', 111,177.
Arnaud, IV, 89.
Arnut, m, 117.
Arneth (Ritler von),
II, 36, 38, 40.
Ahnolld (Sophie), I,
304, III, 373 à 380,
381.
Arqlien (Mlle d),
I, 213.
Artémise. IV, 59.
Artois (comte d'), II,
40, 75, 76, 97, 117;
III. 239 ; IV, 154 ;
— ;comte-se d'),II,
43, 47, 95 ; — (duc
d'), IV, 81.
Arvède-Rarine, IV,
282, 287.
Arvers. I, 11.
.\sker-Ka\, IV, 204.
205.
AssE (Eugf'ne), 111,43.
Astruc, I, 196, 197.
ASTYANAX, IV, 172.
Athai.in (baron), IV,
61.
Atoch (docteur,, IV,
255.
AuRERY, IV, 36, 38, 40.
AUBIGNÉ (d'i.I, 66,67;
— (Françoise d'),
III,12.18,'32, 35, 38,
229; — (Mlle d'). II,
14.
Aucante, IV. 316.
AucHARD (Mme), II,
321.
Audibert, III, 382.
.Vudiffret-Pasquier,
II, 292.
Auouis, II, 167.
Auguste, IV, 172.
Auguste II 1,11,19,20.
Auguste 'prince de
Prusse), 396, 397.
AuLAGN 1ER (docteur),
I, 84.
AuLARD, II, 153, 154;
III, 231, 243, 245,
249; IV, 194.
Aulu-Gelle, I, 273;
11,370.
AuMONT (comte d'),
I, 68; — (ducd'),II,
118.
AUNEUIL (d'), II, 14.
Autriche (Eiconore
d), I, 9; — (Maxiini-
lien d'), II, 2, 3.
AuviTY (docteur), II,
308; IV, 202.
AuvRAY (général), II,
405.
AuzAT(Mme),III,288,
289.
Avenel (M. G.), III,
294; IV, 19, 23.
Avicenne, I, 45.
AVRILLON (Mile), II,
265.
B
.\BEUK, III, 2.32.
B.achaumont, I, 128;
III, 315.
Bachelier (le Père),
I, 117; — valet de
chambre de Louis
XV. I, 258.
BaËr, IV, 1.54.
Bailleul, III, 179.
Baillou, III, 27.
Bailly,II,182;IV,109.
Baizelon (Benoît),
III, 323.
Ballanche, III. 397.
Balland (Mme), II,
315.
34o
TABLE DES NOMS CITES
Ballet (docteur), II,
379; III, 156.
Balme (chevalier de
la), III, 333.
Balzac, I, 34, 54; III,
1, 403.
Bancal, (V, 212, 213.
Barante (M. de), III,
235, 241.
Barbaroux, III, 167,
168, 16y, 171.
Barbaste, II, 357.
Babbedienne,IV,261.
Barberousse, I, 22.
Barbier, chroni-
queur, I, 215, 216,
217,218,223,256,258,
261,267; II, 122.
Barbiera, IV, 287,
292, 298.
Barbou, IV, 254.
Bare (Mme), II, 321.
Barère, II, 128; III,
291.
Barnave, IV, 118.
Baron (Anloine), IV,
17; — (doyen de la
Faculté de méde-
cine), 1,70;— (doc-
teur), II, 333, 338,
339.
Barral (G.), II, 312.
Barras. 111,244,245;
IV, 196.
Barre chevalier de
lai, IV, 112.
Barré, III, 378.
Barrière,III,180;IV,
26.
Barry (Mme du), I,
273, 274, 276, 276,
277, 280, 282, 283,
284, 290, 292, 296,
304; II, 34, 80,137,
139; IV, 94.
Barthélémy (abbé),
IV, 236; — (poète
de la S i!philis),\,2
— (docteur], III,
162, 163: -(Ed. de),
I, 89, 92; II, 373.
Bas (Laurent), III,
189, 190.
Baschet (Armand),
1, 47, 89, 101, 102.
108,114, 116; 11,66.
Baseilhac (Pascal),
IV, 175, 177.
Bassan (peintre), 167.
Bassano (duc de), II,
278.
Bassereau, III. 261.
Bassompierre, I, 74,
119.
Bastard, II, 132.
Baudeau (l'abbé), I,
282; II, 70.
Baudelaire, 111,123;
IV, 69.
Baudelocque, I, 195;
II, 322.
Baudin, IV, 257.
Baudot (M.-A.), III,
285, 297, 298, 346.
Baudouin (docteur),
IV, 296.
Baudrais, II, 224.
Baudbicourt, IV, 9.
BAULT(Mme), 11,225,
226.
Bausset (de), 11,240,
263.
Bautru, IV, 26.
Bavière (Charles-
Théodore de) IV,
259. 261; — (Isa-
beau de), II, 3, 4,
374; — (Louis
de), II 2; — (Vic-
toire de), I, 194.
Bayard, II, 302; —
(le citoyen), 111,239.
Bayle,I,5, 46,54, 61.
Bazile, IV, 223.
Bazire, IV, 135.
Bazy (docteurj, II,
219.
Beauchamp, I, 179,
183, 184; - (de), II,
114, 115, 116, 132,
Beauchesne (de), II,
145, 172, 212; IV,
148.
Beaucourt (de), IV,
127, 130, 133.
Beaudouin (Henri),
III, 59, 61, 79, 81,
117, 135, 136.
Beaufort (duchesse
de), I, 68, 85.
Beauharn.\is (comte
de), III, 351.
Beauharnais (Eu-
gène dei, II, 253,
255, 263;IV, 115; —
(généralde), 11,252,
254; — (Joséphine
de), II, 252; III,
349.
BEAULAINCOURT(Mme
de), III, 400.
Beaulieu,II,141;III,
231, 296.
Beaumarchais, IV,
83.
Beaumelle (la), III,
6; IV, 96.
Beaumont (Christo-
phe de), archevê-
que de Paris, I,
289.
B E A U M O N T-Va s s y,
(de), II, 28, 252, 305.
Beauterne (de), II,
237, 238, 240, 245.
TABLE DES NOMS CITES
341
Beauvais (Mme de),
1,127, 128, 129, 131;
— (Ch.de ,111,248,
254, 268, 271.
Beauveau (abbé de],
II, 10.
Becker (professeur),
IV, 260.
Bégin, III. 387, 388.
BÉGis, II, 174; III,
206, 239, 240, 314.
338, 342,364 ;IV,193.
BÉGOUEN (vicomte),
I, 132.
Bel.knger, III, 373,
374.
Bélier (Mlle), I, 94.
Bëlin, III, 14.
BeLIN (le) d'EGUILLY,
IV, 242.
Bellay (Martin du),
1,15, 28; II, 307.
Bellegarde (duc de),
I, 67, 85.
Belmas (docteur), IV,
189.
BELZuNCE(Henri de),
III, 166, 167, 171.
BÉNÉDIKT, III, 215.
BÉNÉvENT(pnncede),
IV, 197,219.
BexNOIst, III, 113.
Benserade, I, 140.
Bentivoglio, I, 113.
Béranger, III, 240.
Berchon (docteur),
IV, 190.
Bérenger de Carpi,
1,22.
Bérillon (docteur),
IV, 230.
Béringhem, I, 104,
105, 173.
Bernadotte, 111,219.
Bernard (Jacques-
Claude), IV, 148; —
(citoyen), IV, 45; —
fMarie),I, 185.
Bernier (Mme), II,
393, 394.
BERMs(de),IV, 93.
Berrier, IV, 103.
Berruyer (général),
IV, 131.
Berry((1uc de), petit-
fils de Louis XIV,
I, 231, 233; II, 117,
205, 321, 323. 345,
347; — (duchesse
de), 307, 324, 325,
326,329,332,335,337,
338, 339, 340, 343,
345, 346, 355, 372,
373, 379; IV, 61,
161, 163.
Berryer, II, 366.
Bert (Paul), IV, 252,
253.
BERTAUT(femme),III,
178.
Berthelot, IV, 125.
Berthier, II, 26, 27,
271.
Berthollet, II, 250.
BERTHOUD(Fritz), III,
136.
Bertin, II, 120.
Bertozzi (Claudioi,
IV, 74.
Besenval (baron de),
II, 82.
Besmer (docteur),
III, 161.
Bessières (médecin),
I, 164, 168, 171; —
(maréchal), II, 265.
Beugnot,II, 144, 188,
293, 294, 295.
Beux(Du), I, 184.
Bevilacqua, IV, 295.
Beyle, IV, 286.
BiANCo, III. 246.
BiET (Marguerite), I,
185.
BiETT, III, 383, 384,
387, 388.
BiNET (Alf.), III, 49,
50,51,54.
BiRÉ (Ed.), II, 344;
IV, 148.
BissoN, IV, 311.
Blagons, IV, 76.
Blain-Descormier3 ,
II, 207.
BLAisE(Mme), 11,308,
315.
Blanc (Louis), III,
241.
Blanchard (Mme),
II, 319.
Blaze de Bury, 1, 12 ;
III. 200, 201.
Blois (Mlle de), I,
176, 186, 201; II, 372.
Blondeau, IV, 272.
Blot, I, 94.
BoccACE, IV, 74.
BocHEFOBT (de), IV,
67.
BoiLEAU, I, 123, 209;
— (Gilles), 111,4,8.
BoiLLY, 111,296.
BOISJOURDAIN, I, 215.
BoisjuGAN (de), III,
169, 171.
BoiSLisLE (A. de),
III, 12.
BOIS-BOBERT, 111,10;
IV, 20.
BoLEYN(A.de),II,377.
Bon (Mlle), II, 247.
Bonaparte (Pauline)
V, Pauline Bona-
parte; — (Laetitia).
V. Letizia.
342
TABLE DES NOMS CITES
Bonaparte, II, 245,
246, 247, 250, 251,
252, 253, 256, 262,
267, 270, 275, 283,
284, 296, 299; III,
347, 348, 350; IV,
83, 200, 201, 257 ; —
(Mme), III, 349; -
(Elisa), II, 249; —
(Pauline), II, 248,
249, 289 à 392, 305 ;
(prince Roland],
III, 215, 216, 218,
219, 220, 222, 224.
BONDOIS, II, 252.
BONHOMÉ, IV, 48.
BONNAFFÉ (Ed.), IV,
47, 51.
Bonne de Savoie, II,
301.
BONNEMAISON (dOC-
teur), I, 20.
Bonnet (Ch.), 1,174;
— (docteur), II, 356;
— (Raoul), I, VI.
Bonneville (Fran-
cis), 111,175.211,323.
Bonnièbes (de), 1,93.
BoNTEMPS, valet de
chambre de Louis
XV, 1,215; — IV, 33.
Bordeaux (duc de),
11,323,324.325,334,
337, 338, 340, 344,
345, 349, 350, 353,
357, 359, 364.
Bordet, III, 218.
BoBDEU (médecin). I,
276, 2S0, 281, 295.
BOREL (docteur), IV,
257.
BoBGHÈsE (Pauline),
II, 249, 305.
BoRGiA (César), II. 6,
7, 298.
Bosc d'Antic,IV,134.
Bouchard (docteur),
III, 1G3.
BOUCHARDON, IV, 237.
Boucher , accou -
cheur, I, 180, 181,
182, 183, 184. 188,
193;II,405,406;III,
337.
Boucheseche, III,
356.
Bouchon (le citoyen),
111,357.
Bouchot (Henri), I,
VI, 31,39, 57; 11,9.
BoucoiRAN, IV, 286,
310.
Boudet (Marcellin),
111,235.
BOUDON, II, 195.
BouFFLERS (duc de),
I, 215; II, 120.
BOUGEAULT, III, 116,
125, 127, 128, 131,
135, 136.
Bougon (docteur), II,
333, 338, 339, 355,
356, 357, 360, 361,
364; III, 171,172.
Bouillon (duc de),
I, 81; IV, 83.
BOULAINVILLIERS, IV,
19.
BouLDUC, apothicaire
I, 264, 265.
Bouquet (abbé), IV,
50.
BOURDELOT, IV, 20.
Bourdet, dentiste du
roi, I, 282.
BOURDIER, II, 315.
BouRDois (de La-
raotte), 111,387; IV,
198, 199, 200, 201,
202, 203, 204, 205,
206, 207, 211, 215,
216.
Bourdon (Léonard),
III, 246.
Bourgeois, III, 191.
Bourgeois (Louise),
sage-femme, L 193;
II, 371.
Bourges (Louis de),
I, 45; IV, 16.
Bourgogne (duc de),
II, 12, 13,14,15,16,
373, 374.
Bourgogne (du-
chesse de), I, 195,
199; 11,12.14, 15,16.
Bourbon (duc de),
premier ministre
de LouisXV. 1,217,
219, 221, 223, 224,
230, 233, 234, 235,
236, 239, 240, 242,
243, 244, 252, 253;
11,25, 110; IV, 171;
(duchesse de), II,
109; —(Maison de),
II, 35, 116, 149, 180,
284, 381.
BOURRIENNE, II, 236,
237, 250.
Bourru, IV, 122.
BOURSAULT, I. 202.
BouvARD,IV,32,38,39.
Bouvet, I, 143.
BOVET, II, 197.
Boy de la Tour
(Mme), III, 72, 87,
103, 129.
Boyé (P.), I, 259.
Boyer (de la Cha-
rité), III, 375, 377.
Bradi (comtesse de),
1,5.
Brancas (duchesse
de), I, 266.
TABLE DES NOMS CITES
343
Bbantôme. I, 7. lu.
II, 14,32,34,37,42.
47; II, 4. 5, 6.307.
Brégy (Mme de), I,
108.
Brkmond (docteur),
IV, 89.
Breschet. III. 384,
387.
Bretagne (Anne de),
I, 8, 9.- II, 2, 3; —
(duc de), II, 373.
BRETELiL(de),II,106;
III, 3d^.
Bpetheville (Mme
de), III, 169, 192,
193, 195.
Breton (E.), IV, 72.
Brézé (Louis de), I,
39; — (maréchal
de), IV, 35.
Bricon. II, 284.
Bbièle,III.113;IV,24.
Brien, IV, 2;U.
Brienne, I, 117, 149;
— (de), 111,29.
Brierre de Bois-
mont, II, 243; III,
313.
Brieux, II, 301.
Brillon. III, 190.
Bbissac (maréchal
de), I, 286.
Brissaud, III. 17, 20,
23, 24, 40, 248, 265,
266, 267.
Brissot, IV, 123, 124.
Broc A (docteur),
père, I, 144, 145.
Brochin (docteur),
IV, 272.
Broglie (de), II, 125.
Brouardel (doc-
teur), 1,43; II.3S6,
398; m, 390.
Bru (Paul), IV, 117.
BmiiiER, II, 136.
Briule (comte), II,
20, 22.
Brl'lé, IV, 129.
Bruneau, II, 181.
Brunetière (F.), III,
42, 116, 123. 124,
127, 138, 139, 157.
Brunier, II, 165, 167,
175, 201; III, 10.
Brunot, II, 188.
Bûchez, IV, 111.
BucKiNGiiAM(ducde),
I, 120.
BucKLAND (docteur),
IV, 81.
BucQUET, III, 246.
BuDiN (docteur), II,
321.
BUFFENOIR (Ilippo-
lyte), III, 148.
BuFFON, IV,94, 97.
BuLOz, IV, 306, 309.
BUONARROTI, III, 290,
300.
BURCHARD, II, 7.
BUREAU(M.), 111,187.
Bureau de la Ri-
vière, II, 391.
BusNE (de), II, 141,
227.
BussY- Rabutin, I,
175, 197, 202.
BuvAT, chroniqueur
de la Régence, I,
215,
Uabanès (docteur),
I, 32, 270 ; II, 372,
377; III, 27, 159,
197, 218 ; IV, 66,
208.
Cauanis, 111,19:1,202,
203; IV, 116, 117.
Gaffe (docteur), III,
114 ; IV, 193.
Caffohd, III, 214,
215.
Cailleux, II, 139.
Caïus, I, 273.
Calas (Mme), IV,
96.
Calés, II, 167.
Caligula, II, 371.
Callamand ^doct')^
I, XIII.
Callot, IV, 311.
Cambacérès, II, 318.
Cambefort (de), I,
64.
Cambon, III, 241.
Campan (Mme), 1, 285,
301 ; II, 44, 52, 54,
103.
Campardon, II, 137,
138, 140, 149, 161 ;
IV, 182.
Canianiga, IV, 315.
Canino (princesse
de), II, 262.
Capelle (baron), II,
293.
Capet, IV, 126, 128,
130, 135, 138, 140,
148, 182; — (Char-
les-Philippe), III,
239; — (Elisabeth),
11,145, 187, 190; —
(Huguep), I, 10; II,
384, 388; — (Louis-
Charles), II, 143,
145, 147, 148, 150,
165, 166, 181, 184,
187, 188, 190, 196,
198; — (Thérèse),
11,144,145, ls3, 187,
209, 210; (Vve),
II, 13i;, 138, 140, 149,
224.
344
TABLE DES NOMS CITES
Carême, IV, 198.
Caret, empirique de
Tournay, I, 198.
Carlos (don), I, 145;
II, 10, 30.
CARMis(Mmede),III,
319.
Carolingiens (les),
II, 381.
CARON(Mme),II, 141,
348.
Carpinel (Louise
de), III, 334.
Çarpue (docteur), IV,
189.
Castan (A.), I, 23.
Castellanus, I, 48.
Casterès, III, 88.
Castille (Blanche
de), IV, 164, 172.
Castro (Inès de), IV,
91.
Catherlxe de Médi-
cis, I, 31, 32, 33, 36,
40,41,47,48, 51,53,
54, 55 à 59, 66.
Cauchois (Vve), III,
184.
Cauchon (Jean), IV,
9.
Caulaincourt , II,
256,271.
Caussion (le Père),
1, 116.
Cavaignac (Mme) ,
III, 394.
Cavalli, 1, 16.
Caylus (Mme de), I,
190, 205, 208.
Cayol, II, 363.
Cazalis (D' h.), III,
261.
Céard (H.), I, XI.
Cellim (Benvenuto),
I, 22.
Ceresole, III. 66.
Certain, IV, :20.
Cervom, II, 269.
CÉSAR, II, 240, 381.
Charot, IV, 178.
Chaignon (de), II,
353.
Chailley, III, 107.
C malais, I, 109.
Ch.\lier, III, 232.
Chambon (Félix), I,
VI, 54; II, 29; IV,
48, 52, 90, 285.
Chambon (de Mon-
TAUx). IV, 123. 124,
125, 126, 128, 130,
131, 13.3, 134, 140,
142, 143, 144, 145,
147, 149, 1.50, 151,
152, 153, 154, 155,
161, 168, 172; —
(Mme Augustine),
IV, 155. 156, 157,
158, 160.
Ch.'^.mbord (comte
de), I, VI ; II, 323,
353, 363. .366.
Chameroi, IV. 115.
Chamfort, I, 270.
Chamilly (de), II,
125.
Champaigne (Phil.
de), IV, 23.
Champfleury, I, 61.
Changarmer, IV,
2.50, 251.
Chantal ! J. de), IV,
65, 67.
Chantelauze, 11,168.
Chapelier, IV, 118.
Charavay (Etienne),
1,263,268;— (Noël),
I, VI ; — (Etienne
et Noël), II, 9, 126,
197 ; III, 349, 359,
365; IV, 104, 161,
195.
Charcot, III. 25. 28,
29, 30 ; III, 261, 262,
263.
CiiARDON(Henri), III,
2, 6, 8, 10, 14, 15,
23, 32, 34, 35, 36.
Charlemagne, 11,243.
Charles I", II, 8.
Charles III de Lor-
raine. II, 5.
Charles IV, roi de
France, I, 10; II,
29. 275.
Charles V, roi de
France, I, 10; II,
392 ; IV, 77.
Charles-Qltnt, 1, 10,
12, 23, 27.
Charles VI, roi de
France, I, 10 ; II,
3, 4.
Charles VII, roi de
France, I, 10; II,
388 ; IV, 6.
Charles VIII, roi de
France. 1,10; 11,3;
IV, 6, 7.
Charles IX, 1,19,33,
37, 47, 57, 58, 62 ;
II, 16.
Charles X, I, 195 ;
III, 239.
Charles le Témé-
raire, II, 2.
Charles - Théodore
(de Bavière), IV,
259, 261.
C H ARPENT 1ER, III,
131 ; IV, 19.
Chartres (duchesse
de), II, 39, 109.
Chateaubriand, II,
344; III, 397, 398,
TABLE DES NOMS CITES
345
399; — (Mme de),
1,10.
Chateauneuf, IV, 31,
32.
Chateauboux (du-
chesse de), I, 27n.
Châtelain (docteur),
III, 115, 121, 123,
138, 140.
Chauliag (Guy de),
1,82.
Chaumet, IV, 137,
138.
Chaumette, II, H2,
144, 14Ô, 146, 179,
183, 187; IV, 129,
145,
Chaussier, III, 387.
Ch.waione (comte
de), III, 339.
Chavignat,II,222.
Chavig.ny (de), IV,
34.
Chemerault, I, 40.
Chenon, III, 342.
Chereau (docteur),
I, 74, 83, 194, 198,
200; IV, 7, 11, 13,
15, 110, 116, 120,
232.
Chéron de Villiers,
III, 172, 174, 183,
190, 205, 209, 213,
214.
Chérlel, I, 175 ; II,
3, 23.
Chervin ( docteur),
III, 150.
Chesne (Du), méde-
cin de Henri IV,
1,84.
Cheval, IV, 46, 47.
Çhevreuse (duc de),
II, 63.
Chézot, III, 179.
Chicot, IV, 33.
CniGi, II, 11.
CiiiMAY (Mme de), II,
109.
Çhimène, IV, 91.
Choiseul, 11,74 ; IV,
93, 103, 2;;6.
Choisi (Mme de), I,
188.
Choisy (abbé de), I,
166, 176.
Chrétien, médecin
de Catherine de
Médicis, I, 67.
Christine (reine), III,
29.
Christophe-Colomb,
II, 301 ; IV, 78.
Chuquet(.\.),III,14I;
IV, 185.
CiCÉRi, IV, 207.
CiD (le), IV, 91.
CiMBER, II, 13.
Cino-Mar:^, 1,110,111;
IV, 36.
CissEY (général de),
IV, 273.
Citoys, IV, 17, 18,
19, 20, 21, 23, 30,
33, 38.
CiVlALE, IV, 190.
Claretie (.Iules;, IV,
59 ; — (Léo), III,
107.
Clarke, IV, 232.
Claude (reine), I, 8,
11, 14.
Clavière,IV,114,115,
148.
Clemenceau, IV, 306.
Clément (accou-
cheur), I, 176,177,
194, 195, 196, 197,
198, 199, 200, 201,
203, 204, 205, 206.
Cléopatre, II, 301.
Clère (C), mi, 189.
Cléry, II, 128; IV,
147,153.
Cloindirala, IV^232,
246.
Cloquet (docteur),
IV, 90.
Clotilde, II, 3.
Clouard, IV, 284,
316.
Clovi>, II, 3.
COBENTZEL, IV, 204.
CoBOURG (Léopold
de), II, .378.
Cochet (Gérard), IV,
14.
COCKBURN, II, 274.
COFFINHAL, III, 243;
IV, 174, 180.
CoGNY (docteur), IV,
214, 216.
CoiGNY (duc de), II,
82.
COINCHON, II, 190,
184.
CoiTiER(Jacques),IV,
3, 4, 5, 6, 7, 8, 9,
10, 11, 14, 15.
Colas, IV, 272.
COLBERT, I, 176, 177,
178, 179, 181, 182,
183, 184.
CoLET (Louise), IV,
276, 287.
COLIGNY, IV, 91.
CoLiNi, IV, 233.
CoLLOT d'IIerbois,
III, 240, 300.
Colombey, III, 12,15.
CoLU.MELLE, IV, 162.
Combes, II, 53.
CùME (le frère), III,
83, 84, 93, 94, 95,
96,102,103,104,145;
346
TABLE DES NOMS CITES
IV, 175, 176, 177,
186, 191.
COMENGE (docteur;,
I 25.
CoMUS, IV, 212.
COMYNES, IV, 8, 14.
COPIN (Alf.), m, 382.
CoNDÉ (Maison de;.
1, 232 ; — (prince
de), II, 23, 25, 26;
III, 81 ; — (prin-
cesse de), I, 83.
CONDORCET, III, 286.
CÔNEPierre), 111,323.
CoNi (cardinal), IV,
71.
CONRART, I, 175.
Constant, valet de
chambre de Napo-
léon, II, 252, 254,
257, 304, 312, 318 ;
IV, 204 ; III, 379.
Constantin, II, 243,
246, 301.
CoNTi, ingénieur, IV,
72, 73; — (prince
de), II, 110; III,
131, 134; — (prin-
cesse de), fille de
Louis XIV et de
La Vallière, I, 19,
201; II, 109.
CoNZER (M. de), III,
64.
COQUELEY DE ChAUS-
SEPIERRE (de), III,
378.
CORANCEZ, III, 141.
CORBINEAU, II, 272.
CORBON, IV, 80.
CoRDAY (Charlotte),
III, 166 à 224; IV,
90.
CoRDouE DE Tain
(Mme de), IV, 63.
CORLIEU, IV, 24.
Corneille, III, 291,
300.
CORRADI, IV, 315.
CORRERO, I, 38.
CoRSi (Domenico),
IV, 71.
CoRTELET (darae),IV,
243.
CORVISART, II, 255,
315; III, 154, 382;
IV, 202, 203.
COSNARD - DeSCLO -
SETS, III, 185,
192.
CosT.-^R, m. 1, 7,22,
Cotte (de), IV, 82.
CoTTiER (Maur.), IV,
53.
COTTIN (P.), II, 313.
C0UDEBAULTfde),II,2.
CouDRAY(Mlledu),I,
184.
COUET - GiRONVILLE,
III, 201.
CouLMiER(M.de).IIL
356, 357, 362, 363,
371.
Coupé, IV, 119.
CouRTADE (docteur),
III, 151. 152.
COURTANVAUX, 1,232.
Courtois, III, 245.
Cousin, (Jean) 1,21;—
(Jules), I. 127, 130;
— (Victor), L 116.
COUTHON, III, 225 à
280 ; IV. 220.
COLTVEL, IV, 148.
Crébillon (fils), III,
378.
CRÉQUY(Mmede), II,
120; — III, 203; —
(marquise de), IV,
191.
Crivelli (Lucrezia),
I, 13.
Crochet, 111,248,266,
267, 279.
CrOMOT DE FOUGY,
IV, 87.
Croy ^ducde), 1,276,
281, 285, 289, 301 ;
IV, 93.
Cruveilhier, II, 363,
364; IV. 213, 217.
CULLERIER, I, 15, 27;
IV, 116.
CUREAUDE LA CHAM-
BRE, IV, 52.
CuRius Dentatus. I,
144.
CUVILLIER - FlEURY.
III, 403.
Cyrano de Berge-
rac, III, 4, 22, 26,
54.
D
AMIENS, 1,287; IV,
98.
Dandolo (Matteo), I,
52.
Danemark (Char-
lotte-Amélie, prin-
cesse de) 226, 228.
Danet, IV, 272.
Dangé, II, 171, 183,
187.
Dangeau, 1,161,167,
198, 210, 213 ; II,
14.
Danjou. II, 13, 187 ;
IV, 38.
Dante (le), IV, 69, 70,
72, 74, 91.
Danton, III, 219,224,
238, 296; IV, 177,
178, 179.
Daran, III, 70, 71,
93, 102.
TABLE DES NOMS CITES
347
DARBOY(Mgr),IV,49.
Dabcel. IV. yo.
Darcy. II, 399.
Dalban, 11,140,160;
m, 186, 290.
Dalbenton, IV, 86.
Dauberval, III, 374.
Daujon, II, 145, 146,
162.
Dal'phinot, II, 328,
336.
Davenport, III, 131.
David. II, 142,144.14.5,
146.183,187.231,317;
— (le peintre), III,
164, 188.210, 211.
D.wY (docteur, II,
229. 230.
Dazincourt, IV, 146.
Debierre. II, 375.
Decalville - Lachè-
née, III, 176.
Decazes (duc), 11.168.
Dechambre (doc-
teur .1.21; III, 25.
DÉCLAT docteur), IV,
250.
Decori, IV, 316.
Defaux, IV, 272.
Deffand (Mme du),
II, cO.
Déguise, III, 362.
Déjebine (docteur),
I, 35.
Delaborde, I, 250 à
252.
Delacoux, I, 181.
Delage, II, 374.
Delasiauve. III, 115,
Delaunay (docteur),
II, 363, 365.
Delavigne. II, 320.
Delécluze, III, 180,
211.
Deliège, IV, 174.
DÉLION (Mme Le), IV,
231. 246.
Di.L.MAS (D' Louis),
1,159,164; — (J.-B.),
III, 245.
Delor.me. IV, 20.
Delphin,III.394,395.
Deneux (docteur). II,
326, 328, 329, 330.
331, 332, 333. 335.
338, 339, 341.
Demseau, II, 211.
Denmée, II, 271.
DENON(de l'Institut).
III, 217,218. 298;IV,
90.
Deperetz. III, 248,
254.271.
Depoin, II, 161, 196,
200.
Derssy (Françoise),
I, 185.
Desaix, II, 269 ; IV,
83,90, 91.
Désaugiers, IV, 206.
Desault.III,246;IV,
177, 185.
Descartes, IV, 91.
Deschamps, III, 134
Desclozeaux, 11,233,
234; III, 213.
Descoust (docteur),
11,163.217.
Deseine, III, 224.
Desgenettes,IV',119,
134.
Desj.^rdins. II, 223.
Desmarest (R.-P.),
IV, 106.
Desmazes. III, 314.
Desmolins, II, 200.
201, 202.
Desmoulins (Ca-
mille), III, 300; IV,
178.
DÉSORGUES, III, 347.
Despebon, II, 201.
Despréaux (Simien),
II, 152, 173.
Des RU ELLES (doc-
teur), m, 41. 116;
III, 90.
Destoubnelles, II,
169.
DETAlLLE(Ed.),IV,51.
Devaux, IV, 24.
Devès, IV, 63.
Diane de Poitiers,
I, 41. 46, 54.
Diderot, III, 50, 69 ;
IV, 94.
DiDOT,I,5;II,104,302.
Diguéres (des), 1,259.
DiN AN (Françoise de),
II, 3.
DiNO (duchesse de),
IV, 198, 217.
DiNOMÉ (l'abbé), III,
182.
Dioclétien, I, 144.
DiONis, I, 51, 72, 145,
160, 161, 164, 165.
Disome (Jacques), 1,8.
Distel, II, 338.
Domemco Corsi, IV,
71.
DoNiOL, II, 34.
Donskerloot (doc-
teur), III, 117.
Donzé-Verteuil, IV,
174.
Dorat-Cubières, II,
165. 169.
DORLÉANS (Louis), I,
48, 49.
Douglas, IV, 189.
Doulcet de Ponté-
coulant, III, 198.
Drake (sir), II, 154,
156.
3A8
TABLE DES NOMS CITES
Dreux du Radier, I,
108; II, 2, 3, 10;
IV, 20.
Druon H.), I. 217.
Du Barry. V. Barry
(Mme du).
Dubois, dentiste de
Louis XIV, I. 152.
153 ; — (préfet de
police), 111,348,353,
354, 357, 358, 369;
- (Antoine), ac-
coucheur,I,195; II,
307, 308, 310. 313,
314, 315, 322; —
(Paul), accou-
cheur, I, 195; —
d'Amiens, IV, 113.
118. 120, 179; —
(cardinal), I, 262;
— (citoyen), IV, 45.
Dubois- Foucault,
VI, 153.
DuBOS, II, 206.
DuBOLRG (maréchal),
I, 248, 259.
DuciPhilippine),I,44.
Du Camp (Maxime),
III, i;^7, 400.
Du Gange, IV. 25.
DUCASSE, II, 245.
DUCHAND, II, 295.
DucHAT (Le), IV, 25.
DuCLOS, ■ I. 174, 176 ;
IV, 94, 97, 101.
Ducos(comte), II, 24.
DuFOUR. II, 225; —
auteur de l'Ancien-
Bourbonnai,l. 210;
— (Mme), II, 21 ; —
^Pierre), 1,91, 109;
— (Pierrette),
nourrice de Louis
XIV, I, 146, 148:
II, 321.
Dufour-Verne, III,
44.
DUFRANC, I, 271.
Duguesclin, II, 391 ;
IV, 75, 76, 77.
Duhousset (colonel),
IV, 55.
Duluc (Catherine), I,
64.
Duluys (Guille-
mette), IV, 11.
DUMANGIN. II, 2(3,204.
Dumas (Alex.), 11,271;
III, 200, 201.
DuMONT de Genève .
III, 297.
Dumoulin, médecin,
1,264.
DUMOURIEZ, III, 213,
232, 237.
DUMOUTIER, III, 302.
DUPEYROU, III, 131.
DuPUÉNix, 1,244,245,
246, 247, 248, 249,
250, 251.
DuPiN, IV, 58 ; —
(Mme\ III. 66, 68,
70, 72, 112, 113.
DuPLAY, IV, 180 ; —
(Eléonore).284,295,
298, 299 : — i Mau-
rice), 287, 288, 289,
290; — (les), 111,282,
283, 285, 291, 295,
299, 300, 301, 303.
DuPLEix(Scipion), I,
46.
Dupont, II. 245.
DUPUYTREN, II, 338,
339; III, 385, 387.
388.
Durand (la générale),
11,305,310,312, 315.
Duras (duc de), I,
284.
Du RE AU (docteur),
IV, 152.
DuROC,II,265,292,317,
DuRUY, IV, 48,49; —
(Georges), III, 216,
217, 218, 220.
DusoLiER (docteur),
1,59.
DussAULX,III,87,109.
DuvAL (Georges), III,
182, 204; — (Ma-
thias), II, 375, 396,
397.
E
LBÈNE(d').I,93;III,
12. 13.
ELBœuF (duc d'), I,
115.
Eléonore d'Autri-
che, I, 9.
Elie, IV, 219.
Eliezer, II, 1.
Elisa (sœur de Na-
poléon), II, 249.
Elisabeth (Mme), II,
142. 145, 146, 150,
1.56, 157, 158, 159,
162. 172, 177, 180,
214, 215; III, 288;
—d'Angleterre, III,
401; — de Lorraine,
I, 226, 229, 232.
Elliot (Hugh), III,
400.
Eloffe (Mme), 11,221.
Enghien (duc d), II,
275;— (la mère du
duc d'), II, 24.
Epernon (duc d'), IV,
28,29: — (duchesse
d), I, 216.
Epinay (L'), II, 132.
EpiNAY(Mmed'),III,
72, 73, 74, 75, 76,
79, 125, 126.
TABLE DES NOMS CITES
349
Ermieux {(!'), 111,334.
ESCHERNY (d'), III,
146.
ESCULAPE, IV, 101,
212.
ESMÉNARD, II, 276.
EsPAGNE(l'Infanted',
fiancée de Louis
XV), I, 214,218: —
(la reine d), sœur
de la duchesse de
Bourgogne, I, 195,
199, 218.
EspiNAS, III, 52. 114,
115.
ESQUIROL, III, 122.
361, 362.
EssARTS (E. des), II,
153; — (Fabredes),
III, 107.
EssEx (comte d'),III,
401.
EsTOiLE (L'), I, 47,
48, 53, 70, 72, 73.74.
Estrades d), IV, 94.
EsTRÉE (Paul d'), III,
310, 311.
Estrées (Gabrielle
d), I, 69; II, 379.
Etampes (duchesse
d'), I, 10.
Etang (Mlle L'), IV.
159.
Etiolles (Mme d'),
IV, 93.
Eugénie (impéra-
trice), I, 195.
Eusèbe, 11.301.
Evrard (Catherine),
III, 188.
EvERBuscH (docteur),
V, 261.
r ABRE (général), II,
402.
Fabre D'Eglantine.
III, 164; IV, 178.
Fabre des Essarts,
III, 107.
Fabre d'Olivet, IV,
52.
Fabricius, II, 229.
Fagon, I, 168, 171,
194, 197, 198.
Fain (baron), II, 269.
Falconet (médecin),
I, 139. 264; III, 14.
Falcoms, IV, 36.
Falret, III, 122, 142.
Farnèse (Elisabeth),
II, 17, 18: - (Ho-
race], I, 44.
Faccillon (R. P.),
IV, 67, 68.
Faujas de St-Fond,
IV, 62.
FAURE{Léop.),IV,64,
Fauville (marquise
de), III, 195.
FAVRE(Louis), 11,290;
IV, 80.
Faye (docteur), IV,
211.
F.VYN, IV, 64.
FÉLIX (chirurgien de
Louis XIV), I, 160,
164,165,167,168,171.
Ferdinand (roi d'Es-
pagne), IV, 78.
Ferdinand VIII, II,
30, 38.
FÉRÉ (docteur), III,
51.
Férieux, 111,187.
Fernel, I, 45, 46, 48,
49, 50, 51, 53, 54,
55,-^6, 57.
FÉRONNIÈRE {la
ôe//e),I,l,4,5,7, 8,
12, 13, 14, 17, 21.
Ferrand, IV, 176.
Ferrare (duchesse
de). I, 16.
FERRiÉRE(dela), 1,39.
Ferriéres (Jean de),
1,40.
Ferron. I, 5, 12.
Ferrls, III, 387.
FERRY(Juies),IV,234,
259, 273.
Fersen (de), II, 125.
Ferté-I.mbault (Mme
de la), I, 259, 265.
Fesch cardinal/, II,
246; III, 348.
Feuillet de Con-
çues, III, 36; IV,
59.
Fiesque (comtesse
de), III, 34.
FiEczAL (docteur),
IV, 255, 257.
Figuet, II, 139.
FiTZ-GÉRALD, IV,232.
Fitz-James (de), II,
352; IV, 237.
FiTZ-MoRis, III, 62,
63.
Fizelière (A. de la),
III, 218.
Flaccilla.IV, 172.
Flam.mermont, 1,286;
II, 66, 67, 74, 76, 79.
Fléchier, I, 180.
Flelranges;, II, 307.
Flel'RY, 111,294,297;
— (le cardinal de),
I, 217,264.268.
Flel'ry de Chabou-
lon, II, 317.
Florent, IV,211, 214,
217.
FoissAC (docteur), II,
272, 277.
FONTANA, IV, 292.
35o
TABLE DES NOMS CITES
FONTENAY-M A R E U I L
(marquis de), IV,
38, 42.
FoRBiN, I, 147 ; —
(Mme de), III, 194.
Fore>;ta (de), II, 354.
Forestier (docteur),
II; III, 20.
FORGEAU, I, 279.
FoRGET (Mme), III,
183.
FORTESCUE, II, 154.
FoucHÉ, II, 298; III,
240.
FouQUET, I, 175; III,
4. 30.
FouQuiER (docteur),
IV, 185.
FOUQUIER-TINVILLE ,
II, 140, 142, 149,
155, 161, 224; III.
197, 211, 288, 343;
IV, 121, 178, 182.
FouRCROV, IV, 195.
FOURXEL (V.), III, 2,
137.
FouRxiER (l'abbé),
III, 348; — (Ed.), I,
13; III, 2, 162, 293;
IV, 27, 34, 120 ; —
(Marie), III, 289.
FoY (général), 11,292.
France (Louise de),
11,205,386; — (Phi-
lippe de). IV, 14.
François I", I, vi,
I, 2, 3, 4,5,7, 8, 9,
10, 12, 13, 14, 15,
16, 17, 18, 19, 20,
21, 22, 23, 24, 25,
26, 27, 28, 29, 35,
39, 41, 50, 53, 59;
II, 384; IV, 17.
François II, I, 42,
45,46,49,56,57,58.
François de Neuf-
chateau, ii, 282;
IV, 83, 84.
Francueil, III, GC,
68, 69, 90, 112, 125.
Frank (Fr.), II, 398;
IV, 298.
Franklin (A.), I, 37,
70, 71, 92; IV, 109,
236.
Franquelin, III, 170.
Frédéric II, II, 67,
68, 69, 71, 73, 244,
245, 246; III, 129;
IV, 233.
Frédégaiiîe, II, 3.
Fréron, III, 245,
285.
Fréry, II, 183.
Fresne (M. de), II,
359.
Friedrichs (0.1, II,
57.
Frioul (duc de), II,
317 (V. DUHOC).
Frochot, II, 311.
Froidure, II, 139.
Froissard, II, 3, 4.
Fronsac (duc de), I,
296.
Froussard, IV, 124.
FUALDÈS, IV, 212.
Funck-Brentano,III,
340.
Furtin, IV, 88.
G
ABEREL, 111,73, 136.
Gagnant. II, 139.
Gaillard, I, 3.
Galaizière (de la),
H, 10.
Galien,I,45,166;IV,
17.
Galiffe, III, 44.
Gall(D'),II,242;III,
220, 366; IV, 63,
65.
Galles (Amélie-So-
phie-Eléonore de),
I, 226, 227 ; —
(Anne de), I, 226 ;
— (Charlotte-Au-
gusta, princesse
de), II, 378.
Galtié, IV, 254.
Gambetta, IV, 252,
253, 254, 255, 256,
257, 258, 259, 261.
Ganay (marquis de),
IV, 239.
Gannal, IV, 217.
Garât, IV, 147, 190,
191.
Gardel, III, 374.
Garibaldi, IV, 221,
222, 223, 228, 229,
230.
GARNERAY(père), III,
190.
Garnier, IV, 67 ; —
(Marguerite), 1,148.
Gastaldy, III, 362,
363.
Gastellier, III. 202,
248, 254, 268, 271.
Gaston D'Orléans, II,
371, 377, 378.
Gatti, IV, 236.
Gauffecourt, III,
75, 76.
Gauthier- ViLLARS ,
I, 253 ; II, 302.
Gautier (Amélie),
III, 196.
Gautier DE ViLLiERS,
III, 193, 194, 196.
Gavard, IV, 185.
Geffroy, II, 36, 40.
Gellé (docteur), III,
154.
TABLE DES NOMS CITES
35 1
GENÉVRIER, IV, 151,
168.
GÉMN (F.), I, 16.
Genus (M-ie de), I,
285.
Geoffroy, III, 248,
206, 267, 279.
Georges III d'Angle-
terre, II, 376.
Gérard, peintre, II,
128; III, 300; IV,
207.
Germain, III, 188.
Gérusez, III, 15.
Gervais, 1, 163.
Gibert, III, 340.
Gilbert, IV, 176.
Gilet, III, 341.
Gilette (Marie-
Anne), III, 184.
Gille (Ph.), IV, 60,
61.
GiNGiNs(de), 111,128.
GiNisTY (Paul), III,
327, 338.
GiRARD,III, 339, 340;
— (Guillaume), IV,
29.
Girardin (comte de),
III, 114; — (Stanis-
las), 111,89.
GiRARDON, IV, 57.
Giraudeau, I, 214.
GiRAUDiÈRE, I, 145.
GiRON(Aimé), IV, 75,
77.
GiROT (M.), III, 227.
GiROU DE Bl'ZAREIN-
GUES, III, 45.
Glauber,II,213,215.
GOBEAU, III.247.
GoBELiN (Claude),
nourrice de Fran-
çois II, I, 57.
Godard, II, 139.
GOIIIER, III, 80.
GoLTz (de), II, 67,
68, 69, 71, 73, 74,
81.
GOLTZIUS, I, 61.
GOMIER, II, 203.
GoMiN, II. 203.
Concourt (de), I, X,
261, 262: II, 136,
141 ;III,49, .50, 378.
Gondy (de), I, 47.
GoNTALT(de), 11,326,
327, 336.
GORE, I, 43.
Goret, II, 152
GOSSELIN (Th.), III,
283.
GOTON, III, 55.
GoULiN, I, 46, 48, 50,
52.
GouRMONT (Remy
de), III, 398, 399,
403.
Grammont (M. de), 1,
112.
Grand-C arteret,
III, 106, 108, 109.
Granier de Cassa-
GNAC, IV, 148.
Grasset (A.), 111,60,
64.
Grassini (la), IV,
115.
Gratiot, II, 334.
Gréard, IV, 51.
Grenville (lord), II,
154, 155, 1.56.
Griffet (le Pèrei,
III, 310.
Grignan (comte de),
IV, 62, 64.
Grille (Fr.. IV, 47.
GRIMALDO(de). 11,15.
Grimm, m, 50, 86,
125.
Grincourt, IV, 45.
GROTE(comte de), II,
352.
Grouvelle, IV, 145,
147.
GuADET, m, 238.
Glalterio, I, 263.
Gl'ardia (docteur),!,
106, 110, 114.
Guéménée (de), II,
82, 110.
GiÉNAUT, médecin, I,
139; 111,8,28,30,31.
GiÉRiN, médecin. II,
33S, 339.
Guerlin, I, 266, 270.
GuÉRY (de), 11,364.
Gl'ffroy, II, 231.
GuiRERT (Maurice),
IV, 284.
GUICIIARD, IV, 87.
GuicnE (comte de),
I, 173.
GUIDO DELLA POLEN-
TA, IV, 70.
GuiLLALME(docteur),
III, 136.
Guillaume le
Grand, IV, 11.
GUILLAUMOT, IV, 60.
GUILLEMEAU, 1, 90.
Glillois (Ant.), II,
239, 268, 273, 278,
288.
GUILLON DE MONT-
LÉOM, III, 241.
Gl'illot (Mme), II,
321.
GuiLLOTiN (docteur),
III, 204; IV, 108,
109, 110, 111, 114,
116, 117, 118, 120,
121, 122.
Guise (Mme de), I,
95, 99.
352
TABLE DES NOMS CITES
GuisY (docteur), III,
119.
GuizoT, I, ix; III,
399, 400.
GURY-FOCARD, 1, 184.
Gustave - Adolphe ,
roi, IV, 29.
Guy, IV, 218.
Guy de la Brosse,
IV, 86.
Guyomar, II, 167.
GuYON (Louis), sieur
de la Nauche, I,
GuYON (professeur),
III, 98, 104.
6, 7.
GuYTON (docteur),
IV, 232, 238, 239,
247.
H
AFKINS, IV, 246.
Halle (docteur), II,
302; III, 248, 266,
267, 279.
Haller, III, 202.
Halphen, I, 79.
Hamel, III, 239, 240,
243, 244, 245, 281,
282, 283, 286, 292,
296 ; IV, 193.
Hamlet, III, 366.
Hamon, IV, 51.
Hanot, IV, 265, 266,
267.
Haxotaux, IV, 50,
51, 52.
Hanriot, IV, 192,
193.
Hardevilliers (d'),
II, 328.
HaRDOUIN - P I CHAR-
DIÈRE, II, 404.
Hardy, I, 275, 286,
287, 291, 293, 294,
296, 298, 303.
Harel (Mme), 11,139.
H ARMAND, II, 169.
H ARM and (de la Meu-
se), III, 164, 199,
210.
Hartenrerg (doc-
teur P.), 111,52.
IIauer, III, 175, 179,
181, 182, 183, 185,
188,190,196,193; —
(Mme), III. 182.
Hauréau, 1, 20.
Hausset i^Mme du),
I, 282 ; IV, 93, 100,
103, 105.
Haussonville (com-
te d'), III, 400.
HAUTEFORT(i\Imede),
I, 95, 106. 107, 116,
132; — (Mlle de),
III, 31,33.
Havre (d'), I, 230.
Hawkes (J.), 111,116.
Haxo (général), II,
270.
HÉBERT, II, 135, 142,
147, 148, 149, 150,
155, 157, 158, 159,
160, 161, 163, 165,
177, 179, 180, 183;
IV, 45.
HÉBRA (docteur), III,
161.
Hector, IV, 172.
HÉDOUVILLE (d'), II,
276.
HEiLLY(d'), 1,283,290.
Heine (Michel), IV,
50.
HÉLIOGABALE, 11,381.
Helme (docteur), I,
154, 157.
HÉLOÏSE. III, ,367.
Helvétius, I, 264,
265; III, 70.
Hems (comte de), am-
bassadeur d'Ecos-
se, I, 93.
Hénault, I, 259; II,
10; IV, 272.
Henrard, I, 83.
Henri I"', roi de
France, I, 10.
Henri II, 1,23.34,40,
41,44,45,48,50,52,
54, 55, 57.
Henri III, I, 18, 19,
33, 34, 47, 58, 215,
216,227; IV, 113.
Henri IV, I, 61, 62,
63,64,65,68,71,72,
74, 79,83, 84.85,89,
91, 96, 99, 115, 123,
188,193,227; 11,31,
338, 400, 401, 402,
403; III, 223; IV,
91, 121, 173.
Henri VIII, I, 1, 10,
12, 27, 28; II, 378.
HERBERT(lord), 1,108.
HÉRICART DE ThURY,
II, 335.
HÉRISSON (d'), II, 296.
Herman, IV, 174.
HÉROARD, 1,89,92, 93,
95, 98, 99, 104, 105,
HÉRON, IV, 120.
108,112,114,116;II,
163.
Herrera, II, 2.
Herriot,III,394,398,
399, 402, 403.
Hesse-Darmstadt
(Théodore de), I,
226, 230, 232.
Heussée, II, 14.i, 146,
183, 187, 188.
IIÉviN, IV, 98.
Hézecques d'), 1,284 ;
II, 120, 121.
TABLE DES NOMS CITES
353
HlGONET, IV, 131.
HiPPOCPATE. I, 45 ;
IV, 17, 18.101,212.
Hoche, II. 256.
Hochet, II. 290; III.
78.
HOEFER, II. 377.
HoLLAND (lord), II.
254.
HOLTZACHIUS, I, 24.
HoxoRius. IV, 172.
HoRTENSE (reine), II.
2.52. 262, 2G6. 273;
III. 301.
HouDETOT (comte
d], III, 76; — (Mme
d), III. 77, 78, 79.
80. 82, 91, 106; IV.
278.
HuART(Adolphe),III,
190.
Hubert -Thomas, I,
19.
HucH.\RD (docteur),
III, 151, 155.
HuGO (V.), IV, 214,
284.
H U I L L A R D-BrÉHOL-
LES, I, 32, 33. 40.
HUMBERT, III, 285.
Hume, III, 127, 129,
130, 135.
HU.MYÈRES ( D' ) , I.
67.
HuRAUT(Jean). IV, 2.
HURTAUD, IV, 38.
HussoN, III, 385.
XMBERT DE SaINT-
Amand, 11,139, 141,
234, 304, 305.
Isaac, II. 1.
ISABEY, II, 262. 263,
111,226; IV, 207.
ISNARD, III, 238.
luNG (général], II,
296.
IvANOFF, IV, 259,260,
261.
d AiiLONSKi (docteur),
IV, 18, 32.
Jacob (le bibliophile),
11!, 322; - (P.-L.).
III, 4.
Jacoby, I, 31, 35, 87,
110, 216.
Jacquemo.nt, IV, 86.
Jaoot (docteur), I.
144.
Jal, I, 146, 147.
Jalaber (docteur),
111, 19.
.I.\MET, I. 94; II. 9, 10.
Janet (docteur , III.
98,100, 102,103,104,
115.
JANiN{JuIes), 111,365,
367.
Jannet, 1,65; IV, 27.
Jansen, III, 72.
Jarvis (docteur), II.
163.
JAUC0unT(de),II,296.
Jean, roi de France.
I, 10.
Jean-Bernard, III.
303.
Jenner, IV, 121.
Jésus-Christ, III,
30:î. 304.
JOBEHT, II, 144, 184,
188. 189.
JOBEZ, I, 266, 271.
JOFFROY.III. 261,263.
Johnson, III. 114.
JoLY(Henry), 111,142.
143.
JOLY DE FlEURY, IV,
176.
JoPEs (François), IV,
30.
Joran (Mme), 11,207.
Joseph II (empe-
reur), 11,42,43,49,
50.72,73;— (roi), II,
239,293;— (Père),
I, 94, 103; IV, 32.
Joséphine (impéra-
trice), II, 239, 252,
253, 254, 255, 256,
257, 258, 2.59, 260,
261, 262. 263. 264,
265, 266, 267, 280,
•282, 284, 289, 303;
III, 349.
JOUBERTHOU, II, 175;
IV, 236.
JOURD.VN-DUMESNIL ,
II, 196, 197.
Jubé (Félix), 111,186.
Juif, chirurgien, IV,
24.
Julien, 1,200; II, 317.
JUSSERAND, III, 2, 17,
18.
K,
ARR (Alph.j. III,
397.
Kast, I, 249, 2.50.
Keller (Rose), HI,
311, 314.
Kenens, IV, 237.
Kerallain (de), II,
286.
KÉROUARTz(Mme dej,
IV, 47.
Kersaint, IV, 144.
Kervelegan, II, 167.
Kervyn de Letten-
hove, II, 3.
KiR.MissoN (profes-
seur), III, 265.
Kléber, II, 269; IV,
201.
iv-23
354
TABLE DES NOMS CITES
Klinckowstrom (de),
II, 125.
KoRF(de), II, 124,186.
Laage (M. de), III,
348.
L.\ Baume Le Blanc,
I, 192.
La Beaoielle, III .6 ;
IV, 96.
Labeyrie (E.), I, 9.
LaBoissière, 11,202.
Laborde, I, 303; —
(docteur), IV, 255;
— (de),II.222;IV,58.
Labouchère, IV, 81.
La Bruyère, I, 128 ;
II, 14; IV, 91.
Lacassagne (profes-
seur), I, XV ; III,
345.
Lacaussade, IV, 284,
Lachaise (Père), I,
168.
Lachapelle (Mme),
II, 322.
LaCondamine,IV,96.
Lacordaire, IV, 65,
66, 67.
Lacour, II, 138, 226.
Lacroix (P.), 1,9; 91;
II, 7; — (Sigism.),
IV, 123.
Lacuisse, I, 180.
Ladislas d'Anjou,
(roi de Naples), I,
18.
Ladriesche (Jean
de), IV, 10.
Laenneg, 111,21,251.
Lafayette, I, 107,
116, 118; II, 182,185,
186, 189; III, 285;
IV, 138, 179.
LAFERRIÈRE(d'),I,39.
La Ferté-Imbault
(Mme de la), 1,259,
265.
Laffecteur, II, 295.
Laffitte, IV, 207.
La Fizelière (A. de),
III, 218.
Lafont d'Aussonne,
11,177,226,227,231.
La Fontaine, III,
252; IV, 18, 91.
La Galaizière (de),
II, 10.
Lagelouze (docteur),
III, 104, 120.
Lakarpe (général),
II, 269; — (littéra-
teur), 111,374.
Laine, II, 328, 334,
335.
Lair (J.), I, l.'iO, 177,
179, 184, 186.
Lairtullier, 111,178.
Laisnelde la Salle,
II, 8.
LALAiNG(dej,IV, 173.
La Lande (de), II,
51.
Lalande, IV, 236.
Lalanne, I, 63, 100;
II, 307; III, 155.
Lallemand( docteur),
III, 58, 80, 116.
Lallement, IV, 185.
Lally (comte de),
IV, 112.
La Mark (Robert de),
II, 7.
La Marmora (comte
de), m, 324, 328.
Lamarque, I, 295.
Lamartine, IV, 191.
La Martinière, I,
274, 275, 276, 295,
296 ; IV, 98.
Lamballe (prince
de), I, 19; —(prin-
cesse de), II, 102,
109.
Lambercier (Mlle),
III, 48, 49, 50, 55,
92.
Lambert, IV, 193.
Lamberti, IV, 71.
La Meilleraye (ma-
réchal, de), I, 209
IV, 57.
Lameth, III, 300.
Lamorlière (Rosa-
lie), II, 223, 228.
Lamothe, IV, 76, 99.
La Mothe-Argen-
court, I, 130.
La Mothe-Houdan-
couRT (de), I, 209 ;
IV, 67.
Lancereaux (doc-
teur), II, 379.
Lanciani, IV, 73.
L ANDRÉ - BeAUVAIS
(docteur), III, 250.
Langey (de), I, 15.
Lannelongue ( pro-
fesseur), III, 17,22.
Lannes ( maréchal),
II, 265; IV, 210.
Lanthenas IV, 196.
Lapeyronie, I, 268,
270, 271, 272.
Lapierre, II, 232.
Laporte, I, 131, 132.
Laraye, I, 168, 171.
Larger (docteur), II,
366, 368, 369, 373,
375, 376, 377, 378,
379, 380, 381, 382.
La Rivière, I, 77, 79,
80, 83.
Larnage (Mme de),
III, 61, 62, 63, 147.
TABLE DES NOMS CITES
355
Laroche, I, 192; III
110.
La Rochefoucauld
II, 14; —(duc de)
IV, 153.
Larrey, IV, 176.
La Rue (général de),
III, 193.
Las Cases. II, 274.
Lasègue, III, 139.
Lassaigne, I, 295.
Lassalle (général),
II, 269.
Lassone, I, 291, 295;
— (docteur), II, 41,
50, 51, .52, 53, 55,
91, 92, 93, 95, 103,
222.
Latouche, IV, 279.
La Tour fde), III,
318, 320, 321, 324.
La Tour d'Auvergne,
IV, 87, 88.
Latour (docteur
Amédée), III, 301;
IV, 177, 180, 184.
LaTrémouille. 1,216.
LAUNAY(Mmede),III,
326, 328, 331, 333.
Laurens (du), I, 83.
Laurent (D.-E.), II,
145, 146, 166, 183,
187, 188, 203.
Lauzun, I, 189, 206.
La Vallière (Mlle
de), I, 130, 173 à
175, 177. 178, 180,
181, 183-192, 196,
197, 208.
Lavater, II, 252.
La Vauguyon, 1, 128.
Lavillate (de), II,
353.
La Ville du Por-
TAULT, I, 200.
Lavoisier, IV, 109.
La Vrillière (duc
de). 1,216, 296;II,63.
Laya, IV, 142, 143,
144, 145, 146.
Lebas. III, 288, 289,
300, 301; — (Phi-
lippe).301;— (Mme),
III, 283, 291, 301,
302, 303, .304.
Lebègue de Presle,
III, 87.
Leber (professeur).
IV, 260.
Leblanc, IV, 45.
LEcœuF, II, 144, 188.
Lebois, IV, 1.39.
Lebrf.ton, III, 384,
387.
Lebrun (Mme), 11,87;
III, 347.
Lecat. IV, 176.
Leclerc, II, 192; III,
194; — (général),
II, 248, 299.
Lecceur. 1,97; 11,240.
Lecointe, III, 285.
Lecomte. II, 141.
Lecoq (Mme), I, 8.
Lecoulteux, 1, 184.
Ledru, II, 386, 387,
389.
Ledru -CoMus, III,
200, 201.
Ledru - RoLLiN , II.
389.
Lefebvre, IV 39.
Le Féron, I, .
Lefévre, I. 90, 197 ;
IV, 1.56.
Lefrang de Pompi-
gnan, II, 9.
Le Gallick, I, 284.
Legrand d'.\ussy,IV,
82, 83.
Legros, m, 201.
Légué (docteur). H,
373.
Le Kain, II, 120; III,
383.
Lelièvre. II, 171.
Lelu, III, 175.
Le Maguet, docteur)
I, 193.
Le.maire, II, 390, 395,
397, 399.
Le Maître (docteur),
I, 82.
Le.maitre (Jules), IV,
281.
Lemarrois, II, 2.53.
Le Mire, IV, 65.
Lemoine, II, 203, 326,
328.
Le Monnier, I, 276,
277, 291, 295.
Lemontey, 1,234; lil,
279, 280.
Lemoyne, I, 165.
Lenfant (abbé), IV,
139.
Lenoir, II, .384, .385,
386. 389, 390; III,
339, 340; IV, 46,
47, 57, 83.
Lenormand (Mlle), II,
255, 257,262; 111,39.5.
Lenotre (G.), II,
137, 1.52, 154, 1.58,
162, 227; III, 182,
188, 220, 222, 224,
227,243, 244, 283.
LÉON (R. P.), IV, 40.
Lepeletier de Saint-
Fargeau, III, 345;
IV, III.
Lepitre, II, 181, 187,
188.
Le Proux (Mme), I,
192.
356
TABLE DES NOMS CITES
Lebiche, III. 21.
Le Roux de Lincy,
II, 3.
Le Roy (docteur , I.
148, 150, ICI. 165,
167, 193, 197, 199.
Leroy, IV, 30.
Lescaut (Manon), II,
190, 191. 192. 193.
195, 196.
Lescure (de), I, 8,
17, 63; II, 48, 233,
307; III, 287.
LESCU^\'RE, II, 171.
Le Senne I, x.
Lespébut, II, 293.
LEsTANG (Mlle). IV,
159.
L'EsTOiLE, I, 47, 48,
53. 70, 72, 73, 74.
Letizia (Mme), II,
262, 306.
Létorières (de), I.
285.
Letronne, IV, 88.
Levallois (Jules),
III, 68, 115.
LEVASSEUR(Thérèse),
III, 68, 74, 106, 112,
113, 114, 126, 127,
128, 136.
LÉvEiLLÉ (docteur),
III, 203.
Le%t-ling, III, 202.
Levillain (docteur),
III, 144.
Levret. (chirurgien),
I, 195; II, 94, 95.
LÉVY (A.), II, 300.
LUUILLIER (Th.), I.
144, 146 -,11, 320; IV,
46, 49.
LiANCOURT (duc de),
I, 275,279,287; IV,
110.
Licier (docteur), III,
368.
Ligne (prince de),
111,86.
LiNCOURT (dC:, 1, 184.
Linguet, 1,17,18,20;
IV, 207.
Linné, III, 140.
Lionnois, III. 377.
LiPPOMANO, I, 39.
Lisfranc docteur).
IV, 313.
LiTTRÉ, I. XIII.
Locmaria (dei,II.354.
LOMBROSO, III, 215.
Loménie (Ch. de;, III,
398, 399.
Londe (docteur), III,
366.
Longuet. I, 145.
Longueville (de), I,
92.
Loret. III. 37.
Lorges (duc de), II.
14.
LoRiN, IV, 95, 98,102,
105.
Loriquet ile P.), I,
62.
Lormal, II, 354.
Lorraine 'duchesse
de belle mère de
Marie-Thérèse). IV,
172; — (Elisabeth
de), I, 226, 229. 232.
Lorry, I. =276, 280.
Losme-Salbray, III.
338.
Loss (comte;, II, 20,
22.
Louis (le chirurgien),
III,378;IV.112.113,
114,115.116,118,119.
Louis VI. roi de
France, I, 10.
Louis VII, roi de
France, I, 10.
Louis VIII. roi de
France, I, 10.
Louis IX, roi de
France, I, 10 ; —
IV, 164, 173.
Louis X, roi de
France, \, 10.
Louis XI, roi de
France. I, 10 ; IV,
1, 3, 6, 7, 8, 9, 10,
11. 12, 14.
Louis XII, I, 10; II,
307, 384, 388; IV,
2, 6.
Louis XIII. I, 71,87,
88, 89,90.92,94,95,
96, 100, 101, 103,
107, 110, 111, 112,
114, 119, 121, 122,
123, 124, 125, 127,
143, 167. 193, 208 ;
II, 8, 10, 223, 371,
400; IV, 31, 33,35,
46.
Louis XIV. I, xi, 6,
19,116,117.118,119,
121. 122. 123, 124,
125, 127, 129, 131,
133. 137. 138, 140,
143,144.145.146,147,
148, 149, 150, 153,
154, 157, 167, 170,
171, 174, 177, 188,
193, 194, 195, 196,
197, 198, 199, 201,
206, 207, 211, 213,
230; II, 2,321 ; III,
2, 24. 36, 223 ; IV,
61, 79, 81, 82, 101,
124.
Louis XV, I, 66, 167,
195, 213. 214, 217,
218, 222, 223, 235,
TABLE DES NOMS CITES
357
255, 257, 259, 2G1,
263 à 305; II, 17, 18,
25, 33. 35, 45, 63,
120,122.349,400; IV,
81, 92,95, 98, 101.
Louis XVI, I, 144,
196 ; II, 33, 34, 43,
50, 53, 54, 55, 65,
69, 70, 72, 73, 74,
83. 84. 88, 99, 108,
III. 115, 116. 118.
119, 120, 122. 124.
126, 128 - 133, 142,
202, 203. 207, 208,
233. 321; IV, 98,
99,125,126.127.129,
130. 131, 132, 133,
1.S4, 135, 136, 139,
147, 148, 1.53, 162.
199, 236. V. Capet.
Louis XVII, II, 145.
152, 168, 172, 173,
174, 176, 195, 196,
197, 202, 207, 212,
380; IV, 61.88. V.
CAPET(Louis-Char-
les).
Louis XVIII, I, 195;
II, 293. 323; IV, 87,
98,183, 197, 199,234.
Louis-Napoléox.III,
301.V.NapoléonIII.
Louis-Philippe, I,
195; III, 218, 222;
IV, 61.
Louise (Mme), fille
de Louis XV, IV,
263.
LouppiAU, II, 2.
LOUSTONNEAU (dOC-
teur), II, 175.
LouvEL, II. 340.
LouvET, III, 168.
Louvois, I, 164, 168,
198, 282.
Loyer de Marommes
(Mme), III, 177.
LoYSEAU,I, 71, 72,78,
79.
LuçAY(de), II, 305,315.
Lucien, frère de Na-
poléon I", II. 262.
LuDE. III, 29.
Lulle (Raymond),
111,11.
LULLIER, IV, 125.
LUMBROSO (Alb.), II.
263, 268.
Lux (D' Adam), III,
172, 174,213.
Luxembourg (com
tesse de), II, 120;
— (Mme de ,1,270;
111,85, 110, 128: —
(maréchal de), III,
81, 83; — (maré-
chale de), II, 120.
LuYNES (de), I, 110.
111.115. 116; — (duc
de). 213, 259.261.
LuYS (docteur . III.
122.
M;
ABISZENSKI,!, 252.
Macdonald, II. 278.
297; IV, 207; —
(Mme Frederika),
III. 112.
Machault, IV. 93.
Machi.wel, 11,298.
Mac-Mahon, II, 277;
IV, 231, 232, 233,
234, 235, 236, 237,
239, 241, 242, 243,
244, 245, 246, 247,
248, 249,2.50.251.
MAD.A.ME Royale, II,
150, 156, 1.58, 159,
175 (voir Angoulê-
ME duchesse d').
Madelayne de Bou-
loigne, I, 33.
Magenta (duc de), IV,
235.
Mages, II, 55.
Magnien, IV, 237.
Maiion. I, 43.
Maignan. II, 62.
Mailly (de), I, 213,
217.
Maine ^duc du), l,
197, 201.
Maintenon (Mme de),
I, 152. 168, 205, 207,
209; II, 13, 14, 15;
III, 6, 11, 35; IV,
60, 61.
Maire. IV, 174.
Maitland. II, 278.
Maizières, IV, 243.
Malesherbes (de), Il
57. 113; III, 130.
Malherbe, I, 100,123,
142.
Mallard, II, 321.
Malleval, III, 356.
Malouet, IV, 199.
Malouin, III, 70.
M ANC EL (Georges),
III, 178.
MANCHESTER(duc de),
IV, 238.
Mancini. I, 130.
M AN OUVRIER (doc-
teur), IV, 65,
Manuel, II, 182.
Maquet, IV, 117.
Marat, III, 159-165,
166, 167, 185, 187,
189, 192, 195, 197,
211, 212, 232, 345,
347; IV, 121, 142,
177; - (Mlle), III,
187.
Marbeuf, II, 278.
358
TABLE DES NOMS CITES
Mabbois, IV, 205.
Marbot, II, 274.
Marc (docteur), III,
384, 385.
Marc-Antoine, II, 301.
Marceau, IV, 79.
Marchand, II, 279.
Marco de Saint-Hi-
LAIRE, II, 268, 312,
315, 316.
Marcus Vipsanus, II,
370.
Maréchal (Milord),
III, 45, 86.
Maréchal (S.), IV,
236.
Mareschal (méde-
cin), 1,264; IV, 176.
Marescot, I, 74, 79.
Maret, II, 278.
Mariage, III, 175.
Marie (docteur), III,
18,19.
Marie, reine d'E-
cosse, III, 401.
Marie - Antoinette,
I, 92, 195 ; II, 33,
36, 37, 39, 40, 41,
44,47, 50,54, 69,72,
73,74,84,85,86,88,
91, 93, 94, 96, 104,
105, 108, 109, 111,
118, 120, 133, 135,
136 - 171, 191, 212,
213, 214, 215, 216,
220, 221, 223, 226,
227, 229, 231, 232,
233, 234, 380, 400 ;
III, 188 ; IV, 153,
154, 174, 181, 182,
183, 193. V. Capet
(Vv^).
Marie -Clotilde de
France, II, 104,222,
234.
Mar ie - Isabelle
(reine), II, 30.
Marie Leczinska,
I, 213, 225, 232, 236,
237, 239, 240, 251,
252, 259; II, 381.
Marie-Louise (impé-
ratrice,) 1,195; 11,26,
27, 28, 268, 293, 303,
304, 306, 307, 309,
311, 314, 315-322.
Marie Petrowna, I,
226, 229.
Marie de Portugal
(Barbe-Joseph), I,
226, 228, 232.
Marie Stuart, IV,
112.
Marie - Thérèse
d'Autriche, reine
de France, I, 146,
174, 177, 180, 186,
193; 11,2; — (impé-
ratrice d'Autriche),
II, 33,35,36,37,39,
40, 42, 43,44,48, 90,
91, 92, 100, 105, 106,
134, 280; IV, 172.
Mariéton (Paul), IV,
282. 316.
Marigny, III, 10.
Marino, II, 224.
Marjolin(D--),IV,213.
Mabmont, II, 278.
Marmontel, III, 86 ;
IV, 94, 96.
Marot (Clément), I,
13.
Martainville, 11,291.
Martellet (Mme),
IV, 282.
Martenot, II, 243.
Martin, médecin de
Henri IV, I, 74,79;
- (D'), IV, 223.
Martin du Bel-
LAY, I, 15, 228; II,
307.
MAsséna, II, 278.
Massip, II, y.
Masson, IV, 16.
Mathas, m, 80.
Mathieu (docteur),
III, 144.
Mathieu-Marais, I,
64, 116, 215, 216,
217, 218, 222, 230,
232, 258, 263.
Mathis (Mme), II,
299.
Mattei (docteur), I,
181, 196.
Matteo Dandolo, I,
52.
Matthieu,II, 141,167.
Matton de la Va-
renne, III, 211.
Maudoux, I, 296.
Maudsley, III, 122.
Mauduyt, III, 248,
266, 267, 279.
Maugin, III, 37.
Maugras (G.), 111,75,
85,112,115, 130,135.
MauldelaClavière,
II, 5.
Maurepas, 1,215,256;
11,45,67,70,79,120,
184 ; IV, 81.
Maures (Jean), IV,
30.
Maurice (Ch.), IV,
121; — (Georges),
III, 303.
Mauricet (docteur),
I, 275,286, 288,291,
294, 301, 303.
Mauvers, III, 179.
Mayenne (duc de), I,
19, 72.
TABLE DES NOMS CITES
359
Mayer, IV. 50.
Mazan 'comte de),
III, 325.
Mazarin. I, 49, 130,
132, U4, 178; III,
14; IV, 57, 58.
M E C K L EMBOURG -
Strelitz Marie-
Sophie de). 1.226,
230.
Médicis les), I, 33,
34. 41, 47. 56, 64,
84, 193; II, 379; —
(Catherine de), II,
381, 388; IV, 16; —
(Marie de). II, 371,
373,400; IV, 22.
Mège (F.i, III, 234.
Meilleraye (Maré-
chal de la), I, 209 ;
IV. 57.
MÊLA?, II, 279.
Menabrea, III, 324,
331, 334.
MÉNAGE (l'abbé), III,
29.
Meneval (de), II,
235. 236, 237, 254.
Memère (docteur),
III, 154 ; IV, 209.
Mexou. II, 279.
Mér.\ndox, IV, 193.
Merceret (Mlle), III,
56.
Mercier 'docteur), I,
94,95:11. 171.231:
III, 68, 84. 87, 90,
92. 93. 94. 97. 111,
116, 118, 119. 120.
198.
Mercy-.\rge.\teau. I.
280 ; II. .35. 36, 38,
40, 41. 42, 71, 90,
91, 92, 100. 101,104.
106.
Merda (le gendar-
me), III, 244.
MÉRÉ (de), 111, 11 :
IV, 121.
Mérlmée. II, 16, 29;
III, 400; IV, 48,
285.
Merki, I. 06.
Merlet, IV. 20.
Merlin, III, 300.
MÉRY de la Roche,
I, 40.
Mesgrigny Ae\ I.
305.
Mes-mer, 11.242 ; III.
378 ; IV, 108.
Mesner (Madelon),
III, 136.
Mesml (Marie), I,
148.
Mes.-aline, II, 149,
301.
MÉTRA, I, 284, 298 ;
II, 45.
Metternich, II, 278.
Meunier. II. 172; IV,
138.
Mezer-\y, I, 3. 4, 13,
15, 27, 36, 49, 72,
73.
MiCARD. IV, 214, 216,
217, 21.
Michel (le docteur),
III, 377.
Michel-Ange, III,
300.
MiCHELET, I, XI, XII,
XIII, 17, 35, 45, 59,
154 : III. 205, 224.
297; IV, 28.
Michelot (Mme), II,
295.
MicHiEL (Jean), I. 36.
MiCHONIS, II, 144,
188.
MiLON, I, 83.
Milot, II, 94.
MiLLY (comte de), II,
50.
MiNGELOUSAUX, 1,82;
IV, 29, 30.
M I N V I E L L E (doc-
teur). I, 85.
MiOLLi^, II, 279.
Mirabeau, I, 144 ;
111,290,337; IV,91,
100,107,116.119.
Mire ,Le). IV, 64.
Mirecourt (Eug.), II,
118, 119.
MiRON, I, 58 ; IV. 16.
MôDiu6(docteur), III,
115, 118. 138.
MoDÈNE (Henriette
de), I, 226, 229.
Moelle, II, 143.
Moestri (docteur),
IV, 223.
MoHL Mme). 111,394.
MOLARD (C), III,
239.
Molière, I, 150 ; III,
12, 16 ; IV, 90, 91,
212.
MoLiN, I, 267.
MOLINA. I, 146.
MOLLIEN, 11,278.
MoLÉ, III, 343. 344.
Monaco (princesse
de), IV, 50.
MONAGH.VN, IV,235.
MONCEY, II, 278.
Monda Y, I, 143.
MONGE. II, 2;>0.
MONMAYOU, II, 167.
Monmouth, IV, 112.
Monnet. III. 190,
MONOD, I. XII.
Montaigne, IV,
175.
36o
TABLE DES NOMS CITES
MoNTAiGU (comte de)
III.66; — (ducde),
IV, 238.
MONTALF.MBERT (c"^'
de), IV, 48.
MONTALIVET, 11,278;
IV, 214.
MoNTAUBAN (maré-
chal), II, 277.
MoNTAusiER (Mme
de), I, 6, 188.
Mo NT AUX (Etienne
de), IV, 124.
MONTBAREY, I, 259.
MoNTEBELLO (Mme
de), II, 311, 312, 315.
MONTECUCULLI , IV,
84.
MoNTEiL (Alexis), IV,
60.
MoNTESPAN (M. de),
I, 6; — (Mme de),
I, 6,177, 192, 193,
194, 196, 197, 198,
201, 202, 203, 204,
205, 206, 207, 208,
209, 210. 213 ; II,
373.
MONTESQUIOU, 11,278,
309, 315, 316.
MoNTES50iN(Mme de),
II, 247.
MONTEYREMAR (M. de)
III, 179, 181, 182,
213.
MONTGLAT, 1,94, 146;
IV, 34.
MoNTHOLON (de), II,
275, 278. 297.
MoNTiJO, II, 277.
MONTJOIE, II, 137.
Montmorency (Fran-
çois, duc de), I,
44; — ^Mathieude),
III, 397.
Montorgueil (G.),
III, 222, 224 ; IV,
52.
Montpensier ( Mlle
de), I, 175, 181, 182,
185, 187, 188; II,
378. — Mademoi-
selle (La Gran-
de), IV, 79, 80.
Montreuil (Mme
Cordier de), III,
335 ; — (Masson
Cordier de), III,
336; — (le président
de), III, 340.
MONTROND, IV, 198.
Montvallier, I, 284.
Morand, III, 70, 83,
376.
MoREAU, 1.55,195,286;
II, 222. 2G9, 278 ;
III, 348, 358.
M O R EAU-C H A S L O N,
IV, 179.
MoREAu DE Tours
(docteur), III, 313.
M o R E T ( comtesse
de), I, 99.
M0RGAGM,I, 43.
MORILLOT, III, 2, 11,
16.
MoRiN, II, 405 ; —
(docteur), III, 57,
78, 116, 117, 135,
141.
MORNIGUE, IV, 235.
MORNY, II. 277.
MORRISON, I, 273; IV,
104.
Mortier, II, 278.
MoRViLLE (de), 1,234,
235.
MoscA (cardinal), II,
11.
M OTII E - HOUDAN-
couRT (de la), ar-
chevêque d'Auch,
11,395.
Motte - Argencourt
(la), I, 130.
Motteville (Mme
de), 1,107, 116, 118,
119, 130.
MouGUE, I, 249, 250.
MouNiER. 11,295,296,
297.
MURAT, II. 278.
Muret (Th.), IV, 143,
144.
MuRRY (docteur), IV,
234.
Musset (Alf. de), IV,
275-316.
Musset-Pathay, III,
45, 68, 86, S9, 131.
MuzEL, II, 169.
I
ADAILLAC (de), II,
153.
Naigeon, III, 50.
Napoléon I°% I, 54;
II, 26, 28, 235. 236
— 288,291, 293, 298
— 300,303 — 306,312
— 316,320,321,350
376, 385; III, 189,
347, 349; IV, 89, 91,
201, 208, 313.
Napoléon 111,111,301.
Narbonne, I, 258; —
(comtessede),II,37.
Nass (docteur), I, 32,
270; II, 372.
Nassau (comte de),
11,2.
NAucHE(sieur de la),
I, 6.
Naudé, I, 49.
Naundorff, II, 380.
TABLE DES NOMS CITES
36 1
NAVAiLLEs{Mrae de).
1,6.
Navarre (Margue-
rite de), I, 16, 62.
73.
Necker, II. 125. 134.
NÉLATON, IV. 221,223.
224, 225, 226, 227.
228, 229, 230.
NÉNOT. IV, 50, 51.
NÉRON. II, 301, 371,
377; IV, 136.
Nerval (Gérard de).
III, 137.
NEUFCHAT£AU(F.de),
II, 282; IV, 83, 84.
Neufchatel (prince
de\ II, 318.
Neuillant (Mme de),
m, 35.
Newton, I, 88.
Neyret. III, 369.
NiCOLARDOT. II, 115,
124. 127. 128, 130.
NiEL, I, 31, 41.
Nieuwerkerke. II.
385, 396.
Ninon de Lenclos,
111,36.
NOAILLES (de), 98 ; —
(duc\III,6;— (Mme
de), II. 352.
NoDiER(Charles),III,
345.
NoGARET (Jean-
Louis de ) , IV,
29.
NoGENT(Mmede).IV,
26.
NoizEAU (sieur de).
IV, 2.
NoLHAC (de), I, 259;
III. 239;IV, 93.
NoRDAU (Max), III,
50.
ISoTTiNGHAM (Hcnri;,
III, 172.
NovioN (de), I, 180.
0
DiNi. IV. 229.
OElsner. III. 202.
Olga, fille de l'impé-
ratrice actuelle de
Ruspie. IV, 173.
Olivarrs. II. 279,
282. 283. 285.
Olhvier.IV.209. 210.
O'Méara (docteur).
II, 240. 314; III,
394.
Onan. II.. 302.
Orfila. I\". 5.
Origène. I. 61.
Origny (d;. III, 190.
Orléans (duc d'), ré-
gent. I. 221, 231.
264.298. .303; II. 25.
109, 324. 325. 337,
.341. 371: IV, 2; —
(duchesse d'), I,
202. 217. 237; II, 372,
379; — (Gaston d"),
I. 109. 209; II, 371.
377.378; III, 10; —
(Louis d' ,1, 5,48,
49; — (Anne-Marie
d), II, 374;— (mai-
son d'i. IL 23; —
(Philippe d'), 373,
395.
Ormesson (d'). L 182,
185; IV, 125.
Ortesiti, IV, 312.
O'SULLIVAN. IV, 237.
Othon, IV, IL
Pache, II, 142, 144,
145, 146, 157, 165,
1&3; III, 237; IV,
151.
Padoana (lai, III. 67,
99, 106.
Pagello(D'),IV,275-
316.
Paillard, L 24.
Paillet. IV, 193.
Pajot(P'). il 105.
Palasciano, IV, 229.
Palatine (prin-
cesse), I, 175, 189,
215; II, 372.
Palluy (Maurice).
IIL 368.
Paluel. IV, 61.
Panckouke, I, 273 ;
IV. 109.
Panis. 111.300.
Paracelse, I, 22.
Parant (docteur V.),
III, 137.
Paré (Ambroise), I,
12.
Parent, IV, 13.
Paris P.), 1,7,9,10,
16.20; 11.307.
Pariset. IV, 122.
Parizot, 111.356,369.
Parmentier, II, 248.
Parqcin, il 264.
Partridge, IV, 229,
Pascal. I, ix, 32; I,
88, 205; IV, 91.
Pasolier,IL292,293.
Passy, I, 152.
Patin (Guy), I, 117,
139; III, 14, 27;
IV, 40.
P.ATTÉ (docteur), I,
24.
Paul I^r, II, 269.
Pauline Bonaparte,
II, 248, 249, 289-
302. 305.
Payan-Dumoulin,
IV, 62.
362
TABLE DES NOMS CITES
Payen (docteur). IV
175. 189, 193.
Peignot, I, 259.
PÉLISSIER. II, 277.
Pellet (M.). II, 294,
296.
Pelletan(D'), 11,203,
204; III, 375.
Pelletier. IV, 117.
Pellico (Silvio), III.
307.
Pellisson, III, 30.
Pemartin, II, 167.
Pennasch, II, 20,
22.
Perber, II, 348,
Perdreau, IV, 23.
Père-Duchesxe, II,
159, 160.
Perey (L.), 111,75.
PÉRiGNON(Mme), III,
79.
Perlet, IV, 117. 118.
131.
Péronne (Mme), I,
193.
Perrier (A.), I, 148.
PERROM'du). 11,84,85.
Perso N (Charles -
Alexandre), III, 186.
Peschard, II, 316.
Pesuel (Louise-
Françoise). III, 184.
PÉTION, II, 182.
Petit, (Ant.\ méde-
cin, 1,83; III, 276;
IV, 108, 124.
Petit-Radel, IV, 46.
Petrowna (Marie), I.
226, 229.
Pfeiffer, III, 190.
Pharamond, I, 3.
Philippe (duc), IV,
8 ; — (le médecin),
III, 133.
Philippe l"'. roi de
F>ance, I, 10.
Philippe II, roi de
France, 1,10,57,145.
Philippe III, roi de
France, I, 10.
Philippe IV, roi de
France, I, 10.
Philippe V, roi de
France, I, 10, 222 ;
II, 15, 17.
Philippe VI. roi de
France, I, 10.
PhILIPPE-E G A L I T É ,
III, 212.
Philippe le Bel, II,
302, 388.
PlALLA-C H A M P I E R ,
IV, 63.
Picard (L.), I. vi.
PiCHON (baron), II,
190, 192, 193. 194,
195, 196.
PiCHOT (A.), II. 307.
308 ; IV, 211.
PiCTET, III. 129.
PlDANSAT DE MaIRO-
BERT,I,283;III,317.
PlDOUX, IV, 18.
PiGANIOL DE LA FOR-
CE, II, 3it5.
PiLLET DE LA MÉ-
NARDIÈRE, III, 7, 8.
PiNEL, (docteur), III,
250; IV, 116.
Pipelet (docteur),
II, 160. 170, 174,
203, 204, 205, 206,
207, 209, 210.
PiROGOFF, IV, 229.
PiRON, I, 46.
Piton, I, 38, 39.
PiTRÉ, II, 274.
Pitres (docteur). III,
52.
Place, IV, 211, 214,
217.
Planche (G.) , IV,
283, 284, 307.
Plancy, I, 46.
PlE s s I s - Bl LLIÈVRE
(du), I, 175, 179.
Poe (Edg.), IV, 69.
POINCARRÉ, IV, 50,
51.
Poirier (dom), II,
384.
Poissonnier, IV, 108.
P0LHAiN(de).II,2,3;
— (Jeanne de), 1,9.
PoLiGNAC (Mme de),
II, 110 ; — (vicom-
tesse de), IV, 75.
PoMPADouR (M's=de),
I, 217, 272; IV,
92,93,94,95, 96,97,
98, 100, 102, 104
105.
Poncet (professeur;
de Lyon), III, 20,
21,22 ; 111,265.402.
PONCHARTRAIN, 1,1.55.
P0NS(A.-J.). III, 400.
PONTIS. IV, 34.
Porta (prof.), IV,
222, 223.
PoRTAL (docteur), II,
338; III, 248, 249,
256,262.265,279,280.
Portugal (Marie-
Barbe-Joseph de),
I, 226, 228, 232.
PoTiQUET (docteur),
I. 57 ; II, 396, 397,
398.
POTT, III, 17, 18, 20,
23, 265, 266.
POTTERI (J.), I, 148.
P0URV0YEUR(M.), III,
189.
TABLE DES NOMS CITES
363
Pozzi (professeur),
III, 402, 403.
Pracontal (mar-
quise de), II, 118.
Pradel (comte de),
II, 206, 209.
Prandina, IV, 223.
Pré (C), I, 184.
Prévost (abbé), II,
190;- (Marcel),IV,
278.
Prévost - P a r a d ol,
IV, 275, 276.
PRiE(Mraede), 1,233,
236.
Prieur (docteur), III,
154 ; (convention-
nel), IV, 143.
Primatice (le), I. 21.
Printems, II, 104.
Propiag (de), III, SP.
Provence (comte de),
I, 285.
Provins (H.), II, 150,
152, 212.
Proyart (l'abbé), III,
297,
Prud'hon,II,311;III,
300.
Prusse (Anne-Sophie
de), l, 226, 228 ;
— (Frédérique- Au-
guste de), I, 226,
228 ; — (prince Au-
guste de), III, 396,
397 ; — (Sophie-
Louise de), I, 226,
228.
PUGLIOLI (Giov.), IV,
74.
PUBGON, III, 8.
PUTIPHAR, III, 51.
Q
uatrefages (de),
IV, 57.
Quatbemère, 11,393.
(JuÉLEN(Mgrde), III,
389.
OUENARD (P.), 111,211.
Quesnay (docteur),
IV, 93, 94, 95, 97,
98, 99,100, 101,102,
103, 104,105, 107.
Queverdo, 111,175.
QtiDOR, III, 342.
QuiNCY ^de), IV, 175.
QciNET (Mme Edgar),
III, 285, 345.
QUINTUS SORANUS, 1 1,
301.
R
abelais, iii, 16.
Racine, 111, 291, 300.
RACOT(Ad.), 111,190.
RADziwiLL(cardinal),
II, 2.
Raffalowitch, I, m.
Rafou (Mme de), IV,
32.
Raguideau, II, 252.
Rambaud (Mme de),
II, 175.
Rambure (de), I, 215.
Ramon (docteur), III,
364, 365.
Ranse (docteur de),
IV, 271.
Rapp, II, 246.
Raspail. I, 88, 117,
118, 122, 132; III,
82 ; IV, 228.
Ratisbonne, III, 180.
Rault, III, 191.
Raymond (profes-
seur), III. 101.
Raynal œ. de), I,
233, 239; 11.15.
REAL. IV, 143.
Rébecca, II, 1.
Rebours (la), 1, 65.
Récamier (docteur),
II, 355, 356, 357,
359, 362, 363, 364;
— (Mme), III, 392-
403.
Régent (le), 1, 213,
263; IV, 89.
Régis (professeur),
111,52.105,144,146,
150, 152, 153, 154,
155, 157.
Régna RD, IV, 91.
Regnault de Saint-
Jean-d'Angély, IV,
207.
Reiset (de), 11, 88,
104, 118, 120, 125,
141, 190, 191, 193,
194, 221, 222, 223,
226, 234.
Rémusat (M. de), II,
293 ; — (Mme de),
II, 255, 257.
Renan. I, xii.
Renard, II, 187, 189;
III, 189 ; IV, 104.
Renaud, IV, 11.
Renaudin, IV, 174.
Renouvier, III, 42,
116; III. 176.
Restif de la Bre-
tonne, III, 210, 311,
322.
Retz (de). 1, 216 ; II,
384. 388. 392.
Re V E I L L É-P A R I s E,
(docteur), III, 14,
295 ; IV, 192, 203.
RiBEYBE (de), I, 180.
Riboteau, IV, 9.
Ricard (de), II, 248;
—(docteur), 111.402.
Richard, 11. 136,225;
IV, 154 ; — (doc-
teur), IV, 236.
364
TABLE DES NOMS CITES
Richard III, II, 376.
377.
Richard VI, I, 144.
RlCHEFEC, IV, 80.
Richelieu (cardinal
de), I.x, 121,215,258,
259, 289, 290; III.
7,8; IV, 17, 18, 19,
20, 21,22,23. 24, 25,
27,28,29, 30, 33,35.
36, 37, 38,40,41,43,
44,45.46,47,48,49,
50,53,55,56,58,90.
Richemont (duc de),
IV, 238.
RiCHER, II, .387.
RiGAT (abbé), IV, 77.
Ri.MA (docteur), IV,
313.
RiPARi (docteur;, IV,
223.
RiTTER (E.), III. 44.
73.
RiTTi (docteur), III,
342.
Rivière (demoiselle
de l'Opéra), III,
310.
RoBERT! apothicaire),
11,212, 214,215; —
(roi de France), I,
10.
Robert le Diable.
I, 144.
Robespierre, II, 149,
151, 163, 180; III.
202, 225, 2.32, 238.
240. 243, 244, 247,
2.56, 281-304, 343;
IV, 90.121,135, 142,
174, 179, 130, 191,
192, 193; — (Char-
lotte), III, 299.
Robinet (docteur),
III, 164.
RocHARD (docteur),
IV, 221.
Roche-Aymon, 1,280,
290.
Rochefort, II, 292.
Rochejaquelein
(Mlledela),III,400.
Rochereuil, II,. 187,
Rochet (abbé), IV,
316.
Rocheterie (M. de
la), 11,212.
Rodot, IV, 101.
RœoERER, I, 2, 9,64;
IV, 114, 115.
RoHAN(duchesse de),
I, 108; III, 11; -
(cardinal de), 1,252;
— (prince de), IV,
311.
Roland (Mme), III.
186; IV, 134.
ROMOLO CONTI, IV,
72. 73.
Ronchereuil (Mlle),
11,222.
Roscius, III, 381.
Rose I, 73; — (mar-
quise de), IV, 171.
RossiLLON (Gérard
de), IV, 11.
Rouher d'Artonne,
(docteur), II, 218.
Roujon, IV, 50.
Rousseau (abbé), IV,
186; — (R.), cha-
noios de Dangres,
11,285; — (J.-J.> III,
41-158,291, 300.
Roussel (docteur),
III, 105,107,108,109,
— (M"«),IV,153,154.
ROUSSELIN DE SaINT-
Albix, m, 214, 216,
217,218,219,222,223.
RoussiLLON (doc-
teur), IV, 193, 195,
196.
Roustan, II, 313.
Roux, IV, 148.
RoviGO (duc de), IV,
83.
ROYER-COLLARD, III,
361, 363, 364.
RoziER, IV, 152.
RuBLE (baron de), I,
24.
Rue (général de la),
III, 193.
RUINET, II, 320.
Russ, II, 364.
RussEL(lord),IV,112.
RuzÉ (Guillaume),
IV, 2.
S
ABATIER, 1,43.
Sablé (marquise de),
III, 7.
Sabran (de), IV, 119.
Sade (Armand de),
111,364,365,368; —
(marquis de), III,
305-372; — (mar-
quise de\ ni, 335,
339, 340.
Saillard, IV, 45.
Saint-Aignan,I1, 195.
Sain t-B e a u s s a nt
(M.de),IV,66,67,69.
Saint-Edme, IV, 120.
Saint-Fiacre, 1, 143;
IV, 25, 26,27, 43.
Saint-Germain (com-
te de), IV, 103, 104.
Saint-Jacques, IV, 4.
Saint-Ju.st, III, 247.
Saint-Lambert, III,
78, 80, 125.
Saint-Louis, II, 243,
401.
TABLE DES NOMS CITES
365
Saint-Marc Girar-
DiN. III, 66, 78, 79.
115, 116, 131.
Saint-Mauris, I, 23,
26, 28.
Saint-Nicolas, IV, 4,
15, 148.
Saixt-Olive. I, 62.
Saint-Omer (Jean
de). IV, 14.
Saint-Paul, III, 29.
Saint-Pierre (B. de)
III, 114.
Saint-Priest, II, 269.
S.\int-Rémy, I, 177 ;
— (abbé de). IV, 13.
Saint-Simon. 1.6. 128,
129, 139, 209, 210.
213, 214, 22], 263,
266,284; II, 14, 15;
IV, 79.
Saint-Surin (M. de),
IV, 63.
Sainte-Beuve, I,
xiii; 11,50, .52; III,
116, 400; IV, 208.
210, 283, 284, 316.
Sainte - Geneviève ,
II, 396.
Saloxion, III, 60, 63.
189.
Samson, II, 375.
Sancy, IV, 25.
S.A.ND (George), III,
113135; IV, 275-316.
Sandret, II, 401.
Sanejouand, I, 63.
Sans ON (le bour-
reau), III, 197, 198,
199, 200, 201, 205,
218, 223; IV, 116.
117.
Santerre, IV, 131,
132, 143, 146, 147.
Santini, IV, 287.
Sarcey, IV, 316.
Sahdaigne (roi de),
III, 325, 329.
Sardou (Victorien),
III, 225, 226,2*^2, 284,
322,366; IV,180,214.
Sarrazin, III, 9.
Sauce, II, 127.
Saucerotte (abbé),
11.393;— (docteur),
IV, 16.
Saugrain, IV, 109.
Saussure (Th. de),
III, 66.
Sauval, I, 19; II, 4.
Savoie (duc de), 1,93;
IV, 8; — (prince
Eugène de), I, 130;
— (Jacques de), I,
40 ; — 'Louise de),
I, 14, 20; II, 307;
— (Marie-Adélaïde
de), II, 373. 374.
Saxe (duc Jean de'.
I. 19; — (Marie-Jo-
sèphe de . Il, 380.
Saxe-Eisenach
(Charlotte -Guillel-
mine de), I, 226,
230; - (Christine-
Guillelmine de), I,
226, 230.
Sayous, III, 135, 138.
SCALIGER, 1, 48.
SCARNAFIS(Cfde),Il,
83.84.
SCARPA, IV, 313.
SCARRON III, 1-40 ; —
(veuve). 1, 198, 205,
206,207; IV, 60.
ScÉvoLE DE Sainte-
Marthe, I.48;IV,18.
ScHEFFER!Henri),llI,
169, 188, 189.
SCHÉRER, III, 398.
SCHMIDT, IV, 114, 115.
SCUOLASTI QUE
(dame), 1, 12.
SCHONBERG, III, 11.
SCHROEDER, II, 376.
SÉBASTIAM, IV, 207.
Sébillot, II, 275.
Séchelles (de), IV,
103.
Séglas, III, 155.
Segrais, III, 36, 37.
SÉGUIN, IV, 29, 32,
212.
SÉGUR (de). II, 269,
309; III, 177; IV, 182.
Séguret (docteur),
111, 203.
Seguy. Il, 146, 183,
188.
Seigneville-Thiéry
'Marie de), I ,148.
Sémonville ( Mlle de),
II, 297, 298.
Sénac DE Meilhan,
II, 120.
Senebier, III, 126.
SÉNÈQUE, IV, 136.
Sens ( Thérèse-
Alexandrine de), I,
226, 231,
SeRGENT-M ARCEAU,
III, 206, 207.
Servant (Paul), IV,
36, 37, 38, 41.
Sevestre, II, 167.
Sévigné (Mme de),
III, 34 ; IV, 62, 63,
65,66, 67, 68, 69,208.
SÉviN, II, 195.
Sèze (de,), II, 113.
Sforze (Galéas,, II,
301;— (Ludovic),!,
13.
Sgnanarelle, 111,
375.
366
TABLE DES NOMS CITES
SiBiRiL (docteur) ,
III, 105, 135, 149.
SicoTiÈREfde la), III,
169.
SiGISMOND III, II, 2.
Simon, II, 142, 143,
147, 150, 151, 152,
153, 156, 157, 159,
160, 163, 164, 175,
183, 184, 188.
SiSMONDI, I, 4.
Sixte, chirurgien, IV,
13.
SOEMMERING, III, 90,
202,'.203.
Somerset (duc de),
IV, 238.
SoNGY (de), III, 323;
III, 333, 334.
SoPHiE(Mme), 1,286;
II, 37; III, 337.
Sophocle, IV, 91.
Sorel (Agnès), IV,91.
S0UBERBIELLE,1 1,225 ;
III, 160; IV, 174,
175, 177, 178, 179,
180, 181, 182, 183,
184, 186, 187, 188,
189, 190, 191, 192,
193.
SOUBRANY, III, 227.
SouLAViE, 1,283,292;
IV, 183.
SouLÈs (docteur), II,
139, 166, 169.
SouuÉ(Eud.),I,89,92.
SoupÉ (docteur), II,
170, 171, 203, 206,
210,211.
SouRDis (de), I, 101.
SouvRAY (de), I, 100,
104, 105.
Spoelberch de Lo-
venjoul, iv, 290,
291, 292, 315.
Spon (Ch.), IV, 40.
Springham-Clarke,
IV, 232, 234.
STAEL(M.de), 11,125;
— (Mme de), III,
295, 398.
StanislasLeczinski,
I, 225, 232, 233, 234,
235, 237, 239, 240,
241, 243, 244, 245,
246, 247, 253, 259.
Stendhal, II, 29.
Stofflet, IV, 91.
Strauss, III, 368.
Streckeisen - MOUL -
Tou, 111,68.
Stryiensky, II, 17,
20, 29.
Stuarts (les), II,
307.
SUBLÉ, III, 29.
SUBLET DES NOYERS,
IV, 35.
Sue (docteur), 1,197;
III, 201, 202, 203,
204; — (Eug.), II,
171.
Suger, II, 387.
Sully, I, 64, 69,
70. 74, 75, 76, 77;
IV, 121, 237, 240,
241, 247, 249.
SuPALÈs (docteur),
II, 203.
SURBOIS, III, 338.
Sutton, I, 297.
Sybel (de), II, 69.
Sydenham, III, 264.
Sylva, I, 264.
Tacite, IV, 173.
Taigny, II, 263; —
(Edmond), III, 226.
Taine, I, XII, XIII;
II, 292, 293, 298.
Tallemant, des
Réaux, I, 66, 68, 70,
85, 111, 114, III, 5,
7 , 14 , IV , 24 ,
34.
Talleyrand, II, 273,
296; IV, 90, 197,
201, 203, 204, 206,
207, 208, 209, 210,
211, 212, 213, 214,
215, 216, 217, 219,
220.
Tallien (Mme), III,
349, 351.
Talma, III, 381-
391.
Talon, I, 180.
Talrich, IV, 53.
Tamizey de Larro-
QUE, I, 95.
Taphanel (Âch.), IV,
96, 184, 185.
Taschereau, I, 179,
192, 223; II, 115,
285; III, 337.
Tassaert, III, 175.
Tattet, IV, 309.
Tavannes (de), I, 10,
267, 268; — (Mme
de), IV, 240.
Techener, II, 192,
194.
TÉLÉMAQUE, IV, 172.
Tenon, III, 248, 254,
268, 271.
Tessier, I, 185.
Thébault (docteur),
III, 18.
Thémistocle, II, 273.
Théodose, IV, 172.
Thévenot, I, 286.
Thiboust, II, 195.
Thiébault (général),
II, 121, 122.
Thiers, II, 324.
TABLE DES NOMS CITES
367
Thiebby (Aug. et
Amédée), I, xii ;
— (médecin), III,
70, 82, 359.
Thiéey, II, 165, 170,
171, 203, 206, 209,
211, 214. 215, 246.
Tkirion, II, 40i, 402.
Thirria, II, 324.
Thobin (E.), IV, 46.
Thou (de), I, 48; IV,
36, 112.
TiGNONVILLE, I, 67.
TiLLIARD, III, 218.
TiRcoNEL (lord), IV,
233.
Tison, II, 171, 209,
210, 216.
TiSSERON, IV, 175.
TissoT (P.-F.), m,
389.
TiTE-LivE, IV, 137.
Titien (le), I, 20.
TOPINARD, III, 215.
TORELLI, IV, 230.
ToRiGNAN(de),III,63.
TOUCH ARD - LaFOSSE ,
I, 95, 187, 188.
Toulan, II, 181, 184,
187.
Toulouse (docteur),
III, 122.
Tour (de la), III, 318,
320, 331, .334.
Tourzel (Mme de),
II, 186, 202.
Trawinsky, II, 399.
Tbémouille (La), I,
216.
Tressan (de), I, 2.59.
TRiAiRE(docteur), II,
355. 362.
Triboulet, III, 16.
Tripieb (R. P.), IV,
66, 67.
Tboxchet, II, 113,
405 ; IV, 139.
Tronchin, 111,73,112,
125, 128 ; IV, 96.
Trousseau, IV, 179.
Tboylus du Mes-
COUET. I, 40.
Tuault, IV, 119.
TUETEY (A.), II, 140.
TUBENNE, IV, 82, 83,
84, 85, 86, 87, 88,
91, 124.
TURGOT, IV, 97, 101.
TURQUAN (.1.), Il, 238,
250, 265 ; III, 394.
TUBQUET DE MaYERNE
IV, 20.
Ulbacii (Louis), III,
109, 111.
Ulric de Hutten, I,
19.
UZANNE(0.,, III, 345.
Vacher, III, 345.
Vadé, III, 378.
Vadieb, II, 179.
Valentin (veuve), III,
311.
Valèbe -Maximin, I,
144.
Valéria, I, 144.
Valié, II, 34s.
Vallée! 0. de), IV,250.
Vallot (médecin), I,
132, 133, 135, 136,
137, 13S, 141; IV, 20.
Valois (les), I, 41,
53, 58, 59; II, 38;
-(duc de), 11,372;
— (Francuis II, de),
11,377; — (Margue-
rite de), I, 19, 65,
66; — (Mlle de), II,
395.
VANDAL(Alb.), 11,27,
271.
Van Swieten, II, 38.
Varillas, I, 4, 49,
.50.
Varlin, IV. 205.
VATEL(Ch),I,283;II,
137, 139; III, 169,
171, 172, 178, 179,
180, 183, 185, 186,
188, 189, 191, 209,
211, 212, 217 ; IV,
94.
Vathaibe (de), II,
326, 327.
Vatout, I, 143.
Vattemare, III, 359.
VAUBLANc(comlede),
IV, 234.
Vauchoux, 1,241,246,
248, 249, 253.
Vaugeais (Mlle), III,
289.
Vauguyon (La), 1,128.
Vaulchier (de), IV,
87.
Vauquelin, I, 91.
Vaury (Mme), III,
283.
Vautieb, IV, 17.
Velpeau(D^,IV,309.
Vendôme (Alexandre
de), 1,68;— (Fran-
çois de), I, 40 ; —
(Mlle de), I, 93, 115.
Venette (médecin),
1,51.
Ventadoub (du-
chesse de), I, 265.
Ventelet(M. de), I,
97.
Vercey (Pierre de),
IV, 12.
Verdelin (Mme de),
III, 130.
368
TABLE DES NOMS CITES
Verdot, II, 396.
Vebgennes (de), II,
79.
Verlaine, IV, 265.
Veb.m.\ndois (comte
de), I, 176, 187, 189,
190, 208 : — (Mlle
de), I, 219, 226, 230.
Vermond, accou-
cheur de Marie-
Antoinette, I, 195 ;
II. 92. 93. 94, 95,
101, 104, 107, 108,
222.
Ver.neuil (M. de), I,
109; — (Mme de), I,
83, 94; — (introduc-
teur des ambassa-
deurs), I, 266.
Vernes, III, 47, 112.
VÉBOX (docteur), IV,
213.
Veyrenc, IV, 63.
Vibert, II, 231.
Vicaire (G.), 11,192.
193, 194, 196.
Vicq-d'Azyr (D'), III,
248, 256, 267, 279,
280 ; VI, 112.
Victoire (Mme), I,
286 : II, 40, 85 ; IV,
199.
Victor (prince), II,
313.
Victoria (reine), IV,
173.
Vieil-Castel (comte
de), IV, 48.
Vieilleville (de), I,
16, 17.
Vicié, IV, 146.
ViGNÉ dOcton (doc-
teur P.:, III, 401.
ViLATE, III, 290.
ViLLANOUÉ, II, 122.
ViLLARCEAUX, 111,29.
ViLLARS maréchal
de;, I, 257. 259.
Ville (la) du Por-
TAULT. I. 200.
ViLLEDELIL (M. de),
III. 342.
ViLLENAVE, III, 79,
80.
Villeneuve (com-
tesse de). II, 120.
Villeneuve-Guibert
(G. de), III. 70.
Villequier (duc de),
I, 302.
ViLLEROY maréchal,
duc de). 1.214, 216:
IV, 94. 95 ; — ^ma-
réchale de Luxem-
bourg, née de), II.
120 ; - (marquise
de), I, 182.
ViLLETTE M. de), III,
11.
ViLLiERS Pierre), III,
285.
VlNARDELL, II, 76.
Vincent. II, 181,188;
— (Mme .II, 357.
Vincent de Paul, I,
94.
Vio (docteurj, IV,
223.
Viole (Nicolle), IV,
2.
Violon (Joseph), III,
334.
Virgile. II. 304.
Vibginte (Mlle), II,
346.
ViBY (comte de), II,
80, 81, 82. 83.
ViscoNTi (Mme), III,
349.
Visé (de,, I, 93.
ViTBY (Mlle de), I,
109.
ViTZHUM (comte), II,
23.
Vivant-Denon, III,
217,218,298; IV,90.
ViVONNE, III, 29.
VoGT d'Hunolstein,
II, 48.
VoLNEY, II, 289, 290.
Voltaire, I, x. 1, 2,
131, 190. 282; III,
47,85,109. 112, 12s,
130, 240, 300, 389;
IV, 91,208, 220,233.
\'RiLLiÈRE(ducdeIa),
I. 216,296; 11,63.
VuLSON Mlle de), III,
55.
W.
AGRAM (princesse
de). III, 389.
Waliszewski, II, 66.
Warée, IV, 120.
WARENS(Mmede),III,
51, 56, 57, 60, 61,64,
67, 68, 70, 125.
Warin, II, 124.
Watmann (docteur),
II, 355,364.
WECKER(docteur de),
IV, 254, 255. 256,
257, 258, 259, 260,
261.
Weicard, III, 202.
Welschinger, III,
213.
Wenzel II ;le roi),
I, 18.
Westermann,IV,178.
Wetekind (docteur),
m, 173, 174.
Wieland, II, 245.
Willi.vms (miss), III,
297.
TABLE DES NOMS CITES
369
WiMPFFEN (général),
III, 169.
WlïAKE, III, 401.
WlTKOWSKI (doC-
teui), I, 121, 146,
149. 180, 181. 209;
II, 8, 323, 378; IV,
172, 173, 206.
WiTTE (de), II, 344.
WiTTENKOFF, IV, 131.
1 F.MENIZ, II, 285.
Yop.CK(ducd },I1,371.
YVAN, II, 315.
ZlANARDELLI, IV, 513.
Zanetti fprofes'),
IV, 222, 229.
Zeller, I, 8;<, 84.
Zola. III. 123.
ZoLOÉ, III, 344, 349,
350, 351,353.
ZULIETTA, 111,67,106.
lv-34
ERRATA ET ADDENDA
Tome !*'■, p. 46. On peut rapprocher de la consultation de
Fernel la suivante, qui fut donnée à une princesse, on ne
nous dit pas à quelle époque : « Certaine archiduchesse, très
ennuyée de sa stérilité, consulta la Faculté de Louvain sur
les moyens d'avoir des enfants. On lui envoya cette formule,
qu'on trouva dans les archives de cette célèbre Université :
« Oporlel, cum digilo medii, excitare quid inler nos
medicos latine vocatur clyloris ; et quando serenissima Alli-
tudo eœperit movere dunes, fiai inlroduclio. » Le remède
fit effet et la Faculté en eut de beaux privilèges. Cf. La Mé-
decine anecdolique, historique et lillêraire, mars 1903, p. 131
(article de M. P. d'Estrée).
— p. 89, note 3. Cf. les Bulletins et Comptes rendus
de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Brie-Comte-
Robert, t. II, 1901-1902, p. 5-8 (Louis XIII enfant, à Brie-
Comte-Robert).
— p. 226 et 229, lire Petrowna et non Petrowka.
— p. 259, note 1. Un trait qui donne une idée de la men-
talité de Marie Leczinska :
ERRATA ET ADDENDA Sjl
En 4751, les belles marquises jouaient, entre leurs galan-
teries et leurs soupers, avec des tôtes de morts. La ver-
tueuse Marie Leczinska avait la sienne, quelle appelait la
belle mignonne et qu'elle prétendait être la tête de Ninon de
Lenclos.
11 était alors de bon ton de posséder de pareils objets dé-
coratifs dans son oratoire. « La reine, lisons-nous dans les
Mémoires du marquis (TArgenson (t. IV, p. 53), tombe dans
une dévotion superstitieuse. Elle va voir à tout moment la belle
mignonne: c'est une tète de mort. Elle prétend avoir celle de
Mlle Ninon de Lenclos. Plusieurs dames de la cour, qui aflec-
tentla dévotion, ont de pareilles tètes de mort chez elles. On
les pare de rubans et de cornettes, on les illumine de lampions
et on reste une demi-heure en méditation devant elles. »
Le U juin 1753, la reine écrivait à d'Argenson : « Je n'ai
pas fait voyager la Belle mignonne ; je n'ai point trouvé
d'endroits pour la placer, et je craignais de déranger ses
attraits. Comme elle est fort délicate, la moindre chute
aurait pu la déranger, et je veux que vous la retrouviez avec
tous ses charmes. » Ibid., 403.
De pareilles fantaisies macabres ne sont-elles pas l'indice
d'un cerveau mal équilibré ?
— p. 270, Nous avons relevé, dans un catalogue de librai-
rie, l'annonce d'un roman intitulé : Tanaslès, conle allégo-
rique par Mlle "• (Mlle de Bonafous). La Haye, Van der
Slooten, 4743, 2 t. en 1 vol. in-12. Dans ce roman, dont le
fond est la maladie de Louis XV à Metz, sont contées les
négociations entreprises par l'évêque de Soissons, François
de Fitz-James, pour faire abandonner Mme de Châteauroux
par le roi.
372 ERRATA ET ADDENDA
Le volume fut saisi, parait-il, dès son apparition. L'exem-
plaire annoncé était aux armes de la duchesse de Brancas-
Lauraguais.
Tome II, p. 23. On trouve une représentation figurée de
la bénédiction du lit nuptial dans un ouvrage du quinzième
siècle, imprimé par G. Le Roy, VHisloire de Mélusine (V.
la figure, très curieuse, dans les Débuis de l'imprimerie en
France, par Christian, directeur de l'Imprimerie Natio-
nale, p. 43, livre édité en 1905).
— p. 446, ligne 3. Un lapsus calami nous a fait écrire que
le Daupliin était le frère de Mme Elisabeth ; c'est le neveu
que nous voulions dire.
Tome III, p. 345. C'est de Lepelelier Sainl-Fargeau qu'il
s'agit. On écrit souvent, à tort, Le Pelletier. Nous nous
sommes conformés ici à l'orthographe du texte cité.
Tome IV, p. 47, lire Kérouarlz et non Kérouard.
— P. 122. Depuis que nous avons rédigé ce chapitre, il a
paru dans la Nouvelle Revue (juin 1905) une série d'articles
sur Guilloîin, sous la signature de M. Pierre Quentin-
Bauchart, qui ne nous ont appris rien que nous ne sachions
déjà. Ils sont néanmoins à lire, par ceux qui veulent con-
naître plus à fond la carrière politique de notre confrère, que
nous avons volontairement laissée dans l'ombre.
4-5-05. — Tours, imp. E. Arrault et C'".
DC Cabanes, Au^stin
3 Le cabinet secret de
C3 l'histoire Nouv, éd, ,
1905 rev, et très augm.
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